A TT
Amiens
ss 28
déjà trop répandue et qu’elle ne constitue une menace de dépeuplement pour nos campagnes. A l'encombrement des professions viendrait donc s'ajouter l’encombrement des carrières commerciales.
Nos jeunes gens apprennent l’anglais dans ces maisons d'instruction commerciale, à Montréal, à Ottawa et à Québec ; c’est la règle générale. Dans nombre de cas, ils le savent aussi bien que le français, et c’est précisément à cause de leur connaissance complète des deux langues que l’on voit nos compatriotes en très grand nombre dans les maisons anglaises de détail. Ils n’occupent pas, il est vrai, des postes bien nombreux dans les grandes exploitations, mais cela n’est pas dû à la faiblesse de leurs études: c’est que les grandes compagnies de chemins de fer et d’assurances, les banques les plus importantes en général appartiennent au capital anglais, qui, on le conçoit, ne donne pas toujours la préférence à nos nationaux.
Exagtrant les besoins de l'instruction commerciale, chacun veut y pousser son enfant jusqu’au° plus haut degré, vise trop haut et manque le but, Au sortir de l’école, le savant élève, déjà assez âgé, n'aime pas toujours se soumettre à l'apprentissage du commerce qui vaut mieux encore que l'instruction commerciale elle-même. L'apprentissage manquant, la carrière commerciale pèche par sa base. L’expérience démontre que les enfants sortis jeunes de l’école, avec un bagage de savoir souvent très léger, mais pleins de bon vouloir et d’ambition, qui viennent fièrement se placer au dernier poste, sont ceux-là mêmes qui réussissent, qui grandissent tranquillement et finissent par arriver à la tête des
“ons les plus vastes et les plus complexes. Ce sont
trs 4 Men. - -'<rre, les plus grandes familles ne craignent pas d'assujou: .curs enfants, dès l’âge le plus tendre, aux plus
rudes apprentissages. Ici même, si on voulait nommer ceux de nos plus grands citoyens qui ont eu les plus modestes commencements, leurs noms couvriraient des pages entières. Un peu partout, mais en Amérique principalement, les grandes fortunes comme les hautes positions appartiennent aux hommes de tête et d'énergie, la science venant en second lieu, Tout cela me conduit à dire qu’on a tort de surfaire Fimportance de l'instruction commerciale poussée jusqu'aux plus hauts degrés, car elle n’est pas nécessaire à la masse de la population. Elle ne peut être que le lot du petit nombre quand on le compare aux classes ouvrières et agricoles.
Dans une société bien organisée l'instruction doit être en rapport, en harmonie avec l’état du plus grand nombre. Voilà ce qu'ont bien compris les Etats-Unis en fondant leurs nombreuses écoles industrielles destinées à donner une instruction qui tient le milieu entre la supérieure et l’élémentaire, instruction la mieux appropriée à tous ceux qui embrassent les arts mécaniques ou l’état d’agriculteur.
Dès 1862 le Congrès statuait que chaque Etat recevrait autant de fois 30,000 acres de terre qu’il enverrait de représentants à Washington, à charge de créer un fonds perpétuel pour l'entretien d'établissements d’un genre nouveau. C'était des écoles industrielles et agricoles, n’excluant pas les études scientifiques et classiques, mais donnant une part prépondérante aux études professionnelles ét pratiques. Chaque Etat devait créer.et soutenir au moins un de ces établissements.’ De ce besoin d'ouvrir à la jeunesse, sans crainte d’encombrement, le champ illimité de l’agriculture et des métiers, nous avons vu'surgir partout des écoles appelées “ Manual training schools,” où l'on s'exerce au travail manuel tout en apprenant la lecture, l'écriture et le cafcul.
- Ces écoles se sont aussi multipliées en France et en Allemagne, et nous en avons chez nous qui commencent à donner des résultats satisfaisants,
PAS. 1; RCA
Parlons enfin, Messieurs, de l'instruction élémentaire donnée par 729 instituteurs et 5,627 institutrices, religieux et laïques, ce qui vaut une dépense à l'Etat de $160,000.00 et aux municipalités de $1,434,000.00. Ces chiffres ne manquent pas d’éloquence si on les rapproche des statistiques de 1840: A cette époque nous avions seize cents écoles de tous genres fréquentées par 58,000 élèves contre 260,060 en 1890. Le progrès a donc été réel, incontestable. A-t-il atteint jusqu’à la limite de ce que l’on pourrait désirer? C’est là une autre question,
Notre instruction élémentaire constitue l’instruction générale de notre peuple, elle prépare à l'instruction commerciale et classique.
