SIXIEME ÉPOQUE
SALOMON , ou LE TE3IPLE ACHEVÉ.
Cinqiiiônio àgc du mondo.
Ce fut environ Tan 3000 du monde, le 488^ depuis la sortie d'Égypie, et, pour ajuster les temps de l'histoire sainte avec ceux de la profane, 180 ans après la prise de Troie, 250 devant la fondation de Rome, et 1 000 ans devant Jésus- Clnist, que Salomon acheva ce merveilleux édifice. Il eu célébra la dédidace (av. J.-C. 1005) avec une piété et une magnificence extraordinaires. Cette célèbre action est suivie des autres merveilles du règne de Salomon ^ qui finit par de honteuses faiblesses. 11 s'abandonne à l'amour des femmes; son esprit baisse, son cœur s'affaiblit, et sa piété dégénère en idolâtrie. Dieu, justement irrité, l'épargne en mémoire de David son serviteur; mais il ne voulut pas laisser son ingratitude entièrement impunie : il partagea son royaume après sa mort, et sous son fils Roboam. L'orgueil brutal de ce jeune prince lui fit perdre dix tribus, que Jéroboam sépara de leur Dieu et de leur roi (av. J.-C. 975). De peur qu'ils ne retournassent au roi de Juda, il défendit d'aller sacrifier au temple de Jérusalem, et il érigea ses veaux d'or, auxquels il donna le nom du dieu d'Israël, afin que le changemcn! parut moins étrange. La même raison lui fit retenir la loi de Moïse, qu'il interprétait à sa mode; mais il en faisait observer presque toute la police, tant civile que religieuse * ; de sorte que le Pentateuque demeura toujours en vénération dans les tribus séparées.
Ainsi fut élevé le royaume d'Israël contre le royaume de Juda. Dans (^elui d'Israël triomphèrent l'impiété et l'idolà-
J m P.og.,xn, 32.
26 TÏTSTOIRF TMVERSFXLE.
Irie. La religion, souvent obscurcie dans celni de Jnda, ne laissa pas de s'y conseiver.
Eln ces temps , les rois d'Egypte étaient puissants. Les (juatre royaumes avaient été réunis sous celui de Tbèbes. On croit que Sésostris, ce fameux, conquérant des Egyptiens, est le Sésac, roi dÉgypte, dont Dieu se servit pour cbàlier l'impiété de Roboam (av. L-G. 974). Dans le règne d'Abiam, iiis de Roboam, on voit la fameuse victoire que la piété de ce piiacc lui obtint sur les tribus scbismatiques. Son fils Asa (av. J.-C. 927), dont la piété est louée dans lÉcriture, y est remarqué comme un homme qui songeait plus, dans ses maladies, au secours de la médecine qu'à la bonté de Dieu '. De son temps, Arari, roi d'Israël, bâtit Samaiie (av. J.-C. 924), où il établit le siège de son royaume. Ce temps est suivi du règne admirable de Josaphat (av. ,L-C. 914), où fleurissent la piété, la justice, la navigation et l'art militaire. Pendant qu'il faisait voir au royaume de Juda un autre David, Achab et sa femme Jézabel, (jui régnaient en Israël, joignaient à riilolàlrie de Jéroboam toutes les impiétés des Gentils (av. J.-C. 899). Ils périrent tous deuK misérablement. Dieu, qui avait supporté leurs idolâtries, résolut de venger sur eux le sang de Nabotli, qu'ils avaient fait mouiir parce (|u'il avait refusé, comme l'oi'donuait la loi de Moïse, de leur vendre à perpétuité lliérilage (lèses pères. Leur sentence leur fut prononcée par la bouche du prophète Élie. Achab fut tué ((uelque temps aj^rès (av. J.-C. 897), malgré les précautions i\\\"\\ prenait pour se sau\er.
Il fa ni placer vers ce lem[)s la fondation de Carlhage (a\ . J.-C. 892), ([ue Didon, venue de Tyr , bâtit en un lieu où , à r(^\em|)le de Tyr. elle pouvait trafiquei" avec avantai;(^, et aspirer à Tempire de la mer. Il est malaisé de mar(]uer le temps où elh^ se forma en ri''|)ublique; mais le mélange
J II i\ir;ili|)'>Mi.. \M. l'J.
LKS l.POQUKS. 27
dos Tyrions et do? Africains fit qu ollo fut tout onsoinl>l(' guerrière et marchande. Les ancfiens liistoriens, qui mettent son origine devant la ruine de ïroie , peuvent faire conjecturer que Didon Tavait plutôt augmentée et fortifiée qu'elle n'en avait posé les fondements.
Les affaires changèrent de face dans le royaume de Juda. Athalie, iille d'Achab et de Jézabel , porta avec elle Timpiété dans la maison de Josaphat (av. J.-C. 888). Joram, fils d'un prince si pieux, aima mieux imiter son beau-père que son père. La main de Dieu fut sur lui. Son règne fut court, et sa fin fut affreuse (av. J.-G. 885). Au milieu de ces chAtiments , Dieu faisait des prodiges inouïs , même en faveur des Israélites, qu'il voulait rappeler à la pénitence. Ils virent, sans se convertir, les merveilles d'Elie et d'Elisée, qui prophétisèrent durant les règnes d'Achab et de cinq de ses successeurs.
En ce temps Homère fleurit % et Hésiode fleurissait trente ans avant lui. Les mœurs antiques qu'ils nous représentent, et les vestiges qu'ils gardent encore , avec beaucoup de grandeur, de l'ancienne simplicité, ne servent pas peu à nous faire entendre les antiquités beaucoup plus reculées , et la divine simplicité de l'Écriture.
Il y eut des spectacles effroyables dans les royaumes de Juda et d'Israël. Jézabel fut précipitée du haut d'une tour, par ordre de Jéhu (av. .l.-C. 884). Il ne lui servit de rien de s'être parée : Jéhu la fit fouler aux pieds des chevaux. Il fît tuer Joram, roi d'Israël, fils d'Achab : toute la maison d'Achab fut exterminée, et peu s'en fallut qu'elle n'entraînât celle des rois de Juda dans sa ruine. Le roi Ochozias , fils de Joram , roi de Juda , et d' Athalie , fut tué dans Samarie avec ses frères , comme allié et ami des enfants d'Achab. Aussitôt que cette nouvelle fut portée à Jérusalem, Athalie résolut de faire mourir tout ce qui restait de la fa-
* Marm. Ariml.
28 HTSTOIRE IMVERSFLLF.
liiille royale, sans épargner ses enfants, et de régner par la perte de tous les siens. Le seul Joas, fils d'Ochozias, enfant encore au berceau, fut dérobé à la fureur de son aïeule. Jézabeth , sœur d'Ocliozias , et femme de Joïada , souverain pontife , le cacha dans la maison de Dieu , et sauva ce précieux reste de la maison de David. Athalie, qui le crut tué avec tous les autres, vivait sans crainte.
Lycurgue donnait des lois à Lacédémone. Il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos, dont il avait suivi les institutions % et d'avoir peu pourvu il la modestie des femmes ; pendant que, pour faire des soldats, il obligeait les hommes à une vie si laborieuse et si tempérante.
Rien ne remuait en Judée contre Athalie : elle se croyait affermie par un règne de six ans. Mais Dieu lui nourrissait un vengeur dans l'asile sacré de son temple. Quand il eut atteint l'âge de sept ans (av. J.-G. 878), Joïada le fit connaître à quelques-uns des principaux chefs de l'armée royale, qu'il avait soigneusement ménagés; et, assisté des lévites, il sacra le jeune roi dans le temple. Tout le peuple reconnut sans peine l'héritier de David et de Josaphat. Athalie, accourue au bruit pour dissiper la conjuration, fut arrachée de l'enclos du temple, et reçut le traitement que ses crimes méritaient.
Tant que Joïada vécut, Joas fit garder la loi de Moïse. Après la mort de ce saint pontife, corrompu par les flatteries de ses courtisans, il s'abandonna avec eux à l'idolAtrie. Le pontife Zacharie, fils de Joïada, voulut les reprendre; et .loas , sans se souvenir de ce qu'il devait à son père , le fit lapider (av. J.-C. 840). La vengeance suivit de près. î/année suivante , Joas, battu par les Syriens , et tombé dans le mépris, fut assassiné par les siens; et Amasias son fils , meilleur (|U(^ lui, fut mis sur le tmne (av. J.-C. 839).
' l'I.il.. (le Hop., lih. vm : «le I..^<r.. lil». r. \rist.. P.>li(.. lili, ii. c. 0.
LES KPOQl ES. 29
Le royaume dlsraël , abattu par les victoires des rois de Syrie et par les guerres civiles, reprenait ses forces sous Jéroboam II (av. J.-C. 825), plus pieux que ses prédécesseurs. Ozias , autrement nommé Azarias , fils d'Amasias , no gouvernait pas avec moins de gloire le royaume de Juda (av. J.-C. 810). C'est ce fameux Ozias, frappé de la lèpre, et tant de fois repris dans l'Écriture, pour avoir en ses derniers jours osé entreprendre sur l'ofîice sacerdotal , et, contre la défense de la loi , avoir lui-même offert de Tencens sur l'autel des parfums. Il fallut le séquestrer, tout roi qu'il élait, selon la loi de JVJoïse ; et Joatham son fils , qui fut depuis son successeur, gouverna sagement !e royaume. Sous le règne d'Ozias, les saints prophètes, dont les principaux en ce temps furent Osée et Isaïe, commencèrent à publier Icui's prophéties par écrit ' et dans des livres particulieis, dont ils déposaient les originaux dans le temple, pour servir de monument à la postérité. Les prophéties de moindre étendue, et faites seulement de vive voix , s'enregistraient, selon la coutume, dans les archives du temple avec Thistoire du temps.
Les jeux. Olympiques, institués par Hercule, et longtemps discontinués, furent rétablis (av. J.-G.77r)). De ce rétablissement sont venues les olympiades, par oii les Grecs comptaient les années. A ce terme finissent les temps que Varron nomme fabuleux, parce que jusqu'à cette date les histoires profanes sont pleines de confusion et de fables ; et commencent les temps historiques, où les affaires du monde sont racontées par des relations plus fidèles et plus précises . La première olympiade est marquée par la victoire de Gorèbe. Elles se renouvelaient tous les cinq ans, et après quatre ans révolus. Là, dans l'assemblée de toule la Grèce, à Pisepremix^rement, et dans la suite à Élide, se célébraient ces fameux combats, où les vainqueurs étaient couronnés
I Osée, I 1 ; ls.,i, l.
30 lUSTOIRE rXlVRRSRLLE.
avec flos ap[)lalu]i^^^onH'llls inrroyal)Io>. Ainsi l(\- oxorciro-; étaient en honneur, et la (irèce devenait Ions les jours plus forte et plus polie. L'Italie était encore presque toute sauvage. Les rois latins de la postérité d'Énée régnaient à Albe. Phul était roi d'Assyrie. On le croit père de Sardanapale, appelé, selon la coutume des Orientaux, Sardan-PuI, c'est-à-dire Sardau, lils de Pluii. On crort aussi que ce PliuL ou Pul , a été le roi de Ninive qui fit pénitence avec tout son peuple, à la prédication de Jonas. Ce prince, attiré par les l)roiiilleries du royaume d'Israël , venait l'envahir (av. J.-C. 771); mais, apaisé par Manahem, il raffermit dans le trône qu'il venait d'usurper par violence , et reçut en reconnaissance un tribut de mille talents. Sous son tils Sardana|)ale, et après Alcma^on. dernier archonte perpétuel des Athéniens, ce peuple, que son humeur conduisait insensiblement a l'état populaire, diminua le pouvoir de ses magistrats, et réduisit à dix ans l'administi-alion des archontes. Le premier de cette sorte tut (Ihaiops. Romulus et Rémus , sortis des anciens rois d'Albe par leur mère llia , rétablirent dans le royaume d'Albe leur grand-père Numitor, que son fière Amulius en avait dépossédé; et incontinent après ils fondèrent Rome, pendant que Joatham régnait en Judée.
SEPTILML KPOOl K.
Il o M r F. T' S , o r u o >i e f o \ n k k.
Celle ville, qui devait être la maîtresse de Tunivei^s, et dans la suite le siège principal de la religion , fut fondée sur la tin (le la troisième année de la sixième olympiade , ï^0 ans environ après la |)rise de Troie, de laquelle les Romains croyaient que leurs ancêtres étaient sortis, et 753 ans devant Jésns-Christ. Romulus, nourri durement avec les bergers, et toujours dans les exercices de la giierre , consacra celte ville au diiMj de la guerre, (juon croyait son j)ère.
LKS KPO(}lKS. M
Vers les temps de la naissance de Rome, arriva, par la mol losse de Sardanapale, la chute du premier empire des Assyriens (av. J.-C. 718). Les Mèdes, peuple belliqueux, animés par les discours d'Arbace , leur gouverneur, donnèrent à tous les sujets de ce prince efféminé l'exemple de le mépriser. Tout se révolta contre lui, et il périt enfin dans sa ville capitale, où il se vit contraint à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques et ses richesses. Des ruines de cet empire on voit sortir trois grands royaumes. Arbace ou Orbace, que quelques-uns appellent Pharnace, affranchit les Mèdes, qui, après une assez longue anarchie, eurent des rois très-puissants. Outre cela, incontinent après Sardanapale, on voit paraître un second royaume des Assyriens (av. J.-C. 747) , dont Ninive demeuia la capitale , et un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes , et sont célèbres dans l'histoire sainte. Le second royaume de Ninive est fondé par Thilgalh ou Theglath, fils de Phalasar, appelé pour cette raison Theglathphalasar, à qui on donne aussi le nom de Ninus le .Teune. Raladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit le royaume de Babylone , où il est connu sous le nom de Nabonassar. De là Fère de Nabonassar, célèbre chez Ptolomée et les anciens astronomes, qui comptaient leurs années par le règne de ce prince. Il est bon d'avertir ici que ce mot d'ère signilie un dénombrement d'années commencé à un certain point que quelque grand événement l'ait remai quer.
Achaz , roi de Juda, impie et méchant, pressé par Razin, roi de Syrie , et par Phacéc , fils de Romélias , roi d'Israël , au lieu de recourir à Dieu, qui lai suscitait ces ennemis pour le punii-, appela Theglathphalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit tout-à-fail celui de Syrie (av. J.-C. 740); mais en même temps il ravagea celui- de Juda, qui avait imploré son assistance. Ainsi les rois cfAssyrie apprirent le chemin
^>2 inSTOîRE IMVERSELLF..
de la Ïerre-Sainle, et en résolurent la conquête. Jls commencèrent par le royaume d Israël , cjue Salmanasar, fils et .successeur de Theglathplialasar, détruisit entièrement (av. J.-C. 721). Osée, roi d*lsra(H, s'était fié au secours de Sabacon , autrement nommé Sua ou Soiis, roi d'Ethiopie, qui avait envahi l'Egypte. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar. Les dix tribus , où le culte de Dieu s'était éteint , furent transportées à Ninive ; et , dispersées parmi les Gentils, s'y perdirent tellement , qu'on ne peut plus en découvrir aucune trace. Il en resta quelquesuns, qui furent mêlés parmi les Juifs, et firent une petite partie du royaume de Juda.
En ce temps arriva la mort de Romulus ( an de Rome 39, av. J.-C. 715). Il fut toujours en guerre, et toujours victorieux ; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa, son successeur, d'achever l'ouvrage. Il forma la religion et adoucit les mœurs farouches du peuple romain. De son temps, les colonies venues de Gorinthe et de quelques autres villes de Grèce, fondèrent Syracuse en Sicile, Cro- (one, Tarente, et peut être quelques autres villes dans celte partie de Tltalieù qui de plus anciennes colonies grec(jues, répandues dans tout le pays, avaient déjà donné le nom de Grande-Grèce.
Cependant Ezéchias, le plus |)ieux et le plus juste de tous les rois après David, régnait en Judée. Sennachérib, fils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une armée immense : elle périt en une nuit par la niain d'un ange (av. J.-C. 710). Ezéchias, délivré dune manière si admirable, servit Dieu, avec tout son peuple, plus fidèlement que jamais. Mais après la mort de ce prince (av. J.-C. 098) et sous son fils Manassès, le peuple ingiat oublia Dieu, et les désordres s'y multiplièrent.
L'état j)opulaiie se formait alors parmi les Athéniens, et ils comm(Mi('èr(Mjl à choisir 1(\< archonles annuels, dont le
Ll'iS KIM)Ol 1:8. '66
[)ren)ier lut Créon (av. J.-C. ()87). Pendant que riujpicté sautïinentait dans le royaume de Juda, la puissance des rois d'Assyrie, qui devaient en être les vengeurs, s'accrut sous Asaraddon, fils de Sennachérib. Il réunit le royaume de Babylone à celui de Ninive (av. J.-C. 681), et égala dans la grande Asie la puissance des premiers Assyriens. Les IMèdes commençaient aussi à se rendre considérables. Déjoces, leur premier roi, que quelques-uns prennent pour l'Arpliaxad nommé dans le livre de Judilh, fonda la superbe ville d'Rcbatane, cl jeta les fondements d'un grand empire. Us l'avaient mis sur le trône, poui' couronner ses vertus et mettre lin aux désordres que l'anarchie causait parmi eux '. (]onduils par un si grand roi, ils se soutenaient contre leurs voisins, mais ils ne s'étendaient pas.
Rome s'accroissait, mais faiblement. SousTullus Hoslilius, son troisième roi, et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces (av. J.-C. 671 ), Albe fut vamcue et ruinée : ses citoyens incorporés à la ville victorieuse, l'aj^randirent et la foi'li fièrent. Romulus avait pratiqué le premier ce moyen d augmenter la ville, où il reçut les Sabins et les autres peuples vaincus. Us oubliaient leur défaite, et devenaient des sujets affectionnés. Home, en étendant ses concjuêtes, réglait sa milice ; et ce fut sous Tullus Hoslilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline, qui la rendit dans la suite maîtresse de l'univers.
