‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 10 sur 55 · I.FS KPOQÏJES · texte numérisé non relu

I.FS KPOQÏJES

Rome, une croix lumineuse lui |)arut en Tair devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettait la victoire : la même chose lui est confirmée dans un son^e. Le lendemain, il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un lyran, et TÉglise d'un persécuteur. La oroix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout rempiie(an 313). Un peu après, Maximin fut vaincu par Lucinius, qui était d'accord avec Constantin, et il fit une tin semblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à l'Église. Constantin la combla d'honneurs. La victoire le suivit partout, et les barbares furent réprimés, tant par lui que par ses enfants.

Cependant Licinius se l)rouille avec lui (an 3 '5), et renouvelle la persécution. Battu par mer et par terre ^ il est contraint de quitter ren)pire, et enfin de perdre la vie (an 3:24). En ce temps, Constantin assembla à Nicée en Bithynie (an 325) le premier concile général , où trois cent dix-huit évéques, qui représentaient toute l'Eglise, condamnèrent le prêtre Arius, ennemi de la divinité du fils de Dieu, et dressèrent le symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de l'Église romaine, envoyés par le pape saint Silvestre, précédèrent tous les évoques dans cette assemblée; et un ancien auteur grec ' compte parmi les légats du Saint-Siège le célèbre Oeius , évêque de Cordoue, qui présida au concile. Constantin y prit sa séance , et en l'eçul les décisions comme un oracle du ciel. Les ariens cachèrent leurs erreurs, et rentrèient dans ses bonnes grâces en dissimulant.

Pendant que sa valeur maintenait l'empire dans une souveraine tranquillité, le lepos de sa fcUiiille fut troublé par les artifices de Fauste sa femme (an 32G). Crispe, fils de Constantin, mais d'un autre mariage, accusé par cette marâtre de l'avoir voulu cori'onjpre, trouva son père inflexible. Sa

1 Gel. Cyzic. Hist. Conc. Nie, lib. u, c;>p. G, 27; Conc, Ln!)l)., l. ii col. ir)8, 2-27.

100 iiiSToir.i': i M\i:iisi:ij.i:.

inorl fut hieiilôl \eni;i''e. lùmslr. coiiNainciie, lui .>iilfo(|uéc dans le bain. Mais Constantin, déshonoré par la malice de sa femme, reçut en mén)e temps beaucoup d honneurs par la [)iété de sa mère. Elle découvrit, dans les ruines de l'ancienne Jérusalem, la vraie croix, féconde en miracles. Le saint sépulcre fut aussi trouvé. La nouvelle ville de Jérusalem , qu'Adrien avait fait bâtir, la grotte oii était né le Sauveur du monde, et tous les saints lieux, furent ornés de tem- ])les superbes par Hélène et par Constantin. Quatre ans a])rès, TcMnpereur jebàtit liizance. qu'il appela (>)nstanlinople, et en Ht le second siège de rempire(an 330).

L'Église, paisible sous Constantin, fut ci'uellement affligée en Perse. Une inlinité de martyrs signalèrent leur foi (an 336). L'empereur tâcha en vain d'apaiser Sapor,et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite. Ce prince, béni de toute l'Église, mourut (an 337) plein de joie et d'espérance, apiès avoir partage l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant. Leur concorde fut bientôt troublée. Constantin périt dans la guerre qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire (an 340). Constance et Constant ne fureiit guère plus unis. Constant soutint la foi de Nicée, que Constance combattait. Alors l'Église admira les longues souflrances de saint Alhanase, patriaiche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. (Chassé de son siège par (Constance (an 341), il fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules I , dont Constant appuya le décret '. Ce bon p?'ince ne dura guère. Le l\ ran .Magnencele tua par trahison (an 3oO); mais bientôt apiès. vaincu par Constance, il se liia lui-nuMue (an 3ol ). Dans la bataille où ses affaires furf^nl i uinécs. \ alens, évoque aiien. secrètenî(MU averti par ses aniis. assura ConslancfMjue l'armée du tyi-an était en fuites et lit croire an faible em|-ereur(ju"'l \r

^ Socr., Hisl. (cclts.. lili ii . c; p. 1.'». /<.sini.. lih. m. «\ K.

i.i'is [<:i>()oi MS. loi

sa\ail par révélation. Sui- cette fausse révélation, (lonslaiice se livre aux ariens (an 353). Les évoques orthodoxes sont chassés de leurs sièges; toute l'Église est remplie de confusion et de trouble ; la constance du pape Libère cède (an 357) aux ennuis de l'exil ^ ; les tourments font succomber le vieil Osius, autrefois le soutien de l'Église. Le concile de

^ ï.os oniioinis do In sniîilo H^lise romaine ont fuit grinul bruit de ce ((iTils ont .'ippclé la cloute dn paffo Libère; et de cette supposition ils se sont l'orge, bien à tort, une arme contre le Saiut-Sie'ge. Trois points ici sont à examiner. 1^ Est-il certain que le pape Libère ait cédé aux persécutions des ariens et souscrit leur [)rofession de foi? 2' En acci'ptant pour un moment la sniij)Osition (jue Lii)ère ait souscrit, la fornnde souscrite par lui éliil-elle hérélitpio? 3*> Quand même le pape Libère aurait souscrit une fornude héré(i((ne , quelle conclusion pourrait-on tirer de là contre l'autorité du Saint-Siège?

1" Que le pape Libère ait cédé aux persécutions des ariens et souscrit IciU' profession de foi : ce fait qu'on appelle sa chute a pu être avancé par les adversaires intéressés de l'Église; il ne peut être établi ni dc'montré. Sans parler des savantes dissertations de Zaccaria , des preuves fournies par les Bollandistes dans la vie du saint pape Libère, de plusieurs livres écrits uniquement pour démasquer l'évidente Auisseté de celte chute prétendue, sans invoquer le témoignage de Marchetti , de Ma'istre , de Perrone , de Rohrbacher et décent autres, Dossuet lui-même, Tauteur du présent ouvrage, dans sa délense de la déclaration de l'Église gallicane, ay;uit lait un chapitre sur la chute du pape Libère , raya ensuite ce chapitre comme ne prouvant jms bien (ce, sont ses propres paroles) ce qu'il veut établir en ce Uea. Or, ce que Bossuet a cru devoir rayer comme n'étant aucunement démontré, n'aïu-ait pas du être admis comme fait historique, et si, nu lieu de publier son Discours sur l'histoire universelle en 1(381, il ne l'eût achevé que deux ans plus tard, il est probable qu'il eut profité des écl;iircissements qu'il acquit sur le saint pape Libère, dans la circonstance que nous venons de citer.

