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La mollosso (rilonorius , et celle de Valcntinien III , empereurs crOccident , fait tout périr.
L'Italie et Rome même sont saccagées à diverses fois , et deviennent la proie des Barbares.
Tout rOccident est à Tabandon. L'Afrique est occupée par les Vandales, l'Espagne par les Yisigoths, la Gaule par les Francs, la Grande-Bretagne par les Saxons, Rome et l'Italie même par les Hérules, et ensuite par les Ostrogoths. Les empereurs romains se renferment dans l'Orient, et abandonnent le reste, même Rome et l'Italie.
L'empire reprend quelque force sous Justinien , par la valeur de Bélisaire et de Narsès. Rome, souvent prise et re|)rise , demeure enfin aux empereurs. Les Sarrasins, devenus puissants \y<\r la division de leurs voisins, et par la nonchalance des empereurs, leur enlèvent la plus grande partie de l'Orient, et les tourmentent tellement de ce côtélà, qu'ils ne songent plus à l'Italie. Les Lombards y occupent les plus belles et les plus riches provinces. Rome, réduite à Textrémité par leurs entreprises continuelles, et demeurée sans défense du côté des empereurs, est contrainte de se jeter entre les bras des Français. Pépin , roi de France, passe les monts, et réduit les Lombards. Charlemagne, après en avoir éteint la domination, se fait couronner roi dllalie, où sa seule modération conserve quelques petits restes aux successeurs des Césars; et en l'an 800 de notre Seigneur, élu empereur parles Romains, il fonde le nouvel empire.
Il est maintenant aisé de connaître les causes de l'élévation et de la chute de Rome.
Vous voyez que cet état fondé sur la guerre, et par là naturellement disposé à eujpiéter sur ses voisins, a mis tout Tunivers sous le joug, pour avoir porté au plus haut point la politique et l'art militaire.
Vous voyez les causes des divisions de la république, et finalement de sa chute, dans les jalousies de ses citovens,
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et dans l'amour de la libcM lé j)()iissé jusqn à un excès et une délicatesse insupportable.
Vous n'avez plus de peine à distinguer tous les temps de Rome, soit que vous vouliez la considérer en elle-même, soit que vous la regardiez par rapport aux antres peuples; et vous voyez les changements qui devaient suivre la disposition des affaires en chaque temps.
En elle-même vous la voyez au connnencement dans un état monarchique établi selon ses lois primitives , ensuite dans sa liberté, et enlin soumise encore une fois au gouvernement monarchique , mais par force et par \ iolence.
Il est aisé de concevoir de quelle sorte s'est formé l'état populaire, ensuite des commencements qu'il avait dès les temps de la royauté; et vous ne voyez pas dans une moindre évidence comment , dans la liberté , s'établissaient peu à peu les fondements de la nouvelle monarchie.
Car de même que vous avez vu le projet de république dressé dans la monarchie par Servius Tullius, qui donna comme un premier goût de la liberté au peuple romain , vous avez aussi observé que la tyrannie de Sylla , quoique passagère, quoique courte , a fait voir que Rome, malgré sa fierté, était autant capable de porter le joug que les poupies qu'elle tenait asservis.
Pour connaître ce qu'a opéré successivement cette jalousie furieuse entre les ordres, vous n'avez qu'à distinguei* les deux temps que je vous ai expressément marqués : l'un, où le peuple était retenu dans certaines bornes par les périls qui l'environnaient de tous côtés ; et l'autre , où , n'ayant plus rien à craindre au dehors, il s'est abandonné sans réserve à sa passion.
Le caractère essentiel de chacun de ces deux temps est (jue dans l'un l'amour de la patrie et des lois retenait les esprits, et que dans l'autre tout se décidait par l'intérêt et par la forcf.
LES EMPIUKS. /»57
De là s'ensuivait encore que dans le premier de ces deux temps les hommes de commandement, qui aspiraient aux honneurs par les moyens légitimes , tenaient les soldats en bride et attachés à la république; au lieu que dans l'autre temps, où la violence emportait tout, ils ne songeaient qu'à les ménager , pour les faire entrer dans leurs desseins malgié l'autorité du sénat.
Par ce dernier état la guerre était nécessairement dans Rome, et par le génie de la guerre le commandement venait naturellement entre les mains d'un seul chef : mais parce que dans la guerre, oii les lois ne peuvent plus rien, la seule force décide, il fallait que le plus fort denieuiât le liiaitre, par conséquent que l'empire retournât en la puissance d'un seul.
Et les choses s'y disposaient tellement par elles-mêmes, (jue Polype, qui a vécu dans le temps le plus florissant de la lépublique, a prévu, par la seule disposition des affaires, que l'état de Rome à la longue reviendrait à la monarchie \
La raison de ce changement est que la division entre les ordres n'a pu cesser parmi les Romains que par l'autorité d'un maître absolu, et cjne d'ailleurs la liberté était hop aimée pour être abandonnée volontairement. 11 fallait donc peu à peu l'affaiblir par des prétextes spécieux , et faire par ce moyen qu'elle pût être ruinée par la force ouveite.
