CHAPITRE I
La création o\ 1rs promior<^ tenii s,
[.a religion et la suite du peuj)le de Dieu, considérée de cette sorte, est le plus grand elle plus utile de tous les olijels qu'on puisse proposer aux hommes. Il est beau de se remettre devantlesyeux les étals ditléients du peuple d(^ Dieu, sous la loi de la nature et sous les patriarches; sous Moïse et sous la loi éciite; soiis David et sous les prophètes: depuis le retour de la caplivité jus(ju'à Jésus-Christ, et enfin sous Jésus-Christ même, c'est-à-dire, sous la loi de grâce el sous l'Évangile; dans les siècles i\u'\ ont attendu le Messie, et dans ceux où il a paru ; dans ceux où le culte de Dieu a été KMluit à un seul jieuple, et dans ceux où. conlormémeni aux anciennes prophéties, il a été répandu par toute la terre:
TA sniK l)K r.\ nKLKUOY 1.13
dans ceux entin où les hommes , encore infirmes et grossiers, ont eu besoin d'être soutenus par des récompenses et des rhaliments temporels; et dans ceux oii les fidèles, mieux instruits, ne doivent plus vivre que par la foi , attachés aux biens éternels, et soutirant, dans fespérauce de les posséder, tous les maux qui peuvent exercer leur patience.
Assurément, Monseigneur, on ne peut rien concevoir qui soit plus digne de Dieu, que de s'être premièrement choisi un ])ouple qui fût un exemple palpable de son éternelle provi(l(MU'e; un peuple dont la bonne ou la mauvaise fortune d(''|)endît de la piété, et dont l'état rendît témoignage à la sagesse et à la justice de celui qui le gouvernait. C'est [)ar où Dieu a commencé, et c'est ce qu'il a fait voir dans le peuple juif. Mais après avoir- établi par tant de preuves sensibles ce fondement immuable , que lui seul conduit à sa volonté tous les événements de la vie présente, il était temps d'éle- \er les hommes à de plus hautes pensées, et d'envoyer Jésus-Christ, à qui il était réservé de découvrir au nouveau peuple, ramassé de tous les peuples du monde, les secrets de la vie future.
Vous pourrez suivre aisément l'histoire de ces deux peuples , et remarquer comme Jésus-Christ fait l'nnion de Tun et de l'autre, puisque, ou attendu ou donné, il a été dans tous les temps la consolation et l'espérance des enfants de Dieu.
Voilà donc la religion toujours uniforme, ou plutôt toujours la même dès l'origine du monde : on y a toujours reconnu le même Dieu comme auteur, et le même Christ connne sauveur du genre humain.
Ainsi vous verrez qu'il n'y a rien de plus ancien parmi les hommes que la leligion que vous professez , et c[ue ce n'est pas sans raison que vos ancêtres ont mis leur plus grande gloire à en êti-e les protecteurs.
Quel témoignage n'est-ce pas de sa vérité, de voir que dans les temps où les histoires profanes n'ont à nous con-
13/» ÏITSTOIRF IMVERSEÎXE.
lei' que clos fables , ou tout au plus des faits confus et à deini-oubliés, l'Écriture, c'est-à-dire, sans contestation, le plus ancien livre qui soit au monde , nous ramène par tant d'événements précis, et parla suite môme des choses, à leur vérital)le principe, c'est-à-dire, à Dieu , qui a tout fait ; et nous marque si distinctement la création de Tunivers , celle de l'homme en particulier, le bonheur de son premier état, les causes de ses misères et de ses faiblesses , la corruption du monde et le déluge, l'origine dos arts et colle des nations, la distribution dos teiros, enfin la propagation du genre humain, et d'autres faits de même importance dont les histoires humaines no parlent qu'on confusion, et nous obligent à chercher ailleurs les sources certaines î
Que si l'antiquité de la religion lui donne tant d'autorité, sa suite, continuée sans interruption et sans aKoration durant tant de siècles, et malgré tant d'obstacles survenus, fait voir manifestement que la main de Dieu la soutient.
Qu'y a-t-il de plus merveilleux que de la voir toujours subsister sur les mômes fondements dès les commencements du monde, sans que ni l'idolâtrie et Timpiété qui l'environnaient de toutes parts , ni les tyrans qui l'ont persécutée , ni les hérétiques et les infidèles qui ont taché de la corrompre, ni les lâches qui l'ont trahie, ni ses sectateurs indignes qui l'ont déshonorée par leurs crimes, ni enfin la longueur du temps, qui seule suflit pour abattre toutes les choses humaines, aient jamais été capables, je ne dis pas de l'éteindre , mais de l'altérer ?
Si maintenant nous venons à considérer quelle idée cette religion, dont nous révérons l'antiquité , nous donne de son objet, c'est-à-dire, du premier ôtio, nous avouerons qu'elle (^st au-dessus de toutes les pensées humaines , et digne d'ôtro l'ogardéo comme venue de Dieu mémo.