Le royaume d'Egypte, affaibli par ses longues divisions, se rétablissait sous Psammitique (av. J.-C. 670). Ce prince, qui devait son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dansTÉgypte, fermée jusqu'alors aux étrangers. A cette occasion, les Égyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs ; et depuis ce temps aussi l histoire d'Egypte, jusquelà mé!ée de fables pompeuses, par l'artifice des prêtres, commence, selon Hérodote '\ à avoir de la certitude. Cependant
' llorud., iil). 1, c. !M). - - llorod., lih. 11, '•. 13i.
34 lUSrOlUE l NIVKUSELJ.E.
les rois d'Assyrie devenaient de plus en plus redoutables à tout rOrient. Saosducliin, fils d'Asaraddon, qu'on croit être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataille rangée Arphaxad, roi des Mèdes, quel qu'il soit (av. J.-C. 6o7). Si ce n'est pas Déjocès lui-même, premier fondateur d'Ecbatane, ce peut être Pliraorte ou Arpraarte, son fils , qui en éleva les niuiailles. Enflé de sa victoire, le superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre (av. J.-C. G56). Dansée dessein il passa TEuplirate, etrava^-ea lout jusqu'en Judée. Les Juifs avaient irrité Dieu, et s'étaient abandonnés à l'idolâtrie, à l'exemple de Manassès; mais ils avaient fait pénitence avec ce prince: Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne, son général, furent tout à coup airétées par la main d'une femme.
Déjocès, quoique batlu par les Assyiiens, laissa son l'oyaume en état de s'accioître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte, son (ils, et Cyaxare, fils de Pliraorte, subjuguaient la Perse, et poussaient leuis con(|uétes dans l'Asie-Mineure jusquesaux boixls de l'ilalis, la Judée vit passer le règne détestable d'Amon, fils de Mana^sès (av. J.-C. GiS) ; et Josias, fils d'Amon, sage dès l'enfance, travaillait à réprrer les désordres causés par fimpiété des rois ses prédécesseurs.
Home, qui avait poui- loi iVncus Marcius (av. J. C. (>il), dom[)tait quchpies Latins sous sa conduite, et conliiiuanl a se faire des citoyens de ses ennemis, elle les lenfermail dans ses murailles. Ceux de Yéies, déjà affaiblis par Honuilus, lircnt de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine, et bâtit la ville d'Ostie à feuibouchure du Tibre. En ce temps, le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar (av. J.-C. G'20). Ce traître, que Chinaladan, autrement Sarac, avait fat général de ses armé(^s contre Cyaxaie, roi desIMèdes, se joignit avec Aslyage, fils de ('yaxaie, prit Chinaladan dans Nini\e, détruisit celte
ij'S j:p(Joi i:s. 35
gran^Je ville si longtemps luailresse de rOrieiil , et se luit sur le trône de son niaîlie. Sous un [)rince si auibitieux, Babylone s'enor^ueiilit.
La Judée, dont l'impiété croissait sans mesure, avait tout à craindre. Le saint roi Josias suspendit pour un peu de temps, par son humilité profonde, le châtiment que son peuple avait mérité; mais le uial s'augmenta sous ses enfants (av. J.-C.OIO). Nahuchodonosor II, [)lu5 ton ibie que son père Nabopolassar, lui succéda (av. J.-C. 6'J7). Ce prince, nourri dansTorgueil et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident ; et Babylone menaçait toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur edét à Tégard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce supei be vainqueur, (|ui la [)iit pai* trois fois : la piemière, au coujinencement de son règne, et à la quatrième année du règne de Joaki'ii , d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone, marqués par le prophète Jérémie' ; la seconde, sous Jéchonias, ou Joachim, tils de Joakim (av. J.-C. 599) ; et la dernière, sous Sénécias, où la ville fut renversée de fond enconjble, le temple réduit en cendre, et le roi mené captif à Babylone, avec Saraïé, souverain pontife, et la meilleure [partie du peuple (av. J.-C. 598). Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes Ézéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes homnjes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, ni les consumer par les flammes.
La Grèce était florissante, et ses sept sages se lendaient illustres. Quelque temps devant la deinière désolation de Jérusalem, Selon, l'un de ces sept sages, donnait des lois aux Athéniens (av. J.-C. 594), et établissait la liberté sur la justice ; les Phocéens d'Ionie menaient à Marseille leur première colonie. Tarquin l'Ancien, loi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane, et orné la ville de
i Jcr('m.,xxv, 11, 12: xxix, 10.
36 iiisroim'; inivjîuselli:.
Rome par des ouvrages uiagniliques, acheva son règne (av. J.-C. o78). De son lenjps, les Gaulois, conduils par Bellovèse, occupèrent dans Tllalie tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse, son frère, nricna bien avant dans la Germanie un autre essaim de la nation (av. J.-C. 5C(>). Servius Tullius, successeur de Tarcpiin, établit le cens, ou le dénombrement des citoyens distribués en certaines classes, par où cette grande ville se trouva réglée comme une famille particulière.
Nabuchodonosor embellissait Babylone, qui s'était enrichie des dépouilles de Jérusalem et de l'Orient. Elle n'en jouit pas long-temps. Ce roi, qui l'avait ornée avec tant de magniticence , vit en mourant (av. J.-C. o62) la perte prochaine de cette superbe ville ^ Son fi!s Évilmerodac, que ses débauches rendaient odieux, ne dura guère, et fut tué par Nériglissor, son beau-frère (av. J.-C. 500), qui usurpa le royaume. Pisistrate usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans duiant, parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissa même à ses enfants. Nériglissor ne put souffrir la puissance des Mèdes, qui s'agrandissaient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant (ju'Astyage, tils de Cyaxare 1, se préparait à la résistance, il mourut, et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II, son tils, appelé par Daniel Darius le Mède. Celui-ci nomma pour général de son armée (av. J.-C. 559) Cyrus, fils de Mandane, sa sœur, et de Cambyse, roi de Perse, sujet à l'empire des Mèdes. La réputation de Cyrus, qui s'était signalé en diverses guerres sous Astyage, son grand-père, réunit la plupart des rois d'Orient sous les étendards do Cyaxare. Il prit, dans sa ville capitale, Crésus, loi de Lydie (av. J.-C. 5i8), et jouit de ses richesses immenses; il dompta les au- Ires alliés des rois de l^abylone, et élendit sa domination non-seulement sur la Syrie, mais encore bien avant dans
' Altyd. ;i|)ii(l Eu-scli. l'i.vp. Ev., lib. i\, r;\\\. Il,
LKS KPOOT KS. 37
rAsio-Mineure (av. J.-C. 543). Enfin, il marcha contre Biibylone : il la prit (av. J.-C. 538), et la soumit à Cyaxare, son oncle, qui, n'étant |)as moins touché de sa fidélité que de ses exploits^ lui donna sa fille unique et son héritière en mariage. Dans le règne de Cyaxare (av. J.-C. 537), Daniel, déjà honoré , sous les règnes précédents , de plusieurs célestes visions où il vit passer devant lui en figures si manifestes tant de rois et tant d'empires, apprit, par la nouvelle révélation, ces Septante fameuses semaines, où les temps du Christ et la destinée du peuple juif sont expliqués. C'était des semaines d'années, si bien qu'elles contenaient quatre cent quatre-vingt-dix ans ; et cette manière de compter était ordinaire aux Juifs, qui observaient la septième année aussi bien que le septième jour avec un repos religieux.
Quelque temps après cette vision, Cyaxare mourut (av. J.-('. 536), aussi bien que Cambyse, père de Çyrus; et ce grand homme, qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscur jusqu'alors, au royaume des Mèdes, si fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer pour la suite de nos époques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne , donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem, et les Juifs dans la Judée.
Il faut un peu s'arrêter en cetendioit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie ancienne, par la difficulté de concilier l'histoire profane avec l'histoire sainte. Vous aurez sans doute, Monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de ce que vous en avez lu dans Justin; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens, ni de ces fameux rois d'Assyrie et de Babylone, si célèbres dans l'histoire sainte; et qu enfin mon récit ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois premières monarchies, de celle des Assyriens, finie en la personne de Sanlanapnle ; de cello des Ah^vles, finie en
38 HISTOIUE [MVEHSELLK.
la personne d Aslyage, grand-père de Cyrus; et de celle des Perses , commencée par Cyrus et détruite par Alexandre.
Vous pouvez joindre à Justin Diodore, avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à TÉcriture.
Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'histoire sainte devaient remarquer en même temps qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs nous ont raconté les actions de Cyrus en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois, outre celle qu'il a suivie*, et il ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus receval)les que les autres. Il remarque encore lui-mênae ^ que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon, qui a été en Perse au service du jeune Cyrus, frère d'Artaxerxès nommé Mnémon , a pu s'instruire de plus près de la vie et de la mort de l'ancien Cyrus, dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays; et, pour peu qu'on soit instruit de Tantiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme % Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si habile capitaine, à Clésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Justin et les Latins ont fait les Giecs ; et plutôt même qu'Hérodote, quoiqu'il soit très-judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que Thistoire de Xénophon, plus suivie et plus vraisemblable en elle-même, a encore cet avantage qu'exile est plus conforme à TEcrilure, qui, par son antiquité et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de TOrient , mériterait d'être préférée à toutes les his-
^ Iloroil., lil>. I , c. 05. — '■ Hciod., lih. i. o. *.M i. ' Hier. iii. T)an.. cap. 5, loin. m. ml. 10<H.
LES EPOQT KS. .'',0
loires grecques, quand d'ailleurs on ne saurait pas qu'elle a été dictée par le Saint-Esprit.
Quant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont éciii la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général , sous le nom des prêtres d'Egypte, que les Grecs ignoraient profondément les antiquités * ; et Aristote a rangé parmi les conteurs de fables ^ ceux qui ont écrit les Assyriaques.
C'est que les Giecs ont écrit tard , et que , voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus, qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable , sans se trop soucier de la vérité.
Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Car a[)rès qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paraître sur le théâtre les Mèdes , et puis les Perses; comme si les Mèdes avaient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis 'en ruinant les Mèdes.
Mais, au contraire, il paraît certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapale , il ne fit que les affi'anchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès •'; et, selon la supputation des plus habiles chronologistes, l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d'ailleurs constant, par le témoignage unifoime de ce grand historien et de Xénophon % pour ne point ici parler des autres, que, durant les temps qu'on attribue à l'empire des Mèdes, il y avait en Assyrie des rois très-puissants que tout l'Orient redou-
1 Pljjt., iii Tim. — ^ Aristot., Polit., lil). v, cap. 10.
•• Hcrotl., lib. t, c. 96.
'' Horod.. lib, i; Xonopli., Cyrop,, lib. v, vî, ol<\
/iO HlSrOTRF. ( NTVKUSMLLK.
tait, et dont Cyrns abatlit lempirc par la prise de Bah\ lone.
Si donc la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis, ne parlent point de ces rois babyloniens; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite; enfin si nous ne voyons presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Teglathphalasar, Salmanasar, Sennacliérib, Nabuchodonosor, et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dan^ les histoires orientales, il le faut attribuer ou à l'ignorance des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recherches , ou à la perte que nous avons faite de ce quïl y avait de plus recherché et de pkis exact dans leui'S histoires.
En effet, Hérodote avait promis une histoire particulière des Assyriens \ que nous n'avons pas, soit qu'elle ait été perdue, ou (ju'il n'ait pas eu le temps de la faire; et on peut croire d'un histoiien si judicieux qu'il n'y aurait pas oublié les rois du second empire des Assyriens , puisque même Sennacliérib, qui en était l'un, se trouve encore nommé dans les livres que nous avons de ce grand auteur-, comme loi des Assyriens et des Arabes.
Sirabon, qui vivait du temps d'Auguste, rapporte ' ce (|ue>[égaslhène. autour ancien el voisin d(^s temps d' Alexandre, avait laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabucjiodonosor, roi des ( .haldéens , à qui il fait traverser l'Euro[)e, pénétrer l'Espagne, et porter, ses armes jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Élien nomme Tilgamus roi d'Assyrie % c'est-à-dire sans diliiculté le Tilgath ou le Teglath de l'histoire sainte ; et nous avons dans Ptolomée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires, parmi lesquels se voit une longue suite de rois d'Assyrie inconmis auK Grecs, el (]u'il est aisé d'accorder avec l'Iiisloire sacrée.
i Herod., lib. i, c. lOG, 181. — - Herod., hb. n, c. 141.
^ Stnb.. lib. xv, iiiit. — ' f.liati., Hist. Anim., lib. \n , r. 'il
ij<:s i-;i>()(^)i i<:s. m
Si je voulais rapporter ce que nous racoutenl les annales des Syriens, un Bérose, un Abydénus, un Nicolas de Damas, je ferais un trop long discours. Joseph et Eusèbe de Césarée nous ont conservé les précieux fragments de tons ces auteurs ^, et d'une infinité d'autres qu'on avait entiers de leurs temps, dont le témoignage confiraie ce que nous dit l'Écricure sainte touchant les antiquités orientales, et en particulier touchant les histoires assyriennes.
Pour ce qui est de la monarchie des Mèdes, que la plupart des historiens profanes mettent la seconde dans le dénombrement des grands empires, comme séparée de celle des Perses, il est ceilain que TÉcriture les unit toujours ensemble; et vous voyez, Monseigneur, qu'outre l'autorité des livres saints , le seul ordre des faits montre que c'est à cela qu'il faut s'en tenir.
Les Mèdes avant Cyrus , quoique puissants et considérables, étaient effacés par la grandeur des rois de Babylone. Mais Cyrus ayant conquis leur royaume par les forces réunies des Mèdes et des Perses , dont il est ensuite devenu le njaître par une succession légitime, comme nous l'avons lemarqué après Xénophon , il paraît que le grand empire dont il a été le fondateur a du prendre son nom des deux nations : de sorte que celui des Mèdes et celui des Perses ne sont que la même chose, quoique la gloire de Cyrus y ait fait prévaloir le nom des Perses.
On peut encore penser qu'avant la guerre de Babylone, les rois des Mèdes, ayant étendu leurs conquêtes du côle des colonies grecques de l' Asie-Mineure, ont été pai* ce moyen célèbres parmi les Grecs, qui leur ont attribué l'empire de la grande Ai^ie, parce qu'ils ne connaissaient qu'eux: de tous les rois d'Orient. Cependant les rois de Ninive et de Babylone, |)lus puissants, mais plus inconnus à la Grèce,
1 .losoph., Ant., lil). ix , c. ult., et lil), x, c. 11 , lii), i, coiit, A|»i< jiy Elise!)., Pra'p, E^Hl!4,^, (ih, ix.
là inSKJllU*: l M> KKSJXIJÎ.
ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'Iiistoires grecques ; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Cyrus a été donné aux Mèdes seuls.
Ainsi , il ne faut plus tant se donner de peine à concilier en ce poinl l'histoire profane avec Tliisloire sacrée. Car quant à ce qui regarde le premier loyaume des Assyriens, lEcrilure n'en dit qu'un mot en passant, et ne nomme ni Ninus , l'ondateur de cet empire , ni , à la réserve de Phul . aucun de ses successeurs , parce que leur histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds Assyriens, la plupart des Grecs ou les ont entièrement ignorés, ou, ])()ur ne les avoir pas assez connus, ils les ont confondus avec les premiers.
Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois [)remières monarchies, et (|ui font succéder les Mèdes à Tancien empire d'Assyrie , sans parler du nouveau, que l'Écriture fait voir si puissant, il n'y a qu'à lépondre qu'ils n'ont point connu cette pai tiède Ihisloire, et qu'ils ne sont pas moins contraires aux plus cuiieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation, qu'à l'Écriture.
Et, ce qui tianche en un mot toute la dilliculle, les auteurs sacrés, plus voisins par les temps et i)ar les lieux des l'oyaumes d'Orient, écrivant d'ailleurs l'histoire d'un peuple dont les aifaiies sont si mêlées avec celles de ces gi-ands empires, quand ils n'auraient que cet avantage, pourraient faire taire les Grecs et les Latins , qui les ont suivis.
Si toutefois on s'obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois premières monarchies, et que, ])Our garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné, on veuille leur assujétir les rois de Babylone, en avouant toutefois qu'après environ cent ans de sujétion ceux-ci se sont affranchis par une révolte, on sauve en quelque façon la suite de Ihisloire sainte, mais on ne s'accorde guère avec les meilleurs historiens iH'ofanes , auxquels riiisloire sainte est |>lus favo-
LES ÉPOQIjES. 43
l'able en ce qu'elle unit loujoui'S Tempire des Mècles à celui des Perses.
Il reste encore à vous découvrir une des causes de l'obscurité de ces anciennes histoires : c'est que comme les rois d'Orient prenaient plusieurs noms, ou, si vous voulez, plusieurs titres , qui ensuite leur tenaient lieu de nom propre, et que les peuples les traduisaient ou les prononçaient différemment , selon les divers idiomes de chaque langue , des histoires si anciennes, dont il reste si peu de bons mémoires, ont dû être par là fort obscurcies. La confusion des noms eu aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes et dans les personnes ; et de là vient la peine qu'on a de situer ^ dans l'histoire grecque les rois qui ont eu le nom d'Assuéius, autant inconnu aux Grecs que connu aux Orientaux.
