‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 11 sur 55 · LES ÉPOQUES · texte numérisé non relu

LES ÉPOQUES

Après avoir vainement iniploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des Français. Le roi le reçut en France avec respect, et voulut être sacré et couronné de sa main (an 7o4). En même temps il passa les x\lpes, délivra Rome et l'exarchat de Ravenne, et réduisit Astolplie, roi des Lombards, à une paix équitable.

Cependant FEmpereur faisait la guerre aux images. Pour s'ap^)uyer de l'autorité ecclésiastique, il assembla un nombreux concile à Constantinoj)le. (3n n\ vit pourtant point |)araître selon la coutume, ni les légats du Saint-Siège, ni les évêques ou les légats des aubes sièges patriarcaux \ Dans ce concile, non-seulement on condamna comme idolâtrie tout rhonneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme des arts détestables -. C'était l'opinion des Sarrasins, dont on disait que Léon avait suivi les conseils quand il renversa les images. Il ne parut pourtant lien contre les reliques. Le concile de Copi'onyme ne défendit pas de les honorer, et il frappa d'anathème ceux qui refusaient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints "'. Les catholiques^ |)ersécutés pour l'honneur qu'ils rendaient aux images, répon:laient à l'empereur qu'ils aimaient mieux endurer toute sorte d'extrémilés, (|ue de ne pas honorer Jésus-Christ jus- (jue dans son ombre. Cependant Fepin repassa les Alpes (an 755), et châtia l'infidèle Astolplie, qui refusait d'exécuter le traité de paix. L'Église romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui que lui lit alors ce pieux prince. H lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua deCopronymequiles redemandait, lui qui n'avait pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables par leur fai-

' Conc. Me. II, acl. vi ; tom. vu, Con il., col. 395.

- Ibid., Defin. Pseiulosyn. C. P., col. 158, 506.

* Ibid., Psoiulosvn. C. P., Cm. x el m , col. 52:^, 527

J2() llISrOlilK l MMJISEIXK.

blesse , el odieux par leurs erreurs. Pepiu y fui rei^iuilé eomiîie j)rolecteur du peuple l'oiiKunet de Péglise romaine. Celte qualilé devint counne liôrédilaiie à sa maison et aux rois de France. Clïaiiemagne, fils de Pépin, la soutint avec autant de courage que de piéié. Le pape Adrien eut recours à lui (an 772) contre Didier, roi des Lombards, qui avait pris plusieurs villes, et menaçait toule Tltaiie. Charlemagne passa les Alpes (an 773). Tout fléchit : Didier fut livié (an 774) ; les rois loml)ards, ennemis de Rome et des papes, lurent détruits ; Charlemagne se lit couronner roi dltalie, et prit le titre de roi des Français et des Lombards. En même temps il exerça dans Rome môme Fautorité souveraine, en qualité de patrice, et confirma au Saint-Siège les donations du roi son père.

Les empereurs avaient peine a résister aux Bulgares, et soutenaient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés. Lacjuerelledes images duiail toujouis. Léon l\', lils de Copronynje, semblait d'abord s'être adouci ; mais il rcMiouvela la ])ei'sécuti()n aussitôt (ju il se crut le maître. Il mourut bientôt (an 780). Son lil^ Constantin, âgé dedix ans, lui succéda, et régna sous la tutelle de l'impératrice bène sa méie. Alors les choses commencère;it à changer de face. Paul , patriarche de Constanlinople, déclara, sur la lin de sa vie, qu'il avait combattu les images contre sa conscience, et se retira dans un monastèie (an 78i), où il déplora, en présence de rimpéialiice, le malheur de Téglise de Constanlinople séparée dof^ (jualie sièges [)alriarcaux, et lui i)ropo.^a la célébration d'un concile universel comme Tunique remède d'un si grand mal. Taraise, son successeur, soutint que la question n'avait pas été jugée dans l'ordre, parce (juon avait commencé pai* une oidonnance de l'Empereur, (ju'un concile tenu coiUre les formes avait siiivie ; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concil? à commencer, et aux empereurs à appuyer le jugemiMit de l'Eglise. Fondé sur cette raison, il n'acct^pta \r patiiarcal (ju'à condition (ju'on