T.o Dieu qu'ont toujours servi les Hébreux et les chrétiens n'a v\n\ (\c commun avec les divinités pleines d'imperfection, ol niônio {\o vicos , ((uo lo tostf^ du mondi^ adorait.
TA SriJK DK LA RKLirjOV 1
Noire Dieu ost un , infini ^parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vertu , parce qu'il est seul la sainteté nienie.
11 est infiniment au-dessus de cette cause première et de ce premier moteur que les philosophes ont connu, sans toutefois Fadorer. Ceux d'entre eux qui ont été le plus loin nous ont proposé un Dieu qui , trouvant une matière éternelle et existante par elle-même aussi bien que lui, l'a mise en œuvre, et l'a façonnée comme un artisan vulgaire, contraint dans son ouvrage par cette matière et par ses dispositions, qu'il n'a pas faites ; sans jamais pouvoir comprendre que si la matière est d'elle-même, elle n'a pas d<A attendre sa perfection d'une main étrangère , et que si Dieu est infini et parfait , il n'a eu besoin, pour faire tout ce qu'il voulait, que de lui-même et de sa volonté toute-puissante. Mais le Dieu de nos pères , le Dieu d'Abraham , le Dieu dont Moïse nous a écrit les merveilles , n'a pas seulement arrangé le monde, il l'a fait tout entier dans sa matière et dans sa forme. Avant qu'il eût donné l'être, rien ne f avait que lui seul. Il nous est représenté comme celui qui fait tout, et qui fait tout par sa parole, tant à cause qu'il fait tout par raison, qu'à cause qu'il fait tout sans peine , et que pour faire de si grands ouvrages il ne lui en coûte qu'un seul mot, c'est-à-dire, qu'il ne lui en coûte que de le vouloir.
Et pour suivre l'histoire de la création , puisque nous l'avons commencée, Moïse nous a enseigné que ce puissant architecte, à qui les choses coûtent si peu, a voulu les faire à plusieurs reprises, et créer l'univers en six jours, pour montrer qu'il n'agit pas avec une nécessité ou par une impétuosité aveugle, comme se le sont imaginé quelques philosophes. Le soleil jette d'un seul coup , sans se retenir, tout ce qu'il a de rayons; mais Dieu , qui agit par intelligence et avec une souveraine liberté, applique sa vertu où il lui plaît, et autant qu'il lui plaît : et comme , en faisant le monde par sa parole, il montre que rien no le peine; en le faisant à
130 iiisToini; i mnkiisi.lm:.
plusieurs reprises , il fait voir qu'i^ est le maître de sa matière , de son action , de toute son entreprise, et qu'il n'a , en agissant, d'autre règle que sa volonté, toujours droite par elle-même.
C-otle conduite de Dieu nous fait voir aussi que tout sort immédiatement de sa main. lx;s peuples et les philosophes qui ont cru que la terre mêlée avec l'eau , et aidée , si vous le voulez, de la chaleur du soleil, avait produit d'elle-même par sa propre fécondité les plantes et les animaux , se sont trop grossièrement trompés. L'Écriture nous a fait entendre que les éléments sont stériles . si la parole de Dieu ne les rend féconds. Ni la terre, ni l'eau , ni l'air, n'auraieul jamais eu les plantes ni les animaux (jue nous y voyons , si Dieu, qui en avait fait et préparé la matière , ne l'avait en core formée par sa volonté toute-puissante, et n'avait don- . né à chaque chose les semences propres pour se multiplier dans tous les siècles.
Ceux qui voient les plantes prendre leur naissance et leur accroissement par la chaleur du soleil , pourraient croire qu'il en est le créateur. Mais l'Kcrilure nous fait voir la terre revêtue d'herbes et de toute sorte de plantes avant que le soleil ait été créé, afin que nous concevions que tout dépend de Dieu seul.
Il a plu à ce grand ouvrier de créer la lumièie, avant même que de la réduire à la forme qu'il lui a donnée dans le soleil et dans les astres ; parce qu il voulait nous apprendre que ces grands etmagnilicjues luminaires, dont on nous a voulu faire des divinités, n'avaient par eux-mêmes ni la matière précieuse et éclatante dont ils ont été composés, ni la forme admirable à laquelle nous les voyons réduits.
Enfin le récit de la création, tel qu'il est fait par Moïse, nous découvre ce grand secret de la véritable philosophie, qu'en Dieu seul réside la fécondité et la puissance absolue. Heureux, sage , tout-puissant, seul sullisant à lui-même, il aiiii pans nécessité comme il ai;it sans besoin; jamais con-
Ira'mt ni onihanassé par ?a matière, dont il fait ce qu'il veut, pai'ce qu'il lui a donné [)ai' sa seule volonté le fond de son être. Pai' ce droit souverain , il la tourne, il la façonne , il la meut sans peine : tout dépend immédiatement de lui; et si, selon l'ordre établi dans la nature, une chose dépend de l'autre , par exemple , la naissance et l'accroissement des plantes , de la chaleur du soleil , c'est à cause que ce même Dieu, qui a fait toutes les parties de l'univers, a voulu les lier les unes aux autres, et faire éclater sa sagesse par ce merveilleux enchaînement.