Qui croiiait, en efl'et, que Cyaxare fût le même nom que Assuérus, composé du mot Aj:, c'est-à-dire, seigneur, et du moUoeare, qui revient manifestement à Axuérus, ou Assuérus? Trois ou quatre princes ont porté ce nom, quoi- (ju'ils en eussent encore d'autres. Ainsi il n'y a nul doute (jue Daiius le Mède ne puisse avoir été un Assuéius ou (lyaxai'e; et tout cadre à lui donner un de cesdeuv noms. Si on n'était a\eili que Nabuchodonosor, Nabucodrosor et Nabocolassar, ne sont que le même nom ou que le nom du même homme, on aurait peine à le croire; et cependant la chose est certaine. C'est un nom tiré de Nabo , un des di(}ux (jueBabylone adorait, et qu'on insérait dans les nonis des rois en ditférentes nianières. Sargon est Sennachérib; Ozias est Azarias; Sédécias est Mathanias; Joachas s'appelait aussi Sellum; on croit que Soiïs ou Sua est le même que Sabacon, loi d'Ethiopie ; Asaraddon, qu'on prononce indifféremment Esar-tladdon ou Asorhaddan, est nommé Asénaphar par les Culhéens "^ ; on croit que Sardanapale est le
' De iiieltrc A \vuv place exacte, - 1 1 s II , IV, 2, 10.
f^^ iustoikl: l.mmîkselle.
même que quelques historiens onl nommé Sarac; et, par une bizarrerie dont on ne sait point l'origine :, ce même roi se trouve nommé par les Grecs Tonos-Concoléros. Nous avons déjà renjarqué que Sardanapale était vraisemblablement Sardan, tils de Pliul ou Pul. Mais qui sait si ce Pul ou Pliul, dont il (ist pai'lé dans l'histoire sainte \ n'est pas le ménic que Phalasar? Car une des manières de varier ces noms était de les abréger, de les allonger, de les terminer en diveises indexions, selon le génie des langues. Ainsi Teglath-Phalasar, c'est-à-dire, Tegiathiils de Phalasar, pourrait être un des fils de Plinl, qui, plus vigoureux que son tVère Sardanapale, aurait conservé une partie de 1 empire qu'on aurait ôlé à sa maison. On pourrait faire une longue liste des Orientaux dont chacun a eu, dans les histoires, plusieurs noms différents : mais il suffit d'être instruit en général de cette coutume. Elle n'est pas inconnue aux Latins, parmi lesquels les titres et les adoptions ont multiplié les noms en tant de sortes. Ainsi , le titre d'Auguste et celui d'Africain sont devenus les noms propres de César Octavien et des Scij)ions; ainsi les Néions onl été Césars. La chose n'est pas douteuse, et une plus longue discussion d'un fait si constant est inutile.
Pour ceux qui s'étonneront de ce nombie infini d'années que les Égyptiens se donnent eux-mêmes, je les renvoie à Hérodote, qui nous assure précisément, comme on vient de voir, que leur histoire n'a de ceititude que depuis le temps de Psammitique % c'est-à-diie, six à sept cents ans avant Jésus-Christ. Que si Ton se trouve embarrassé de la durée que le commun donne au premier empire des Assyriens , il n'y a qu'à se souvenir qu'Hérodote l'a réduite à cinq cent vingt ans \ et (ju'il est suivi par Denys d'Halycarnasse, le j)lus docte dos historiens, et par Appien. Et ceux qui, après
' 1\ lu'i^-., \\, i',>. I l'.iiiilij».. V. ->().— - Herod., lib. ii, c. i:»i. Lili. I, c. \K>,
LES ÉFO<^lji:S. 45
loulcela, se trouvent trop resserrés dans la supputation ordinaire des années , pour y ranger à leur gré tous les événements et toutes les dates qu'ils croiront certaines, peuvent se mettre au large tant qu'il leur plaira dans la supputation des Septante, que l'Église leur laisse libre, pour y placer à leur aise tous les rois qu'on veut donner à Ninive , avec toutes les années qu'on attribue à leur règne , toutes les dynasties des Égyptiens, en quelque sorte qu'ils les veulent arraiigei", et encore toute l'iiistoire de la Chine, sans même attendre, s'ils veulent, qu'elle soit plus éclaircie.
•le ne prétends plus, Monseigneur, vous embarrasser, dans la suite, des diflicultés de chronologie, qui vous sont très-peu nécessaires. Celle-ci était trop impoitante pour ne la pas éclaircir en cet endroit; et, après vous en avoir dit ce qui sutïit à notre dessein, je reprends la suite de nos époques.
HLUTIÈME ÉPOQUE.
Sivionu' ;'ii;r du moiuJc.
Ce fut doue ^18 ans après la fondation de Home, o3() ans avant Jésus-Christ, api'ès les soixante-diK ans de la captivité de Babylone, et la môme année (|ue Cyrus fonda l'empire des Perses, que ce piince, choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple et le restaurateur de son temple, mit la main à ce grand ouvrage. Incontinent après la publication de son ordonnance, Zorobabel, accompagné de Jésus (ils de Josédec , souverain pontife , ramena les captifs , qui rebâtirent l'autel , et posèrent les fondements du second temple. Les Samaritains, jaloux de leur gloire, voulurent prendre part a ce grand ouviage; et, sous prétexte quils adoraient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux, ils j)rièient
/j6 UlSTOlllb; L M\J!:nSJ:LLE.
Zorobabel de leur jiermettre de rebâtir avec lui le temple de Dieu '. Mais les enfanls de Juda, qui délestaient leur culte mêlé, rejetèrent leur proposition (av. J.-G. 535 ). Les Samaritains iirités traversèrent leur dessein par toute sorte d'artilices et de violences.
Environ ce temps , Servius Tullius , après avoir agrandi la ville de Rome, conçut le dessein de la mettre en république. Il périt au milieu de ces pensées, par les conseils de sa iille et par le commandement de Tarquin le Superbe, son gendre ( av. J.-C. 533 ). Ce tyran envahit le royaume, où il exerça, durant un long temps, toute sorte de violences.
Cependant l'empire des Perses allait croissant : outre ces provinces immenses de la grande Asie, tout ce vaste continent de TAsie inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes turent assujélis; lÉgypte, si jalouse de ses lois, reçut les leurs (av. J.-C. lj%')). La conquête s'en fit par Cambyse, fils de Cyrus. Ce brutal ne survécut guère a Smerdis son frère, qu'un songe ambigu lui lit tuer en secret (av. J.-C. Ijîi ). Le mage Smerdis légna (juelque temps sous le nom de Snjerdis, frère de Cainbyse; mais sa fouibc fut bientôt découverte. Les sept principaux seigneurs conjurèrent contre lui, et Tun d'eux fut mis sur le tiône (av. J.-C. 541 ). Ce fut Darius, fils dHystaspe, qui s'appelait dans ses inscriptions le meilleur et le mieux fait de tous les hoinmes". Plusieurs mai'ques le font reconnaître poui- l'Assuérus du livre d'Esther, quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de son règne, le temple fut achevé, après diverses interruptions causées par les Samaritains \ Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuples, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Samarie.
C'est du temps de Darius que commence la liberté de Rome et d'Athènes, et la grande gloire de la (irèce. Har-
1 1 Esdi , IV, 2, 3. — 2 Hen.rl.Jil.. IV, c. Ul.— ' 1 EmIi . v, m.
LES JiPOQLES. til
modius et Aristogiton, Athéniens, délivrent leur paysd'Hipparque, fils de Pisislrate, et sont tués par ses gardes ( av. .f.-C. o13 ). Hippias , frère d'Hipparque, tache en vain de se soutenir. 11 est chassé (av. J.-C. 510 ): la tyrannie des Pisistratides est entièrement éteinte. Les Athéniens affranchis dressent des statues à leurs libérateurs, et rétablissent l'état populaire. Hippias se jette entre les bras de Darius, qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce , cl n'a plus d espéiance qu en sa protection. Dans le temps qu'il fut chassé , Rome se délit aussi de ses tyrans. Tarquin le Superbe avait rendu par ses violences la royauté odieuse; l'impudicité deSexte, son fils, acheva de la détruire. Lucrèce déshonorée se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Les rois furent bannis, et l'empire consulaire fut établi suivant les projets de Servius Tullius; mais il fut bientôt affaibli pai" la jalousie du peuple. Dès le premiei* consulat, P. Valérius, consul, célèbre par ses victoires, devint suspect à ses citoyens ; et il fallut, pour les contenter, établir la loi qui permit d'appeler au peuple, du sénat et des consuls, dans toutes les causes où il s'agissait de chcitier un citoyen.
LesTarquins chassés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent leur bannissement comme une injure faite à tous les rois; et Porsena, roi des Glusiens, peuples d'Étrurie, prit les armes contre Rome (av. J.-C. 507 ). Réduite à l'extrémité, et presque prise, elle fut sauvée par la valeur d'Horatius Codés. Les Romains firent des prodiges pour leur liberté : Scévola, jeune citoyen, se brûla la niain qui avait manqué Porsena; Clélie, une jeune fille, étonna ce prince par sa hardiesse; Porsena laissa Rome en paix, et lesTarquins demeurèrent sans ressource. Hippias, pom* qui Darius se déclara, avait de meilleures espérances (av. J.-C. 500). Toute la Perse se remuait en sa faveur, et Athènes était menacée d'une grande guerre. Durant que Darius en faisait les préparatifs, Rome, qui s'était si bien défendue
/|8 JUSTOIKK LMVEUSELLi:.
contre les étrangers , pensa péiir par elle-même : la jalousie s'était réveillée entre les patriciens et le peuple; la puissance consulaire , quoique déjà modérée par la loi de P. Valérius, parut encore excessive à ce peuple trop jaloux de sa liberté. II se retira au mont Avenlin (av. J.-C. 493) : les conseils violents lurent inutiles; le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa; njais il fallut trouver des tempéraments, et donner au peuple des tribuns pour le défendre contre les consuls. La loi qui établit cette nouvelle magistrature fut appelée la loi sacrée; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple.
Darius avait enfin éclaté confie la Grèce. Son gendre Mardonius, après avoir traversé l'Asie, croyait accabler les Grecs par le nombre de ses soldats : mais Miltiade défit celle armée immense dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens (av. J.-C. 490). Rome battait tous ses ennemis aux environs., et semblait n'avoir à craindre que d'elle-même. Coriolan, zélé patiicien, et le plus grantl de ses capitaines, chassé, malgré ses services, par la faclion populaire, médita la ruine de sa patrie (av. J.-C. 489), mena les Yolsques contre elle, la réduisit à l'extrémité , et ne put être apaisé que j)ar sa mère ( av. J.-C. 488 ).
La Grèce ne jouit pas long-temps du repos que la bataille de Marathon lui avait donné. Pour venger l'aflront de la Perse et de Darius, Xerxès, son fils et son successeur, et petit-fils de Cyrus par sa mère Atosse, attaqua les Grcc^ avec onze cent mille combattants ( d'autres disent dix-sept cent mille ), sans compter son armée navale de douze cents vaisseaux. Léonidas, loi de Sparte, qui n'avait que trois cents honjines, lui en tua vingt mille au passage des Tliernjopyles, et périt avec les siens (av. J.-C. 480). Par les conseils de Thémislocle, Athénien , Tarniee navale de Xerxès est défaite la même année , près de Salamine. Ce prince i:(*pas^e rilellospunt aN(x: liiiveur: (A . un an après (a\ . J.-C.
i.KS r.nooi Ks. /iO
M\) ). hon nuiJOiMle terre, que Mardonins commandai! , est (aillée en pièces, auprès de Platée, par Pausanias, roi de Lacédcmor.e, et par Aristide, Athénien, appelé le Juste. La bataille se donna le malin; et le soir de cette fameuse journée, les Grecs Ioniens, qui avaient secoué le joug des Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycale, sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats , leur dit que Mardonius venait d'être défait dans la Grèce. La nouvelle se trouva véritable, ou par un effet prodigieux de la renommée, ou plutôt par une heureuse rencontre ; et tous les Grecs de l'Asie-Mineure se mirent en liberté. Cette nation remportait partout de grands avantages; et un peu auparavant les Carthaginois, puissants alors, furent battus dans la Sicile, où ils voulaient étendre leur domination, à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis défaire de nouveaux desseins sur une île si commode à leur assurer l'empire de la mer, que leur république affectait. La Grèce le tenait alors; mais elle ne regardait que l'Orient et les Perses.
Pausanias venait d'affranchir l'île de Chypre de leiu^ joug (av. .L-C. 477), quand il conçut le dessein d'asservir son pays. Tous ses piojets furent vains, quoique Xerxès lui promît lout : le haître fut trahi par celui qu'il aimait le plus, et son infâme amour lui coûta la vie (av. J.-C. 474). La même année, Xerxès fut tué par Artaban, son capitaine des gardes \ soit que ce pertide voulût occuper le trône de son maître, ou qu'il craignît les rigueurs d'un prince dont il n'avait pas exécuté assez promptement les ordres cruels. Artaxerxe à la Longue-Main, son fils, commença son règne, et reçut peu de temps après une lettre de Thémistocle, qui, proscrit par ses citoyens, lui offrait ses services contre les Grecs ( av. J.-C. 473 ). il sut estimer, autant qu'il devait,
5 Vrist., PoliL. jih. v, eap. 10,
50 ÏITSrOIPj: l MVERSFXLK.
un capitaine si renommé, et lui lit un grand élablissomont, malgré la jalousie des satrapes. Ce roi magnanime protégea le peuple juif' (av. J.-C. 467 ); et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémoral)le, il permit à Néliémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles' (av. J.-C. 454 ). Ce décret d'Artaxerxe diiïére de celui de Cyrus, en ce (]ue celui de Cyrus regardait le temple, et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret priva par Daniel^ et marqué dans sa prophétie^ , les quatre cent quatre-vingt-dix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de solides fondements.
Le bannissement de Thémistocle est placé, dans la Chronique d'Eusèbe, à la dernière année de la 76« olympiade, qui revient à l'an 280 de Rome. Les autres chronologistes le mettent un peu au-dessous : la difTérence est petite, et les circonstances du ten)i)s assurent la date d'Eusèbe. Elles se tircMit de Thucydide, historien très-exact; et ce grave auteur, contemporain presque aussi bien que concitoyen de Thémistocle , lui fait écrire sa lettre au commencement du règne d'Artaxerxe '. Cornélius Nepos, auteui' ancien, et judicieux autant qu'élégant, ne veut pas qu'on doute de cette date après l'autorité de Thucydide ' ; raisonnement d'autant plus solide, qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Charon de Lampsaque, cité par Plutarque'; et Plutarque ajoute lui-même que les Annales, c'est-à-dire, celles de Perse, sont conformes à ces deux auteurs. 11 ne les suit pourtant pas, mais il n'en dit aucune laison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus lard le règne d'Aitaxerxe ne sont ni du tem[)s, ni d'une si grande autorité. 11 paraît donc indubitable (ju'il en faut placer le commencement vers la tin
1 I Esdr., v'U vîu. -- 2 1 Esdr.,1, I. VI, 3; Il Esdr. , lî, I. 2. —
D.in., IN, 'i:». — ' Tlmcyil., lil). i. — • Corn. N('|)., in Tliomisr.. c. 0, — ^ Plut u'q.. in rliomist.
ij':s K[>ooi ES. :)i
(lo la 70*' ol ympiaile , et approciiant do rannoo 280 de Rome, par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la lin de la 8 h' olympiade, et environ l'an 300 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d'Ar- (axerxe, pour concilier les auteurs , sont réduits à conjecturer que son père l'avait du moins associé au royaume quand Thémistocle écrivit sa lettre; et, en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible.
Après le décret à'Artaxerxe , les .Tuifs travaillèrent à rétablir leur ville et ses murailles, comme Daniel l'avait prédit *. iNéhémias conduisit l'ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains, des Arabes et des Ammonites. Le peuple fit un elTort, et Eliasib, souverain poulife, l'anima par son exemple.
Cependant les nouveaux magistrats qu'on avait donnés au peuple romain augmentaient les divisions de la ville; et Rome, formée sous des rois, manquait des lois nécessaires à la bonne constitution d'une république. La réputation de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires, excita les Romains a se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des députés ( av. J.-C. 452 ), pour recherche]- les lois des villes de Grèce , et surtout celles d'Athènes, plus conformes à l'état de leur république. Sur ce modèle, dix magistrats absolus, qu'on créa l'année d'après sous le nom de décemvirs, rédigèrent les lois des Douze Tables, (jui sont le fondement du droit romain. Le peuple, ravi de ré([uilé avec laquelle ils les composèient , leur laissa empiéter le pouvoir suprême, dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements, par l'intempérance d'Appius Clodius , un des décemvirs , et par
' Dan.. Tx, 25.
:>2 IIISIOIRK l MVFRSKLrF.
lo meuilre de Virginie (av. J.-C. 4i9), que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée à la passion d'Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce réveilla le peuple romain, et les décomvirs furent chassés.
Pendant que les lois romaines se formaient sous les décemvirs, Esdras, docteur de la loi . et Néhémias, gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réformaient les abus, et faisaient observer la loi de Moïse, qu'ils observaient les premiers '. Un des pi'incipaux articles de leur réformalion fut d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres, à quitter les femmes étrangères qu ils avaient épousées contre la défense de la loi.
Esdras mit en ordre les livres saints, dont il fit une exacte révision :, et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pour en composeï* les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta Thistoirede son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine celte longue histoire que Moïse avait commencée, et que les auteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite.
Pendant qu'Esdras et Néhémias faisaient la dernière parlie de ce grand ouvrage, Hérodote, (pie les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençait à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de Thistoiie grecque; et (piand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham , enfermait déjà quinze siècles. Hérodote n'avait gaide de parler des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée; et les (irecs n'avaient besoin d'être informés que des peuples que la guerre , le commerce ou un grand éclat leur faisait connaître. La Judée, qui commençait à
^ 1 F.sdr., IX, X. Il Hsdr., xiu. Dont., xxin, '^.
LF.S KPOOl KS. 5:;
j)oinc à se l'elovor de sa inino, n'attirait ï)as les regards. (]e (lit dans des temps si malheureux que la langue hél)iîiï(iue commença à se mêler de langage clialdaïque, qui était celui de Babylone durant le tem[)s que le peuple y fut caplif; mais elle était encore entendue, du tem[)s d'Esdras, de la plus grande partie du |)euple, comme il paraît par la leclure qu'il fit faire des livres de la loi « hautement et in- » (elligiblemenl en présence de tout le peuple, hommes et » femmes en grand nombre, et de tous ceux qui pouvaient » entendre, et lout le monde entendait pendant la lecture ^ . » Depuis ce temps peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité , et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens, les Juifs apprirent la langue chaldaïque, assez approchante de la leur, et qui avait presque le même génie. Cette raison leur lit changer Tancienne tigiuT des lettres hébraïques, et ils écrivirent l'hébreu avec les lettres des Chaldéens, plus usitées parmi eux, et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux langues voisines, dont les lettres étaient de même valeur, et ne différaient que dans la figure. Depuis ce temps on ne trouve l Ecriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaï- (jues.