Quant aux deux p.issages qui se lisent parmi les écrits de saint Athanase, et qui sont le point d'appui de ceux qui prétendent que Libère est tombé, ils ont été intercalés évidemment par un faussaire daîis les écrits du saint docteur, puisqu'il est constaté, comme tout le monde en convient, que ces écrits ont été composés, l'un, deux ans avant l'élévation de Libère sur le Saint-Siège , l'autre, quelque

105 HTSTOTRF. IMVF.nSFlLLT:.

Rimini , si fermo d'abord , flécliità la fin par surprise et par violence (an 359) : rien ne se fait dans les formes ; l'autorité de Tempereur est la seule loi ; mais les ariens, qui font tout par là , ne peuvent s'accorder ent?^c eux , et changent tous

tonips jivant Tepoque oii Ton place la chute supposée de ce pontife. Donc la chute du pape Lil)ère n'est pas du tout un fait de'montre'.

2 Eu supposant ou acceptant pour un moment la supposition que Lihère ait souscrit une formule , la formnle souscrite par Ini élait-ell > lu^réliquc? Tous les auteurs reconnaissent que la formule de Sirmium, <[ue Ton prétend avoir été signée par Libère , n'est pas la second.^ formule composée par les ariens et qui renfermait rinqiiété arienne; mais la première formule qui ne contenait rien que d'exact et de c itholi({ue, et qui ne péchait qu'en ce (}ue le mot consn])stantiel n'y était pas exprimé, quoique le sens s'y trouvât dans des termes presque équivalents. Cette fornude était si peu hérétique, que saint Hilaire, cet autre saint Athanasc , n'avait pas hésité à la soutenir et à défendre son orthodoxie. L'absence du mot consubstantiel pouvait^ sans doute, dans cette circonstance, donner aux ariens un prétexte de tiiomplier. Mais il n'y avait rien là qui put s'appeler embrasser ou adopli'r leur erreur.

D'uu autre colr , saint Atlianase n'était pas condamiu' par les ariens comme hérétique , mais comme i)ertiu*bateur de la jîaix. Abandonner sa cause , c'était cesser de défendre le juste opprimé; ce n'était pas professer l'IuuM'sie. La faute de Libère (si on pouvait l'établir) ne serait donc, dans tous les cas, qu'une faute et non une erreur dogn)ali([ue. Or, aucun catlioiique ne soutient que le pape, infaillible conmie pape, soit impeccable comme homme.

:;" Lidin, (piand nu'me (ce qui n'est pas) le pape Libère aurait souscrit une formule héréliciue, en pourrait-on conclure quelque chose contre le Saint-8i('ge ? Les catholiijues, en recoiuiaissant l'infaillibilité du souverain pontife, mettent pour condition à cette infaillibilité, que le pape ])arlera connue pape, qu'il formulera ses décisions connue maître et docteur de tous les lidèles, ex. cathedra. Or. pourrait-on voir une décision de ce geiu-e dans une souscription arrachée, après plusieurs années de résistance, à un malheureux exilé, enfermé dans un cachot, persécuté, tourmenté de toutes les riianières, privé de tout rejios, et qui, épuisé, abùué, donq)té par la douleur, cède un moment à la faiblesse pour se soustraire à une horrii)le et opiniâtre perséculiou? Quel honune de boiuu> f )i pourrait Imiivcr, dans un tel lait, \.\ délinilion d'un do:;me, l.i (b'cisiou dun dorieiu-, enseignant da is le

U'S i':poq[ ES. 103

los jours leur syiiilmlo; la foi de Nicéo subsisic : saint Allianasc et saint Ililaire, évoque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre.

Pendant que Tempereur Constance, occupé des aiïaiies de Tarianisme, faisait négligemment celles de Tcmpire, les Perses remportèrent de grands avantages. Les Allemands et les Francs tentèrent de toutes parts l'entrée des Gaules : Julien, parent de l'empereur, les arrêta et les battit (ans 357, 359). L'empereur lui-même délit les Sarmates, et maiclia contre les Perses (an 360). Là paraît la révolte de Julien contre l'empereur, son apostasie, la mort de Constance (an 301), le règne de Julien, son gouvernement équitable, et le nouveau genre de persécution qu'il fit soufïrir à l'Église. 11 en entretint les divisions; il exclut les chrétiens non-seulement des honneurs, mais des études; et, en ijnitant la sainte discipline de l'Église, il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés , et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent fidèles à leur empereur; mais la gloire, qu'il cherchait trop, le fit périr ; il fut tué dans la Perse (an 363), où il s'était engagé témérairement. Jovien son successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse. Après lui (an 364), Valentinien fit la guerre en grand capitaine (ans 366, 371) :

libre exercice (Fune autorité qui oblige tous les fidèles? Ainsi donc, quand même le pape Libère aurait signé une formule hérétique (ce qui n'est pas), on ne pourrait rien en conclure contre Tautorité du souverain i)ontife. Mais il est démontré que la seule formule qu'il ait pu signer n'est pas hérétiijue. De plus, nul ne peut établir que Libère ait rien signé, ni qu'il ait fait aucune concession aux ariens. Donc, les adversaires du Sainl-Siégc ne peuvent rien trouver dans le saint })ape Libère qui les favorise.

Quant à Osius^ qui, cédant à la torture, signa véritablement une formide erronée, saint Athanasc lui-même nous apprend qu'il reconnut sa faute, et ([u'il mourut pénitent en Espagne.

( Xofc des étJitcjn's.)

lu'i iiisionii: [ M\i.iisi:).Li .

ii y iiiLMia son (il> Grationdès sa première jeunesse, mainlint la discipline mililaire, battit les barbares , fortifia les frontières de Tempire, et protégea en Occident la foi de Nicée. Valons son frère, qu'il fit son collègue, la persécutait en Orient; et, ne |>ouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de NazianzO;, il désespérait de la pouvoir vainci'e. Quelques ariens joignisent de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. Aérius, prêtre arien, est noté dans les écrits des saints Pères comme l'auteur d'une nouvelle hérésie % pour avoir égalé la prêtrise à .l'épiscopat. et avoir jugé inutile les prières et les oblations que toute l'Église faisait pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque était de compter parmi les servitudes de la loi rol)servance de certains jeunes marqués, et de vouloir (jue le jeune fut toujours libre. 11 vivait encore quand saint Épiphane se rendit célèbre par son histoire des hérésies, où il est réfuté avec tous les autres. Saint Martin fut faitévéque de Tours, et remplit tout Tunivers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, dui-ant sa vie et après sa mort. Yalentinien nmurut (an 375) après un discours violent qu'il fil aux ennemis de Tempire; son impétueuse colère, qui le faisait redouter des autres, lui fut fatale à lui-même. Sou successeur Gratien vit sans en\ie Télévalion de son jeune frère A'alentinien II , qu'on lit empereur, encore qu'il n'eut que neuf ans. Sa mère Justine, protecli-ice des ariens, gouverna durant son bas âge.

