‹ Discours sur l'instruction publique [microforme]Chapitre 2 sur 5 · AA OR · texte numérisé non relu

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mais en vain; aussi, que de tâtonnements, que d’insuccès ; que de changements dans les programmes, que de théories ardemment acceptées et piteusement abandonnées. L'idée fondamentale de l’éducation est disparue, voyez-vous, et on ne la retrouvera pas tant qu'on la cherchera seulement dans les progran:mes de ministres de l’Instruction publique, qui rejettent l’action de la religion en cherchant à se rattrapper sur l'importance du point d'honneur, ou sur les résultats follement attendus de l’enseignement utilitaire.

Un ministre de l’Instruction publique a dit, sous la monarchie de 1839, qu'à l'égard de l'éducation, dans les meilleurs collèges, les efforts même des plus éclairés n’ont qu’une puissance bornée, que ce n’est pas le collège mais la famille qui commence l'éducation, que c’est la société qui l’achève.

De son côté, De Maistre a dit en parlant de l’éducation : “Ce qu’on appelle l’homme, c’est-à-dire l’homme moral, est peut-être formé à dix ans, et s’il ne l'a pas été sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation, Si la mère surtout s’est fait un devoir d'imprimer profondément sur le front de son fils le caractère divin, on peut être à peu près sûr que la main du vice ne l’effacera jamais ”. De Maistre disait vrai, profondément vrai.

La mère a le cœur qui se donne à l’enfant, l'entoure de tous les soins pour le garer du danger. Elle possède cette volonté ferme et éclairée qui, ne s’égarant pas à la recherche de vaines grandeurs, concentre toutes les actions de sa vie sur l'avenir de son enfant.

L’honneur ceint votre front, femmes canadiennes, et cet honneur vous voulez qu’il se perpétue chez votre enfant, Le dévouement marque chacun de vos jours et ce dévouement vous l’imprimez par vos exemples dans le cœur de votre fils auquel vous apprenez qu’il ne faut pas vivre pour soi seul,

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mais pour les siens, que se dépenser pour leur bonheur c’est vivre deux fois, de sa vie propre d’abord, et de la vie des heureux que l’on fait.

La religion inspire votre conduite, le dévouement réchauffe votre cœur et votre intelligence éclairée par l’instinct maternel vous trompe rarement sur ce qui peut faire des hommes de vos enfants et donner à la patrie de braves citoyens,

Votre langage qui est celui du foyer, votre fils le parlera pieusement. C’est le premier qui frappe son oreille et ce sera le dernier qui s’effacera de sa mémoire. En faisant l’œuvre de la première éducation, vous travaillez à la grandeur de la patrie, mieux que les plus habiles professeurs, et la patrie reconnaissante dépose à vos pieds le témoignage de sa profonde gratitude que des quolibets d’un genre douteux ne viendront jamais amoïndrir dans nos cœurs.

L'éducation domestique, même sans le secours de l’instruction serait suffisante s’il ne fallait pas dans le monde exercer des professions spéciales ; car s’il y a une éducation essentielle qui forme l’homme avant tout et le prépare de loin à toutes les éventualités de la vie, il doit y avoir pour chacun une éducation spéciale et professionnelle qui forme aussi le citoyen et le prépare à servir sa patrie dans les diverses fonctions qu’il peut avoir à remplir.

De là, Dupanloup distingue-t-il avec raison : 1° l’éducation populaire pour les professions ouvrières et agricoles ; 2° l'éducation intermédiaire pour les professions industrielles et commerciales ; 3° la haute éducation littéraire pour les fonctions supérieures de la société et notamment pour ce qui se nomme les professions libérales,

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Sur ces diverses éducations viennent se greffer diverses instructions adaptées aux différentes classes de la société. C’est de ces diverses instructions que je veux traiter maintenant,

Nous devons distinguer dans notre Canada français : 1° l'instruction universitaire ou supérieure, pour me servir des termes usités en France ; 2° l'instruction secondaire subdivisée en instruction classique et en instruction technique ou spéciale; 3° l'instruction intermédiaire, savoir, l’instruction commerciale ; enfin, 4° l'instruction primaire qui prépare à toutes les autres.