J'ai dit que l'Écriture ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Mais on a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains, un Pentateuque en anciens caractères hébraïques tels qu'on les voit dans les médailles et dons tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuque n(i diffère en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu1l y a un endio't falsifié en faveur du culte public^ que les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi sur la montagne de Carizim , près de Samarie , comme les Juifs soutenaient que c'était dans Jérusalem. Il y a encore quelques différences , mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre
' Il Kstir., viii , :J, (1, s.
Vi lUSTOIRK rXTVFRSF.LLE.
autio^ Knsèboet saint Jérôme, ont vu cet ancien Penlalon- (|ne sainarilain ; et qu'on trouve , dans celui que nous avons, tous les caractères de celui dont ils ont parlé.
Pour entendre parfaitement les antiquités du |)euple de Dieu, il faut ici en peu de mots faire Thistoire des Sanmrilains et de leur Pentateuque. 11 faut pour cela se souvenir (ju'après Salomon (av. J.-C. 97o), et en punition de ses excès sous Roboam, son fils Jéroboam sépara dix Iribus du royaume de Juda, et forma le royaume d Israël . dont la capitale fut Samarie ( av. J.-C. 92i ).
Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, et rejeta toutes les Écritures faites depuis David et Salomon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont 1 un avait préparé le temple, et Tautre l'avait construit et dédié.
Rome fut fondée Tan du monde .S^oO; et Ironle-lrois ans après, c'esl-à-dire, fan du monde 3'2S3, les dix tribus scliismatiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les gentils.
Sous Asaraddon, roi d'Assyrie, les (aithéens fiuent envoyés pour habiter Samarie ' ( av. J.-C. 677 ). C'étaient des peuples d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du dieu du pays, c'est-à-dire, les observances de la loi de Moise. ^lais leur pi étie ne leur donna que les livres de ^loise dont les dix tribus révoltées avaient conservé la vénération, sans y joindre d'autres livres saints, pour les raisons (jue Ton vient de voir.
Ces ])euplos ainsi instruits ont touj(nus persisté dans la haine (jue les dix tribus avaient contre les Juifs; et lorsque Cyrus permit aux .luifs de rétablir le temple de Jérusalem ( av. J.-C. 'V,]'-')). le- Samaritains traversèrent autant quils pu-
' 1\ Pu'i!:., \Mi. 'ii. I l-sdr.. \\\ 'i.
ront lenrdossein \ on faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, sons prétexle qn'ils adoraient le Dion d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le oulte avee eoini do leurs ftiussos divinités.
Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorsqu'ils rebâtissaient leur ville sous la conduite de Noho- ]nias; et les deux nations furent toujours ennemies.
On voit ici la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaïquos. Ils n'avaient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Esdras leur grand docteur, puisqu'ils les avaient en exécration : c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi qu'il a élé dit.
Alexandre leur jiormit de bâtir le lemple de Gari/im (av. J.-C. 333 ). Manassès, frère de Jaddus, souverain ponlife des Juifs, qui embrassa le schisme des Samaritains, olv tint la permission de bâtir ce temple; et c'est apparemment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne ditférant d'avec les Juifs qu'en ce qu'ils le voulaient servir, non point dans Jérusalem, comme Dieu l'avait ordonné, mais sur le mont Garizim.
On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Penlateuque, l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne était bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.
La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenaient que leur temple de Garizim devait être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fnt émue doNant Ptolomée Philométor, roi d'Egypte. Les Juifs, qui avaient poui- eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solennel ^
Los Samaiilains, qui durant la persécution d'Antiochus
' I E^(]^., IV, '2. ;î. — •• Jo.ç. \nL, lil». \iii , rap. 0. ;il. .*{.
( av. .I.-C. 167 ) Ql dos rois de Syrie se joigoirent toujours à eux contre les Juifs, furent subjugués par Jean Hircan, Ijls de Simon , qui renversa leur temple de Garizim ( av. J.-C. 130 ); mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il était bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.
De là vient que, du temps de Jésus-Christ, on voit encore les Samaritains attachés au même culte, et condamnés par Jésus-Christ * .
Ce peuple a toujours subsisté depuis ce temps-là , en deux ou trois endroits de l'Orient. Un de nos voyageurs la connu, et nous en a rapporté le texte du Pentateuque qu'on appelle Samaritain, dont on voità présent Tantiquité; et on entend parlaitemenl toutes les raisons pour les(]U(^lles il est demeuré en rélat où nous le voyons.
Les Juifs vivaient avec douceur sous Taulorité d'Arlaxerxe. Ce prince, réduit parCimon, fils de Miltiade, généial des Athéniens, à faire une paix honteuse, désespéra de vaincre les Grecs par la force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédénioniens. Ces deux peuples, jalouv lun de l'autre, partagèrent toule la Grèce. Périclès, Athénien, commença la guerre du Péloponèse (av. J.-C. 431 ), durant laquelle Théramène, Thrasybule et Alcibiade , Athéniens, se rendent célèbres. Brasidas et iMyndare, Lacédémoniens, y meurent en combattant pour leur pays. Celte guerre dura vingt-sept ans, et finit à lavanlage de I.acédémone, qui avait mis dans son parti Darius, nommé le Bâtard, fils et successeur d'Arlaxerxe. Lysandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens, prit Athènes (av. J.-C. 40i)* et en changea le gouvernenient (av. }. (]. iOI ). .Mais la Perse s'aperçut bientôt qu'elle avait rendu les Lacédémoniens trop puissants. Ils soulinient le jeune Cyrus
' .Io;iH.. IV, *i3.
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dans sa icvolle coiitic AilaxcMxe, son aîné, appelé Mncinoii à cause de son excellente mémoire, (ils et successeur (le Darius. Ce jeune prince , sauvé de la prison et de la moil par sa mère Parysatis, songe à la vengeance, gagne les satrapes par ses agréments infinis, traverse l'Asie-Mineure, va présenter la bataille au roi, son frère, dans le cœur de son empire, le blesse de sa piopre main, et, se croyant trop tôt vainqueur, |)éiit par sa témérité. Les dix mille Grecs (|ui le servaient font cette retraite étonnante, où commandait à la fin Xénopbon, grand philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire. Les Lacédémoniens continuaient à attaquer l'empire des Perses, qu'Agésilas, roi de Sparte, fit trembler dans l'Asie-Mineure ( av. J.-G. 396 ) ; mais les divisions de la Grèce le rappelèrent en son pays.
En ce temps la ville de Yéies , qui égalait presque la gloire de Rome, après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès, fut prise par les Piomains sous la conduite de Camille. Sa générosité lui lit encore une autre conquête. Les Falis(iues qu'il assiégeait se donnèient à lui ( av. J.-C. 394 ), toucliés de ce qu'il leur avait renvoyé leurs enfants, qu'un maître d'école lui avait livrés. Rome ne voulait pas vaincre par des trahisons, ni profiter de la perfidie d'un lâche, qui abusait de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après, les Gaulois Sénonois enti'èrent en Italie, etassiégèrent Clusium ( av. J.-C. 391 ). Les Romains perdirent contre eux la fameuse bataille d'Allia (av. J.-C. 390 ). Leur ville fut prise; et brûlée. Pendant ([u'ils se défendaient dans le Capitole, leurs affaires furent rétablies par Camille, qu'ils avaient banni, Les Gaulois demeurèrent sept mois maîtres de Rome ; et, appelés ailleuis par d auties affaires, ils se retirèrent chargés de butin '.
Durant les brouilleries de la Grèce, Epaminondas, Thél)ain , se signala j)ar son é(juité et par sa modération , au-
^ l*olyl>., lil). 1 , c. 0; lib. w , e. 18, U2.
58 ilfSTOlUK l MNEJISELLK.
tant que par ses victoires (av. J.-C. 371 ). On remaiciue qu'il avait (30ur règle de ne mentir jamais, même en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernièies années de Mnémon et dans les premières d Oclius. Sous un si grand capitaine, les Thébains sont victorieux , et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine comjnence avec Philippa, père d'Alexandre le Grand ( av. J.-C. 359 ). Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils , rois de Perse , et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitait dans Athènes Téloquence de Démosthène , puissant défenseur de la liberté, ce prince, victorieux durant vingt ans, assujétit toute la Grèce, où la bataille de Cliéronée, qu'il gagna (av. J-C. 338) sur les Athéniens et sur leurs alliés, lui donna une puissance absolue. Dans cette fameuse bataille, pendant qu'il rompait les Athéniens, il eut la joie de voir Alexandre, à Tage de dix-liuit ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipline d'Épaminondas, et entre autres la troupe Sacrée, qu'on appelait des Amis, qui se croyait invincible. Ainsi maître de la Grèce, et soutenu par un fils d'une si grande espérance, il conçut de plus hauts desseins, et ne médita rien moins que la ruine des Perses, contre lescpiels il fut déclaré capitaine-général (a\. J.-C. 337). Mais leur perte était réservée à Alexandre. Au milieu des solennités d'un nouveau mariage, Philippe fut assassiné (av. J.-C. 330) par Pausanias, jeune honnne de bonne maison, à qui il n'avait pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua dans la même année Arsès, roi de Perse, et fit régner à sa place Darius, fils d'Arsame, surnommé Codomanus. 11 njérite, par sa valeur, qu'on se range à l'opinion, d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille loyale. Ainsi deux rois courageux commencèrent ensemble leur règne, Darius, fils d'Arsame, et Alexandre, fils de Philippe, Ils se regardaient d'un œil jaloux , et semblaient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'alleiinir avant (]ue
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trciilreprendre son lival. Il vengea la mort de son pèic; il dompta les peuples rebelles qui méprisaient sa jeunesse; il battit les Grecs, qui tentèrent vainement de secouer le joul', et ruina Tlièbes (av. J.-C. 335), oii il n'épargna que la maison et les descendants de Pindare, dont la Grèce adniiiait les odes. Puissant et victorieux, il marche après tant d'exploits à la tête des Grecs ( av. J.-C. 334 ) contre Darius, qu'il défait en trois batailles rangées (av. J.-C. 333 et 331 ), entre triomphant dans Babylone et dans Suse ( av. J.-C. 330), détruit Persépolis, ancien siège des rois de Perse, pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes ( av. J.-C. 327 ), et vient mourir à Babylone, âgé de trente-trois ans (av. J.-C. 324 ).
De son temps Manassès , frère de Jaddus, souverain [)onlife, excita des brouilleries parmi les Juifs. Il avait épousé la fille de Sanaballat, Samaritain, que Darius avait fait satrape de ce pays (av. J.-C. 333 ). Plutôt que de répudier cette étrangère, à quoi le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus \ oulaient l'obliger, il embrassa le schisme des Samaritains. Plusieurs Juifs, poui' éviter dépareilles censuie.^, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de balir un temple près de Sanïarie, sur la montagne de Garizim , que les Sanjaritains croyaient bénite, et de s'en faiie le [)ontilè. Son beau-père, très-accrédité auprès de Darius, l'assuia delà protection de ce prince, et les suites lui furent encore plus favorables. Alexandre s'éleva : Sanaballat quitta son maître, et mena des troupes au victorieux durant le siège de Tyr ( av. J.-C. 332 ). Ainsi il obtint tout ce qu'il voulut; le temple de Garizim fut bâti, et l'ambition de xManassès fut satisfaite. Les Juifs, cependant, toujours fidèles aux Perses, refusèrent à Alexandre le secours qu'il ieui* demandait. Il allait à Jérusalem, résolu de se venger; mais il fut changé à la vue du souverain pontife, qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs revêtus de leurs habits de cérémonie, et précède.^ de tout le peuple habillé de blanc. On lui montra
()0 IlISJOlJlh l MMJlSiiLLL.
des propliétiei qui prédisaient ses victoires : c'était celles de Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes, et ils lui gaidèrent la même fidélité qu'ils avaient toujours gardée aux rois de Perse.
Durant ces conquêtes, Rome était aux mains avec les Samnilcs ses voisins ( a\ . L-C. :i2() ), et avait une j)eine extrême à les réduire, malgré la valeur et la conduite de Papirius Cursor, le plus illustre de ses généraux.
Après la mort d'Alexandre, son empire fut partage. Pcidiccas, Ptolomée fils de Lagus, Antigonus, Séleucus, Lysimaquc, Antipater et son fils Cassander, en un mol tous ses capitaines, nourris dans la guerre sous un si grand con- (juérant, songèrent à s'en rendre maîtres par les armes : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre, son frère (av. J.-C. 318), sa mère ( av. J.-C. 3IG), ses liMumes , ses enfants ( av. J.-C. 811 ) , et jusqu'à vses sœurs ; on ne vit que des batailles sanglantes et d'eti'royables révolutions. Au milieu de tant de désoidres. plusic^irs peuples de rVsie-Mineure et du voisinage s'atTrancliirent , et foi mêlent les royaumes de Pont, de Bitliynie et de Pergame. La bonté du pays les rendit ensuite riches et puis>anis. L'Ai'ménie secoua aussi dans le mêiue temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Les deux Mitliridate, père et tils, fondèrent celui de (^appadoce. Mais les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées alors furent celle d'Egypte fonilee (av. J -l'. 323 ) par Ptolomée fils de Lagus, d'où viennent les Lagides; et celle d'Asie ou de Syrie fondée (av. J.-C. 312 ) par Séleucus. d'oii viennent les Séleucides. Celle-ci comprenait, outre la Syrie, ces vastes et riches provinces de la Haute-Asie, qui com[)Osaient Tempire des Peises : ainsi tout l'Orient reconnut la Grèce, et en ajîprit le langage. La Grèce elle-même était opj)rimée par les capitaines d'Alexandre. La .Macédoine, son ancien n)yaum(\ (jui donnait des maître> à TOricnt, était en pro:e au premier venu, Les enfants de Cas-
j.i:s i«:i»o(U i';s. ol
sander se ('liassèreiit les uns les auties de ce royaume. l\vrrlius, roi des Épirotes , qui en avait occupé une partie (av. }.-{]. 296), fut chassé par Déniétrius Poliorcète (av. J.-C. 294), fils d'Antigonus, (ju'ii chassa aussi à son tour (av. J.-C. *i89); il est lui-iuéme chassé encore une fois pai' Lysiniaque ( av. J.-C. 28G ), et Lysinmque par Séleucus ( av. J.-C. 281 ), (jue Ptolomée Céraunus, chassé d'Egypte [)ar son père Ptolomée I, tua en traître malgié ses bienfaits ( av. J.-C. 280 ). Ce perfide n'eut pas plutôt envahi la Macédoine, (ju'il fut attaqué par les Gaulois, et périt dans un coîubat (ju'il leur donna (av. J.-C. 279 ). Durant les troubles de rOrient, ils vinrent dans T Asie-Mineure, conduits par leur roi Brenuus, et s établirent dans la Gallo-Grèco ouGalalie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jeîèrent dans la Macédoine, qu'ils ravagèrent, et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes (av. J.-C. 278). Cette nation remuait partout, et partout elle était malheureuse. Quelques années devant l'aflaire de Delphes ( av. ]M]. 28H), les Gaulois d'Italie, (jue leurs guerres continuelles et leurs victoiies fiécjuentes rendaient la terreur des Romains, furent excités contre eux: par les Samnites, les Brutiens et lesÉtruriens '. Ils remportèrent d'aboi'd une nouvelle victoire, mais ils eu souillèrent la gloire en tuant des ambassadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux, les défont, entrent dans leurs terres, où ils fondent une colonie, les battent encore deux fois, en assujétissent une partie, et réduisent l'autre à demander la paix ( av. J.-C. 282 ).
Après que les Gaulois d'Oiient eurent été chassés de la Gièce (av. J.-C. 277 ), Antigonus Gonalas, fils de Démétrius Poliorcète, qui régnait depuis douze ans dans la Grèce, mais fort peu paisible, envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus était occupé ailleurs. Chassé de ce roN.ui-
^ Puly!».. lil». Il, cap. l'U.
62 HiSTOlKI-: l MMaiSiaLE.
me, il espérci de contenter sou ambition par la conquête de ritalie, où il fut appelé par lesTarentins (av. J.-C. 280). La bataille que les Romains venaient de gagner sur eux et sur les Samnites ne leur laissait que cette ressource. H remporta contie les Romains des victoires qui le ruinaient ( av. J.-C. 279 ). Les éléphants de Pyrrhus les étonnèrent; mais le consul Fabrice tit bientôt voir aux Romains que Pyrrhus pouvait être vaincu. Le roi et le consul semblaient se disputer la gloire de la générosité, plus encore que celle des armes : Pyrrhus rendit au consul tous les prisonniers sans rançon, disant qu'il fallait faire la guerre avec le fei', et non point avec l'argent; et Fabrice renvo^a au roi son pertide médecin qui était venu lui offrir d'empoisonner sou maître (av. J.-C. 278).
En ces temps, la religion et la nation judaïcjue commei\cent à éclater parmi les Grecs. Ce peuple, bien traité par les rois de Syrie, vivait tranquillement selon ses lois. Antiochus, surnommé le Dieu, peiit-lils de Séleucus, les répandit dans r Asie-Mineure, d'où ils s'étendirent dans la Grèce, et jouirent partout des niémes droits et de la ménie liberté (|ue les autres citoyens '. Ptolomée lils de Lagus les avait déjà établis en Egypte. Sous son lils Ptolomée Philadelphe ( av. J.-C. 277 ), leurs Écritures furent tournées en grec, et on vit paraître cette célèbre version appelée la version des Septante. Celait de savants vieillards qu'Éléazar, souverain pontife, envoya au roi, qui les demandait. Quelques-uns veulent qu'ils n'aient Iraduit que les cinq livres de la loi. Le reste des livres sacrés pouriait, dans la suite, avoir été mis en grec poui* l'usage des Juifs lépandus dans rÉgyple et dans la Grèce ' , où ils oublièrent non-seulement leur- ancienne langue, qui était l'hébreu, mais encore le chaldéen, que la captivité leur avait a[)pris. Ils se tirent im
' Joseph., Anl., lil>. xii , c. 3.