On voit ici en peu d'années de mervcMlleux événements : la révolte des (iolhs contre VahMis (an "377); ce prince (juilter les Pei'ses pour réj)rim(M" les rebellc^s : Giatien accourir à lui ajires avoir remj)orté une victoire signalée sur les Allemands. Valons,^ (jui \ eut vaincre seul, précipite le combat, ()[\ il est tué auprès (FAndrinople (an 37S) : les Goths vic-

' i;|)i|li., lilt m. Ii.rr. I \\\ : lom, 1 . |i. IM^Ci: Viii;-., Imm-. i.ui. t.vm.

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LKs i:i>()oi i<:s. 10.")

torieiix le brillent clans un village oii il s'était retiré. Gratien, accablé d'afïïiires, associe à l'empire le grand Théodose, et lui laisse l'Orient (an 379). Les Goths sont vaincus : tous les barbares sont tenus en crainte 5 et ce que Théodose n'estimait pas moins , les hérétiques macédoniens, qui niaient la divinité du Saint-Esprit, sont condamnés au concile de Constantinople (an 381). Il ne s'y trouva que l'Église grecque : le consentement de tout l'Occident, et du pap(^ saint Dainase, le ilt appeler second concile général.

Pendant que Théodose gouvernait avec tant de force et lant de succès, (iraTuni, (|ui n'était pas moins vaillant ni moins pieux , abandonné de ses troupes , toutes composées d'étrangers, fut immolé au tyran Maxime (an 383). L'Église et l'eujpire j)lcurèrent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules (38(), 387), et S(Mubla se contenter de ce paitage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des édits en faveur de l'aiianisme. Saint Ambroise, évéque de Milan, ne lui opposa (|ue la saine doctrine, les prières et la patience; et sut [)ar de telles armes, non-seulement conserver à l'Église les basiliques que les hérétiques voulaient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereui\ (/q)endant Maxime remue; et Justine ne trouve rien de plus lidèle que le saint évéque, qu'elle tiaitait de rebelle. Elle l'envoie au tvîan, que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Valenlinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rend maître à Rome, où il rétablit les saciitices des faux dieux, par complaisance pour le sénat, presque encore tout païen (an 388). Après qu'il eut occupé tout l'Occident , et dans le temps qu'il se croyait le plus paisible , Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie , l'assiégea dans Aquilée, et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Yalentinien , (jui ne le garda pr.s long-temps. Ce jrune prince éhiva r[ abaissa Uop Aibogast", \m rapilaine (h'S

lOf) IIISTOlIli: IMVEUSELLE.

Francs, vaillant , désintéressé , mais capable de maintenir par toule sorte de crimes le pouvoir qu'il s'était acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugène, qui ne savait que discourir, et tua Valentinien (an 395), qui ne voulait plus avoir |)our maître le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules auprès de Arienne. Saint Ambroise, que le jeune empereur avait mandé j)Our recevoir de lui le baptême 5 déplora sa peite, et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la victoire à Théodose sur Eugène et sur les faux dieux dont ce tyran avait rétabli le culte. Eugène fut pris : il fallut le sacrifier à la vengeance publique , et abattre la rébellion par sa mort (an 394). Le fier Arbogaste se tua lui-même , plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venait d'éprouver.

Théodose, seul empereur, fut la joie et l'admiration de lout l'univers. Il appuya la religion : il (it taire les hérétiques; il abolit les sacrifices impurs des païens; il corrigea la mollesse, et réprima les dépenses superflues. H avoua humblement ses fautes, et il en fit pénitence (an 390). Il écoula !-aint Ambroise^ célèbre docteur de l'Eglise, qui le reprenait de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours viclorieux , jamais il ne fit la guerre (|ue par nécessité, H lenditles peuples heureux, et mourut en paix (an 395), [)lus illustre par sa foi que par ses victoires. De son temps (ans 38() , 387) , saint Jérôme , prêtre retiré dans la sainte grotte d'^ Bethléem, entrepiit des travaux immenses pour expliciuor TÉcriture , en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir , et composa, sur l'original hébreu, la version de la Bible (jue toute l'Église a reçue sous le nom de f'ut^aic.

L\Mnj)ire, qui paraissait invincible sous Théodose , changea tout à coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient , et llonoi lus l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministies, ils firent seivir leur puissance a des intérêts parti-

LES EPOOLES. 107

culieis. Riitin cl Eulrope, successivement favoris crAicade, et aussi méchanis l'un que l'autre, périrent bientôt (an 399), et les alTaires n'en allèrent pas mieux sous un prince faible. Sa femme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean Chrysostome (an 40/i), patriarche de Conslantinoplc, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent, et tout l'Occident, soutinrent ce grand évêque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des violences de Fimpératrice. L'Occident était troublé par l'inondation des barbares (an 400 et suiv.). Radagaise, Golh et païen, ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne, occupèrent une partie de la (Jaule, et se répandirent dans l'Espagne. Alaiic, roi des Yisigoths, peuples ariens, contraignit Honoiius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occu[)ées par les Vandales. Stilicon, embariassé de tant de barbares , les bat, les ménage, s'entend et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avait dessein d'usurper. Cependant Arcade mourut (an 408), et crut l'Orient si dépourvu de bons sujets , qu'il mit son fils Théodose, âgé de huit ans, sous la tutelle d'isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie, sœur du jeune empeieur, se trouva capable des grandes affaires. L'empiiedc Théodose se soutint par la prudence et par la piété de cette princesse. Celui d'Honorius semblait proche de sa ruine. Il fit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre. La révolte de Constantin , la perle entière de la Gaule et de l'Espagne (an 40ÎJ), la prise et le sac de Rome par les armes d'Alaric et des Visigoths(an 410), furent la suite de la mort de Stilicon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeait qu'à abolir le nom romain; mais, pour le bonheur de l'empire, il prit Placidie, sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il éj)0usa, l'adoucit.