Mais tout ce que nous enseigne l'Écriture sainte sur la création de l'univers n'est rien en comparaison de ce qu'elle dit de la création de l'homme.
Jusqu'ici Dieu avait tout fait en commandant : « Que la lu- » mière soit; que le firmament s'étende au milieu des eaux; » que les eaux se retirent; que la terre soit découverte et » qu'elle gei*me; qu'il y ait de grands luminaires qui par- » lagent le jour et la nuit; que les oiseaux et les poissons » soi'tent du sein des eaux; que la terre produise les ani- » maux selon leurs espèces différentes ^ » Mais quand il s'agit de produire l'homme, Moïse lui fait tenir un nouveau langage : « Faisons l'homme, dit-il % à notre image et res- » semblance. »
Ce n'est plus cette parole impérieuse et dominante; c'est une [parole plus douce, quoique non moins efficace. Dieu tient conseil en lui-même; Dieu s'excite lui-même, comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va entreprendre surpasse tous les ouvrages qu'il avait faits jusqu'aloi s.
/'^lisons r/ioimnr. Dieu parle en lui-même; il parle à quel- (|u'un qui fait comme lui, à quelqu'un dont l'iiomme est la créature et l'image; il parle à un autre lui-ujême; il paiie à celui par qui toutes choses ont été faites, à celui qui dit dans son É,vangile : « Tout ce que le Père fait, le Fils le
* Gen., 1, 3, etc.— ^ lljid., 2(i.
138 lIJMOmi-: LMVKllSKLLI'.
» fait sciublablement '. » En parlant à son Fils, on a\ec son Fils, il parle en même temps avec rEs[)rit tonl-pnissanl , égal el coéternel à l'un et à l'aulre.
C'est une chose inouïe dans tout le langage de rÉci iiure , qu'un autre que Dieu ait parlé de lui-même en nombre pluriel, faisons. Dieu même, dans l'Écriture, ne parle ainsi que deux ou trois fois, et ce langage exhaordinairc commence à paraître lorsqu'il s'agit de créer l'homme.
Quand Dieu change de langage, et en quelque façon d<? conduite, ce n'est pas qu'il change en lui-même; mais il nous montre qu'il va commencer, suivant des conseils éternels, un nouvel ordre de choses.
Ainsi l'homme, si fort élevé au-dessus des autres créatures dont Moïse nous avait décrit la génération , est pioduit d'une façon toute nouvelle. La Trinité commence à se déclarer, en faisant la créature raisonnable dont les opérations intellectuelles sont une image imparfaite de ces éternelles opérations par lesquelles Dieu est fécond en luimême.
La parole de conseil dont Dieu se sert marque que la créature qui va être faite est la seule qui peut agir par conseil et par intelligence. Tout le reste n'est pas moins extraordinaire. Jusque-là nous n'avions point vu, dans l'histoire de la Genèse, le doigt de Dieii ap[)liqué sur une matière corruptible. Pour former le corps de l'honmie, luimême prend de la terre '^; et cette terre, arrangée sous une telle main, reçoit la plus belle figure qui eut encoie paru dans le monde. L'homme a la taille droite, la tête élevée, les regards tournés vers le ciel : et cette conformation, qui lui est particulière , lui montre son origine et le lieu où il doit tondre.
Cette attention particulière, qui paraît en Dieu (juand il fait l'homme, nous montre (|u'il a |)our lui un égard par-
' .loaii., A , 1*'. — (Joli.. 11.7.
LA SI ni: Di<: l\ ni<:i.i(a()\. wj
(iciiliei', (iiioique d'ailleurs tout soit conduit ininiodialeuuMil par sa sagesse.
Mais la manière dont il produit Tàme est i)eaucoup plus merveilleuse : il ne la tire point de la matière , il l'inspire d'en haut; c'est un souille de vie qui vient de lui-même.
Quand il créa les bêtes , il dit : « Que l'eau produise les » poissons; » et il créa de cette sorte les monstres marins, et toute âme vivante et mouvante qui devait remplir les eaux. Il dit encore : « Que la terre produise toute âme vi~ » vante, les bêtes à quatre pieds, et les reptiles ^ »
C'est ainsi que devaient naître ces âmes vivantes d'une vie brute et bestiale, a qui Dieu ne donne pour toute action que des mouvements dépendants du corps. Dieu les tire du sein des eaux et de la terre. Mais cette âme dont la vie devait être une imitation delà sienne, qui devait vivre comme lui de raison et d'intelligence , qui lui devait être unie en le contemplant et en l'aimant, et qui pour cette laison était faite à son image, ne pouvait être tirée de la matière. Dieu, en façonnant la matière, peut bien formel" un beau corps ; mais en quelque sorte qu'il la tourne et la façonne , jamais il n'y trouvera son image et sa ressemblance. L'âme faite à son image, et qui peut être heureuse en le possédant, doit être produite par une nouvelle création : elle doit venir d'en haut; et c'est ce que signifie ce souffle de vie^ que Dieu tire de sa bouche.
