Psal., cxvin
La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II, fut immolée (614) à l'ambition de ce prince; sa mémoire fut déchirée, et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre.
L'empire cependant était désolé. Le roi de Perse Chosroès II, sous prétexte de venger Maurice, avait entrepris de perdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit l'empereur battu (620, 621), et la vraie croix enlevée par les Infidèles (622, 623); puis, par un retour admirable, Héraclius cinq fois vainqueur (625, 626), la Perse pénétrée par les Romains, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise.
Pendant que la puissance des Perses était si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahomet s'érigea en prophète parmi les Sarrasins : il fut chassé de la Mecque parles siens. A sa fuite (622) commence la fameuse hégire, d'où les Mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie, de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des califes.
A ces maux se joignit (629) l'hérésie des Monothélites, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en Notre-Seigneur, n'y voulaient reconnaître ' qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y voulait rien, et il n'y avait en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachaient lo\ir venin sous des paroles ambiguës; un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés. Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius I, qui entra avec eux dans un dangereux ménagement (633) et consentit au silence où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pouicomble de malheur, quelque temps après (639) l'empereur Héraclius entreprit de décider la question de son autorité, et proposa son Ecthèse ou exposition favorable aux Monothélites; mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna l'Ecthèse (640). Constant, petit-fils d'Héraclius, soutint l'édit de son aïeul par le
■ 1. N'y voulaient reconnaître. Y, c'est-à-diTre en Jésus-Christ.
sien appelé Type (648). Le Saint-Siège et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise ; le pape saint Martin I assemble le concile de Latran, où il anathématise le Type et les chefs des Monothélites (649). Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte la cour infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, et souffre des maux infinis pour la rehgion cathohque (650). Le pape, traîné d'exil en exil et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin (654) parmi les souffrances sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit à son ministère.
Cependant la nouvelle église anghcane, fortifiée par les soins des papes Boniface V et Honorius, se rendait illustre par toute la terre. Lesmiracles y abondaient avec les vertus comme dans les temps des apôtres ; et il n'y avait rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois, tildwin embrassa avec tout son peuple (627) la foi qui lui avait donné la victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisins. Oswalde servit d'interprète aux prédicateurs de l'Évangile (634), et, renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être chrétien. Les Merciens furent convertis par le roi de Northumberland Oswin (655); leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas ; et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssait en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent l'empire ; ils occupent la Syrie et la Palestine (634, 635) ; la sainte cité leur est assujettie; la Perse leur est ouverte par ses divisions, et ils prennent cé~ grand royaume sans résistance (636, 637). Ils entrent en Afrique (647) en état d'en faire bientôt une de leurs provinces ; l'île de Chypre leur obéit (648), et ils joignent en moins de trente ans toutes ces conquêtes à celles de Mahomet.
L'Italie, toujours malheureuse et abandonnée, gémissait sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome que pour en piller les trésors (663): les églises ne s'en sauvèrent pas ; il ruina la Sardaigne et la Sicile, et, devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens (668). Sous son fils Constantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu, les Sarrasins
s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie (671). Gonstantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle (672). Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se Joignirent à tant d'ennemis dont l'empire était accablé, et occupèrent (678) cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui était l'ancienne Mysie*. L'église anglicane enfantait de nouvelles églises ; et saint Wilfrid, évéque d'York, chassé de son siège, convertit la Frise.
Toute l'Église reçut une nouvelle lumière par le concile de Constantinople (680), sixième général, où le pape saint Agathon présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'anathème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople, c'est-à-dire tous les auteurs de la secte des Monothélites, sans épargner le pape Honorius qui les avait ménagés. Après ta mort d'Agathon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien, entra au concile à leur exemple ; et, comme il y renditles mêmes soumissions-, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe, de religieux, de pacifique empereur, et de restaurateur de la religion. Son fils Justinien II lui succéda encore enfant (685). De son temps la foi s'étendait et éclatait vers le Nord. Saint Kilien, envoyé par le pape Gonon, prêcha l'évangile dans la Franconie (686). Du temps iu pape Serge, Ceadual, un des rois d'Angleterre, vint leconnaître en personne l'église romaine, d'où la foi avait passé en son île; et, après avoir reçu le baptême par les maùns du pape, il mourut (689) selon qu'il l'avait lui-même désiré.
La maison de Clovis était tombée dans une faiblesse déplorable : de fréquentes minorités avaient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point étant majeurs. Delà sort une longue suite de rois fainéants qui n'avaient que le nom de roi et laissaient tout le pouvoir aux maires du palais. Sous ce titre Pépin Héristel ^ gouverna tout (693), et éleva sa maison à de plus hautes