- Joseph., Aiiliii., lib. i, Pructni., ol lih. xii . c. 2.
LKS JlPOOI J':S. 63
grec mêlé d'hébrarèiiies , (jii'on appelle le langage hellénistique : les Seplante et tout le Nouveau-Testament est écrit en ce langage. Durant celte dispersion des Juifs, leur temple tut célèbre par toute la terre, et tous les rois d'Orient y |)résentaient leurs offrandes.
LOccident élait attentif à la guerre des Romains et de Pyirlius. Enfin ce roi fut défait parle consul Curius (av. J.-C. 275 ), et repassa en Épire. Il n'y demeura pas longtemps en repos, et voulut se récompenser sur la Macédoine des mauvais succès d'Italie. Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique , et contraint d'abandonner à Pyrrhus tout le reste du royaume ( av. J.-C. 274 ). Il reprit cœur pendant que Pyrrhus^, inquiet et ambitieux, faisait la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens. Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos en même temps par deux cabales contraires , et par deux portes différentes. Il se donna dans la ville un grand combat : une mèie, qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'il avait blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre ( av. J.-C. 272). Antigonus, défait d'un tel ennemi, rentra dans la Macédoine, qui, après ([uelques changements, demeura paisible à sa famille. La ligue des Achéens l'empêcha de s'accroître. Celait le dernier rempart de la liberlé de la Grèce, et ce fut elle qui en produisit les derniers héros avec Aratus et Philopœmen. Les Tarentins, que Pyrrhus entretenait d'espérance, appelèrent les Carthaginois après sa mort. Ce secours leur fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et les Samnites leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, furent forcés à subir le joug des Romains. Tarente les suivit de près; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'ïlalie furent subjugués. Les Gaulois, souvent battus, n'osaient lemuer.
Après quatre cent quatre-vingts ans de guerre , les Romains se virent les maîtres en Italie, et commencèrent à
6U iiisioiin; i mm;i;si;lli:.
regarder les affaires du dehors ' : ils entrèreiil en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur Noisinage par les concjuètes qu'ils faisaient dans la Sicile, doù ils venaient d'entreprendre sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tarentins. La république de Carthage tenait les deux côtés de la nier Méditerranée. Outre celle d'Afrique , qu'elle possédait presque tout entière , elle s'était étendue du côté d'Espagne par le détroit. Maîtiesse de la mer et du commerce, elle avait envahi les îles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avait peine à se défendre , et Tltalie était menacée de trop près pour ne pas craindre. De là les guerres puniques (av. .T.-C. 26i' ), malgré les traités, mal observés de part et d'autre. La premièie a|)piit aux Romains à combattre sur la mer ( av. J.-C. 2G0 ). Us furent maîtres d'al)ord dans un art qu'ils ne connaissaient pas; et le consu! Duilius, qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire, et aborda en Afrique, où il eut à combattre ce prodigieux serpent, contre lequel il fallut enj|3loyer toute son armée. Tout cède : Carthage, réduite à l extrémité, ne se sauve (jue par le secours de \anti{)pe, La.cédémonien. Le généial romam est battu et pris ( a\ . J.-C. 255 ); mais sa |)rison le rend plus illustie que ses victoires. Renvoyé sur sa jjaiole, poui* njenagei* l'échange des prisonniers, il vient soutenir dans le sénat la loi qui ôtait toute espérance à ceux qui se laissaient prendre, et retourne à une mort assurée.
Deux épouN antables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura long-temps douteuse entre les deux peuples, et les Romains furent piéts à céder : mais ils réparèient leur Hotte. Lue sinile bataille décida, et le consul Lulatius aduna la guerre ( av. .L-C. *iil ). Carlhagi» fut obligée a J>ayer (ribul . et a (juilliM". a\ec la Sicile, toutes
J IV.Ivl».; lil». I. V. I?; lib. u, V. I.
Ips îIos (jiii (Maiont ontre la Sicilo ot ritalio. Los Romains goiinèrent cette île tout entière , à la réserve de ce qu'y tenait Hiéron, roi de Syracuse, leur allié '. Après la guerre achevée, les Carthaginois pensèrent périr par le soulèveinent de leur armée. Ils l'avaient composée, selon leur coulume, de troupes étrangères, qui se révoltèrent pour leur paye. Leur cruelle domination fit joindre à ces troupes mutinées presque toutes les villes de leur empire ; et Carthage, étroitement assiégée, était perdue sans Amilcar surnommé l^arcas. Lui seul avait soutenu la dernière guerre. Ses citoyens lui durent encore la victoire qu'ils remportèrent sur les rebelles ( av. J.-C. 238 ) : il leur en coûta la Sardaigne , (jue la l'évolte de leur garnison ouvrit aux Romains ^ De peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, ('arthage céda malgié elle une île si importante, et augmenta son tribut. Elle songeait à rétal)Iir en Espagne son empire ébianlépai' la révolte : Amilcar passa dans cette j)rovince, avec son lils Annibal , âgé de neuf ans, et y mourut dans une bataille ( av. J.-C. 230). Durant neuf ans qu'il \ ht la guerre, avec autant d'adresse que de valeur, son fils se foiinait sous un si grand capitaine, et tout ensemble il concevait une haine implacable contre les Romains. Son allié Asdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y hklit Carthage la Neuve, qui tenait l'Espagne en sujétion.
Les Romains étaient occupés dans la guerre contre Teuta, reine dillyrie, qui exerçait impunément la piraterie sur toute la côte. Enflée^ du butin qu elle faisait sur les Grecs et sur les Epirotes, elle méprisa les Romains et tua leur ambassadeur. Elle fut bienKM accabh'ie ( av. J.-C. 229) : les Romains ne lui laissèrent qu'une petite partie de TlHyiie, et gagnèi^ent l'île de Corfou (av. J.-C. "228), que celte reinç
' Poiyi)., lih t , p. (»*2, fi3; lih. fi, r. 1. ■ l»n|yl»., lih. t, ('. 7U, M;», M^4.
66 HISTOIRE IMVFRSEIXK.
i\\i\\[ ii?nrpéo. IIjî se liront alors respecter on Grèce par une solennelle ambassade, et ce fut la première fois qu'on y connut leur puissance.
Les grands progrès d'Asdrubal leur donnaient de la jalousie; mais les Gaulois d'Italie les empêchaient de pourvoir aux affaires deTEspagne'. Il y avait quaranle-cinqans qu'ils demeuraient en repos. La jeunesse qui s'élail élevée durant ce temps ne songeait plus aux pertes passées, et commençait à menacer Rome '. Les Romains , pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal, qui promit de ne passer point au delà de TÈbre. La guerre entre les Romains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d'autre (av. J.-C. 2i4) : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins; tous furent battus, ('oncolitanus, un des rois gaulois, fut pris dans la bataille; Anéroostus, un autre roi, se tua lui-même. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la première fois , résolus d'ôter aux Gaulois les environs de ce fleuve, dont ils étaient en possession depuis tant de siècles. La victoire les suivit partout : Milan fut pris; pres(jue tout le pays fut assujéti. En ce temps Asdrubal mourut (av. J.-C. 220) ; et Annibal, quoiqu'il n'eût encore que vingtcinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on |)révit la guerre. r.e nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter TEspagne, sans aucun respect des traités. Rome alors écouta les plaintes de Sagonte son alliée ( av. ,L-C. 219). Les ambassadeurs romains vont à Carlhage. Les Carthaginois rétablis n'étaient plus d'humeur à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sanlaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté, leur tenaient au cœur. Ainsi la faction qui voji- Init qu'on abandonnât Annibal se trouva faible. Ce général songeait à tout. De secrètes ambassades Tavaienl assun* des Gaulois d'Italie, (jui, rrétant plus en élal de rienen-
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Iropit^ndro par leurs propres forces , embrassèrent celle occasion de se relever. Annibal traverse l'Èbre, les Pyrénées, toule la Gaule Transalpine, les Alpes, et tombe comme en un moment sur Tltalie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues font croire que Rome allait tomber (av. J.-C. 218 ). La Sicile prend le parti du vainqueur (av. J.-C. 217). Hiéronyme, roi de Syracuse, se déclare contre les Romains (av. J.-C. 216) : presque toute ritalie les abandonne ( av. J.-C. 215 ); et la dernière ressource de la république semble périr en Espagne avec les deux Scipions (av. J.-C. 212). Dans de telles extrémités, Rome dut son salut à trois grands hommes. La constance de Fabius Maximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires , faisait la guerre en retj-aite ( av. J.-C. 2 1 i ), fui un rompait à sa patrie, Marcellus, qui fit lever le siège de Noie et prit Syracuse (av. J.-C. 212 ), donnait vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome, qui admirait ces deux grands hommes , crut voir dans le jeune Scipion quelque chose déplus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'on avait qu'il était de race divine, et qu'il conversait avec les dieux. A l'âge de vingtquatre ans (av. J.-C. 211 ) il entreprend d'aller en Espagne, où son père et son oncle venaient de périr : il attaque Car- Ihage la Neuve ( av. J.-C. ilO), comme s'il eut agi par inspiration, et ses soldats l'emportent d'abord. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain : les Carthaginois lui quiUent lEspagne ' ( av. J.-C. 20G ) ; à son abord en Afrique, les rois se donnent à lui; Carthage tremble à son tour, et voit ses armées défaites ( av. J.-C. 203 ) ; Annibal, victorieux durant seize ans , est vainement rappelé, et ne peut défendra sa patrie; Scipion y donne la loi (av. J.-C. 202); le nom d'Africain esl sa récompense; le peuple
' On (lirait aujonrd'liiii lui iihandonneiît.
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romain, ayant ahaltu les Gaulois et les Africains, no voit plus rien à craindre, et combat dorénavant sans péril.
An milieu de la première guerre punique, Théodote, gouverneur de la Bactrienne, enleva mille villes à Antiochus appelé le Dieu (av. .l.-C. 250), tils d'Antiochns Soter, roi de Syrie. Presque tout l'Orient suivit cet exemple. Les Parllies se révoltèrent sous la conduite d'Arsace, chef de la maison des Arsacides, et fondateur d'un empire qui s'élendit peu à peu dans toute la haute Asie.
].es rois de Syrie et ceux d'Egypte, acharnés les uns contre les autres, ne songeaient qu'à se ruiner mutuellement, ou par la force, ou parla fraude. Damas et son territoire, qu'on appelait la Cœlé- Syrie, ou la Syrie basse, et (jui confinait aux deux royaumes, fut le sujet de leurs guerres ; et les affaires de l'Asie étaient entièrement séparées de celles de l'Europe.
Durant tous ces temps, la [)hilosophie florissait dans la (iièce. La secte des philosophes Italiques, et celle des loni- (pies, la I emplissaient de grands hoïumes, parmi lesquels il se mêla beaucoup d'extravagants, à qui la (irèce curieuse ne laissa pas de donner le nom de philosophes. Du temps de Cyrus et de Camb\se, Pythagore commença la secte Italique dans la Grandc-(irèce, aux environs de Naples. A peu près dans le même tem[)S, Thaïes Milésien foima la secte loni(juc. Delà sont sortis ces grands philosophes, Heraclite, Démocrile, Empédocle, Parménides; Anaxajore, (|ui lui })(Mi avant la guerre du Péloponèse lit voii- le monde constrir.t par un esprit éternel ; Socrale , qui un peu après rame::a la [)hilosophie à l'étude dos bonnes niœurs, et fui le père de la philosophie moiale; Platon, son disciple, chef de l'Académie; Aristote, disciple de Platon, et précepteur d'Alexandre, chef des péiipatéliciens; sous les successeurs d'Alexandre. Zenon, nonimé C-ittien, d'une \ill(^ de l'île de Chypre où il était né, chef des stoïciens, et Epicnie, Alliénien. ch(*r (l(N philosoplios rjiii |uhI(miI son
LFS r-POQIES. GO
nom, si loiitofois on peut nommer philosophes ceux cpii niaient ouvertement la Providence, et qui .^ ignorant ce (me c'est que le devoir, définissaient la vertu par le plaisir. On peut compter parmi les plus grands philosophes Hippocrate, le père de la médecine, cpii éclata au milieu des autres dans ces heureux temps de la Grèce. Les Romains avaient dans le même temps une auti'e espèce de philosophie, rpii m) consistait point en disputes ni en discours, mais dans la fru galilé, dans la pauvreté, dans les travaux de la vie rusti- (jue, et dans ceux de la guerre, oii ils faisaient leur gloire de celle de leur patrie et du nom romain : ce qui les rendit enfin maîtres de l'Italie et de Carlhage.
scn»io\ , or cautuace vaincte.
[.'an 552 de la fondation de Rome, environ ^ioO ans après celle de la monarchie des Perses, et 202 ans avant Jésus- (Ihrist, Cartilage fut assujétie aux Romains. Annibal ne laissait pas sous main de Umu' susciter des ennemis partout où il pouvait; mais il ne fit qu'entraîner tous ses amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la sienne. Par les victoires du consul Flaminius (av. J.-C. 108), Philippe, roi de Macédoine, allié des Carthaginois, fut ahatlu; les rois de Macédoine réduits à l'étroit, et la Grèce affranchie de leur joug (av. J.-C. 196).
Les Romains entreprirent de faire périr Annibal, qu'ils trouvaient encore redoutable après sa perle. Ce grand capilaiîie, réduite se sauver de son pays (av. J.-C. 195), remua rOrienl contre eux, et attira leurs armes en Asie. Par ses puissants raisonnements, x\nliochus, sui'uommé le Grand, roi de ï^vrie, devint jaloux de leur puissance, et leur fit la i^UiMMV (av. J.-C. 193); n)nis il ne suivit pa^, en la faisant,
70 iiisroiiii i MM:iisi-:i.Li..
les ( ons('il> (1 AmiihiMl, (jiii I y iiNiùl tiîgai^é. Balln [>;u' irior et |jar terre, il reçut la loi que lui imposa le consul Lucius Scipio, frère de Scipion l'Africain, et il fut renfermé dans le mont Taurus. Annibal, réfugié chez Prusias, roi de Bithynie, échappa aux Romains par le poison (av. J.-C. 182). Ils sont redoutés par toute la terre, et ne veulent plus souffrir d'aulie puissance (jue la leur. Les rois étaient obligés de leur donner leurs enfants pour ôlage de leur foi. Antiochus, depuis appelé l'Illustre ou Épiphane, second fils d'Antiochus le Grand, roi de Syrie, demeura long-tem[)S à Rome en celte qualité ; mais sur la fin du règne de Séleucus Philopator, son frère aîné, il fut rendu (av. J.-C. 176); elles Romains voulurent avoir à sa place Démélrius Soter, fils du roi, alors âgé âp dix ans. Dans ce conti'e-lcmj)s, Séleucus mourut; et Antiochus usui'pa le royaume sur son neveu (av. J.-C. 175). Les Romains étaient applicjués aux affaires d(^ la Macédoine, où Persée inquiétait ses voisins et ne voulait plus s'en tenir aux conditions imj)Osées au roi Philippe son père (av. J.-C. 173).
('e fut alors (jue commencèrent les persécutions du peuple de Dieu. Antiochus l'Illustre régnait comme un furieux : il tourna toute sa fureur contre les Juifs, et entreprit de ruiner le temple, la loi de Moïse et toute la nation (av. J.-C. 171). L'autorité des Romains l'empêcha de S(^ rendre mail re de rKgypte. Ils faisaient la guerre à Persée, (jui, plus prompt à entreprendre qu'à exécuter, perdait ses alliés par son avarice, et ses armées par sa lAcheté. Vaincu par le consul Paul Emile (av. J.-C. 108), il lut contraint de se livrei' entre ses mains. Gentius. roi de rillyri(\son allié, abattu en li'cnle jours par le préleur Anicius, Ncnait d'avoir un soil st^niblable. Le loyaume de Macédoine, qui avait duré septcenis ans, cl a\ait près de deux c(mUs ans donné des maîtres, non-scMilcMinMil à lu Grèc(\ mais encoi*e à loul TOlienl, \\c fui [»his (|u\mu^ province l'oniaine.
Les fuRMUs (rAnlidchns s'aui:m<Mi(aiv>nl contre le peupk* de Dieu. On \oil païailre iilors la résislance île >hilhalhias
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(iu . J.-C. 167), sacrilicaleur de la race de Phinéès, et imitateur de son zèle; les ordres qu'il donne en mourant pour le salut de son peuple (av. J.-C. 166); les victoires de Judas le ÎMachabée, son fils, malgré le nombre infini de ses ennemis (av. J.-C. 165) ; Télévation de la famille des x\smonéens, ou (le- Machabées; la nouvelle dédicace du temple (av. J.-C. 161), que les ç;eutils avaient profané; le gouvernement de Judas et la gloire du sacerdoce rétablie; la mort d'Antiochu.s, digne de son impiété et de son orgueil; sa fausse conversion durant sa dernière maladie, et l'implacable colère de Dieu sur ce roi superbe. Son fils Antioclius Eupator, encore en bas âge, lui succéda, sous la tutelle de Lysias son gouvei-nour. Durant cetj:e minorité, Démétrius Soter, ()ui était (M) otage à Rome, crut se pouvoir rétablir; mais il ne put obtenir du sénat d'être renvoyé dans son royaume: la politifjue romaine aimait mieux un roi enfant.
Sous Antiocluis Eupator, la persécution du peuple de Dieu et les victoires de Judas le Machabée c )ntinuent (av. J.-C. 1 63). La division se met dans le royaume de Syrie (av. J.-C. 162). Démétrius s'échappe de Rome; les peuples le reconnaissent .; le jeune Antiochus est tué avec Lysias, son tuteur. Mais les Juifs ne sont pas mieux traités sous Démétrius que sous ses prédécesseurs; il éprouve le même sort : ses généraux sont battus par Judas le Machabée; et la main du superbe Nicanor, dont il avait si souvent menacé le temple, y est attachée. Mais un peu après. Judas, accablé par la multitude, fut tué en combattant avec une valeur étonnante (av. J.-C, 161). Son frère Jonathas succède à sa charge, et soutient sa réputation. Réduit à l'extrémité, son courage ne l'abandonna pas. Les Romains, ravis d'humilier les rois de Syrie, accordèrent aux Juifs leur protection ; et l'alliance que Judas avait envoyé leur demander fut accordée, sans aucun secours toutefois; mais la gloire du nom romain ne laissait pas d être un grand support au peuple aftligé.