Souvenons-nous que Moïse propose aux hommes charnels, par des images sensibles, des vérités pures et intellectuelles. Ne croyons pas que Dieu souffle à la manière des animaux; ne croyons pas que notre âme soit un air subtil, ni une vapeur déliée. Le souffle que Dieu inspire, et qui porte en lui-même l'image de Dieu, n'est ni air ni vapeur. Ne croyons pas que notre âme soit une portion de la nature divine , comme l'ont rêvé quelques philoso-
1 Gni., 1, -20, 2i. — 2 ]l,i(|., Il, 7.
1/iO HISTOmK IMVEHSKÏ.LE.
plies. Dieu n'est pas un toul (|iii se partage. Quand Dieu aurait des parties, elles ne seraient pas faites; car le créateur, l'être iacrcé ne serait pas composé de ciéa'ures. I.'anie est faite, et tellement faite, qu'elle n'est rien de la nature divine, mais seulement une chose faite à Tinjage et ressemblance de la nature divine; une chose qui doit toujours demeurer unie à celui (jui l'a formée : c'est ce que veut dire ce souf- 11e divin, c'est ce (}ue nous lepresente cet esprit de \ie.
Voilà donc Thonnue formé. Dieu forme encore de lui la conjpagne (juil lui veut donner. Tous les hommes naissent d un seul mariage, afin d'être à jamais, quelque dispersés et nmltipliés qu'ils soient, une seule et même famille.
Nos premiers parents, ainsi formés, sont mis dans ce jardin délicieux qui s'app(;lle le paradis : Dieu se devait à lui-même de rendre son image heuieuse.
Il donne un précepte à l'homme, poui* lui faire sentir qu'il a un maître; un précepte attaché à une chose sensible, parce que l'homme était fait avec des sens; un [)iécepleaisé, parco qu'il voulait lui rendre la vie commode tant (ju'elle seiait innocent(\
L'homme ne garde pas un commandement d'une si facile observance : il écoute l'esprit tentateur, et il s'écoule luimême, au li(Mi d écouliM- Dieu uniquement; sa perte est ine- \itable; mais il la faut considérei' dans son (>ii.i;in(» au>si bien (jue dans ses suites.
Dieu avait fait au couimencement ses anges, esprits |)urs et sé|)arés de toute matière. Lui, (jui ne fait rien (|ue de bon, l(\s avait tous créés dans la sainteté; et ils |)ou\ aient assurer leur félicité en se donnant volontairement à leur créateur. Mais tout ce (|ui est tiré du néant est défectueux. Une partie de ces anges se laissa séduire à ramour-proj)re. Malheur* à la créature (|ui se |)laît en elle-même, et non pas on Dieu! clic pcid en un moment tous ses dons. Lirange ('llét du poché! ces esprits lumiiuMix (l(»vinient esprits de lenèlMc> : ils u cmcnl plu^ de lumière> qui ne >c tournas-
LA SI HE l)K LV iu':li(;jo\. I/4I
sent en ruses malicieuses. Une maligne envie prit en eux la place de la charité; leur grandeui* naturelle ne fut plus (ju'orgueil; leur félicité fut changée en la triste consolation (le se faire des compagnons dans leur misère; et leurs bienheureux exercices, au misérable emploi de tenter les hommes. Le plus parfait de tous, qui avait aussi été le plus supcibe, se trouva le plus malfaisant, comme le plus malheureux. L'homme, (fue Dieu avait mis un peu au-dessous des auges \ en l'unissant à un corps, devint à un esprit si parfait un objet de jalousie : il voulut l'entraîner dans sa rébellion, pour ensuite renvelopper dans sa perte. Les créatures spil'ituelles avaient, comme Dieu môme, des moyens sensibles pour communiquer avec l'homme, (jui leur élait semblable (hms sa partie principale. Les mauvais esprits, dont Dieu voulait se servir pour éprouver la fidélité du genre humain, n'avaient pas perdu le moyen d'entretenir ce commerce avec notre natui(*, non plus ([u'un certain empire qui leur avait été donné d'abord sur la créature corporelle. Le démon usa de ce pouvoir contre nos premiers parents. Dieu permit qu'il leur parlât en la forme d'un serpent, comme la plus convenable à représenter la malignité avec le supplice de cet espril malfaisant, ainsi qu'on le vena dans la suite. Il ne craint point de leur faire horreur sous cette figure. Tous ICv^ animaux avaient été également amenés aux pieds d'Adam pour en recevoir nu nom convenable, et reconnaître le souverain que Dieu leur avait donné ^ Ainsi aucun des animaux ne causait de l'horreur à l'homme, parce que, dans l'état où il était, aucun ne lui pouvait nuire.
