‹ Discours sur la nécessité de la force morale [microforme]Chapitre 2 sur 4 · IT · texte numérisé non relu

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Le but de cette association, je l’ai déjà exprimé, c st de mettre les travaux qui vous préparent à votre action sociale, sous les auspices de la religion. Pour cela, il a fallu une expression franche et ouverte de votre foi et la déclaration publique de votre détermination à suivre tous les enseignements qu’elle vous impose ; CEE acte comportait aussi la résolution de tenir une conduite digne du noble drapeau sous lequel vous vous enrôliez.

Eh ! bien, vous n'avez pu en venir jà sans remporter une victoire qui vous honore. Ii vous à fallu lutter contre tout ce qu’un jeune

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homme, dans votre position, rencontre nécessairement : les séäuctions de tout genre, qu s'offrent au cœvr et aux sens ; les livres, que l'on trouve ouverts partout, pour effaiblir le respect à la loi et à la morale, et ces liaisons formées, sans qu’on y prenne garde, avec des compagnons de pension, d'études. d’amusements, qui, par l’exemple et la parole, détournent fortement du devoir. Voilà l'influence qu’il s'agissait de surmonter. Tout jeune homme ne réussit pas à s’y soustraire. Il y a là un combat, où la cause religieuse et morale est souvent trahie ; ceux-là seule qui ont ie cœur fort, lui restent fidèles, résistent à tous les as. sauts et remportent un glorieux triomphe.

Savoir se contenir dans les limites du devoir, c'était beaucoup ; maisce n'étai: pas tout. Pour prendre un parti aussi hardiment déterminé, en faveur des principes catholiques, il yavait un autre ennemi à combattre, ou plutôt ls même, mais attaquant avec d’autres armes. Ceux à qui le vice a fait aljurer la foi, sinon dans leur esprit, du moins daus leur profession extérieure, ceux-là n’'arment pas que les autres se montrent publiquement attachés à un culte dont le dogme et les préceptes condamnent leurs égarements. Quand ils n’ont pu pervertir le cœur, ils cherchent à fausser l'esprit. Ils tentent de verser le ridicule sur tout acte qui exprime une adhésion publique aux principes religieux; ils y attachent une certaine houtc; au moyen de termes ironiques

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et injurieux, ils veulent noter d’une sorte d'ignominie toute démarche manifestant qu’on croit au symbole de ce culte dort ils ont enfreint le décalogue.

Ils forment un ensemble de préjugés défavorables à l’accomplissement des prescriptions de la conscience, et ilsles imposent comme une loi qu’on ne peut transgresser sans provoquer une humiliante censure. Le voilà, ce terrible ennemi du devoir, le respect humain, tyran dont tant de cœurs subissent le joug. On ne le croirait pas, mais telle cst pourtant une misère de notre nature, Un jeune homme est souvent détourné de la pratique ou de la profession extérieure de sa foi, par Île rire d’un vil libertin, dont cependant il méprise, en son cœur, le dégradant asservissement à d'ignominicuses passions.

Mais, Messieurs, vous avez montré la force de votre intelligence et celle de votre cœur, en Vous élevant au-dessus de toutes les atteintes du respect humain. Sans doute, aucun devoir proprement dit ne vous appelait à vous associer daus cette Union Catholique. Mais vous avez ru voir dans nntel acte un moyen puissant de préserver l'honneur de vos mœurs et de fortifier vos études, sous l'influence de cette foi, que vos âmes portaient en elles depuis le baptème. Cela vous a suffi, pour vous faire braver toute critique et vous montrer inaccessibles à tout ce qui pouvait vous détourner de

tendre au bien, là où il vou: apparaissait être.

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Vous ravez pas hésité, je ne dis pas, à vou, mettre sous le contrôle absolu du prêtre,mais à verir chercher auprès de lui une direction qui préservât vos études d’égarements funestes, et qui, en même temps, maintînt l’organigation de votre association, son développement, ses tendances vers le but que vous vous étiez proposé. Eh! bien,vous n’avez pas manqué d’entendre des cris, exagérant votre déférence à l’égard du ministro de Jésus-Christ, vous reprocher insolemment d’aller asservir votre intelligence au fanatisme sacerdotal. Il y a cu peut-être sous l'empire du désir de cette indépendance que recherche l’orgueii de l'esprit humain une appréhension de porter atteinte à votre liberté intellectuelle. Mais bientôt la raison vous a dit que, vivant dans un siècle où l'incrédulité a voulu se faire une arme de toutes les connaissances humaines pour attaquer le catholicisme, il était bon de chercher une défense en faveur de la foi que vous professez, dans cette science religieuse, dont les lèvres du prêtre, selon la parole sacrée,doivent avoir la garde et d’nt les fdèies doivent venir chercher auprès d’eux les salutaires enseignements. Vous avez jugé qu'il n'y avait pas plus de honte à demander au prêtre des lumières qui vous éclairassent sur tous ces points où la religion se trouve en contact avec les divers objets des travaux de votre intelligence,qu'il n’y en a à vous faire éclairer dans les difficultés