La t!'omperie, selon Ai'istote '\ devait commencer en rtatlant le peuple, et devait naturellement être suivie de la violence.
Mais de là on devait tomber dans un autre inconvénient par la |)uissance des gens de guerre, mal inévitable à cet état.
En effet , cette monarchie que formèrent les Césars s'é-
^ rolyl)., lib. M, c. 1 et svq , c. 41 et seq — ^ Polit-, lib. v, r 4.
tant érigée par les armes, i! fallait qu'elle (ùt toute militaire; et c'est pourquoi elle s'établit sous le nom d'empereur, litre propre et naturel du commandement des armées.
Par là vous avez pu voir que, comme la république avait son faible inévitable, c'est-à-dire, la jalousie entre le peuple et le sénat, la monarchie des Césars avait aussi le sien; et ge faible était la licence des soldats qui les avaient faits. Car il n'était pas possible que les gens de guerre, qui avaient changé le gouvernement et établi les empereurs , fussent long-temps sans s'apercevoir que c'était eux en effet qui disposaient de l'empire.
Vous pouvez maintenant ajouter aux temps que \ous venez d'observer, ceux qui vous marquent l'état et le changement de la milice; celui où elle est soumise et attachée au sénat et au peuple romain ; celui où elle s'attache à ses généraux ; celui où elle les élève à la puissance absolue, sous le titre militaire d'empereurs; celui où, maîtresse en (juelque façon de ses propres empereurs, qu'elle créait, elle les fait et les défait à sa fantaisie. De là le relâchement ; de là les séditions et les guerres que vous avez vues; de là
enfin la ruine de la milice avec celle de l'empire. Tels sont les temps remarquables qui nous marquent les
changements de l'état de Rome considérée en elle-même.
Ceux qui nous la font connaître par rapport aux autres
peuples ne sont pas moins aisés à discerner. Il y a le temps où elle combat contre ses égaux , et où
elle est en péril. Il dure un peu plus de cinq cents ans, et
finit à la ruine des Gaulois en Italie et de Tenipire des
Carthaginois.
Cdui où elle combat, toujours plus forte et sans péril,
(juelquegi'andcsque soient les guerres qu'elle entreprenne.
Il dure deux cents ans, et va jusqu'à l'établissement de
l'empire des Césars, (^elui où elle conserve son emj)ire et sa majesté. Il duie
(luatre cents ans,ot finit au règne de Théodose le (iraud.
Celui enfin où son empire, entamé de toutes parts, tombe peu à peu. Cet état, qui dure aussi quatre cents ans, comnience aux enfants de Tliéodose, et se termine enfin à Charlemagne.
Je n'ignore pas, Monseigneur, qu'on pourrait ajouter aux causes de la ruine de Rome beaucoup d'incidents particuliers. Les rigueurs des créanciers sur leurs débiteurs ont excité de grandes et de fréquentes révoltes. La prodigieuse quantité de gladiateurs et d'esclaves dont Rome et l'Italie était surchargée ont causé d'effroyables violences, et même des guerres sanglantes. Rome, épuisée par tant de guerres civiles et étrangères , se fit tant de nouveaux citoyens , ou par brigue ou par raison, qu'à peine pouvait-elle se reconnaître elle-même paimi tant d'étrangers qu'elle avait natu^ ralisés. Le sénat se remplissait de Barbares; le sang romain se mêlait : l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était élevée au-dessus de tous les peuples du monde , n'était pas naturel à ces citoyens venus du dehors; et les autres se gâtaient par le mélange. Les partialités se multipliaient avec cette prodigieuse multiplicité de citoyens nouveaux; et les esprits turbulents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d'entreprendre.
Cependant le nombre des pauvres s'augmentait sans tin par le luxe, par les débauches, et par la fainéantise qui s'introduisait. Ceux qui se voyaient ruinés n'avaient de ressource qi*e dans les séditions, et en tout cas se souciaient peu que tout pérît après eux. On sait que c'est ce qui fit la conjuration de Catilina. Les grands ambitieux, et les misérables qui n'ont rien à perdre, aiment toujours le changement. Ces deux genres de citoyens prévalaient dans Rome; et l'état mitoyen, qui seul tient tout en balance dans les états populaires, étant le plus faible, il fallait que la république tombât.
On peut joindre encore à ceci l'humeur et le génie particulier de ceux r|ui ont causé les grands mouvements, je
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veux dire des Gracques, de Maiius, de Sylla , de Pompée, de Jules César , d'Antoine et d'Auguste. J'en ai marqué quelque chose; irais je me suis attaché principalenjent à vous découvrir les causes universelles et la vraie racine du mal, c'est-à-dire, cette jalousie entre les deux ordres, dont il vous était impoitant de considérer toutes les suites.