Écoutons maintenant comment le démon lui parla , et pénétrons le fond de ses artifices. Il s'adresse à Eve, comme à la plus faible : mais, en la personne d'Eve, il parle à son mari aussi bien qu'à elle : « Pourquoi Dieu
1 Psnl , \\\\, (i. — - Gfii., Il, lu , l'O.
\l\2 illSTOJUi: IMM-liSLLLE.
VOUS a-t-il fait cette défense ^ ? S'il vous a faits raisonnables, vous devez savoir la raison de tout : ce fruit n'est pas un poison; vous n'en mourrez pas '-. » Voilà par où commence l'esprit de révolte. On raisonne sur le précepte, et l'obéissance est mise en doute. « Vous serez comme des dieux % libres et indépendants, heureux en vousmêmes, sages par vous-mêmes : vous saurez le bien et le mal; rien ne vous sera impénétrable. » C'est par ces motifs que l'esprit s'élève contre l'ordre du Créateur, et audessus de la règle. Eve , à demi-gagnée, regarda le fruit , dont la beauté promettait un godt excellent '\ Voyant que Dieu avait uni en l'homme l'esprit et le corps, elle crut qu'en fiiveur de l'homme il pourrait bien encore avoir attaché aux plantes des vertus surnaturelles, et des dons intellectuels aux objets sensibles. Après avoir mangé de ce beau fruit, elle en présenta elle-niôme à son mari. Le voilà dangereusement attaqué. L'exem[)le et la complaisance foitifient la tentation; il entre dans les sentiments du tentateur si bien secondé; une tron^peuse curiosité, une flatteuse pensée d'orgueil, le secret plaisir d'agir de soi-même et selon ses propres pensées, l'attire et l'aveugle; il veut faire une dangereuse épreuve de sa liberté, et il goiite avec le fruit défendu la pernicieuse douceur de contenter son esprit : les sens mêlent leur attrait à ce nouveau charme; il les suit, il s'y soumet, et il s'en fait le captif, lui qui en était le maîtie.
En même temps tout change pour lui. La terre ne lui jit plus comme auparavant ; il n'en auia [)lus rien que par ww travail opiniâtre; le ciel n'a plus cet air serein; les animaux , qui lui étaient tous , jusqu'aux plus odieux et aux plus farouches, un divertissement innocent , prennent pour lui des formes hideuses : Dieu, qui avait tout fait pour son bonheur, lui tourne en un moment tout en supplice. Il se
^ (h'11., m, 1. — Jl>i(l., i. — Ibul.. .». — Ibul., 0.
LA SLITJ!: DE LA IILLIGIOV. I^i3
fait peine à lui-même, lui qui s'était tant aimé. La rébellion de ses sens lui fait remarquer en lui je ne sais quoi (le honteux *. Ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur, où tout était beau; le péché a fait un nouvel ouvrage qu'il faut cacher. L'homme ne peut plus supporter sa honte, et voudrait pouvoir la couvrir à ses propres yeux. Mais Dieu lui devient encore plus insupportal)le. Ce grand Dieu, qui l'avait fait à sa ressemblance, et qui lui avait donné des sens comme un secours nécessaire à son esprit , se plaisait à se montrer à lui sous une forme sensible : l'homme ne peut plus souffrir sa présence. Il cherche le fond des forets % pour se dérober à celui qui faisait auparavant tout son bonheur. Sa conscience l'accuse avant que Dieu parle. Ses malheureuses excuses achèvent de le confondre. Il faut qu'il meure : le remède d'immortalité lui est ôlé; et une mort plus atTreuse , qui est celle de l'âme , lui est %urée par cette mort corporelle à laquelle il est condamné.
Mais voici notre sentence prononcée dans la sienne. Dieu , qui avait résolu de récompenser son obéissance dans toute sa postérité, aussitôt qu'il s'est révolté le condamne, et le frappe, non-seulement en sa personne, mais encore dans tous ses enfants comme dans la plus vive et la plus chèie partie de lui-même : nous sommes tous maudits dans notre principe, notre naissance est gâtée et infectée dans sa source.
N'examinons point ici ces règles tenibles de la justice divine, par lesquelles la race humaine est maudite dans son origine. Adorons les jugements de Dieu , qui regarde tous les hommes comme un seul homme dans celui dont il veut tous les faire sortir. Regardons-nous aussi comme dégradés dans notre père rebelle, comme flétris à jamais par la sentence qui le condamne, comme bannis avec lui, et exclus du paradis où il devait nous faire naître.