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de vos études professionnelles par les avis de ceux qui sont maîtres dans les sciences et les arts auxquels vous voulez vous former. Vous avez senti et courageusement avoué que la jeunesse était facile à se laisser tromper et qu’elle avait besoin d’un préservatif contre son aptitude à acquiescer à toutes les doctrines se présentant à elle avec des srguments qui sont spécieux à con inexpérience.

Vous êtes donc venus auprès du prêtre , que dis-je,vous êt:: venus auprès du J'ésuite. Vous fréquentez les membres de cette compagnie de Jésus, qui a eu la gloire de voir réaliser tout spécialement à son égard la arole du Christ : Vous serez un objet de haine à cause de mon nom;,et que l’hérésie et l’impiété, par leurs furieuses et mensongères incriminations à son égard, rendent de plus en plus chère à l'Eglise dont elle est un des plus brillants ornemerts et l’une des plus puissantes forces.

Vous vous êtcs mis au-dessus de préjugés irsensés sans doute, mais dominant encore bien des esprits et vous avez compris que l’on pouvait trouver une direction utile à l'esprit et au cœur dans l’Institut qui a donné à notre siècle ces Pères de Ravignan et Félix à la parole desquels l'élite intellectuelle de la 80ciété & prêté une oreille ei attentive.

Messieurs, je le répète, vous avez été forts en intelligence et en courage dans l’acta qui vous a constitués en 3 Catholique. Vous

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avez donné par là-un noble exemple à la jeunesse i:struite du pays ; elle n’aura plus à redouter les obstacles que vous avez bravés : elle nc sera plus retenue dans l'expression de ses sentiments religieux par la crainte d’encourir les railleries d’un parti désormais sans puissance, et vous rendrez heureusement impossible ce que redisait cet homme vénérable, cet éminent citoyen dont la parole à encouragé le travail d’un certain nombre d’entre vous, l'Hon. D. B. Viger : “ J’ai eu fortement à lutter dans ma jeunesse ; car alors l’incrédulité et l’immoralité étaient partout et surtout au sommet de la société. ?”

Au reste, Messieurs, je ne veux pas dire que dans votre association se trouve toute l'élite de la jeunesse éclairée de cetie ville. Il est une autre Dociété qui, sous un nom différent, poursuit le même but ; aussi, les paroles que je vous adresse se dirigent vers elle. D’arileurs, des causes de diverses sortes peuvent empêcher certains jeunes gens de s’enrôler dans une association quelconque. Et certes, je ne voudrais pas regarder tous ceux quine sont pas avec vous Comme étant sontre vous.

Quoiqu'il en soit, je suis en droit de vous dire que vous tous, membres de l'Union Catholique, vous m'apparaissez avec un caractère de force morale que j'admire et dont je tiens à vous féliciier.

L'Union que vous avez formée sera un puis.

sant moyen de vaincre dans les lutte

attendent. Vous le savez : dans le jeune äge,au milieu des séductions d’une grande cité,il faut toujours être cn mesure de résister à des attaques qu'il cost difficile de n'avoir pas à éprouver. Il y a des égarements dans lesquels on se laisse aisément entraîner ; des influences fâcheuses que les intérêts font subir, et malgré la noblesse du caractère et l’excellence de l'éducation, on doit être en garde même à l’égard de ces misérables passions qui énervent le corps, dégradent l'intelligence, flétrissent l’honneur, ôtent au cœur la pureté et la délicatesse du sentiment, rendent à charge à soi-même, en horreur aux autres, font le malheur de la vie du temps et préparent celui de l’évernité.

Eb ! bien,la force dont vous avez montré la puissance en vous est un gage de celle que vous déploierez dans ces combats ; et d’ailleurs, ces principes de foi et d'honnêteté si fortement empreints dans vos esprits ct dans vos cœurs par les études que vous avez faites sous l’influence de la direction reçue dans cette association ; l'exemple et au besoin les avis de ceux auxquels vous êtes unis ; l'houneur qui force à se respecter soi-même en se maintenant dans la fidélité à ces sortes d'engagements moraux qu'impose une telle Société pour l’avenir comme pour le présent; cette assurance qu'une victoire passée promet pour une victoire future ; tout cela fait présager Pour VOUS uñ© Carrière de dignité moraie qui

donnera la paix et la satisfaction à votre âme, en même temps qu’elle attachera l'estime et le respect à votre rersonne, l'autorité à votre parole, et une influence salutaire à l’ensemble de vos actes.