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ticiiidiait le concile universel : il fui connueiicé à Conslanlinople et continué à Nicée (an 787). Le pape y envoya ses légats^ le concile des iconoclas'es fut condamné : ils sont détestés comme gens qui , à Texemple des Sarrasins, accusaient les chrétiens d'idolâtrie. On décida que les images seraient honorées en mémoire et pour l'amour des originaux, ce qui s'appelle dans le concile, culte relatif, adoration et salutation honoraire, qu'on oppose au culte suprême^ et à l\idoration de latrie , ou d'entière sujétion, que le concile réserve à Dieu seul K Outre les légats du Saint-Siège , et la présence du patriarche de Constantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux opprimés alors par les inlidèlcs. Quelques-uns leur ont contesté leur mission ; mais ce q(ii n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paraisse deconlimliction, et il a été reçu par toute I Eglise. Les Français, environnés d'idolâtres ou de noux eaux chrétiens dont ils ciaignaient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, hésitèrent long-temps. Parmi toutes les images, ils ne voulaient rendre d'honneur qu'a celle de la croix, absolument différente des figures, que les païens croyaient pleines de divinité, ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et même dans les églises, les autres images, et détestèrent les iconoclastes. Ce qui resta de diversité ne fit aucun schisme. Les Français connurent enfin que les Pères de Nicée ne demandaient pour les images que le même genre de culte, toutes pioportions gardées, qu'ils lendaient eux-mêmes aux relicpies, au livre de l'Evangile et à la croix; et ce concile fut lionoré par toute la chrétienté sous le nom de septième concile généra!.

Ainsi nous avons vu les sept conciles généraux, que TOrient et l'Occident, l'église grecque et réj»libe latine, reçoivent axec une égale révérence. Les empereurs convo-

^ Couc. Me. II, ;ict. vu; loin, mi, Coiicil., col. 555.

128 HISTOIRE L MVEUSELLE.

quaieiit ces grandes assemblées par l'autorité souveraine qu'ils avaient sur tous les évoques, ou du moins sur les principaux, d Ou dépendaient tous les autres, et qui étaient alors sujels de Tempire. Les voitures publiques leur étaient fournies par l'ordre des princes. Ils assemblaient des conciles en Oiieiil, ou ils faisaient leui' lésidence. et y en\o\ aient ordinairement des commissaires poui' maintenir l'ordre. Les évoques ainsi assemblés portaient avec eux l'autorité du Saint-Esprit , et la tradition des églises. Dès l'origine du chiistianisme, il y avait trois sièges principaux, qui précédaient tous les autres : celui de Rome, celui d'Alexandrie, et celui d'Antioche. Le concile de Nicée avait approuvé que l'évéque de la cité sainte eût le même rang ^ . Le second et le quatrième concile élevèrent le siège de Constantinoplc, et voulurent qu'il fût le second ^ . Ainsi il se fit cinq sièges, qu ulans la suite des temps on appela patriarcaux. La préséance leur était donnée dans le concile. Entre ces sièges, le siège de Rome était toujours regardé comme le premier, et le concile de Nicée régla les autres sur celui-là ^ Il y avait aussi des évoques métropolitains qui étaient les chefs des provinces, et qui précédaient les autres évéques. On commença assez lard à les appeler archevêciues : mais leur autorité n'en était pas ujoins reconnue. Quand le concile était formé, on proposait lEcriture sainte; on lisait les passages des anciens Pères témoins de la tradition : c'était la tradition (|ui inler[)rétait l'Écriture : on croyait que son vrai sens était celui dont les siècles passés étaient convenus, et nul ne croyait avoir droit de rexpli(juer autrement, deux (jui refusaient de se soumettre aux décisions du concile étaient frap- |)ès(ranallième. Après avoir expliqué la foi, on léglail la d scipline ecclésiastitjue, et on dressait les canons, c'est-à-

' Conc. Me. C;in. vu; tom.ii, Cono. col. M.

•i Coin-. C. P. I , Ciiii. m; ibid., col. t'4S. i.ouc. (liiilciMl. t'.im. n\n ni : I Ml'. I, <n|. 7(i*.». — Cdiif. Nie. r,;)H. \\\ \\h\ sii|).

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