Les Golhs traitèrent avec les Romains (an 413), et s'élal)lirent en Espagne (an 414), en se réservant dans les

108 IIISTOIUK IMVEllîSKLLE.

Gaules les pioviiices qui tiraient vers les Pyrénées. Leur loi Vallia conduisit sagement ces grands desseins. L'EspagiK) montra sa constance; et sa foi ne s'altéra pas sous la doniination de ces aiiens. Cependant les Bourgui,i;nons. p(Mip!(«s germains^ occujjèrent le voisinage du Khiii, (Toù peu a jeu ils gagnèrent le pays qui poiie encore leur non). Les Fiaiics ne s'oublièient pas : résolus de faire de noux eaux efforts pour s'ouvrir les Gaules, ilséle\èrent à la royauté Pliaramond (an 420), fils de Marconiir; etiainonaichie de France, la plus ancienne et la plus noble de toutes celles qui sor.t au monde, commença sous lui.

Le malheureux Honorius mourut (an 423) sruu- cnfanls. et sans pourvoir à l'empire. Théodose nomma em[)ereur (an 424) son cousin Valentinien III, fils de IMacidie et de Constance, son second mari , et le mit durant son bas âge sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice. En ces temps , Célestius et Pelage nièrent le j)éché originel , et la grâce par laquelle nous sonmies chrétiens (ans 412, 413). Malgré leurs dissimulations, les conciles d'Afrique les condamnèrent (an 416). Les papes saint Innocent et saint Zozime, que le pape saint Célestin suivit depuis, autorisèrent la condamnation, et retendirent par tout funivers (an 417). Saint Augustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Eglise par ses admirables écrits. Leméuje Père, secondé de saint Prosper son discip!e, ferma la bouche aux demi-j)élagiens, qui attribuaient le commencement de la justification et de la foi aux seules foices du libre arbitre. Lu siècle si malheureux à Tempire, et où s'éleva tant d'hérésies , ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne fébianla, nulle héréï^ie ne le corrouipit. L'Eglise , téconde en grands honunes , confondit toutes les cireurs. Aj)rès les persécutions. Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs; toutes les histoires et tous lesécrits sont pleins (hv-^ miracles (jue leur S(Toui's imploré, et I(mus tombeaux honorés, opéraient par loule la

LKS ia>()OU':S. 109

IcMTc '. MiçilaïKO, qui s'opposait à des sentiments si reçus {i\n 40G), réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite.

La foi chrétienne s'atTennissait et s'étendait tous les jours; mais rem|)ire d'Occident n en pouvait plus. Attaqué par tant (renneniis, il fut encore afl^ibli par les jalousies de ses généraux. Parles artifices d'Aétius, Bonifacc, comte d'Afri- (jiie, devint suspect à Placidie (an 427). Le comte maltraité lil venir d'Espagne Genseric et les Vandales , que les Gotlis en chassaient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire. L'Église souffrit des maux iiiiinis par la violence de ces ariens, et vit couronner une iiiiinité de martyrs. Deux furieuses hérésies s'élevèrent (an 429): Nestorius, patriarche de Constantinople , divisa la j)ersonne de Jésus-Christ; et vingt ans après, Eutychès, abl)é, en confondit les deux natures. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, s'opposa à Nestorius, qui fut condamné par h, pape saint Célestin (an 430). Le concile d'Éphôse (an 43 1 ), troisième général, en exécution de cette sentence, déposa Xesloiius, et confirma le décret de saint Célestin, que les cvéques du concile appellent leur père dans leur définition-. La sainte Vierge fut reconnue pour mère de Dieu, et la doc- (riiie de saint Cyjille fut célébrée par toute la terre. Théodose, après quelques enjbarras, se soumit au concile, et l)am)it Nestoiius. Eutychès (an 448), (fui ne put combattre (et(e hérésie qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortemert rejeté. Le pape saint Léon le Grand le condamna et le réfuta tout ensemble, par une lettre qui (ut révérée dans tout l'univers. Le concile de Chalcédoine (an 451 ), quatrième général, où ce grand pape tenait la piemière place, autant par sa doctrine que par l'autorité

1 Hier, coiit. Vigil., t. iv, [)arl. ii, col; 282 et scq. Geniiad., de 8;'ri[)t. eccl.

- Tart. n. Coiic. Epli., act i. vS(MiI. dopos. !Sestor., t. ui, Conc. Labl).,

110 iiJSionu: i mm^uselle.

de son siège, a^alllémali^a Eutychès, et Dioscore. paliiarche d'Alexandrie, son {3rotecteur. La lettre du concile à saint Léon fail \oir que ce pape y présidait par ses légats, comme le chef à ses membres ^ L'empereur Marcien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin, et en reçut les décisions avec le même respect. Ln peu auparavant, Pulcliérie l'avait élevé à l'empire en i'épousant. Elle fut reconnue pour impérati'ice après la mort de son frère, qui n'avait |)oint laissé de nls. Mais il fallait donner un maître à l'empiie : la vertu de Alarcien lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodoret, évêque de Cyr, se rendit célèbre; et sa doctrine serait sans tache, si les écrits violents qu il |jublia contre saint Cyrille n avaient eu besoin de trop grands éclaircissements. 11 les donna de bonne foi , et fut compté parmi les évoques oithodoxes.

Les Gaules commençaient a reconnaître les Francs. Aélius les avait défendus contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu ; mais Méro\ée fui plus heureux, et y fil un plus solide établissement, a peu près dans le même temp- que les Anglais, j)euples saxons, occupèrent la Grande-Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent pkîsieui'S royaumes. Cependant les Huns, peuples des Pakis-^Iéolides, desolèient tout l'univers avec une armée immense , sous la conduite d'Attila leur roi , le plus affreux de tous les hommes. Aélius, (jui le défit dans les Gaules, ne put rempécher de ravager rilalie (an 4'o2). Les îles de la mei- Adriatique servirent de retraite à plusieurs contiv sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, j)lus finissant qu' Aélius et que les aimées romaines, se fit respecter pai* ce roi baibare et païen, et sauva Rome du pillage : mais elle y fut exposée bientôt après, jiar les débauches de son empereur Valentinien. Maxime, dont il avait violé la femme,

' llt'lal. S. Syii. CIkiIc «hI Léon. O.mr. pari, m; l. i\, (ol. 837.