* Gen., [U, 7 — -^ Ihid., 8.
\uh msTOiui-: immiiiskixe.
Les règles de la justice humaine nous peuvent aider à entrer dans les profondeurs de la justice divine, dont elles sont une ombre : mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abîme. Croyons que la justice aussi bien que la miséricorde de Dieu ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes, et qu'elles ont toutes deux des effets bien plus étendus et bien plus intimes.
Mais pendant que les rigueurs de Dieu sur le genre hunjain nous épouvantent, admirons comme il tourne nos yeux vers un objet plus agréable, en nous découvrant notre délivrance future dès le jour de notre perte. Sous la figure du serpent ', dont le rampement tortueux était une vive image des dangereuses insinuations et des détours fallacieux de l'esprit malin, Dieu fait voir à Eve, notre nière, le caractère odieux et tout ensenjble le juste supplice de son ennemi vaincu. Le serpent devait être le plus haï de lous ies animaux, connue le démon est la plus maudite de toutes les créatures. Comme le suipent ran)pe sur sa poitrine, le démon, justement précipité du cici où il avait été créé, ne se peut plus relever. La terre, dont il est dit (jue le serpent se nourrit, signifie les basses pensées (|ue le déuKm nous inspire : lui-même il ne pense rien que de bas, |)uis(|ue toutes ses pensées ne sont que péché. Dans l'inimitié éternelle entre toute la race humaine et le déujon. nous apprenons que la victoire nous sera donnée, puis- (\[\\)n nous y montre une semence bénite par kujuelle notre vain(]ueur devait axoir la lêtc i'crasîr^ c'est-a-dire, devait voir son orgutîil dompté, et son empire abattu par toute la teire.
Cette semence bénite était Jésus-Christ (ils dune vierge, ce Jésus-Christ en qui seul Adam n'avait point péché -.
* Gei)., m , n , i:>.
" ("ost iiiio i»i('Uso rroyunco, {\w l'Ëi;lise aj)i)i-oiive , quo la \ ieii^e iiimiacuU'O in qnà Aihim imn prccarit fui c\om]i!o aussi . ikmi par sn
parce (|u il devait sortir dWdain d'iineiiKinière divine, conçu non de l'iioînme, mais du Saint-Esprit. C'était donc par ce divin germe, ou par la femme qui le produirait, selon les diverses leçons de ce passage, que la perte du genre humain devait élre réparée, et la puissance ôtée au prince du monde, qui ne trouve rien du sien en Jésus-Christ ^ .
Mais avant que de nous donner le Sauveur, il fallait que le genre humain connût par une longue expérience le l)esoin qu'il avait d'un tel secours. L'homme fut donc laissé à lui-même; ses inclinations se corrompirent, ses débordements allèrent à l'excès, et l'iniquité couvrit toute la face d(î la terre.
Alors Dieu médita une vengeance dont il voulut que le souvenir ne s'éteignît jamais parmi les hommes : c'est celle du déluge universel, dont en effet la mémoire dure encore dans toutes les nations, aussi bien que celle des crimes qui l'ont attiré.
Que les hommes ne pensent plus que le monde va tout seul , et que ce qui a été sera toujours comme de lui-même. Dieu , qui a tout fait, et par qui tout subsiste, va noyer tous les animaux avec tous les hommes, c'est-à-dire, qu'il va détruire la plus belle partie de son ouvrage.
Il n'avait besoin que de lui-même pour détruire ce qu'il avait fait d'une parole : mais il trouve plus digne de lui de faire servir ses créatures d'instrument à sa vengeance ; et il appelle les eaux poui* ravager la terie couverte de crimes.
11 s'y trouva pourtant un homme juste. Dieu, avant que de le sauver du déluge des eaux, l'avait préservé par sa grâce du déluge de l'iniquité. Sa famille fut réservée pour repeupler la terre, qui n'allait plus être qu'une immense solitude. Par les soins de cet homme juste. Dieu sauve les
nature comme notre Seigneur, mais par un privile'ge unique, du péché (VAdam. (Noie des éditeurs.) J Joan., Mv , 30.
/lO HÏSTOIlir: T ATVERSEIXF.
animaux, afin (luo riiommo onlende qu'ils sont fails pour lui , et qu'il s'en serve pour la gloire de leur créateur.
Il t'ait plus ; et comme s'il se repentait d'avoir exercé suite genre humain une justice si rigoureuse, il promet solennellement de n'envoyer jamais de déluge pour inonder toute la terre : et il daigna faire ce traité non- seulement avec les hommes, mais encore avec tous les animaux^ tant de la terre que de Ca'ir \ pour montrer que sa providence s'étend sur tout ce qui a vie. L'arc-en-ciel parut alors : Dieu en choisit les couleurs si douces et si agréablement diversifiées sur un nuage rempli d'une bénigne rosée, plutôt que d'une pluie incommode, pour être un témoignage éternel que les pluies qu'il enverrait dorénavant ne feraient jamais d'inondation universelle. Depuis ce temps, l'arc-en-ciel paraît dans les célestes visions comme un des principaux ornements du trône de Dieu ^, et y porte une impression de ses miséricordes.
