‹ Discours sur l'instruction publique [microforme]Chapitre 3 sur 5 · EAU", M · texte numérisé non relu

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visions humaines avaient crue désespérée, c’est infliger un démenti à l’histoire et calomnier nos historiens, A moins que ces derniers “oient des imposteurs, on est forcé d'admettre que les Bédard, les Taschereau, les Papineau ne sont pas des personnages imaginaires. Est-il possible de prétendre que Lafontaine, Morin, Cartier, Chauveau, Cauchon, Garneau, Ferland, Crémazie, Duval, Dorion et toute cette pléiade qui honore le Canada et illustre la province de Québec, n'ont jamais été que des héros de la fable ? Je vous le demande, avons-nous à rougir des Canadiens-français qui siégent à la Société Royale ? Ne croyez-vous pas que MM. Chapleau, Laurier et Routhier peuvent figurer à côté des orateurs formés dans les high schools ?

Et parmi ceux que l'avenir attend encore; ces jeunes gens tout frais sortis du collège classique, ne les voyons-nous pas lutter avec succès, même dans les universités anglaises ? Si je ne me trompe, c’est l’un des nôtres, messieurs, qui vient de remporter les premiers honneurs dans le dernier concours de McGill.

Mais, dit-on, nos jeunes gens végètent jusqu’à ce qu'ils aillent s’éteindre souvent dans les emplois les plus modestes et les plus ingrats. C’est vrai et cela pour deux raisons : 1° Le manque de travail et d'énergie chez un bon nombre, leurs excès, leur apathie; 2° L’encombrement dans les carrières qui, du reste, n’est pas plus considérable pour les professions libérales que pour les professions commerciales et industrielles.

On n’enseigne pas l’anglais, dit-on encore, langue indispensable pour réussir dans le monde,

J’admets la nécessité de l'anglais dans cette province, mais je n’admets pas que nos collèges manquent à leur devoir sous ce rapport. Ils font consciencieusement ce qu’ils peuvent faire, Mais est-il un seul de nos collèges où les élèves s’effor-

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cent d'apprendre l'anglais et s’y livrent avec application? Et faut-il tant les blâmer, après tout, de cette force d'inertie qu’ils opposent à l’anglification de notre race ?

On me dispensera de parler de clavigraphie, de calligraphie, de sténographie, ete. Je n’ai jamais pu comprendre

comment des personnes sérieuses ont fait de ces connais-

sances, utiles mais très faciles à acquérir dans n'importe quelle école spéciale, la base de réformes qu’elles réclament aujourd’hui pour sauver le pays de lignorantisme, peutêtre même de la barbarie,

Une dernière réponse, victorieuse je crois, à nos fougueux réformateurs, c’est qu’ils demandent de nous ce qui ne se fait pas chez les autres: une instruction classique pratique, c’est-à-dire qui serait en même temps commerciale, industrielle et technique.

Les auteurs les moins suspects condamnent cette méthode,

En Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, où l’on étudie le grec et Le latin, même dans certaines écoles primaires, en France, partout, en un mot, on enseigne le latin et le grec tout comme dans nos collèges classiques.

Jules Simon soutient que ce serait un véritable crime que de supprimer l'étude des langues anciennes ou même d’en diminuer l'importance, et la raison qu’il en donne, c’est que “les civilisations grecque et romaine sont la forme la plus parfaite du développement de l'esprit humain ; qu’on ne saurait renoncer à les étudier dans leur propre langue et à recevoir directement de tant de maîtres incomparables les plus hauts éléments de l’art, de la morale et de la logique.”

Léon Bourgeois, après avoir dit que l’enseignement secondaire n'a spécialement en vue aucune profession, mais qu’il permet de les aborder toutes avec un fond de santé intellectuelle et morale qui seule permet d’exceller dans chacune d'elles, ajoute : ‘ l'étude des langues anciennes doit donc, dans

l'enseignement secondaire, se subordonner à ces idées essentielles. Il ne s’agit pas de faire des lat:nistes, des hellénistes de profession ; on demande seulement au grec et au latin de contribaer pour leur part à l'éducation générale de l'esprit.” Et'il formule dans ses instructions aux professeurs de l’enseigneraent secondaire classique, un programme d’études que n'importe lequel de nos supérieurs de collège pourrait adopter sans hésitation, si ce n’est peut-être qu’il retrancherait sur le grec eÿ sur le latin. Tout y est réglé essentiellement comme chez nous, et la durée de l'étude et la durée des classes.