Ll'iS KPOOIKS. 111

trouva le moyen de le perdre, en dissimulant sa douleur, et se faisant un méri(e de sa complaisance. Par ses conseils Irompeurs, l'aveugle empereur fit mourir Aétius, le seul rempart de Tempire (an i5i). Maxime, auteur du meurtre, en inspire la vengeance aux amis d' Aétius , et fait tuer l'empe- !eur (an 155). 11 monte sur le trône par ces degrés, et conliaint rimpératrice Eudoxe, tille de Théodose le Jeune, à réj)ouser.

Pour se lirer (le ses mains, elle ne craignit point de se mettre en celles de Genseric. Rome est en proie au barbare : le seul saint Léon l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang : le peuple déchire Maxime, et ne reçoit dans ses maux que cette triste consolation. Tout se brouille en Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, et tomber presque en même temps. Majorien fut le plus illustre (an 456). Avitus soutint mal sa réputation, et se sauva par un évêché(an i57). On ne put plus défendre les Gaules contre Mérovée, ni contre Childéric son fils ; mais le dernier pensa péiii* j)ar ses débauches. Si ses sujets le chassèrent (an 458), un fidèle ami qui lui resta le fit rappeler (an 465). Sa valeur le lit craindre.de ses ennemis, et ses conquêtes s'étendirent bien avant dans les Gaules.

L'empire d'Orient était paisible (an i-74)sous Léon Thracien, successeur de Marcien, et sous Zenon, gendre et successeur de Léon (an 475). La révolte de Basilisque, bientôt opprimé (an 476) , ne causa qu'une courte inquiétude à cet empereur; mais l'empire d'Occident périt sans ressource. Auguste, qu'on nomme Augustule, fils d Oresle, fut le dernier empereur reconnu à Rome; et incontinent après il fut dépossédé par Odoacie, roi des Hernies. C'étaient des peu^ l)les venus du Pont-Kuxin, dont la domination ne fut pas longue. En Orient l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. I! fut le premier des empereurs qui se mêla deiégier les questions de la foi. Pendant que les demieutychiens s'opposaient au concile de Chalcédoine, il publia

112 iiisToiiu: i mnkkskmj:.

(an 482) coiilre le concile son Hénolique, c'est-à-dire, son décret d'union, détesté par les catholiques et condamné par le pape Félix 111 (an 483).

Les Hérules furent bientôt chassés de Rome par Tliéodoric, roi des Ostrogoths, c'est-à-dire, Goths o'.ientaux, qui fonda le royaume d'Italie (ans 490, 491), et laissa, quoique arien, un assez libre exercice à la religion catholique. L'empereur Anastase la troublait en Ov'ieni (an 192). Il marcha sur les pas de Zenon son prédécesseur , et a[)puya les héiétiques (an 493). Par là il aliéna les esprits des j)euples, et ne put jamais les gagner, même en otant des impôts fâcheux. L'Italie obéissait à Théodoric. Odoacie, j)ressé dans Ra\ enne, tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric, outre ITtalie, tenait encore la Provence. De son temps (an 494), saint Benoît, retiré en Italie, dans un désert, commençait, dès ses [)lus tvmdres années, à pratiquer les saintes maximes dont il composa de[)uis cette belle règle (jue tous les moines d'Occident reçurent avec le même resj>ect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile.

Les Romains achevèrent de perdre les Gaules par les vicloires de Clovis, (ils de Cliildéric. 11 gagna aussi sur les Allemands la bataille de Tolbiac (an 49.")), par le \wu i\\\"\\ lit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Gtotilde .-a femme ne cessait de le porter. Elle était de la maison des rois de Bourgogne, et catholi(|ue zélée, encore que sa famille et sa nation fut aiienne. Clovis, instruit |)ar saint Vaast, fut baptisé à Reims, avec ses Français, par saint Rémi, év(^'- (jue de celte ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foicalholi(iue, et méi'ita le tili'e de insrhrriicn à SCS surcesscurs (an 50()). Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric, roi des Visigoths (an 507) ,Tolose * et r/\(|uilaine furent jointes à son nnaume (an 515).

' Niii'Mird'iiiii Idj'oii^c,

Li s r.i'ooi lis. 1 1:^,

Mais la victoire dos Uslioi;ollis i eiupèciia de luiit [)reii(lrc jusqu'aux Pyrénées, et la fin de son régno (ernit la gloii'e des comnienceraenls. Ses quatre enfants partagèrent le l'oyaunie, et ne cessèrent d'cntieprendre les uns sur les autres.

Anastase mourut frappé de la foudre (an 518). Justin, de basse naissance, ujais haljile et lrès-callio!i{jue, fut fait empereur par le sénat. Il se soumit, avec tout son peuple, aux décrets du pape saint Hormisdas, et mit lin aux troubles de l'église d'Orient. De son temps, Boèce, homme célèbre par sa doctrine aussi bien que par sa naissance, et Symmaqueson beau-père, tous deux élevés aux charges les plus érninentes, furent immolés aux jalousies de Tiiéodoric, (jui les soupçonna sans sujet de conspirer contre 1 Etat. Le roi, troublé de son crime , crut voir la tète de Symmaque dans un plat qu'on lui servait, et mouiut quelque temps après (an 5-26). Amalasonte, sa fille, et mère d'Atalaric, qui devenait roi par la mort de son aïeul, est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritait ^i\ naissance; et, contrainte de Tabandonner aux gens de son âge, elle voit .qu'il se perd sans pouvoir y apporter de remède. L'année d'après, Justin mourut (an 527), apiès avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien, compilateur du droit romain (ans 528, 542), et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les Perses (ans 536, 539, 54-1)), défirent les Ostrogoths et les Vandales" (an 534), rendirent à leur maître l'Afric|ue, l'Italie et Rome; mais l'empereur, jaloux de leuigloire, sans vouloir prendi'e part à leurs travaux, les embarrassait toujours plus qu'il ne leur donnait d'assistance.

Le royaume de France s'augmentait. Après une longue guerre , Chili!el)ei't et Clotaire , enfants de Clovis, conquirent le royaume de Bourgogne (an 532), et en même temps immolèrent à leur aml)ilion les enfants niineurs de leur frère

1 1 1 His roinr: i niversetjj:.