Le monde se renouvelle, et la terre sort encore une fois du sein des eaux ; mais, dans ce renouvellement, il demeure une impression éternelle de la vengeance divine. Jusqu'au déluge toute la nature était plus forte et plus vigoureuse : par cette immense quantité d'eaux que Dieu amena sur la terre, et par le long séjour qu'elles y liront, les sucs qu'elle enfermait furent altérés; l'air chargé d'une humidité excessive fortifia les principes de la corruption ; et la première constitution de l'univers se trouvant alTaihlie, la vie humaine, qui se poussait jusques à près de mille ans, se diminua peu à peu; les herbes et les fruits n'eurent plus leur première force, et il fallut donner aux hommes une nourriture plus substantielle dans lachair des animaux \
Ainsi devaient disparaître et s'effacer peu à peu les restes de la première institution ; et la nature changée avertissait
1 Gon., tx, 9, 10., etc. — * Ezcoh., i, 'Id,. Ajinral.. iv, 3. •' Gon., i\. 3.
T.\ S( ITE [)F LA UELîr.IOY 1/i7
riiommo que Dieu n'élait plus le môme pour lui depuis qu'il avait été irrité par tant de crimes.
Au reste, cette longue vie des premiers hommes, marquée dans les annales du peuple de Dieu , n'a pas été inconnue aux autres peuples, et leurs anciennes ti'aditions en ont conservé la mémoire '. La mort qui s'avançait lit sentir aux hommes une vengeance plus prompte ; et comme tous les jours ils s'enfonçaient de plus en plus dans le crime, il fallait qu'ils fussent aussi, pour ainsi parler, tous les jours plus enfoncés dans leur supplice.
Le seul changement des viandes leur pouvait marquer combien leur état allait s'empirant, puisqu'on devenant plus faibles ils devenaient en même temps plus voraces et plus sanguinaires.
Avant le temps du déluge, la nourriture que les hommes prenaient sans violence dans les fruits qui tombaient d'euxmêmes et dans les herbes qui aussi bien séchaient si vite, était sans doute quelque rente de la première innocence, et de la douceur à laquelle nous étions formés. Maintenant , pour nous nourrir, il faut répandre du sang, malgré l'horreur qu'il nous cause naturellement; et tous les raffinements dont nous nous servons pour couvrir nos tables suffisent à peine à nous déguiser les cadavres qu'il nous faut mangei* pour nous assouvir.
Mais ce n'est là que la moindre partie de nos malheurs. La vie déjà raccourcie s'abrège encore par les violences qui s'introduisent dans le genre humain. L'homme, qu'on voyait dans les premiers temps épargner la vie des bétes, s'est accoutumé à n'épargner plus la vie de ses semblables. C'est en vain que Dieu défendit, aussitôt après le déluge, de verser le sang humain; en vain, pour sauver quelque vestige de la première douceur de notre nature, en per-
1 Maueth. Beros. Hesliœ. Nie. Damas, et al. apud .Josrpli., Aiir., lib. 1 , c. 4, al. 3. Hosiod., Op. et Dies.
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ineltanl clo niangc!- la ciiair des heles, il en avait réservé le sang ^ Les meurtres se multiplièrent sans mesure. Il est vrai qu'avant le déluge Gain avait sacrifié son fière à sa jalousie ^. Lamecli, sorti de Gain, avait fait le second meurtre ^ ; et on j3eut croire qu'il s'en fit d'autres après ces damnables exemples. Mais les guerres n'étaient pas encore inventées Ge fut après le délugi^. que parurent ces ravageurs de provinces que l'on a nommés conquérants, qui, poussés par la seule gloire du commandement, ont exterminé tant d innocents. Nemrod, maudit rejeton de Gham maudit par son père, commença à faire la guerre seulement pour s'dahlir un empire '. Depuis ce tem[)S l'ambition s'est jouée, sans aucune borne, de la vie des hommes : ils en sont venus à ce point de s'entretuer sans se haïr : le comble de la gloire et le plus beau de tous les arts a été de se tuer les uns les autres.