Ce qu’il voudrait perfectionner’ c’est le cours de gymnastique, Nos institutions ne le veulent pas moins, mais je doute qu’elles aient pu réussir jusqu’à présent d’une manière satisfaisante.

Cet insuccès s'explique assez quand on songe que le tempérament francais n’a jamais élevé l'importance de la gymuastique au même niveau que l'ont fait les Anglais, les Allemands et les Américains.

La gymnastique en France, a commencé à avoir de l’importance après 1830, mais elle n’a jamais eu de bien nombreux ni de bien puissants partisans, dit Jules Simon. ‘“ Tout le monde avoue qu’on a raison de prêcher la gymnastique, mais on en reste là.”

Il ne fauë donc pas être trop sévère pour nos collèges si, jusqu’à présent, ils n’ont pu réussir autant qu’ils l’auraient voulu, quand on voit un pays comme la France aussi arriéré sous ce rapport,

Encore quelques mots pour terminer ce sujet si important de l'instruction classique.

Nos enfants sortent ignorants du collège, dit-on, ils n’y ont rien appris et ils sont impropres à tout quand ïiis tombent au milieu des luttes de la vie,

Messieurs, ne défigurons pas ainsi les enseignements de

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PEDANQIL 2 NOTE

l'expérience que chaque jour nous fournit. Ceux qui travaillent au collège réussissent, et ceux qui travaillent dans le monde réussissent également.

A ce propos, je lisais un trait fort piquant dans le livre de Jules Simon sur la Réforme de l’enseignement secondaire. Charlemagne, rapporte-t-il, après avoir fondé l'Ecole du Palais, part pour Rome. Il trouve à son retour que les jeunes seigneurs n’ont pas travaillé, que leurs devoirs, qu’il se fait remettre, sont pitoyables ; les écoliers pauvres, au contraire, ont pris leur tâche au serieux ; l’empereur les fais mettre à sa droite : “ je vous donnerai,” leur dit-il, “de bons bénéfices, des évêchés ”.

C’est encore la même chose : ceux qui travaillent obtiennent de bons bénéfices, même des évêchés. Mais que de jeunes gens, venant des villes principalement, ne travaillent pas ; aussi, n’ont-ils ni évêchés ni bénéfices ! et trouvent-ils si inférieure l’éducation qu’ils ont reçue parce qu’elle n’a pu réussir à leur faire gagner un pain qui ne s’acquiert et ne s’acquerra toujours qu’à la sueur du front,

Aujourd’hui, c’est un peu chez nous comme du temps de Charlemagne ; les pauvres travaillent consciencieusement par suite, je le dirai hautement, de l'éducation domestique qu'ils reçoivent, et aussi par suite du besoin et de la nécessité, mère de l’industrie, Les plaintes viennent des grandes villes surtout, et au sujet des enfants gâtés trop souvent dans le sein des familles à l'aise, Ces insuccès sont cause qu’on accuse trop à la légère les professeurs d’ignorance et d’incurie, quand, après tout, ils ne sont coupables que d’un tort qui est de ne pas avoir pu mettre des cœurs courageux là où on s'était appliqué à déposer les germes d’une vie commode et indolente,

Notre éducation classique est bonne en elle-même dans ses traits généraux. Qu'elle ait besoin de perfectionnement, je ne

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le nie pas, Aucune œuvre humaine n’est parfaite; qu’elle ait besoin d’ajouter plus d'exercice au corps, plus de gymnastique ; disons-le aussi, plus de tenue dans le maintien et des notions plus mâles, plus viriles dans la discipline, dans le caractère, à la facon de ce qui se fait en Angleterre et en Allemagne, j'en conviens volontiers. Mais c’est là un besoin qui se fait sentir en meints pays et qui ne saurait nous engager à condamner comme essentiellement faux et vicieux notre système général d'enseignement,

Dans un système général d'éducation, tout doit être compensé, équilibré suivant les besoins et les circonstances d’un pays. Nous souffrons de la pléthore professionnelle, j'en conviens de grand cœur, et je dirai encore une fois, la faute n’est pas tant à nos maisons d'éducation elles-mêmes qu’à notre état social. Les pères de familles n’apprécient pas sutfisamment les avantages matériels qui ne font jamais défaut dans l'exercice des métiers et dans la culture des champs : deux branches de lindustrie humaine où ils devraient pousser leurs enfants, sans trop se préoccuper des chances de la fortune ; mais le malheur est que l’on veut pour ses enfants une existence trop facile : ce que l’on croit ne pouvoir trouver que dans l'exercice des professions libérales.