De vous, Messieurs, dépendra en grande partie la conservation de ces mœurs qui ont si hornorablement distingué notre société jusqu’à ces jours, mœurs douces, honnêtes, graves, exprimant par leur aménité ct leur bienveillance leur soumission à la loi de la charité chrétienne, et par leur réserve et leur délicatesse,leur respect pour cette pureté qu’exigent les sévères enseignements de notre foi. Or, ces mœurs si belles, elles ont déjà subi d’atteintes funestes. Il leur faut lutter pour se soutenir, non-seulement contre les inclinations de la dégradation origineile, mais de plus contre l'influence de trop nombreux et séduisants exemples. Elles courent risque de s’altérer au contact d’une autre Société dont,sinon les principes, du moins les habitudes diffèrent jusqu’à un certain point de ce qui a fait jusqu’à présent le caractère des familles canadiennes fortement trempées de l'esprit de nos pères. Le plaisir et la morale ne sont pas toujours alliés ; assez souvent, il faut le dire, ils se font la guerre, le plaisir a plus que jamais la prétention de régner sur le monde ; ils’offre en des divertissements, des licences au milieu des.

quels, si on veut s’y livrer, doit fiéchir la sé-

naiannaAac maonunna A \los.wnna VA Là à 15 4 ÉLiivé VUS

répudier celles-ci pur subir celles que l’on cherche à faire dominer dans notre société ? À cet égard notre indépendance est entre vos mains. Rome, maîtresse du monde, s’assujetit aux mœurs des nations qu’elle avait soumises : ce fut sa décadence ; le vice vengea de sa valeur les peuples devenus scs esclaves. A yons, nous, assez de fierté pour tenir à n'être pas conquis sous le rapport moral. U:: peuple qui abdique ses mœurs, renonce à vivre. Que loin de là notre caractère moral prociame en notre race ure vitalité distincte, qui, au lieu de s’altérer en s’assimilant des éléments étrangers, cherche à faire sentir son action sur tout ce qui l’entoure.

Je n'ai pas besoin d'exprimer, Messieurs, que cet effet ne saurait être produit que par uno force de cœur qui résiste à toute séduction. Je sais que vous n’avez pas seuls à former, ou plutôt à cor.server, les mœurs de notre société. Il est sous ce rapport une influence plus puissante que la vôtre, parce qu’elle à des charmes qui lui sont propres ; mais vous avez à seconder celle-ci, qui forte de son esprit dr foi et de piété, et de l’escendant que lui donnent ses attraits, ne manquera pas à 80n devoir.

Messieurs, je l'espère, vainqueurs de vousmêmes aux jours de votre jeunesse, vous saureg vaincre les aut es, en qui vous rencontreriez des ennemis de l’ordre et des principes religieux et moraux, seule base de la société.

Chrétiens édifiants, hommes éclairés, vous se. rez des citoyens utiles.

Oui, Messieurs, j'attends de vous pour notre société, des membres qui soient son honneur et qui aident à la faire marcher dans la voie droite, par l’impulsion que vos paroles, votre action ou du moins vos exemples sauront lui donner. La patrie verra en vous des défenseurs en qui se trouvent l'intelligence de ses vrais besoins et l’activité nécessaire pour la maintenir dans tous ses droits, conserver sa foi, ses mœurs et ses institutions.

Pour atteindre ce but, il faut une grande force, car de formidables obstacles sont à surmouter. Cette force, elle est, elle sera en vous, et j'aime à le répéter, je ne m’adresse à vous que parce que je sens qu’elle vous anime, et qu’elle n’a uesoin que de connsître comment elle doit s'exercer. Scribe vobis, juvenes, quia fortes estis.

La nécessité de cette force pour notre avenir social, son mode d'action et sa salutaire eflicacité, voilà ce que j’ai maintenant à vous exposer avec quelque développement.

Il me faut ici présenter an ensemble de cousidérations que peut-être vous regarderez d’abord comme une longue digression ; mais vous reconnaîtrez ensuite, je m’en flatte, que rien ne saurait être plus propre, que ce que je vais exposer, à vous faire sentir le droit et le be-

soin qu’a la patrie d'appeler à son service toute la force de votre intelligence et de votre dévouement.

La patrie ! Quel est le cœur qui ne l’aime ?