L'instruction universitaire se donne pour les Franco-canadiens à l’université Laval, à Québec, et dans sa succursale de Montréal; université fondée par le clergé, soutenue par le clergé ou à peu près, alimentée par les élèves qui paient de très minces contributions. C’est à peine si l'Etat aide d’une faible subvention au maintien de cette splendide institution, qui ferait honneur à n'importe quel pays. Par malheur le professorat chez nous n’a toujours été qu’une affaire de bon vouloir et de dévouement, pendant que partout ailleurs en Europe, aux Etats-Unis, à Ontario, et, même à nos côtés, dans cette université McGill, si prospère, si florissante, grâce aux dons des particuliers, l’enseignement supérieur est une carrière régulièrement organisée et rémunératrice, Les professeurs chez nous sont obligés en général de se livrer au pénible exercice de leur profession pour assurer l'existence de leur famille, et ils ne peuvent donner à l’instruction de la jeunesse que juste le temps qu’ils peuvent soustraire à leurs autres occupations.

En France et dans quelques autres pays, l'Etat et les grandes villes pourvoient à l'existence des universités ; en Angleterre, aux Etats-Unis, ces institutions doivent leur vie dans une large mesure à la générosité particulière de riches

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citoyens, Comment ne pas regarder sans surprise les sommes fabuleuses que des particuliers ont léguées à la fondation d’universités américaines ou de chaires universitaires déjà enrichies par l'Etat de domaines territoriaux qui ont atteint parfois une valeur incroyable ? Chez nous, catholiques, rien de tel ; ce que nous avons, nous le devons uniquement à l'initiative et à la générosité du clergé dont les ressources sont nécessairement limitées.

Malgré tous ces désavantages, nous pouvons affirmer qu’à la suite de fortes études collégiales, nos jeunes gens brillent dans l'exercice de leur profession. Mais s’il arrive que les contribuables ou l'Etat ne soient pas satisfaits des résultats obtenus, il ne reste qu’une chose à faire aux contribuables ou à l'Etat, c’est de s'imposer les sacrifices nécessaires à la fondation des chaires d’enseignement public. Mais, n'ayez crainte, on n’en fera rien, sans qu'on cesse pour cela de reprocher au clergé son insuflisance quand lui seul est à la tâche et que les citoyens se croient exempts de contribuer au soutien de l'instruction universitaire, Car enfin pourquoi toujours accuser notre clergé si l’on n’est pas prêt à prendre sa place ou à faire mieux ?

Québec n’a rien à envier aux antres cités de l'Amérique relativement à ce qu’on appelle quelquefois l'outillage univer-

sitaire, A Montréal, beaucoup reste à faire; toutefois si le

clergé, à bout de patience et de ressources, prenait le paiti de s'abstenir, je demande qui le remplacerait ? Que ie Montréal français et catholique réponde à’eette question.

. Le jour où se fera le divorce entre l'Eglise et l'Etat, dans les matières d'instruction publique,—je souhaite que ce jour ne vienne jamais—l’inventaire de la Communauté ouvrira les yeux des gens qui se font aujourd’hui les censeurs du clergé, Quoiqu'on en dise, : l'Eglise ‘ne possèdé pas le monopole de ‘l’enseignement supérieur dans ée pays, elle ne prétend pas

l'avoir, elle ne tient pas à l'exercer, et l'Etat est toujours resté libre de faire ce qu’il a voulu pour l’avancement de l'instruction publique dans toutes ses branches, et à tous les degrés. Que l'Eglise, un jour on l’autre, en vienne à ne s'occuper que de l'éducation des lévites, et laisse à d’autres le soin d'enseigner la littérature et les sciences, l'Etat ne sera pas lent à s’apercevoir de ce qu’il en coûtera à son budget pour fonder et maintenir des institutions capables de figurer à côté de celles que l’on paraît envier à nos voisins des Etats- Unis et d’Ontario, Pour ma part, après avoir suivi les différentes phases de notre développement scolaire, examiné les faits le plus consciencieusement possible, je suis forcé d’avouer que l'Eglise catholique a des droits incontestables à notre éternelle reconnaissance pour les bienfaits de l’instruction qu’elle n’a cessé de nous prodiguer.

Une seule institution a été fondée et maintenue par l'Etat pour donner l’enseignement supérieur technique et professionnel : c'est l'Ecole polytechnique de cette cité.

