Les mêmes marques de soumission
3. Pépin Héristel, plus connu sous le nom de Pépin d'Héristal.
espérances. Par son autorité, et après le martyr de saint Vigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venait d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willebrod (695) et d'autres hommes apostoliques répandirent l'évangile dans les provinces voisines.
Cependant la minorité de Justinien s'était heureusement passée ; les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins et rétabli la gloire de l'empire en Orient (694). Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement et relâché mal à propos, coupa le nez à son maître et le chassa (696). Ce rebelle souffrit un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétabli (702) fut ingrat envers ses amis, et, en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus redoutables, qui le tuèrent (7H). Les images de Philippique, son successeur, ne furent pas reçues dans Rome, à cause qu'il favorisait les Monothélites et se déclarait ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II, prince catholique, et on creva les yeux à Philippique (713).
En ce temps les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures : c'est ainsi qu'on appelait les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille dont Roderic abusait, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi périt ; l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'église d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais, comme elle s'était conservée sous les Ariens, les Mahométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté; mais dans les siècles suivants il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle.
L'empereur Anastase ne dura guère. L'armée força Théodose III à prendre la pourpre (715). Il fallut combattre : le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans un monastère.
Les Maures, maîtres de l'Espagne, espéraient s'étendre bientôt au delà des Pyrénées ; mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'était élevé en France, et avait succédé, quoique bâtard, au pouvoir de son père Pépin Héristel, qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neustrie par la
charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur.
Les affaires d'Orient étaient brouillées. Léon Isaurien, préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance (716) l'empire, qu'il n'avait accepté que par force, et, retiré à Éphèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs.
Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople (719). Pelage, qui se cantonna dans les montagnes d'Asturie (719) avec ce qu'il y avait de plus résolu parmi les Goths, après une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume par lequel ils devaient un jour être chassés de l'Espagne. Malgré les efforts et l'armée immense d'Abdérame leur général, Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours ^ (72.5). Il y périt un nombre infini de ces infidèles, et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Celte victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures et étendit le royaume jusqu'a-ùx Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obéît aux Français, et tous reconnaissaient Charles Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume, il régna sous plusieurs rois qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs français voulait être ainsi trompée.
La religion s'établissait en Allemagne (723). Le prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évêque par le pape Grégoire II, qui l'y avait envoyé.
L'empire était alors assez paisible; mais Léon y mit le trouble pour longtemps II entreprit de renverser comme des idoles les images de Jésus-Christ et de ses saints (726). Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain, patriarche de Conslantinople, il agit de son autorité, et, après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus-Christ, qui était posée sur la grande porte de l'église de Conslantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire des brise-images. Les autres images que les empereurs, les évêques et tous les fidèles avaient érigées depuis la paix de l'Église dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues A ce spectacle le peuple s'émut. Les statues de
1, Plus communément appelée < la bataille de Poitiers >.
l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crul outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisait à Jésus-Christ et à ses saints, et que de son aveu propre l'injure faite à l'image retombait sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitpi and, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne, résidence des exarques. On nommait ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyaient ,en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images; mais en même temps il s'opposait aux ennemis de l'empire, et tâchait de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards (730), et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Église, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son si^ge le patriarche saint Germain, qui mourut en exil âgé de 90 ans (739).
Un peu après (740) les Lombards reprirent les armes, et, dans les maux qu'ils faisaient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avait imploré l'assistance.
Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appelait dans ces premiers temps le royaume d'Oviedo, s'augmentait par les victoires et par la conduite* d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple de Récarède dont il était descendu, prit le nom de Catholique.
Léon mourut (741), et laissa l'empire aussi bien que l'Église dans une grande agitation. Artabaze, préteur d'Arménie, se fit proclamer empereur au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon, et rétablit les images.
Après la mort de Charles Martel, Luitprand menaça Rome de nouveau; l'exarchat de Ravenne fut en péril et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacharie (742). Constantin, embarrassé dans l'Orient, ne songeait qu'à s'établir; il battit Artabaze, prit Constantinople et la remplit de supplices (743).
Les deux enfants de Charles Martel, Carloman et Pépin, avaient succédé à la puissance de leur pèrej mais Carloman,