Je n’accuse pas notre éducation, j'accuse notre société, ses mœurs, ses goûts, ses envies de vivre et de voir vivre les enfants facilement, envies qui conduisent à tant de ruines physiques et morales,

Ce fait de l'encombrement des professions a été bien compris dans les Etats-Unis, et depuis un certain nombre d'années, on s’est pris à fonder des institutions d'arts appliqués aux métiers et d'agriculture, institutions puissamment dotées, qui fournissent à l’industrie, aux métiers et à l’agriculture des hommes non seulement capables d’un travail manuel, mais encore capables de se mettre au courant des progrès et des besoins de chaque jour.

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Avant de passer à l'instruction intermédiaire qui comprend les écoles commerciales et industrielles, je désire dire quelques mots de nos écoles normales, dont le rôle a tant d'influence sur l'application de notre système d'instruction publique.

L'enseignement qu’on y recoit est tout aussi imprégné de l'idée religieuse que l’enseignement donné dans nos collèges classiques, et à ce titre on ne saurait redouter leur influence dans l’accomplissement des hautes fonctions auxquelles se destinent les instituteurs formés dans les écoles normales. Ces derniers ne sont pas des représentants du laïcisme comme on le dit, pour employer un mot qui n’a pas sa raison d’être ici, car il n’y a pas d'écoles sans Dieu chez nous, il n’y a pas d'écoles strictement laïques. Le prêtre est le visiteur de toutes nos écoles, et rien ne s’y fait d’important pour la morale et l’enseignement religieux, je dirai même pour l’enseignement des connaissances profanes, sans l’assentiment du curé,

L'éducation intermédiaire fournie par nos communautés religieuses ne laisse guère à désirer dans les grands centres, mais il faut l'avouer, les vocations manquent aujourd’hui d’une manière très notable, ce dont conviennent volontiers les supérieurs de ces maisons; par conséquent les sujets propres à l’enseignement font défaut pour les localités d’une moindre importance. Il faut donc alors de toute nécessité recourir à l'élément laïque. Par malheur, la carrière du professeur laïque est ingrate, et à cause de cela nos écoles normales n’ont peut-être pas eu les résultats pratiques que nous étions en droit d’en attendre.

Ici encore les partisans de l’enseignement par l'Etat, auraient un beau rôle à jouer en engageant qui de droit à trouver les moyens de payer raisonnablement les instituteurs, et de créer ainsi la carrière du professorat populaire en la plaçant au-dessus de toutes les misères de l'instabilité,

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Au sujet de l'instruction commerciale que j'ahorde maintenant, je suis surpris d'entendre les plaintes qui viennent de certains quartiers. On dirait qu’elle fait complètement défaut dans notre province et que les jeunes gens ne peuveni se trouver d'établissement convenable pour y puiser l'instruction qu’il faut dans les affaires.

Si je ne me trompe, nous avons pourtant dans toutes nos principales villes, dans certains villages même, autant de collèges commerciaux, d'écoles académiques ou modèles tenues par des instituteurs brevetés et des religieux, que nous pouvons désirer dans un pays où . commerce ne peut être et ne sera jamais le fait du plus grand nombre. A Montréal, des laïques formés à l'Ecole normale et dont on n’a jamais mis en doute ni le zèle ni la compétence, dirigent des écoles où, suivant un programme varié, on enseigne tout ce qui s’enseigne à Ontario et aux Etats-Unis, depuis les éléments jusqu'aux degrés les plus élevés de l’enseignement comimercial et industriel. Sans doute les sciences, comme la chimie, les mathématiques et la physique, n’y sont pas enseignées à un degré supérieur, mais ces sciences ne sont nécessaires qu'aux spécialistes, qui peuvent les acquérir à l'Ecole polytechnique, Dans les pays que l’on cite comme modèles, les grandes universités se chargent d’enseigner ces sciences ; elles ont des chaires spéciales occupées par les hommes les plus distingués et les mieux rémunérés. Quoiqu'il en soit, s’il faut dans la poursuite du commerce et de l’industrie une

instruction supérieure, l'Etat pourrait y voir, car nul ne soutiendra que le clergé seul soit tenu de nous donner des savants.

Au fait, l'instruction commerciale ne nous manque pas, et de bons esprits commencent à craindre même qu'elle ne soit

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