Les troubles de la Syiie croissaient tous les jour.-. AloNan-
7*2 IirSTOTRE IMVT-r.SELTJ:.
droBalas, (]ui se vanlait d'être (ils d'Antioclius l'illuslre, tut misS sur le trône par ceux d'Antioche (av. J.-C. 154). Les rois d'Egypte, perpétuels ennemis de la Syrie, se mêlaient dans ses divisions pour en profiter. Ptolomée Pliilométor soutint Balas. La guerre fut sanglante : Démétrius Soter y fut tué (av. J.-C. 150), et ne laissa, pour venger sa mort, que deux Jeunes princes encore en bas âge, Démétrius Nicator et AntiochusSidétès. Ainsi l'usurpateur demeura paisible, et le roi d'Egypte lui donna sa fille Cléopàtre en mariage. Balas, qui se crut au-dessus de tout, se j)lon,sea dans la débauche, et s attira le mépris de tous se5 sujets.
Kn ce temps, Pliilométor jugea le fameux procès que les Samaritains lirent aux Juifs. Ces schi^smatiques, toujours opposés au peuple de Dieu, ne manquaient point de se joindre à leurs ennemis; et pour plaire à Antiochus Tlllustre, leur persécuteur (av. J.-C. 107), ils avaient consacré leur temple de Carizim à Jupiter Hospitalier '. Malgré cette profanation , ces impies ne laissèrent pas de soutenir quelque temps après, à Alexandrie, devant Ptolomée Pliilométor , (jue ce temple devait l'emporter sur celui de Jérusalem. Les parties contestèrent devant le roi, et s'engagèrent de part et d'autre, à peine de la vie, à justifier leurs prétentions par les termes de la loi de Moïse ". ï.es Juifs gagnèrent leur cause, et les Samaritams furent punis de mort, selon la convention. Le môme roi permit à Onias, de la race sacerdotale, de bâtir en Ég\ pte le temple d'Héliopolis, sur le modèle de celui de Jérusalem '; entreprise qui fut condamnée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi.
Cependant Cartilage remuait et soulfrait avec peine les lois que Scipion l'Africain lui avait imposées. Les Romains résolurent sa perte totale, et la troisième guerre |)uni(iue fut enlre|)rise (av. J.-C. 1 't8).
» Il Mirliiil)., Yi, -*. .lf»S('|ih., Viilic}.. Iil». \ll, r. 7, ;il. :>. - Josop'i.. \iil.. Iil>. \Mi. r. (i,;(l. -i. - ' II>i(l.
LES i-:ro(^uj<:s. t:>
Le jeune Démélrius Nicator, sorti derenrance, songeait à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et la mollesse de Tusurpateur lui faisait tout espérer. A son approche (av. J.-C. 1 46) Balas se troubla; son beau-père Philométor se déclara contre lui, parce que Bal as ne voulut pas lui laisser prendre son royaume; Tambitieuse Gléopàtre, sa femme, le quitta pour épouser son ennemi ; et il périt enfin de la main des siens, après la perte d'une bataille. Philométor mouiut, |)eu de jours après, des blessures qu'il y reçut, et la Syrie lut délivrée de deux ennemis. On vit tomber en ce mcMue temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendres parScipion Émilien, qui contirma par cette victoire le nom d'Africain dans sa maison, et se montra digne héritier du grand Scipion, son aïeul. Corinthe eut la môme destinée, et la république ou la ligue -des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce et la plus ornée. Il en transporta à Rome les incomparables statues, sans en connaître le prix. Les Romains ignoraient les arts de la Grèce, et se contentaient de savoir la guerre, la politique et l'agricul^ turc.
Durant les troubles de Syrie, les Juifs se fortitièrent : Jonalhas se vit recherché des deux partis, et Nicator victorieux le traita de frère (av. J.-C. 144). Il en fut bientôt récompensé. Dans une sédition, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs; mais quand le roi se crut assuré, il reprit les desseins de SCS ancêtres, et les Juifs furent tourmentés connue au[)aravant. Les ti'oubles de Syrie recommencèrent: Diode te , surnonnné Tr\phon, éleva un lils de Balas qu'il nomma Anliochus le Dieu, et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie était en feu; Jonathas sut profiter de la conjoncture, et renouvela l'alliance avec les Romains (av. J.-G. I i3). Tout lui succédait, quand ïryphon, [)ar un man(jue-
TU HJSTOIKE IMVKKSELLE.
ment de parole, le fit périr avec ses enfants. Son frère Simon , le plus prudent et le plus heureux des Machabées, lui succéda ; et les Romains le favorisèrent, comme ils avaient fait ses prédécesseurs. Tryplion ne fut pas moius infidèle à son pupille Anliochus qu'il favait été a Jonatlias. Il lit mourir (et enfant parle moyen des médecins, sous prétexte de le faire taiilei- de la pierre, qu'il n'avait pas, et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de Déujéliius >sicator, lui légitime*, et après avoir obtenu de lui la liberté de son pays, il la soutint par les armes contre le rebelle Tryplion (av. J.-C. ! V2). Les Syriens furent chassés ('e la citadelle qu'ils tenaient dans Jérusalem, et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs, aiîranchis du joug des gentils par la valeui' de Simon, accordèrent les di^oits royaux à lui et à sa famille; et Démélrius Nicator consenlit à ce nouvel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de i3ieu, et la piincipauté des Asmonéens toujours jointe au souverain sacerdoce.
En ces temps, l'empire des Parlhes s'élendit sur la Bactiienne et sur les bides, par les viclowes de Mithridate, le plus vaillant des Arsacides. Pendant quil s'avançait vers l'Euphiate, Démétrius Nicator, appelé par les peuples de cette contrée ([ue Milhiidate venait de soumettre, espérait de réduire à l'obéissance les Parthes, que les Syriens traitaient toujours de rebelles. Il remporta plusieurs victoires : et, prêt à letourner dans la Syrie pour y accabler Tryfihon, il tomba dans un [)iége qu'un général de Mithridate lui avait tendu: ainsi il demeura prisonnier des Parthes (av. J.-C. 141). Tryphon, qui se cioyait assuié pai' le malheur de ce prince, se vit loutdun coupabaiulonne des siens (av. J.-(]. 140). Ils ne pouvaient plus soutlVir son orgueil. Durant la prison de Démétrius, leur roi légitime, ils se donnèrent à sa femnii' (.léopàtre et à ses enfants; mais il fallut chercher un dérenseui" à ces pi inces encore en bas Age. Ce soin relijiidaii iKituivîlenieni Antinchus Sidétès. frère de Démétrius:
ij':s i:i»o(,)L Ks. 7.)
Cléopètœ le lit reconnaître dans tout le l'ovaunie. Elle lit plus: Phraale, frère et successeur de Mithridate, traita Nicator en roi, et lui donna sa (ille llodogune en mariage. En haine de cette rivale, Cléopatie, à (jui elle otait la couronne avec son mari, éi)ousa Antiochus Sidétès, et se résolut à régner par toulo soito de crimes. I.e nouveau roi attafpia Try])lion: Simon se joignit à lui dans cette entreprise, et le tyran, forcé dans toutes ses i)laccs, finit comme il le méritait (av. J.-C. 139). Antiochus, maître du royaume, oublia bientôt les services que Simon lui avait rendus dans celtB guerre, et le lit périr (av. J.-C. 135). Pendant qu'il ramassait contre les Juifs toutes les forces de la Syrie, Jean Hyrcan, lils de Simon, succéda au pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. Il soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de valeur; et la guerre qu' Antiochus méditait contre les Parthes, pour délivrer son frère captif, lui fit accorder aux Juifs des conditions supportables.
En même temps que cette paix se conclut, les Romains, qui commenraient à être lioj) riches, trouvèrent de redoulables ennemis dans la multitude effroyable de leurs escimes. Eunus, esclave lui-même, les souleva en Sicile; et il fallut employer à les réduire toute la puissance romaine. Un peu après, la succession d'Attalus, l'oi de Pergame, qui lit par son testament le peuple romain son héritier (av. J.-C. 133), mitladivisioiidaiis la ville. Les troubles des GracquL's commencèienl. L(^ séditieux trilnniat de Tibérius Gracchus, un des premiers hommes de Rome, le lit périr : lout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica, et ne vit (jue C(» moyen d'e!nj)echer la dangereuse distribution d'ai'gent dont cel éloquent tiibun flattait le peuple. Scipion Éujilien rétablissait la discipline niilitaire; et ce grand homme, qui avait détruit Carthage, ruina encore en Espagne Numance, la seconde terreur des Romains (av. J.-C. 132).
Les Parthes se trouvèrent faibles contre Sidétès : ses iroupes, quoique corrompues |)ar un luxe prodigieux, eni* ni
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un succès surprenant. Jean Hyican, qui l'avait suivi clans cette guerre avec ses Juifs, y signala sa valeur, et lit respecter la religion judaïque, lorsque Tarmée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour de fête *. Tout cédait, et Phraate vit son empire réduit à ses anciennes limites ; mais , loin de désespérer de ses atTaires , il crut que son prisonnier lui servirait à les rétablir et à envahir la Syrie. Dans celte conjoncture, Démétrius éprouva un sort bizarre. Il fut souvent relâché et autant de fois retenu, suivant que res[)érance ou la ciainte prévalaient dans Tesprit de son beau-père. Enfin un moment heureux , ou Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il voulait faire en vSyrie j>ar son moyen, le mit tout à fait en liberté (av. J.-C. 130). A ce moment le sort tourna : Sidétès , qui ne pouvait soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout diui coup par un soulè\enjent général des peuples , et périt avec son armée tant de fois victorieuse, ('e fut en vain que Phraate? lit courir après Démétrius : il n'était plus lem[)s; ce ])i'ince était rentré dans vSon royaume. Sa fenune Cléopatre, qui ne voulait que régner, retourna bientôt avec lui, et Uodogune fut oubliée. Hyican |)i'olila du lenjps : il prit Sichem aux Samaritains, et 1 envei sa de fond en comble le temple de Garizim . deux cents ans après qu'il avait été bciti par Sanaballat. Sa ruine n'ompôcha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne; et les deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après, toute l'Idumée, unie par les victoires d'ITyrcan au royaume de Judée, recul la loi de Moïse avec la circoncision (av. J.-C. 12U). Les l\on)ains continuèrent leur protection à Hyrcan , et lui Tirent lendrc les villes que les Syriens lui avaient ôtées (av. J.-C. 128).
L'oigueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie long-temps tran(|uillc\ Les peuples se
' \\r. Daiiiiisc.. ;»i)ml Jcscpii.. Viil.. lil). \\\\ . <m|). iti. .i|. y.
LliS ÉPO(,)UES. 77
révoltèrent. Pour entretenir leur révolte, l'Egypte ennenne leur donna un roi (av. J.-C. 125) : ce fut Alexandre Zébina, fils de Balas. Déinétrius fut battu; et Cléopâtre, qui crut régnei' plus absolument sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus , qui voulait régner malgré elle (av. J.-C. 1"2i). Son second fils, Anliocluis, appelé Grypus, avait défait les rebelles, et levenait victorieux : Cléopatre lui présenta en cérémonie la coupe ciDiJoisounée, que son fils, averti de ses desseins pernicieux , lui fit avaler (av. J.-C. 121 ). Elle laissa en mourant une semence élernelle de divisions entre les enfants qu'elle avait eus des deux frères Démétrius Nicalor et Anliocluis Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler les Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie (av. J.-C. 109), et ne put convertir les Samaritains. Cinq ans après, il mourut; la Judée demeura paisible à ses deux enfants Aristobule et Alexandre Jannée, qui régnèrent Tun après l'autre (av. J.-C. 103) sans être incommodés des rois de Syrie. Les Romains laissaient ce riche royaume se consumer par luimême, et s'étendaient du côté de l'Occident. Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zébina (av. J.-C. 125), ils commencèrent à s'étendre au-delà des Alpes; et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Salions, établit dans la ville d'Aix une colonie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendaient mal. Fabius dompta les Allobroges et lous les peuples voisins (av. J.-C. 12:3) : et la même année que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avait préparé, la Gaule Narbonnaise , réduite en province , i ecut le nom de province romaine (av. J.-C. 121). Ainsi rem[)ire romain s'agrandissait et occupait peu à peu toutes les tcrr(b et toutes les mers du monde connu. Mais autant que la face de la république paraissait belle au dehors par les conquêtes , autant était-elle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens, et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien
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public. Les deux Gracques, en flattant le j)euple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république. Caïus , frère de Tibérius , ne put soufl'rir qu'on eût fait mourir un si grand homme d'une manière si tragique. Animé à la vengeance par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres ; et, à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'ilYOulait venger. L'argent faisait tout à Rome. Jugurtha , roi de Numidie, souillé du meurtre de ses frères, quele peuple loniain piotégeait, se défendit plus longtemps par ses largesses que par ses armes ^ et Marins , qui acheva de le vaincre (av. J.-C. lOG), ne put parvenir au commandement qu'en animant le peuple contre la noblesse.
Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile (av. J.-C. 103), et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marins battit les TeutonS:, les Cimbres et les aulies peuples du Nord , qui pénétraient dans les Gaules, dans l'Kspagne et dans ritalie. Les \ictoires ([u'il en remporta fuient une occasion de proposer de nouveaux partages de leire (av. J.-C. 100): Métellus, qui s'y opposait, fut contiaint de céJer au temps; et les divisions ne furent éteintes (|ue ()ar le sang de Saturninus, tribun du peuple.
Pendant que Rome protégeait la Cappadoce contre Mithridate, loi de Pont (av J.-C. 9i), et (ju'un si grand ennemi cédait aux forces romaines, avec la Gièce, qui était entrée dans ses intérêts (av. J.-C. 86), lltalie, exercée aux armes par tant de guerres , souienues ou contre les Romains ou avec eux, mit leur em|)ire en péril par une ré\olle uni- \ei'selle (a\ . J.-C. \)\). Rome se vil déihii'ée dans les mêmes temps par les fuieurs de Marins el de Sylla . dont l'un avait fait trembler le Midi ri le Xoril , (M laulie était le xainijueur de la Grèce el de l'Asie. S\lla, qu'on nommait rileuroux , le fut li'oj) conlie sa pnhie. i\uv sadiclaluie lyranni(|ue mit en SCI vilude (n\ . .!.-('. >>'l). Il |»nl bini fj'ii'UT NoloiH.tirc
ment la souveraine puissance (av. J.-C. 79); mais il ne put empêcher l'eftet du mauvais exempie. Cliacnn voulut dominer. Serlorius, zélé paiiisan de Maiius, se cantonna dans TEspagne (av. J.-C. 74), et se ligua avecMithridate. Contre un si grand capitaine , la force fut inutile; et Pompée ne put l'éduire ce parti qu'en y niettant la division. Il n'y eut pas jusiju'à Spartacus, gladiateur , qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne fit pas moins de peine aux préteurs et aux consuls que Mithridate en faisait à Lucullus (av. J.-C. 71). La guérie des gladiateurs devint redoutable a la puissance romaine : Crassus avait peine à la tinir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée.
Lucullus prenait le dessus en Orient. Les Romains passèrent l Euphrate (av. J.-C. 68); mais leur général , invincible contre l'ennemi , ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate, souvent battu, sans jamais perdre courage, se relevait; et le bonheur de Pompée semblait nécessaire à terminer cette guerre. Il venait de purger les mers des pirates qui les infestaient, depuis la Syrie jusqu'aux Colonnes d'Heicule, quand il fut envoyé contre Mithridate (av. J.-C. 67). Sa gloire parut alors élevée au comble. Il achevait de soumettre ce vaillant roi; F Arménie, où il s'était i-éfugié ; ribérie et l'Albanie, qui le soutenaient (av. J.-C>. 6o); la Syrie, déchirée par ses factions; la Judée, où la division des Asmonéens (av. J.-C. 63) ne laissa à Ilyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance; et entin tout l'Orient : mais il n'eût pas su où tiiompher de tant d'ennemis , sans le consul Cicéion , qui sauvait la ville des feux que lui préparait Catilina , suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fuî ruiné par Téloquencede Cicéron, plutôt (jue par les armes de C. Anlonins, son collègue. La liberté du peuple romain n'en fut f)as plus assurée. Pompée régnait dans le sénat, et son grand nom le rendait maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Cault^s, fil à sa patrie la |)lus ulilç
80 IIISTOmi: l MNHJlSELLt: .
conquête qu'elle eiU jamais faite. Un si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. H voulut premièrement égaler et ensuite surpasser Pomj)ée. Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pouirait partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il par ageait leur autorité. 11 entreprit témérairement Ja guene contre les Parthes (av. J.-C. oi), funeste à lui et à sa patrie. Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains, et à l'avarice insatiable de leui' général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contre-balançait celle de Pompée et de César, (juil tenait unis conjme malgré eux. Par sa mort, la digue qui les retenait fut rompue.