Clodomii', dont ils partagèrent entre eux le royanmo. Quelque temps après, et pendant que Bélisaire attaquait si vivement les O.-trogoths, ce qu'ils avai(Mit dans les Gaules fut al)andonnéaux Français. La France s'étendait alors beaucoup au delà du Rliin; mais les partages des princes, qui faisaient autant de royaumes, Fempéchaient d'être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire, la France occidentale, et TAustrasie, c'est-à-dire, la France orientale.

Fa même année Cjue Rome fut reprise par Narsès ( an 553 ), luslinien lit tenir à Constantinople le cinquième concile général, qui conlirma les précédents, et condamna quelques écrits làvoiahles à Nestorius. C'est ce qu'on appelait les trois chapitres, à cause des trois auteurs, déjà morts il y avait long-temps, dont il s'agissait alors. On condamna la mémoire et les écrits de Théodore, évéque de Mopsuesle; une lettre d'Ibas, évoque d'Edesse; et, parmi les écrits de Théodoret, ceux qu'il avait coniposés contre saint Cyrille. Les Livres d'Origène, qui troublaient tout l'Orient depuis un siècle, fui'ent aussi réprouvés. Ce concile, commencé avec de mauvais desseins, eut une heureuse conclusion, et fut reçu du Saint-Siège, qui s'y était opposé d'abord ( an oo5). Deux ans après le concile, Narsès, qui avait ôté Tltalie aux Goths, la défendit contre les Français, et remporta une pleine victoire sur Bucelin, gcnéral des troupes d'Austrasie.

]\Jalgré tous ces avantages, l'Italie ne demeura guère aux empereurs. Sous Justin II, neveu de Justinicn, et après la mort de Narsès, le royaume de Lombardie fut fondé par Alboïn (an 508). Il j)rit Milan et Pavie ( an 570 ) ; Rome et Ravenne S(^ sauvèrent à peine de ses mains ( an 571 ), et les Louibards liient soull'rir aux Romains des maux extrêmes. Rome fut mal secourue par ses empereurs , que les Avares, nation scythique, les Sarrasins, peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres , (ouiiniMil aient de tous côtés en Orient (an 574). .lustin, qui ne croyait que lui-même et

SOS passions, fut toujours battu pnr l(?s Pcmsos et pai- leur roi Cliosroès. Il se troubla de tant de pertes, jnsqirà tomber en frénésie. Sa femme Sophie soutint l'empire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens, et reconnut en mourant (an 579) la malice de ses flatteurs. Après lui, Tibère II, qu'il avaitnomméempereur, réprima les ennemis, soulagea les peuples , et s'enrichit par ses aumôncîs ( an 580 ). Les victoires de Maurice Cappadocien, général de ses armées, firent mourir de dépit le superbe Chosroès (an 5SI ). Elles furent récompensées de l'empire, {|ue Tibère lui donna en mourant, avec sa fille Constantine (an 583 ).

En ce temps, l'ambitieuse Frédégonde, femme du roi Chilpéric 1^'", mettait toute la France en combustion, et ne cessait d'exciter des guerres cruelles entre les rois français.

Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome était affligée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Ci rand fut élevé, malgré lui, sur le siège de saint Pierre ( an 590 ). Ce grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre Tobéissance qui leur est due; console l'Afrique et la fortifie; confirme en Espagne les Yisigoths convertis de l'arianisme, et Recarède le Catholique , qui venait de rentrer au sein de l'Église; convertit l'Angleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessns de tous les rois de la terre ; fléchit les Lombards, sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvaient aider; réprime l'orgueil naissant des patiiarches de Constantinople, éclaire toute l'Eglise par sa doctrine; gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur (jue d'humilité, et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Église n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin (an 597), dans le royaume de Kent, avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'image du gi'and roi notre Seigneur Jésus-Christ, faisaient des vœux solen-

116 iiisioiiii'; i m\i:hsi;li.i;.

uv\> poiii- la (oiux'ir^ion de rAnglelorro '. Saint (nv^i^ii-o, qui les axait emoNés, les instiuisait par des lettres \éiilablenieiU apostoliques, et apprenait à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu fiusait par son ministère - . Berllie , princesse de France , attiia au christianisme le roi Edhilhert son mari. Les l'ois de Fran.ce et la reine Biuneliaut protégèrent la nou\elIe mission. Les évèques de France entrèrent dans cette bonne œu\ le . et (^» furent eux qui, par Tordre du pape, sacrèrent sain! Augustin. Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évoque ( an GOI ) produisit de nouveaux fruits, et l'Église anglicane prit sa foime (anGOi). L'empereur Mauric*^. ayant épiouvé la fidélité du saint poiUife, se coiriuea pai ses avis, (^t reçut de lui cette louange si digne d'un prin("<' dirétien, que la bouche des hérétiques n'osait s'ouvrir- d;' son temps. Ln si pieux empereur fit pourtant une grande faute. Lu nombre infini de Romains périrent entre les mains des barbares, faute d'être rachetés à un écu par tète (an GOI ). On voit, incontinent aj)rès, les remords du i)on empereur; la prière qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutôt qu'en l'autre; la révoUe de Phocas, qui égorge à seyeux toute sa famille ( an G02 ); Maurice, tué le dernier, el ne disant autre chose, |)armi tous ces maux , que ce verset du Psalmiste : ^( Vous êtes juste, o Seigneur! et tous vos » jugements sont droits \ »

Phocas, élevé à l'empire par une action si détestable, tacha de gagner les peuples (hi honorant le Saint-Siège, don! il confirma les pri\ iléges (an GOG). Mais sa sentence était prononcée (an G 10). lîéraclius, proclamé emp-ereur par l'armée d'Afi'ique, nnncha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les débauches nuisent f)lus aux princes (jue les eruanlés ; et Photin. donl il avait debanch ^ la femme, h* li\ i a

' Rcdii, 111^1. Jiiigl.. Iilt. 1. (M|). 2:». — - (;r('u,or.. lit'. i\, opist. i.m:;: ninir lil). m. iiul. i, (>[-. wvin ; t. n , col. 1 Mo. — Ps ■!. ( vui . i :

T.KS KPOQT FS. 1 1 7

à lIcMaclius, qui le lit tuer. La France vit un peu après une Iragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clolaire II, fut immolée à l'ambition de ce prince (an 614); sa mémoire fut déchirée, et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre.

