DU SIXIÈME PRINCIPE
Zie prix de toute marchandise est représenté par le travail productif.
Les Ricardiens sont attachés à Texpressîon qu'ils ont substituée à celle de capital^ savoir travail accumulé, parce que cette expression les conduit à une extrême simplification , savoir au principe que la valeur a pour mesure le travail productif. Du reste remploi en semble plus incommode qu'utile; et si d'un côté , dans certains calculs théoriques, il peut être de quelque usage de considérer le capital sous ce point de vue; de l'autre, il est facile de voir qu'il ne donne que des approximations inexactes : i."^ Le travail ancien ne peut point se comparer au travail moderne. Ainsi , chez les bar^ bares, plusieurs journées de chasse ne vaudront pas un morceau de fer, qui ne vaudra pas à son tour une demi-journée de travail , quand l'état de civilisation sera atteint; 2." du travail ancien, une partie a péri ; tout capilal a été l'objet d'un travail qu'il ne représente jamais en entier. Ainsi, un arc, qu'un barbare auroit acheté fort cher, se vendra très-mal à l'état de ci-
( i83 ) vilisation. Une autre partie au contraire peut avoir acquis une grande valeur. Le temps opère réellement ce changement. Ainsi un an ajoute à la qualité du vin. C'est très-peu le travail qui ajoute à son prix. C'est à l'effet des agens naturels , c'est à l'opération lente de la nature , que l'on doit cette augmentation (i).
On voit donc que le capital peut et doit être considéré comme le produit du travail ; mais que la valeur de ce capital ne peut s'estimer par le travail qui a été employé aie produire; que par conséquent on doit se souvenir de cette restriction, quand on veut passer à l'application du principe général. Sans cela , pour vouloir simplifier, on tomberoit dans l'erreur (2).
Telles sont les observations qui se sont offertes à nous sur les principes que nous avions entrepris de discuter. Avant de passer
(i) Ceci répond en partie à une remarque de M.' MIU {Eléments, elc. , p. 88, nA^ édit angl.), qui ne porte que sur cet exemple partiel.
(2) Nous voyons celte idée déjà énoncée par Tauleur de trois articles sur l'ouvrage de Ricardo dans la Bibliothèque Unii^erselle , vol. 6 et 7. Litlér. 1817,
( '80 à l'examen des conséquences, faisons une seule remarque sur l'opinion ricardienne relative à V engorgement du marché. Encore à cet égard ils poussent trop loin le désir d'obtenir des conclu'^ions rigoureuses. Admettons que l'offre et la demande soient égales , que les frais de proauclion représentent le prix; mettant de côté toutes les restrictions qu'il faut faire à cette supposition , qu'arrivera-t-il , s'il survient une surabondance de quelque marchandise? Les Ricardiens disent ; ce produit surabondant crée une demande égale à lui-même, ce qui prévient tout excès, tout engorgement du marché (i).
Mais on ne doit pas oublier qu'au moment où celte surabondance arrive , tout est proportionné aux besoins généraux. Vendue, cette marchandise ne paiera pas les frais de production. Elle ne créera donc pas une demande effective , mais seulement une demande insutBsante ; c'est-à-dire, que la marchandise porlée au marché ne trouvera des acheteurs qu'à un prix inférieur
(t) Glut. Voy. Miil, Eléments y elc. ^ pa§. 235, 3.<le é^it. ang,l.
( !85 ) à sa valeur» Car nous sommes partis c!e la supposition qu«^ jusqu'alors chaque objet ne payoit à la vente que les frais de production. On ne sauroit donc nier la possibilité d'un engorgement du marché pour une certaine marchandise ; mais , comme le disent les Ricardiens , on doit reconnoître aussi que , dans le cas de surabondance d'un produit et de la baisse qui s'ensuit dans sa valeur, il y a en même temps une hausse dans la valeur relative de toutes les autres marchandises; que par conséquent, en somme, ces valeurs se compensent; et dans ce sens on peut dire que l'équilibre se rétablit et qu'il ne peut y avoir surabondance générale au marché. Car si un produit surabonde , si sa valeur baisse , tous les autres deviennent rares comparativement, et leur valeur va haussant. L'excès des produits sera possible; il pourra même, dans certaines branches , amener des souffrances et de la misère ; mais cet excès ne sauroit durer. L'équilibre se rétablira, et les maux que la secousse avoit amenés cesseront avec elle. — Grand sujet de méditation pour les hommes bienveillans appelés à réduire ces principes en pratique !
( j86) Chapitre IL — Des Conséquences.