Les deux rivaux, qui avaient en main îoutes les forces de la ré|)ublique, décidèrent leur querelle, à Pharsale, par une bataille sanglante (av. ,L-C. 18). César \ ictorieux parut en un mojnent par tout l'univers, en Egypte, en Asie (av. J.-C. 47), en Maui'ilanie(av. J.-C. 46), en Espagne (av. J.- C. 4o) : vainqueur de tous côtés, il fut reconnu comme maître à Rome et dans tout l'empire (av. J.-(L 44). Brutus et Cassius ci'urent affranchir leurs citoyens en le tuant comme un tyran , malgré ^a clémence. Rome retomba entre les mains de Marc-Antoine , de Lépide, et du jeune César Octavien, petit-neveu de Jules César, et son (ils par adoption (av. J.-C. 43); trois insupportables tyrans, dont le triumvirat et les proscriptions font encore horreur en les lisant. Mais elles furent trop violentes |)()ur duier longtemps. Ces Irois hommes |>arlagent l'empire. César garde ritalie; et , changeant incontinent en douceui* ses premières cruaulés, il fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la républi(jue périssent avec Hrulus et Cassius (av. J.-C. 42). Antoine et César, après avoir ruiné Lépide (av. J.-C. 30), se tournent l'un contre l'autre (av. J.-C. 32). Toute la puissance romaine se met sur la mer. César gagne
Î.T:S KPOOIKS. SI
la bataille Acliaque (av. J.-C. 31) ; les forces de l'Egypte et (le l'Orient, qu'Antoine menait avec lui , sont dissipées : tous ses amis l'abandonnent, et même sa Cléopûtre, pour laquelle il s'était perdu. Hérodelduméen, qui lui devait tout, est contraint de se donner au vainqueur (av. J.-C. 30), et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la faiblesse du vieux Hyrcan avait fait perdre entièrement aux Asmonéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes ; l'Egypte devient une province romaine; Cléopàtre, qui désespère de la pou- \'oir conserver , se tue elle-même après Antoine ; Rome tend les bras à César, qui demeure, sous le nom d'Auguste et sous le titre d'empereur, seul maître de tout l'empire (av. J.-C. ^7). Il dompte, vers les Pyrénées, les Cantabres et les Asturiens révoltés (av. J.-C. 24); l'Ethiopie lui demande la paix (av. J.-C. 22); les Parthes épouvantés lui renvoient les étendards pris sur Crassus , avec tous les prisonniers romains (av. J.-C. 20); les Indes recherchent son alliance; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons, que leurs montagnes ne peuvent défendre (av. J.-C. 15) ; la Pannonie le reconnaît (av. J.-C. 12); la Germanie le redoute, et le Veser reçoit ses lois (av. J.-C. 7). Victorieux par mer et. par terre, il fermeté temple de Janus. Tout lunivers vit en paix sous sa puissance, et Jésus-Christ vient au monde.
DIXIKMI' ÉPOOUK.
NAISSANCE DR J ÉS L S - C H R l ST.
S(>j) l'ino ('( «loniiij- aar- di monde.
Nous voilà enfin arrivés à ces temps, tant désiiés \n\v nos pères, de la venue du Messie. Ce nom veut dire le Christ ou l'Oint du Seigneur ; et Jésus-Christ le mérite conune pontife, cornue roi et comme prophète. On ne convient pas de
S2 . IHSTOIRK rxrVKRSELLF..
l'année précise où il vint au monde, et on convient que sa vraie naissance devance de quelques années notre ère vulgaire , que nous suivrons pourtant avec tous les autres, pour une plus grande commodité. Sans disputer davantage sur Tannée de la naissance de notre Seigneui*, il sufïit que nous sachions qu'elle est ariivée environ l'an iOOOdu monde. Les uns la mettent un peu auparavant, les aulies un peu après, et les autres précisément en cette année : di\ersilé qui provient autant de incertitude des années du monde que de celle de la naissance de notre Seigneur. Quoi qu'il en sort, ce fut environ ce temps, mille ans après la dédicace du temple, et 1 an 754 de Rome, que Jésus-Christ, (ils de Dieu dans féternité, (ils d'Abraham et de David dans le temps, naquit d'une vierge. Cette époque est la plus considérable de toutes, non-seulement par Timportance d'un si grand événement, mais encore parce que c'est celle d'où il \ a plusieurs siècles que les chrétiens commencent à compter leurs années. Elle a encore ceci de remarquable, qu'elle concouit à peu près avec le temps où Rome retourne à l'état monarchique, sous l'empire paisible d'Auguste. Tous les arts fleurirent de son temps, et la poésie latine fut portée à sa dernière perfection par Yiigile et par Horace, que ce prince n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encoie en leur donnant un libre accès auprès de lui.
La naissance de Jésus-Chiist fut suivie de près de la mort d'Hérode. Son royaunje fut partagé entre ses enfants, et le principal partage ne tarda pas à toinbei* entre les mains des Romains (an de J.-C. 8).
Auguste acheva son règne avec beaucou[) de gloiie (an de .L-C. 14). Tibère, qu'il avait ado|)té, lui succéda sans contradiction , et l'empire fut reconnu pour héréditaire dans la maison des Césais. RoFue eut beaucoup à souffrir do la cruelle politi(jue de Til)ère: le n^ste l'e rcmpnv fut assez tranquille. Germanicus, nevcMi (leTil)ère, apai^a les armres î'el)(^II(\';, refusa rempir(\ battit le lier Arinitiius. |)oussa ses
Li:s K'ïMHH i:s. 8?>
('<)iH|iiètos jiistjii à TEibc* uni de J.-(ï. Hi); oA s'elant atliiv, avec rainour (1(3 tous les peuples, la jalousie de son oncle, ce l3aii)are le tit niourir ou de chagrin ou par le poison (an de.l.-C. 19).
A la (|uinzièn)e année de Tibère , saint Jean-Baptisle parai! : Jésus-Christ se fait baptiser par ce divin précurseur; le Père éternel reconnaît son fils bien-aimé par une voix qui vient d'en haut : le Saint-Esprit descend sur le Sauveur, sous la figuie pacifKjue d'une colombe; toute la Trinité se manifeste. Là commence, avec la soixante-dixième semaine de Daniel, la prédication de Jésus-Christ. Celte dernière semaine était la plus importante et la plus mar- (juée. Daniel l'avait séparée des autres, comme la semaine où l'alliance devait être confirmée, et au milieu de laquelle l(îs anciens sacrifices devaient perdre leur vertu ^ Nous la |)ouvons appeler la semaine des mystères. Jésus-Christ y établit sa mission et sa doctrine par des miracles innombrables, et ensuite par sa mort (an de J.-C. 33). Elle airiva la q atrième année de son ministère, qui fut aussi la qualri(V me année de la dernière semaine de Daniel ; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coupée au railieu par celle mort.
Ainsi le compte des semaines est aisé à faire, ou plut(^)t il est tout fait. Il n'y a qu'à ajouter à quatre cent cinquantebois ans, qui se trouveront depuis l'an 300 de Rome, et le \ inglième d'Artaxerxe, jusqu'au commencement del'èie vulgaire, les trente ans de celte ère qu'on voit aboutir à la quinzième année de Tibère, et au baptême de notre Seigneur; il se fera de ces deux sommes quatre cent quatre-\ingttrois ans : des sept ans qui restent encore pour en achever quatre cent quatre-vingt-dix, le quatrième, qui fait le milieu , est celui où Jésus-Christ est mort ; et tout ce (jue Daniel a prophétisé est visiblement renfei'mé dans le terme
' n.ni., l\, '2T.
8/1 niSTOTRF. rMVFHSKLLE.
(Uril s'est |>rcscril. On n'aurait pas même besoin de tant de justesse; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficiles se contenteraient de le trouver en quelque point que ce fut entre les deux extrémités : ce que je dis, afin que ceux qui croiraient avoir des raisons pour mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxerxe, ou la mort de notre Seigneur, ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui voudraient tenter d'embarrasser une chose claire , par des chicanes de chronologie , se défassent de leur inutile subtilité.
Voilà ce qu'il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes, et pour entendre autant qu'on en a besoin les antiquités judaïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu nécessaires. Qu'il faille mettre de quelques années plus t(M ou plus tard la naissance d(* notre Seigneur, et ensuite prolonger sa vie un peu plus ou un peu moins, c'est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que de celles de Jésu.-- Christ. Et, quoi qu'il en soit, un lecteur attentif aura déjà pu reconnaître qu'elle ne fait rien à la suite ni à Taccomplissement des conseils de Dieu. Il faut éviter les anachionismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.
Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres , auxquels le monde ne voulait pas croiie, et qu'au contraire il entreprenait de combattre de toutes ses forces, connue une cliose qui le condamnait, nous parlerons ailleuis de leur injustice. Nous verrons aussi qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités (ju'on n(^ croit, favorables au christianisme : et je donneiai seukment ici pour exemple Téclipse arrivée au ciuciliement d(^ notre Seigneur.
Les ténèbres (|ui couvrirent \()\\\o la face d<^ 1m leriv en
plein midi, et an moment que Jésus-Christ fut criicilié ',sont prises pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens, (Hii ont remarqué ce mémorable événement ^ Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme d'un prodige marqué non-seulement par leurs auteurs, mais encore par les registies publics % ont fait voir que ni au temps de la pleine lune, où Jésus-Christ était mort, ni dans toute l'année oii cette éclipse est observée, il ne pouvait en être arrivé aucune qui ne fût surnaturelle. Nous avons les propres paroles de Pblégon , affranchi d'Adrien , citées dans un temps où son livre était entre les mains de tout le monde, aussi bien que les Histoires syriaques de Thallus, (|ui l'a suivi ; et la quatrième année de la 202^ olympiade, nuiF-quée dans les Annales de Phlégon , est constamment celle de la mort de notre Seigneui*.
Poui' achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour; il apparaît à ses disciples ; il monte aux cieux en leur présence; il leur envoie le Saint-Esprit; rÉglise se forme; la persécution commence ; saint Etienne est lapidé; saint Paul est converti. Un peu après, Tibère meurt (an de J.-C. 37). Caligula, son petit-neveu, son fils par adoption et son successeur, étonne l'univers par sa folie cruelle et brutale : il se fait adorer, et ordonne que sa statue soit placée dans le temple de Jérusalem (an de J.-C. 40). Chéréas délivr.^ le monde de ce monstre (il). Claudius lègne malgré sa slupidilé. Il est déshonoré par Messaline, sa femme, qu'il redemande après l'avoir fait mourir (an de J.-C. 4S). On le remarie (49) avec Agrippine, (iile de Cermanicus. Les apôtres (an de J.-C. 50) tiennent le concile de Jérusalem ', où saint Pierie parle le premier, comme il fait
» Matth., XXV, 45.— ^ Phlcg., \in. Olymp. Thali. Hist. 3.
■ Tortiill., Apol., c. 21. Orig., cont. Cols., lili. n , n. 33; tom. i, p. lli; et Tract., xxxv, in Matth., u. 134; tom. m, p. 0i>3. En eh. et Hioron., iti Chroii. .Tnl. Afrie. ilud. — ' Art.. \\ .
86 ÏITSTOIRF CMVKRSFÏJJ:,
partout ailleurs. Les gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et de TEglise. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux Eglises, et enseignent aux fidèles à s'y soumettre '. Telle fut la forme du premier concile.
Le slupide emj)ereur déshérita son (ils Britanniciis , et adopta Néron , fils d'Agrippine. En récompense , elle empoisonna ce Iroj) facile maii (an de J.-C. IW). Mais r(Miipire de son lils ne Ini fut î)as moins funeste à elle-même qu'à lout le reste de la république. Corbnlon fit (ont l'honneur de ce régne, j)ar les victoires qu'il remporla sur les Partlies et sur les Arméniens. Néron conmiençà dans le mémo temps la guerre contre les Juifs et la persécution contre les chrétiens (an de J.-(]. 66). C'est le premier empereur qui ail persécuté f Eglise. H fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul (an 07). Mais comme dans le même temps il perséculaittout le genre humain, on se révolta contre lui de tous cotés : il apprit (|ue le sénat favait condamné, et se tua luimême (an 08).
Chaque armée fit un empereur : la querelle se décida anj)rès de Rome, et dans Home même, par d'eftVoyables combats. Galba, Othon etVitellius y périrent (an 00) ; f empire affligé se reposa sous Yespasien (70). Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité : Jérusalem fut piise et brûlée. Tite, fils et successeur de Yespasien , donna au monde une courte joie; et ses jours, qu'il croyait perdus quand ils notaient pas marqués de quelque bienfait, se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la j)ersonne de Domilien. La persécution se renouvela (an de J.-C. 03). Saint Jean , sorti de l'huile bouillante, fut relégué dans l'île de Patmos, où il écrivit son Apocalypse (an Oo). In peu après, il écrivit son Evangile, âgé de (juatre vingt-clix-ans, et joignit la
' A<l., wi, i.
LKS l':rO<,)(JKS. 87
qualité crévangéliste à celle d'apôtre et de prophète. De[)iiis ce temps les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se (élisaient, tantôt par les ordres des empereurs et par la haine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement des peuples, et tantôt par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat sur les rescrits des princes, ou en leiu* présence. Alors la persécution était plus universelle et plus sanglante; et ainsi la haine des infidèles, toujours obstinée à perdre TÉglise, s'excitait de temps en temps elle-même à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements de violence que les historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sous dix empereurs. Dans de si longues souffrances, les chrétiens ne firent jamais la moindre sédition. Parmi tous les fidèles , les évoques étaient toujours les plus attaqués. Parmi toutes les Eglises , l'Église de Rome fut persécutée avec le plus de violence; et les papes conliinièrent souvent par leur sang l'Évangile qu'ils annonçaient à toute la terre.
Domitien est tué : l'empire commence à respirer sous Nerva (an 9(>). Son grand Age ne lui permet pas de rétablir les affaires ; mais, pour faire duier le repos public, il choisit Trajan pour son successeur (an 97). L'empire, tranquille au dedans et triomphant au dehors, ne cesse d'admirer un si bon prince. Aussi avait-il pour maxime qu'il fallait que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver l'empereur, s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces et Décébale, leur roi (an 10G), étendit ses conquêtes en Orient, donna un roi aux Parthes (115), et leur fit craindre la puissance romaine : heureux que l'ivrognerie et ses infâmes amours, vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice. A des temps si avantageux pour la république, succédèrent ceux d'Adrien (an 117), mêlés de bien et de mal. Ce prince maintint la discipline militaire, vécut lui -même
bî^ HISrolHK l MNKKSFLLh.
luililairemenl et avec beaucoup de frugalité, soulagea les provinces , fit fleurir les ails et la Grèce, qui en était la mère. Les Barbares furent tenus en crainte par ses arraes et par son autorité. Il rebâtit Jérusalem (an de J.-C. 135), à qui il donna son nom, et c'est de là que lui vient le nom (T/Elia; mais il en bannit les Juifs, toujours rebelles à l'empire. Ces opiniâtres trouvèrent en lui un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés et par ses amours monsliueuses un règne si éclatant. Son infâme Antinous, dont il fit un Dieu (an 131), couvre de honte toute sa vie.
L'empereur sembla réparer ses fautes et rétablir sa gloire, en adoptant Antonin le Pieux (an 138), qui adopta Marc-Aurèle le Sage et le Philosophe. En ces deux princes paraissent deux beaux caractères. Le père , toujours en paix, est toujours prêt dans le besoin à faire la guerre; le lils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et à l'empire. Son père Antonin lui avait appris qu'il valait mieux sauver un seul citoyen que de défaire mille ennemis. Les Parthes (an de J.-C. IG2) et les Marcomans (an 169) éprouvèrent la valeur de Marc-Aurèle : les derniers étaient des Germains que cet empereur achevait de dompter quand il mourut. Par la vertu des deux Antonin , ce nom devint les délices des Romains. La gloire d'un si beau nom ne fut effacée, ni par la mollesse de Lucius Yerus, frère de Marc-Aurèle et son collègue dans l'empire, ni par les brutalités de Commode son fils et son successeur (an 180). Celui-ci, indigne d'avoir un tel père, en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les jjeuples le détestèrent : ses plus assidus courtisans et sa maîliesse le firent mourir. Son successeur Perlinax (an 192), vigoureux défenseur de la discipline militaire, se vil immolé (an 193) à la fureur des soldats licencieux, (jui ra\ aient un peu auparavant élevé malgré lui à la souveraine puissance. L'empire, mis à l'encan par l'armée, trouva un ac heteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi nrirrhé: il lui
en coûta la vie. Sévère, Africain, le fit mourir, vengea Perlinax, passa de l'Orient en Occident , triompha en Syrie (ans 194, 195), en Gaule (197) et dans la Grande-Bretagne (207). Rapide conquérant , il égala César par ses victoires ; njais il n'imita pas sa clémence. Il ne put mettre la paix j)arnji ses entants (208). Bassien ou Caracalla, son fils aîné, Taux imitateur d' Alexandre, aussitôt aj>rès la mort de son père, tua son IVère Géta, empereur comme lui, dans le sein de Julie, leur mère commune (an 212), passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à lui-même une mort tragique. Sévère lui avait gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui donnant le nom d'Antonin; mais il n'en sut pas soutenir la gloire. Le Syrien Héliogabale, ou plutôt Alagabale, son tlls, ou du moins réputé pour tel (an 218), quoique le nom d'Antonin lui eût donné d'abord le cœur des soldats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain, et se perdit lui-même.
Alexandre-Sévère, fils de Mamée, son parent et son successeur (an 222), vécut trop peu pour le bien du monde. Il se plaignait d'avoir plus de peine à contenii- ses soldats qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère, qui le gouveimait, fut cause de sa perte (an 235), comme elle l'avait été de sa gloire. Sous lui Artaxerxe, Persien, tua son maître Artaban, dernier roi des Parthes, et rétabit l'empire des Perses en Oiient.
En ces temps, TÉglise encore naissante remplissait toute la terre' ; et lion-seulement l'Orient, ou elle avait commencé, c'est-à-dire la Palestine, la Syrie, TÉgypte, l'Asie- Mineure et la Grèce, mais encore dans l'Occident, outie l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l'Afrique, la Germanie, la Grande-Bretagne, dans les endroits impénétrables aux armes romiunes; cl
* Tertirll., adv. .liiH., r. 7. Apolo;;., c. ;i7.