L'empire cependant était désolé. Le roi de Perse Chosroés II, sous prétexte de venger Maurice, avait entrepris de perdre Phocas. 11 poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit Tempereur battu, et la vraie croix enlevée par les intidèles (ans ()iO à 620) ; puis par un retour admirable, Héraclius cinq fois vainqueur, la Perse pénétrée par les Romains, Chosroès tué par son lils, et la sainte croix reconquise. Pendant que la puissance des Perses était si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahomet s'érigea en prophète parmi les Sarrasins (an 622); il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse hégire, d'où les mahométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie, de gré ou de force, et jeta les fondements de l'empire des califes.

A ces maux se joignit (an 629) l'hérésie des monothélites, qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnaissant deux natures en notre Seigneur, n'y voulaient reconnaître qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y voulait rien, et il n'y avait en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachaient leur venin sous des [)aroles ambiguës: un faux amour de la paix leur lit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés. Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius I^»", qui entra avec eux dans un dangereux ménagement (an 633), et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés ^ Pour comble de malheur, quelque temps

^ Ce n'est pas à dire que le pape Honorius ait ménagé le monothé-

118 niSTOIRK rMVKRSKlXE.

après (an G39), rompereur Iloraclius entreprit de décider la question de son autorité , et proposa son Ecthèse ou Exposition, favorable aux monolhéliles; mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna l'Ecdièse (an GiO). Conslanl, petil-lils d'Heraclius, soutint l'édit de son aïeul par le sien, appelé Type (an 648). Le Saint-Siège et le pape Théodore s'op[X)sent i\ cette entreprise; le pape saint Martin L' assemble le concile de Latran, où il anathémalise le Type et les chefs des monothélites (an G49). Saint Maxime, célèbre par tout TOrient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte la cour, infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avaient osé prononcer sur les questions de la foi, et souffre des maux infinis pour la religion catholique (an 650). Le pape, traîné d'exil en exil, et toujours durement traité par l'empereur, meurt enfin parmi les souffrances (an 654) sans se plaindre, ni se relâcher de ce qu'il doit h son ministère. (/Cpendant la nouvelle église anglicane, fortifiée par les

lisme. Les momimenls les plus ;iiillicnti(jiios (Imposent en faveur de sa ronstante orthodoxie. Mais le patriarclie de ConstaïUiuople , Sergius, lui eu avait impose par une lettre artifieieuse. Sergius était l'un des ])ères de cette liéresie. Il avait écrit au pape que son unique but était d'empêcher le trouble et le scandale des faibles^ qui, choqués de l'expression des deux volontés et des deux opérations, pouvaient prendre les lidèles pour des nestoriens. Le souverain [lonlife répondit que d'un autre côté, en ne parlant que d'une oi)ération, on entrait dans l'Eutichianisme, et que le mieux était de laisser de telles questions dans le silence. Si l'on veut étudier répo<iue o»i vivait Honorius , on lui reprochera un peu moins ce ménagement inspiré par l'amour de la paix. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, le pape Honorius ne prétendait pas présenter à l'église une décision doclrinide ; et s'il eut (piel([ne tort, dit Joseph de M^islre , c'est un de ces torts qu'on pourrait appeler administratifs; car s'il mancjua dans cette occasion, il ne manqua qu'aux loif? de \;\ prudence et du gouvernement. 1! calcula mal, si l'on veut: il ne vil pas les suites fàiheuses du moyeu (|u"il crut pouvoir employer. Mais dans tout cela il es! iui(>ossil)l(' de lrou\cr aucune dérogalioirau dogme, aucune cireur théologiiiue. ( Vo/e ihs é.lilcurs.)

LES i:p()()rr:s. i lo

soins dos papes Boniface V et Honorius, se rendait illiislro par toute la terre. î.es miracles y abondaient avec les vertus, comme dans les temps des a poires ; et il n'y avait rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois. Edwin embrassa, avec tout son peuple (an 627), la foi qui lui avait donné la victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisins. Oswald servit d'interprète aux prédicateurs de l'Évangile (an 631), et, renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d être chrétien. Les Merciens furent convertis par le roi de Northamberland Oswin (an 635); leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas, et leurs bonnes œuvi'es furent immenses.

Tout périssait en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion , et inventent des hérésies, les Sarrasins pénètrent l'empire; ils occupent la Syrie et la Palestine (ans 634, 635); la sainte cité leur est assujétie; la Perse leur est ouverte par ses divisions:, et il prennent ce grand royaume sans résistance (an 637). Ils en trent en Afrique (an 647), en état d'en ftiire bientôt une de leurs provinces : l'île de Chypre leur obéit (an 648), et ils joignent, en moins de trente ans, toutes ces conquêtes à celles de Mahomet.

L'Italie, toujours malheureuse et abauflonnée, gémissait sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chasser, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome que pour en piller les trésors (an 663) ; les églises ne s'en sauvèrent pas; il ruina la Sardaigne et la Sicile, et, devenu odieux à tout le monde , il périt de la main des siens (an 668). Sous son fils Constantin Pogonat, c'est-à-dire, le Barbu, les Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie (an 671). Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un miracle (an 672). Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire était accablé, et occupèrent (an 678) cette partie de la

Tlirace appelée depuis Bulgarie, qui était l'ancienne Mysie.

L'église anglicane enfantait de nouvelles églises, et saint Wilfrid, évêque d'York , chassé de son siège, convertit la Frise. Toute l'Église reçut une nouvelle luniière par le concile de Constantinople (an 680), sixième général, où le pape saint Agatlion présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le concile frappa d'analhème un évéque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople, c'està-dire, tous les auteurs de la secte des monothélites, sans épargne)' le pape llonorius, qui les avail m<'na;^és. Après la mort d'Agalhon, qui arriva durant le concile, le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien, entra au concile, à leur exemple ; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut lionoré des mômes titres d'orthodoxe, de religieux, de paciti(jue empereur, et de restaurateur de la religion. Son (ils Justinien II lui succéda, encore enfant (an 685). De son temps, la foi s'étendait et éclatait vers le Xord. Saint Kilien, envoyé par le pape Conon, prêcha TÉvangile dans la Franconie (an 686). Du temps du pape Serge, Ceadval, un des rois d'Angleterre, vint reconnaître en personne l'église romaine, d où la foi avait passé en son île; et, après avoir reçu le baptême par les mams du pape, il mourut (an 689) selon quil l'avait lui-même désiré.