Dans le cas où l’enfant ne va pas au delà de son école de paroisse, cette instruction est-elle suffisante pour lui donner non seulement les notions indispensables d'écriture, de lecture et de calcul, maïs pour lui inculper encore cet amour du travail intellectuel qui pourra le porter à rechercher l'étude et à se perfectionner à mesure qu’il avancera en âge et que les besoins de la vie se feront sentir ? C’est là, il me semble, toute la question qui se dresse en face des résultats obtenus. par notre système d'instruction élémentaire.
Je voudrais vien ne pas être trop sévère, Je voudrais faire large et généreuse la part du dévouement et des sacrifices de notre corps enseignant, Mais je ne puis taire cette vérité que l’enseignement donné dans un trop grand nombre de nos. écoles primairés présente un côté plus défectueux encore que la faiblesse des études elles-mêmes, Nos enfants sortent des. écoles, en général, sans la moindre ambition d’accroître, ni
LT es
même de conserver ce qu’ils y ont appris. Il y a plus même : on pourrait dire de plusieurs qu’ils ne songent qu’à désapprendre et à oublier.
Pourquoi cela? On peut attribuer sans doute bien des causes à cet état de choses regrettable, On manque peut-être de mettre dans l’enseignement ce charme et cet attrait qui s’attachent aux études intéressantes. On ne multiplie peutêtre pas assez les . lecons de choses qui, tout en captivant l'attention de l'enfant, se gravent dans la mémoire et ouvrent sa jeune intelligence. Il n’y a peut-être pas à l’école ces. dehors du bien-être, de la gaieté, du confort, qui feraient trouver une seconde maison paternelle, y attacheraient l’enfant et lui en rendraient le séjour agréable autant qu’utile et instructif.
On reproche beaucoup à nos livres d'écoles de ne pas être ce qu'il faut pour frapper l’imagination de l’enfant, pour parler à son jeune cœur et ouvrir son intelligence aux choses de la vie en commençant à lui faire bien comprendre ce qui est à sa portée, Nos institutrices n’ont peut-être pas assez de méthode, assez de science pédagogique pour remplir les fonctions aussi délicates, aussi difficiles, que celles de lenseignement primaire,
Puis, pourquoi ne pas le dire, que pouvons-nous attendre
d’institutrices qui, par exemple, sont moins bien rémunérées.
que les serviteurs, hommes ou femmes de peine, ne sachant ni lire ni écrire, employés aux fonctions les plus humbles du ménage ?
La moyenne de traitements pour les écoles élémentaires est moindre que la moyenne des salaires de nos domestiques. Quel encouragement y a-t-il dans ces conditions pour une jeune personne qui ne fait que se prêter à une carrière qu’elle abandonnera à la première occasion venue ?
Mais toutes ces lacunes sont pour moi d’une gravité secondaire. Elles peuvent se combler avec le temps. Ce qui est
ee
ve réingeeenisnmmeen Jpmenee pes
se =
plus grave, ce qui réduit notre enseignement élémentaire à un état d’infériorité qu’on ne saurait cacher, c’est l’apathie générale dont il est entouré, On semble se dire que, la cotisation payée, le contribuable n’a plus rien à faire, l’action du clergé devant suflire, serait-il privé de tout autre concours de la part de ces mêmes contribuables,
Quelle différence, disent ensuite nos réformateurs, entre les résultats obtenus chez nous et chez nos voisins Haut- Canadiens et Américains ? Oui, répondrai-je, mais quelle différence aussi dans le sentiment public au sujet de l’éducation !
Quels sacrifices ne s’impose-t-on pas là-bas pour une cause que l’on regarde comme la. cause de toute la nation, la cause de l’avenir du pays ? A nos côtés, l'instruction publique est l'affaire de tous et de chacun, chez nous c’est l'affaire du plus petit nombre qui encore, à l’occasion, ne manque pas de justifier son indolence en invoquant l'impossibilité du succès.
Voyez Ontario, avec son budget scolaire de $653,161.46 pour 1892. Voyez Québec avec son budget de $387,210.00, Voyez Ontario, avec une moyenne de traitement de $1,065 pour. les {nstitutes (Lycées), de $813 pour les écoles supérieures ({igh Schools) et de $386 pour les instituteurs, de $268 pour les institutrices des écoles publiques ; pendant qu’à Québec, dans les villes, la moyenne des traitements est de $717 pour les laïques et de $223 pour les religieux ; dans les campagnes, de $506 pour les instituteurs ; pour les institrices des villes la moyenne étant de $267 et de $114 dans les campagnes,
Mais c'est surtout aux Etats-Unis que l'instruction est l’œuvre de toute la nation, Il n’y a pas lieu d’être surpris des progrès merveilleux que lon pouvait constater en 1876 à l'exposition de Philadelphie,