Gentans ou environ après le déluge, Dieu frappa le genre humain d'un autre fléau parla division des langues. Dans la dispersion qui se devait faire de la famille de Noé par toute la terre habitable, c'était encore un lien de la société, que la langue qu'avaient parlée les premiers honnnes, et quWdam avait apprise à ses enfants, demeuiàt commune. Mais ce reste de l'ancienne concorde périt à la tour de Babel : soit que les enfants d'Adam toujours, incrédules, n'eussent pas donné assez de croyance à la promesse de Dieu qui les avait assurés qu'on ne venait plus de déluge, et qu'ils se soient préparé un refuge contre un semblable accident dans la solidité et ('ans la hauteur de ce su|)erbe édifice, ou (pfils n'aient eu pour objet (jue de rendre leur noui immortel par ce grand ouvrage, avant que de se séparer, ainsi (ju'il est mar(jué dans la (l(Mièse ; Dieu ne leurjiermit pas de le poiter, comme ils l'espéraient, jiiscprau.x nues ; ni de menacer.
i Gon. IX, i. — ~ ]\)'u\., IV, s. — • 11)1(1., 2:\. — '• Ihid.. \, \). "> ll)i(l., M. 1.7.
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pour ainsi dire, le ciel par l'élévation de ce hardi bâtiment; et il mit la confusion parmi eux, en lem- faisant oublier leur premier langage. Là donc ils commencèrent à se diviser en limgues et en nations. Le nom de Babel, qui signifie confusion, demeura à la tour, en témoignage de ce désordre, et pv)ui' être un monument éternel au genre humain, que l'orgueil est la source de la division et du trouble parmi les hommes.
Voilà les commencements du monde, tels que l'histoire de Moïse nous les représente : commencements heuieux d'abord, pleins ensuite de maux infinis; par rapport à Dieu qui fiiit tout, toujours admirables; tels enfin que nous apprenons, en les repassant dans notre esprit, à considérer l'univers et le genre humain toujours sous la main du Créateur, tiré du néant par sa parole, conservé par sa bonté, gouverné par sa sagesse , puni par sa justice , délivré par sa miséricm'de , et toujours assujéti à sa puissance.
Ce n'est pas ici l'univers tel que l'ont conçu les philosophes ; formé , selon quelques-uns , par un concours fortuit des premiers corps; ou qui, selon les plus sages, a fourni sa matière à son auteur; qui par conséquent n'en dépend, ni dans le fond de son être, ni dans son premier état, et qui l'astreint à certaines lois que lui-même ne peut violer.
Moïse et nos anciens pères, dont Moïse a recueilli les traditions, nous donnent d'autres pensées. Le Dieu qu'il nous a montré a bien une autre puissance : il peut faire et défaire ainsi qu'il lui plaît; il donne des lois à la nature, et les renveise quand il veut.
Si pour se faire connaître, dans le temps que la plupart des hommes l'avaient oublié, il a fait des miracles étonnants , et a forcé la nature à sortir de ses lois les plus constantes, il a continué par là à montrer qu'il en était le maître absolu, et que sa volonté est le seul lien qui entretient l'ordre du monde.
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C'est justement ce que les hommes avaient oublié : la stabilité d'un si bel ordre ne servait qu'à leur persuader que cet ordre avait toujours été, et qu'il était de soi même; par où ils étaient poités à adorer ou le monde en général , ou les astres, les éléments , et enfin tous ces grands corps qui le composent. Dieu donc a témoigné au genre humain une bonté digne de lui , en renversant dans des occasions éclatantes cet ordre, qui non-seulement ne les frappait plus parce qu'ils y étaient accoutumés, mais encore (jui les portaient, tant ils étaient aveuglés, à imaginer hors de Dieu l'élernité et l'indépendance.
L'histoire du peuple de Dieu, attestée par sa propre suite et par la religion, tant de ceux qui l'ont écrite que de ceux qui l'ont conservée avec tant de soin, a gardé comme dans un fidèle registre la mémoire de ces miracles, et nous donne par là ridée véritable de l'empire suprême de Dieu , maître tout-puissant de ses créatures, soit pour les tenir sujettes aux lois générales qu'il a établies, soit pour leur en donner d'autres quand il juge qu'il est nécessaire de réveiller par quelque coup surprenant le genre humain endormi.
Voilà le Dieu que Moïse nous a proposé dans ses écrits comme le seul qu'il fallait servir; voilà le Dieu que les patriarches ont adoré avant Moïse; en un mot, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à qui notre père Abraham a bien voulu immoler son fils unique; dont Melchisédech , ligure de Jésus Christ, était le pontife; à qui notre père Noé a sacrifié en sortant de l'arche; que le juste Abel avait reconnu en lui offrant ce qu'il avait de plus précieux ; que Seth donné à Ailam à la place d'Abel avait fait connaître à ses enfants, appelés aussi les enfants de Dieu; qu'Adam même avait montré à ses descendants comme celui des mains dufjuel il s'était vu récemment soiti, et qui seul pouvait mettre (in aux maux de sa malheureuse j)ostérité.
La belle philosophie que celle qui nous donne des idées si |)uies de l'auteur de noti-e être! la belle tradition ciue
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celle qui nous conserve la mémoire de ses œuvres magnifiques! Que le peuple de Dieu est saint, puisque , par une suite non interrompue depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours, il a toujours conservé une tra lition et une pliilosopliio si sainte !