La maison de Clovis était tombée dans une faiblesse déploiable: de fréquentes minoiilés avaient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortaient point, étant majeurs. De là soit une longue suite de rois fainéants, qui n'avaient que le nom de roi, et laissaient tout le pouvoir aux maires du palais. Sous ce litre, Pépin Hérisiel ' gouverna tout (an 693), et éleva sa maison à de plus

LES KPOOLES. 121

hautes espérances. Par son autorité, et après le martyre de saint Vigl3ert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venait d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint Willibroi'd, et d'autres hommes apostoliques, répandirent l'Evangile dans les provinces voisines (an 695).

Cependant la minorité do Justinien s'était heureusement passée : les victoires de Léonce avaient abattu les Sarrasins, et rétabli la gloire de l'empire en Orient (an 694). Mais ce vaillant capitaine, arrêté injustement, et relâché mal à pr()j)os, coupa le nez à son maître, et le chassa (an 696). Ce rebelk* soullrit un pareil traitement de Tibère, nommé Absimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétabh (an 102) fut ingrat envers ses amis, et , en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus ledoutables , qui le tuèrent (au 7 H). Les images de Philippique, son successeur, ne furent l)as reçues dans Rome, à cause qu'il favorisait les monothélites, et se déclarait ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase 11, prince catholique, et on creva les yeux à Philippique (an 713).

En ce temps, les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures; c'est ainsi qu'on appelait les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien , pour venger sa fille, dont Roderic abusait, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi périt; l'Espagne est soumise», et Tempire des Goths y est éteint. L'église d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais comme elle s'était conservée sous les ariens, les mahométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté; mais, dans les siècles suivants, il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs, aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle.

L'empereur Anastase ne dura guère. L'armée força Théodose m à prendre la pourpre (an 715). Il fallut combattre : le nouvel ompei'cur ,u;agna la l)ataille, et x\nastase fut mis dans un monastère. Les Maures, maîlres de l'Espagne, es-

122 IliSlOlUi: LM>LlLSl::iJj;.

pelaient sélendre bientôt au delà des Pyrénées ; mais Cliarles-Mariel , destiné à les réprimer, s'était élevé eu France, et avait succédé, quoique bâtard \ au pouvoir de son père Pépin Hérislel, qui laissa TAustiasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neuslrie [lar la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur.

Les alTaires d'Orient étaient brouillées. Léon Isaurien, préfet d'Orient, ne reconnut pas Théodose, qui quitta (an 716) sans répugnance l'empire, qu'il n'avait accepté que par ibrce, et , retiré à Éphèse, ne s'occupa plus que des véritables grandeurs. Les Sarrasins reçurent de grands coups dulant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement le siège de Constantinople. Pelage, qui se cantonna dans les montagnes d'Asturie (an 718) avec ce qu'il y avait de plus résolu parmi les Goths, après une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume , par lequel ils devaient un jour élie chassés de TEspagne. Malgré les efforts de Tarmée inunense d'iVbdérame, leur général, Cliarles-]\rartel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours (an 72o). Il y périt un nombre infini de ces infidèles, et Abdéiame lui-même y demeura sur la [ilace. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les iMaures, et étendit le royaume jus([u'aux Pyrénées. Alois les Gaules n'eurent presque rien (]ui n'obéît aux Français, et tous reconnaissaient Charles-Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaunie, il régna sous plusieurs rois, qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titie. La jalousie des seigneurs français voulait être ainsi tiompée.

La religion s'établissait en Allemagne (an 723). Le prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évêque par le pape Grégoire II , qui l'y avait envoyé. L'empire était

' N )n |>;is bàlaiil . uiiii;» lils ^Wxur srciMul* cikuisc : niui alU-m , <lit rrédc'gairr. (V^'''' ^'^s éJileurs.)

alors assez paisible; mais Léon y mit le trouble jiour longtemps. Il entreprit de lenverser, comme des idoles, les images de Jésus-Christ et de ses saints (an 726). Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain, évéque deConstanlinople, il agit de son autorité; et, après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus- Christ, qui était posée sur la grande porte de l'église de ( bnstantinople. Ce fut par là que commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire, des brise-miages. Les autres images que les empereurs, les évoques et tous les fidèles avaient érigées, depuis la paix de l'Eglise, dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle, le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Il se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisait à Jésus- Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image retombait sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexte pour prendre Ravenne, résidence des exarques.. On nommait ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyaient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renve!sement des images, mais en même temps il s'opposait aux ennemis de l'empire, et tâchait de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards (an 730), et l'empereur exécuta son décret contre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connaissait de décrets que ceux de l'Église, et soutFrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil, âgé de quatre-vingt-dix ans (an 739). Un peu après (an 740), les Lombards reprirent les armes, et, dans les maux qu'ils faisaient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Chailes-Martel , dont le pape Grégoire II avait imploré l'assistance.

l'2fi HlSTOllU': INIVEUSELLJÎ.

Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appelait dans ces premiers temps le royaume d'Oviède, s'augmentait par les victoires et par la conduite d'Alphonse, gendre de Péla.ue, qui, à l'exeniple de Recarède, dont il était descendu, prit le nom de Catholique. Léon monrut (an 741), et laissa l'empire, au-si bien que l'Église, dans une giande ^iiiitation. Artabaze, préteur d'Arménie, se tit proclamer empereui', au lieu de Constantin Copronyme, fils de Léon , et rétablit les imaf^es. Après la mortdeCharles-Maitel, Luitpiand menaça Rome de nouveau : l'exarchat de Ravenne tut en péril, et l'Italie dut son salut à la prudence du pape saint Zacharie (an 742). Constantin, embarrassé dans l'Orient, ne songeait qu'à s'établir; il battit Artabaze, pritConstantinople(an 743), et la remplit de supplices.

Les deux enfants de Charles-Martel , Carloman et Pépin, avaient succédé à la puissance de leur j)ère : mais Carloman, dégoûté du siècle, au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la vie monastique (an 747). Pai* ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir {)ar un grand mérite, et piit le dessein de s'élever à la royauté. Childéric, le plus njisérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin (an 752), et joignit à la ({ualité de fainéant celle d'insensé. Les Français, dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps à la maison de Charles-Martel , féconde en grands hommes, n'étaient plus embarrassés que du serment (ju'ils axaient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avaient |)rété à leur roi , que lui et ses devanciers semblaient, depuis cent ans, avoir renoncé au droit qu'ils avaient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sur le trône, et le nom de roi fut réuni avec l'autorité. Le pape Etienne III linuva dans 1(^ n()uv(\ui roi (an 7o'V) le même zèle (|U(^ Chai'les-Marlel a\;nl en j)()ur leSaint-Si(''g(» coulre les Loinbnrds.

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