Ses succès sont incontestables, Ses élèves sont brillants, on les reconnaît facilement à leur culture intellectuelle, Mais ont-ils tous répondu aux espérances que cette institution avait placées au cœur de leurs parents et des amis de l’éducation ? Oui, quant aux succès qui ont couronné leurs études. Mais si l’on considère les succès dans les diverses carrières qu’ils ont embrassées par la suite, la réponse peut n'être pas aussi affirmative,

On voulait des ingénieurs de ponts et chaussées, de chemins de fer, de mines; on voulait des architectes, des géomètres, des arpenteurs, etc. Nous avons eu tout cela, mais par malheur, l'emploi n'a pas toujours été facile à trouver et les offres de service ont excédé les besoins. Aujourd’hui, il est aussi difficile, sinon davantage, de se frayer un chemin dans ces divérses carrières qué dans ‘les professions libérales

proprement dites. On n’attribuera pas ce résultat à la faiblesse des études: ce qui serait une proposition démentie par l’évidence, N'oublions pas que plusieurs de nos jeunes gens les plus distingués, après avoir brillamment complété leurs études en Europe, éprouvent beaucoup de difficulté à se procurer un emploi lucratif et permanent. La position faite aux élèves de l'Ecole polytechnique est due à notre éta’ social et économique, à nulle autre cause, Les grandes inäu:tries, les grandes entreprises de chemins de fer, d’aqueducs £5 d'éclairage sont en général entre les mains de compatriotes qui tiennent, et je ne puis les en blâmer, à employer leurs nationaux de préférence aux nôtres, tout compétents, tout honorables qu’ils peuvent être.

Je passe maintement à l’enseignement classique dont on a tant parlé depuis quelque temps.

Tout le monde connaît notre système d'instruction classique, celui-là auquel on reproche avec tant d’acrimonie de n’être pas à la hauteur des besoins de la génération actuelle.

Cet enseignement a pour but de préparer aux professions libérales et à l’exercice des fonctions sacerdotales, Il consiste, encore une fois, non à faire des savants, mais à faire des hommes, On admet sans conteste cette vérité, et j'ai cité assez d’autotités indiscutables venant de tous les âges, de toutes les écoles, de toutes les nuances religieuses et philosophiques, de penseurs sacrés comme d’écrivains profanes, pour pouvoir dire que sur ce point tout le monde est d'accord,

“Il faut former des hommes et non des bacheliers,” (Duruy.)

“Il vaut mieux être un homme qu’un habile homme,” (Jules Simon} qui ajoute : “ C’est encore en prenant pour

étoile le vrai, le beau et le bien qu'on se fait une carrière honorée. Telle est la forte éducation qui nous prépare à penser grandement, agir virilement et non à gagner des sacs d’écus,”

Or, aujourd’hui, on demande la réforme de nos études classiques ; on en veut spécialement, si je comprends bien, aux langues mortes, on signale des lacunes à l'endroit des études pratiques, comme l'anglais, la clavigraphie, la calligraphie et la sténographie,

Voici la question, si je ne me trompe :

Notre enseignement classique, le seul qui ait été suivi régulièrement depuis l’existence de la colonie, a-t-il failli à sa tâche ou à sa mission qui a été celle de donner des hommes à la patrie ? Je dis non.

Autrefois cet enseignement était strictement classique, tel que l’entendaient les recteurs des pensionnats tenus par les Jésuites et M. Olier, fondateur de Saint-Sulpice ; tel que l’entendaient aussi les anciennes universités de France, si l’on en croit le “ Traité des Etudes ” de Rollin,

Depuis quelques années, un certain nombre de nos collèges ont cru devoir modifier leur enseignement et adopter en partie ce qu'on appelle la bifurcation du cours des études, Or, les résultats ont-ils jusqu'à présent justifié cette innovation ? Qui peut le prétendre avec connaissance de cause et preuves à l'appui ? S'il faut ajouter foi aux récits de nos réformateurs, il y aurait eu, depuis une vingtaine d'années, affaiblissement général dans le niveau des études, La fameuse bifurcation serait-elle étrangère à cette décadence, si elle existe ?

Quoiqu'il en soit, il n’y a qu’une manière de juger l’œuvre de nos collèges : c’est d'en considérer les résultats, Dire qu’ils amont pas fourni à la religion et à la patrie les hommes qu’il leur fallait pour faire triompher une cause que tant de pré-

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