90 IIISIOJUE IMMilJlSELLK.
encore hors de l'empire, l'Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares, les Sarmates, les Daces, les Scythes, les Maures, les Géluliens, et jusqu'aux îles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendait féconde. SousTrajan, saint Ignace, évêque d'Antioche, fut exposé auxbetes farouches (an de J.-C. 107). Marc-Aurèle, malheureusement prévenu des calomnies dont on chargeait le christianisme, fit mourir saint Justin le Philosophe, et Tapologiste de la religion chrétienne (an 163). Saint Polycarpe, évêque de Smyrne, disciple de saint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, fut condamné au feu sous le même prince (an 167). Les saints martyrs de Lyon et de Vienne endurèrent des supplices inouïs (an 177), à l'exemple de saint Photin, ouPothin, leur évêque, Agé de quatre-vingtdix ans. L'Église gallicane remplit tout Tuniversde sa gloire. Saint Irénée, disciple de saint Polycarpe, et successeur de saint Photin, imita son prédécesseur, et mourut martyr sous Sévère, avec un grand nombre de fidèles de son église (an 202). Quelquefois la persécution se ralentissait. Dans une extrême disette d'eau, que Marc-Aurèle souffrit en Germanie , une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la &oif de son armée, et accompagnée de coups de foudre qui épouvantèrent ses ennemis (an de J.-C. 174). Le nom de Foudroyante fut donné ou confirmé à la légion par ce miracle. L'empereur en fut touché , et écrivit au sénat en faveur des chrétiens. A la fin , ses devins lui persuadèrent d'attribuer à ses dieux et à ses prières un miracle (lue les païens ne s'avisaient pas seulement de souhaiter. D'autres causes suspendaient ou adoucissaient quelquefois la persécution pour un peu de temps ; mais la superstition , vice que Marc-Aurêle ne put éviter, la haine publique et les calomnies qu'on imposait aux chrétiens, prévalaient bientôt. La fureur des païens se rahumait, et tout Tempire ruisselait du sang des martyrs.
La doctrine accompagnait les souffrances. Sous Sévère, et
LES ÉPOQIES. <)l
un peu après, Tcilullien, prêtre de Cailliage, éclaiia \\ii^lise par ses écrits, la défendit par une admirable Apologelique, et la quitta enfin aveuglé par une orgueilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Montanus (an 215). A peu près dans le même temps, le saint prêtre Clément Alexandrin déterra les antiquités du paganisme pour le confondre. Origène, lils du saint martyr Léonide, se l'endit célèbre par toute l'Église dès sa première jeunesse, et enseigna de grandes vérités, qu il mêlait de beaucoup d'erreurs. Le philosophe Ammonius fit servir à la religion la philosophie platonicienne , et s'attira le respect même des païens. Cependant les valentiniens, les gnostiques, et d'autres sectes impies , combattaient l'Évangile par de fausses tiaditions : saint Irénée leur oppose la tradition et l'autorité des églises apostoliques, surtout de celle de Rome, fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, et la principale de toutes \ Tertullien fait la même chose \ L'Église n'est ébranlée ni parles hérésies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plus illustres. La sainteté de ses mœurs est si éciatante, qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.
Les atlairés de l'empire se bi ouillaient d'une terrible manière. x\près la mort d'Alexandie (an 235), le tyran Maxijuin , qui l'avait tué , se rendit le maître, quoique de race gotljique. Le sénat lui opposa quatre empereurs , qui périreni: tous en moins de deux ans (ans 236, 237). Parmi eux étaient les deux Gordien père et fils, chéris du peuple romain. Le jeune Gordien, leur fils, quoique dans une extrême jeunesse il n.ontràt une sagesse consommée, défendit à peine contre les Perses l'empire affaibli jiar tant de divisions. Il avait repris sur eux beaucoup de places importantes. Mais Phihppe, Arabe, tua un si bon prince (an2W); et, de peur
^ lieu , adv. l\m\, lih. m , ca(). 1, 2, 3. -^ Df Prasc, adv. Hœr., r. 30.
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d'être accable par deux empereurs, que le sénat élut Tini après Taulre, il lit une paix honteuse avec Sapor, roi de Perse (an 245). C'est le premier des Romains (|ui ait abandonné par traité quelques terres de l'empire. On dit qu'il eml)rassa la religion chrétienne dans un temps où tout à coup il parut meilleur; el il est vrai qu'il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, Déce, qui le tua (an 249), renouvela la persécution avec plus de violence que jamais K L'Église s'étendit de tous côtés, principalement dans les Gaules "' ; et lempire perdit bientôt Dèce (an 251), qui le défendait vigoureusement. Gallus et Volusien passèrent bien vite 5 Émilien ne fit que paraître ; la souveraine puissance fut donnée à Valérien (an 254), et ce vénérable vieillard y monta par toutes les dignités. 11 ne fut cruel qu'aux chrétiens (an 257). Sous lui, le pape saint Etienne, et saint Cyprien, évêque de Garthage, malgré toutes leurs disputes, qui n'avaient point rompu la communion, reçurent tous deux la même couronne (an 258). L'eri'eur de saint Cyprien , qui rejetait le baptême donne par les hérétiques , ne nuisit ni à lui ni à l'Église. La tradition du Saint-Siège se soutint, par sa propre force, contie lesspécieux raisonnements et contre l autorité d un si grand homme, encore que d'autres grands hommes défendissent la même doctrine. Une autre dispute Ht plus de mal. Sabellius confondit ensemble les trois peisonnes divines , et ne connut en Dieu qu'une seule personne sous trois noms ( an de J. -G. 257). Cette nouveauté étonna l'Eglise, et saint Denis, évêque d'Alexandrie, découvrit au pape saint Sixte H les erreurs de cet hérésiaique '. Ce saint pape suivit de près au martyre saint Etienne, son prédécesseur : il eut la tête tranchée , et laissa un plus grand combat à soutenir à son diacre saint Laurent.
' lînseb., Hist. ceci., lib. vi , e. M). — -' Greg. Tur., llist. Vviww , lil». I , V. 28. — •• EiiscIk. Ilisl. ocol., lib. vu . r. (i.
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C'est alors qu'on voit commencer 1 iiior.dalion des haibares(ans 258,259, 260). Les Bourguignons et d'autres peuples germains, les Gotlis, autrefois appelés les Gèles, et d'autres peuples qui habitaient vers le Pont-Euxin et audelà du Danube, entrèrent dans l'Europe : l'Orient fut envahi par les Scythes asiatiques et par les Perses. Ceux-ci délirent Valérien , (|uils prirent ensuite par une infidélité; et, après lui avoir laissé achever sa vie dans un pénible esclavage, ils l'écorchèrent, poui- faire servir sa peau déchirée de monument à leur victoire. Gallien, son fils et sou collègue, acheva de tout perdre par sa mollesse (an 261). Trente tyians partagèi^ent l'empire. Otienat, roi de Paimyre, ville ancienne, dont Salomon est le fondateur, fut le plus illustre de tous : il sauva les provinces d'Orient des mains des barbares, et s'y fit reconnaître (an 264). Sa femme Zénobie marchait avec lui à la tète des armées, qu'elle commanda seule après sa mort, et se rendit célèbre par toute la terre f)our avoir joint la chasteté avec la beauté, et le savoii' avec- la valeur.
Ciaudius II (an 2()8), et Aurelien a[)rès lui (an 270), rétablirent les affaires de l empile. Pendant qu'ils abattaient les (iolhs avec les Germains par des \icloires signalées, Zénobie conservait à ses enfants les conquêtes de leur père, (^ctte princesse penchait au judaïsme. Pour l'attirer , Paul de Samosale, é\éque d'Antioche, homme vain et inquiet, enseigna son opinion judaï(|ue sur la personne de Jésus- Christ, qu'il ne faisait (ju'un pur homme '. Après une longue dissimulation d'une si nouvelle doctrine, il fut convaincu et condamné au concile d'Antioche.
La reine Zénobie soutint la guerre contre Aurelien (an 273). qui ne dédaigna pas de triompher d'une femme si
J Eus»M) , Hisr. occl., lil). vu, c. 27, el s<'((. Alhan., de Synod., n. 20, i,i ; ton», i , p. 739, 7.'>7, rie. Thcodor., Ekv. Fiib., lil». u , e. 8. Nicepli., lil). M , <•. 27.
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célèl)re(a!i 274). Parmi de perpétuels comhals, il sut faire i>arder aux gens de guerre la discipline romaine, et montra qu'en suivant les anciens ordres et l'ancienne frugalité, on pouvait faire agir de grandes aimées au dedans et au delioi's, sans être à charge à Tempire.
Les Francs commençaient alors à se faire craindie ^ C'était unq ligue de peuples germains, (jui habitaient le long du Rhin. Leur nom montre qu'ils étaient unis par l'amour de la liberté. Aurélien les avait battus étant particulier, et les tint en crainte étant empereur. Un tel prince se fit haïr par ses actions sanguinaiies. Sa colère trop redoutée lui causa la mort (an 275). Ceux qui se cioyaient en péril le prévinrent, et son secrétaire menacé se mit à la léln de la conjuration. L'armée, qui le vit périr par la conspiration de tant de chefs, refusa d'élire un empereui-, de peur de mettre «ui" le trône un des assassins d'Aurélien; et le sénat, rétabli dans son ancien droit, élutTacite. Ce nouveau prince était vénérable par son âge et par sa vertu ; mais il devint odieux par les violences d'un parent à qui il donna le commandement de l'armée, et périt avec lui, dans une sédition, le sixième mois de son règne (an 27G). Ainsi son élévation ne fit que pi'écipiter le cours de sa vie. Son hère Florien prétendit l'empire par droit de succession, comme le plus proche héritier. Ce droit ne fut jias reconnu : Florien fut tué, et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans Tordre. Tout fléchit sous un si grand capitaine (an 277) : les Germains et les Francs, qui voulaient entrer dans les (iaules, furent repoussés (an 278); et en Orient, aussi bien qu'en Occident, tous les barbares respectèrent les armes romaines (an 280). In guerrier si ledoutable aspirait à la paix, et fit espérei* à l'empire de n'a\ oir plus besoin de gens de guerre. L'armée se vengea
1 Hisl. ^^l^^ Aurcl., c. 7. Fior., c. 'J. l'rol»., c. 11, V2. Firm., elc, c. 13.
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do celte parole et de la règle sévère que son empereur lui faisait garder. Un moment après, étonnée de la violence qu'elle exerça sur un si grand prince , elle honora sa mémoire, et lui donna pour successeur Carus, qui n'était pas moins zélé que lui pour la disciplme (an 283). Ce vaillant l)rince vengea s )n prédécesseur, et réprima les barbares, à qui la mort de Probus avait rendu le courage. H alla en Orient combattre les Perses avec Numérien, son second fils, et opposa nn\' ennemis, du coté du Nord, son tils aîné Carinus, qu li lit césar. C'était la seconde dignité, et le plus proche degré pour parvenir à l'empire. Tout l'Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit ; les Perses divisés ne purent lui résister.
Pendant que tout lui cédait , le ciel T arrêta par un coup de foudre. A force de le pleurer, Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que notait dans les cœurs l'envie de régner? Loin d'être touché de ses maux, son beau-père Aper le tua (an 28i); mais Dioclétien vengea sa mort, et parvint enfin à l'empire, qu'il avait désiré avec tant d'ardeur. Carinus se réveilla, malgré sa mollesse, et battit Dioclétien ; mais en |)oursuivant les fuyards il fut tué (an 285) par un des siens, dont il avait corrompu la femme. Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les honmfies. Dioclétien gouverna avec vigueur, njais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis, qui s'élevaient de tous côtés au dedans et au dehors, il nomma Maximien empereur avec lui (an 286), et sut néanmoins se conserver I autorité principale. Chaque empereur fit un césar. Constantius Chlorus et Galérius furent élevés à ce haut rang (an 291 ). Les quatre princes soutinrent à peine le fardeau de tant de guerres. Dioclétien fuit Rome, qu'il trouvait troj) libre, et s'établit à Nicomédie, où il se fit adorer à la mode des Orientaux. Cependant les Perses, vaincus par Galérius (an 297), abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Apiès de si grands succès , Gale-
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nus ne vent plus être sujet , et dédaigne le nom de césar. Il commence par intimider Maximien. Une longue maladie avait fait baisser Tespiit de Dioclétien, et Galérius. quoique son gendre., le força de quitter l'empire \ 11 fallut que Maxijnien suivit son exemple. Ainsi l'empire vint entre les mains de Conslantius Chlorus et de Galérius (an 304); et deux nouveaux cé-ars. Sévère et Maximin, furent créés en leur place par les emj)ereurs qui se déposaient.
Les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne furent lieuleuses, mais trop peu de temps, sous Constantius Chlorus. Ennemi des exactions, et accusé par là de ruiner le lise, il montra quil avait des trésors im\nenses dans la bonne volonté de ses sujets. Le reste de l'empire soufflait beaucoup sous tant d'empereurs et tant de césars : les officiers se njultipliaient avec les princes; les dépenses et les exactions étaient infinies. Le jeune Constantin , fils de Constantius Chlorus, se rendait illustre- : mais il se trouvait entre les mains de Galérius. Tous les jours cet empereur, jaloux de sa gloire, l'exposait à de nouveaux périls. Il lui fallait combattre les bétels farouches par une espèce de jeu : mais (ialéiius n'était pas nioins à ciaiudie (ju'elles. Constantin, échappé de ses maiiîs, ti'ouva son poie expiiant. En ce temps (an 30G), Maxence. fils de Maxiinien et Licndre de Galérius, se fit empereui' à Rome, malgré son beau-père; et les divisions intestines se joignirent aux autres maux de Vétat. L"image deConslanlin, (|ui venait de succéder à son père, portée à Rome, selon la coutume, y futrejelée par les ordres de MaxeiRT. La réception des images était la forme ordinaire de reconnaître les nouveaux |)rinces. On se prépare à la guerre de tous côtés. Le césai* Sévère, (jue Gal('nius envoya contre Maxence (an 307), le tit tremi 1er da s
* Eiisch., HisL vvd.. lih. vni , cap. 13. (»i;il. (:f»iisl. .-hI Sni et. cal .*:»> I.jict., «le Mort, rerscc. c. (7, 1^.
2 Lacf.. ihi.l., c 2f.
m:s vahhh r:s. »7
Rome '. Puni' si^ clonncr de 1 appui dans sa IVayour, il l'appela son père Maxiiiiien. Le vieillard ambitieux quitta sa retraite, oii il n'était qu'à regret, et tâcha en vain de retirer Dioclétien, son collègue, du jardin qu il cultivait à Salone. Au nom de Maximien , empereur pour la seconde fois, les soldais de Sovère le quittent. Le vieil enipereur le fait luer ; et en même temps, pour s'appuyer contre Galérius, il donne à Constantin sa lille Fauste. Il fallait aussi de l'appu. à Galeri us après la mort de Sévère : c'est ce qui le fit résoudre à noiumer Licinius empereui' ^ ; mais ce choix piqua Maximin, qui, en qualité de césar, se croyait plus proche du 8Uj)réme honpeur. Rien ne put lui persuader de se soumettre à Licinius; il se rendit indépendant dans l Orient. Il ne restait presque à Galérius que l'Illyrie, où il s'était retiré après avoii- été chassé d'Italie. 1^^ reste de l'Occident obéissait a Maximien, à son (ils Maxence, et à son gendre Constantin ; mais il ne voulait non plus , poui* compagnons de Tempire, ses enfants que les étrangeis. Il tâcha de chasser de Rome son (ils Maxence, qui le chassa lui-même. Constantin, qui le reçut dans les Gaules , ne le trouva pas moins perfide. Après divers attentats. Maximien fit un dernier complot, où il crut avoir engagé sa fille Fauste contre son mari. Elle le trompait ; et Maximien, qui pensait avoir tué Constantin en tuant l'eunuque qu'on avait mis dans so:i lit , fut contraint de se domier la mort à lui-même (an 310). Une nouvelle guerre s'allume, et Maxence, sous prétexte de venger son père, se déclare conti'e Constantin , (jui marche à Rome (an 312) avec ses troupes K En même temps, il fait renverser les statues de Maximien : celles de Dioclétien , qui y éîaient jointes, eurent le même sort. Le repos de Dioclétien fut troublé de ce mépris; et il mourut quelque temps après, autant de chagrin que de vieillesse.
^ Lact., de Mort. Pcrscc, c. 2r,, 27. — ^ i,,ç^ ^ \\;^^]^ (. ^^^ 59^ 30, 31, .'i2.— 5 Lact., flr Mort, Perso.'., rnp. 15, i:^.
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En ces temps, Rome, toujours ennemie du christianisme, fit un dernier effort pour Téteindre , et acheva de l'étabhr. Galérius, marqué parles historiens comme l'auteur delà dernière persécution % deux ans devant qu'il eût obligé Dioclétien à quitter l'empire , le contraignit à faire ce sanglant édit (an 302) qui oidonnait de persécuter les chrétiens plus violen)ment que jamais. Maximien, qui les haïssait, et n'avait jamais cessé de les tourmenter, animait les magistrats et les liourreaux : mais sa violence , quelque extrême (;u'elle fiit, n'égalait point celle de Maximin et de Galérius. On inventait tous les jours de nouveaux supplices. La pudeur des viei ges chrétiennes nétaient pas moins attaquée que leur foi. On recherchait les livres sacrés avec des soins extraordinaires, pour en abolir la mémoire; et les chrétiens n'osieant les avoir dans leurs maisons, ni presque les lire. Ainsi , apiès trois cents ans de persécution, la haine des persécuteurs devenait plus âpre. Les chrétiens les lassèrent par leur patience. Les peuples, touchés de leur sainte vie. se convertissaient en foule. Galérius désespéra de les pouvoir vaincre. Frappé d'une maladie extraoïdinaire , il révoqua ses édits, et mourut (an 31 1 ) de la mort d'Antiochus, avec une aussi fausse pénitence. Maximin continua la persécution; mais Constantin le Grand, prince sage et victorieux, embrassa publiquement le christianisme (an de J.-C. 312).
ONZlKMi: KPOOl H.
CONSTANTIN, or LA PAIX I>K I KC.flSF.
Cette célèbre déclaration de Omslanlin arriva lan 312 de notre Seigneur. Pendant qu'il assiégeait Maxence dans
1 Euseb., Hist.eccl., lii). \iii. o. IC. De vita Coiishmt.. lil.. i. c. :.7. L;tct., iltid . c. 0 e\ sr(|.