‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 25 sur 89 · VII. FONDATION DE BOME- 49 a? de · texte numérisé non relu

VII. FONDATION DE BOME- 49 a? de

dinaire aux Juifs , qui observaient la septième ^*^™^' ^' ^ * année aussi bien que le septième jour avec un repos religieux. Quelque temps après cette vi- 218 536 sion, Cyaxare mourut, aussi bien que Cambyse, père de Cyrus ; et ce grand homme, qui leur sucii^da , joignit le royaume de Perse , obscur jusqu'alors, au royaume des Médes si fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer pour la suite de nos époques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son régiie, donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem , ^t les Juifs dans la Judée.

Il faut un peu s'arrêter en cet endroit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie aur cienne, par la difficulté de concilier l'histoire profane avec l'histoire sainte. Vous am'cz.sans doute, monseigneur, [déjà remarqué que ce que je raconte de Cyrus est fort différent de <|e que :Vous en avez lu dans Justin ; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens, jii de ces fameux rois d'Assyrie et de Babylone, 31 célèbres dans l'histoire sainte; et qu'enfin mou récit ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur, des trois premières monar*

5o PREMIÈRE PARTIE. LES ÉTOQUES.

chies: de celle des Assyriens, finie en la personne de Sardanapale; de celle des Mcdes, finie en la personne d'Astyage , grand-père de Cyrus; et de celle des Perses, commencée pai- Cyrus , et détruite par Alexandi'e.

Vous pouvez joindre à Justin, Diodore avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont leS' écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d une autre manière que celle que j'ai suivie , comme plus conforme à l'Ecriture.

Mais ceux qui setonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à rhistoire sainte , dévoient remarquer, en même temps, qu elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs nous ont raconté les actions de Cyrus en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois , outre celle qu'il a suivie \ et il ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus recevables que les auti'es. Il remarque encore lui-même ^ que la mort de Cyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblahle , sans l'autoriser davantage. Xénophon, qui a été en Perse au service du jeune Cyrus , frère d'Aitaxerxès nommé Mnémon , a pu s'instruire de plus près

» Herod. lib. i, c. 96. — * Ibid. c. 214.

Vn. FONDATION DE ROME. 5î

de la vie et de la mort de lancien Cyrus^ dans les annales des Perses «t dans la tradition de ce pays ; et pour peu qu'on soit instruit de lantiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme ', Xénophon , un si sage philosophe , aussi bien qu'un si habile capitaine, à Ctésias*, au* teur fabuleux, que la plupart des Grecs ont co^ pié, comme Justin et les Latins ont fait les Grecs ; et plutôt même qu'Hérodote , quoiqu'il soit très judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que l'histoire de Xénophon , plus suivie et plus vraisemblable en elle-même, a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l'Écritm'e , qui par son antiquité, et par le rapport des affaires du peuple juif avec celles de FOrient, mériteroit d'être préférée à toutes les histoires grecques, quand d'ailleurs on ne sauroit pas qu'elle à été dictée par le Saint-Esprit.

Quant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général, sous le nom des prêtres d'É

* Hier, in Dan. cap. v: tom. m, col. 1091.

* Var. PageSo, lignée^: que j'ai suivie, comme plus conforme à Ctésias, etc. Première édition : Que j'ai suivie.

Pour ce qui regarde Cyrus, les auteurs profanes ne sont point d'accord sur son histoire; mais j'ai cru devoir plutôt suivre Xénophon avec saint Jérôme, que Ctésias , etc.

gypte, que les Grecs iguoroient profondément les antiquités '; et Ar^stote a raqgé parnû les conteurs de fables ^ ceux qiii ont écrit les Assyriaques.

C'est que les Grecs ont écrit tard, et que voulant diverUr par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus, qu'ils se sont contentés de mettre dans i^i ordre agréai;)^ , sans se trop soucier.de la vérité, . . Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premièi:es monarchies est visiblement fabuleuse. Car après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paroitrc sur le théâtre 1^ Mèdes, et puis les Perses ; comme si les Médes avoient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Médes.

Mais, au contraire, il paroît certain* que lorsque Arbace réy olta les Médes contre Sardanapale, il ne fit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès ^, et, selon la sup-

• Plat, in Tîm. — * AristoL Polit, lib. v, cap. lo.

* Var. Première édition : il est certain.

' Herod. lib. i , c. 96.

vu. FONDATION DE ROME. 53

putation des plus habiles chronologistes; Imtervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il fest d'ailleurs * constant, jpar le témoignage uniforme de ce grand historien, et de Xénophon ', pour ne point ici parler -des autres, que, durant lès temps qu'on attribue à Fempire des Médes, il y avoit etl Assyrie des rois très puissants que tout l'Orient redoutoit, et dont Cyrus abattit l'empire par la prise de Babylone.

Si donc la plupart dés Grecs , et les Latins qui les ont suivis , ne parlent point de ces rois babyloniens ; s'ils ne doùnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent' la suite; enfin si nous nie voyons presque riéil, dans leurs ouvrages, de ces fameux t'ois Teglathphalasar, Salmanasar, Sennachérib, Nabuchodônosor; et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales ; il le faut attribuer, ou à Fignorahce des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curifeux dans leurs recherches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il

* Var. Page 52, ligne 22 : Hérodote... Il est d'ailleurs , etc. Première édition : Hérodote, suivi en cela par les plus habiles chronologistcs , fait parottre leur premier roi Déjocès cin quante ans après leur révolte; et il est d'ailleurs, etc.

' Herod. lib. i. Xenoph. Cyrop. Ub. v, vi, etc.

54 PllEMlÈRE PARTIE. LES ÉPOQUES.

y avoit de plus recherché et de plus exact daas leurs histoires.

Eu effet, Hérodote avoit promis une histoire particulière des Assyriens \ que nous navons pas , soit qu elle ait été perdue , ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire; et on peut croire d un historien si judicieux , qu'il n'y auroit pas oublié les rois du second empire des Assyriens, puisque même Sennachérib, qui en étoit l'un , se trouve encore nommé dans les livres que nous avons de ce grand auteur ^^ comme roi des Assyriens et des Arabes*

Strabon, qui vivoit du temps d'Auguste, rapporte ^ ce que Mégasthène, auteur ancien et voisin des temps d'Alexandre , avoit laissé par écrit sur les fameuses conq^étes de Nabuchodonosor, roi des Chaldéens, à qui il fait tra^ verser l'Europe , pénétrer l'Espagne, et porter ses armes jusqu'aux colonnes d'Hercule. Elien nomme Tilgamus roi d'Assyrie^, c'est-à-dire sans difficulté le Tilgath ou le Teglath de l'histoire sainte ; et nous avons dans Ptolomée un dénombrement des princes qui ont tenu lesx grands empires, parmi lesquels se voit une

' Herod. Ub.i^c. io6, 184.

' Herod. lib. 11, c. i4i. — ^ Strab. lib. xv, init.

\ jEHan. Hist. Anim. lib. xn,c. pi.

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