Qui ne désirerait voir la gloire et la prospérité régner sur le sol qui nous a vu naître, sur lequel s'écoule notre existence terrestre, où ont véçu ceux que nous avons aimés, qui doit rentermer notre dépouille mortelle, et qui verra se dérouler les destinées de ceux dont nous aurons été les pères dans l’ordre naturel ou surnaturel. Mais la patrie, n'est-ce pour nous que la terre même que nous habitons ? Ne nous est elie chère que par ses beautés matérielles, par la magnificence des ondes de ce roi des fleuves qui l’arrose, par ses lacs aux va.tes contours, ses rivières aux bords gracieux, ses montagnes aux cimes escarpées, ses collines aux flancs verdoyants, ses promontoires si pittoresques, ses plaines si fertiles ?

La patrie, mais n'est-ce pas aussi, st plus encore, l'esprit qui plane sur le sol, la vie dont Sont animés ceux qui l’habitent, la langue qu’on y parie, les mœurs qui y dominent, le culte qu’on y professe, en un mot tous les éléments qui constituent une nationalité ?

Ce que nous voulons tous, c’est une patrie qui se conserve telle qu’elle est aujourd’hui ; une patrie française dans sa langue et dans les principaux traits de son caractère ; c’est surtout, 1l faut le dire, une patrie catholique.

Qui de vous, Î Messieurs, n’est persuadé que ie Catholicisme ne soit ia sauvegarde, je de-

vrais dire plutôt l’essence de notre nationalité ? Vous figurez-vous notre foi disparue de ce pays et cependant notre race conservant son esprit distinctif et sa force de résistance contre les envahissements qui de toutes parts menacent de la déborder ? N'avez-vous pas vu naguère, dans un camp où esprit catholique s’était affaibli, s'élever un drapeau sur lequel était écrit : Annexion aux Etats-Unis, c’est-à- dire, prompte et presque entière absorption de tout ce qui a fait le caractère pro pre de la population canadienne-française ?

Vous avez rencontré quelques fois un de ces tristes émigrants en cette contrée qui nous avoisine, qui sont allés là donner leur foi en échange d’un peu d’or qui avilit leurs mains. Dites: avez-vous reconnu sur les traits de ces visages apostats, ou dans les paroles sorties de leurs lèvres parjures à Dieu, quelque expression indiquant un reste d’amour pour le pays qui les a vu naître ? Non, avec leur religion, ils ont renié leur langue, leurs mœurs et leurs compatriotes en exaltant sous tous rapports à leurs dépens le peuple qui les a associés à ses erreurs et à ses vices.

C’est une chimère de chercher à conserver notre nationalité et de ne pas s'occuper d’assurer le maintien de la foi catholique en ellemême et dans son action sur notre société.

Sans doute on peut et l’on doit aviser aux meilleurs moyens politiques propres à main-

tenir nos droits ; mais qu’en tête de toutes les réclamations se place l'intégrité de notre culte dans tous ses enseignements € dans tous ses préceptes, un refus de satisfaire à ses justes exigences serait le prélude d’autres violations de l'exercice de son pouvoir,un acheminement de

: plus en plus rapide vers la perte de sa liberté

d'action et par là même de son influence sur le maintien de notre existence nationale.

Messieurs, dans une esquisse bien imparfaite, il est vrai, j'ai essayé récemment de faire saisir la destinée providentielle de la ville capitale du monde Cathoïique. Mais il n’y a pas que Rome à qui Dieu ait assigné un rôle à remplir pour l'exécution de ses desseins à l’égard de la terre.

A des degrés plus ou moins inférieurs en importance chaque paysa son sort spécial voulu par les décrets de la Providence divine. Les livres saints nous disent que le Très-Haut a divisé les enfants d'Adam en nations et déterminé les limites de chaque peuple; qu'il trouve sa gloire à recevoir les hommages des diverses patries des hommes ; qu'il s'appelle le roi des nations ; qu’il en prend pitié dans leurs malheurs, et qu'il guérit leurs maux.

Chaque nation a sa mission à remplir, son but propre et distinct à atteindre. Sa destinée peut se présager par 8es origines.

J'ôse dire que notre pays a une vocation en quelque sorte sacerdotale ou apostolique ; on le voit, ce semble, préparé à cette fonction par l'esprit religieux qui préside à son établisgement ; on dirait que Dieu se l’est consacré dès son enfance.

Voyez : vouloir faire briller la lumière de l'Evangile sur ces terres plongées dons la nuit de l'erreur, voilà le but qui détermine principalement la prise de possession du Ca nada par la nation très-chrétienne. Le glo:

rieux marin dont la découverte de ce pays a immortalisé le nom ne part pour le chercher qu'après 8 être solennellement, au jour de la Pentecôte, lui et ses compagnons, nourri du Corps et du Sang du Rédempteur des nations, et avoir reçu comme une mission sainte dans la bénédiction de l'Evêque de St. Malo. La croix est arborée, avant tout autre symbole, sur la première plage à laquelle on s'arrête : et le grand fleuve qui arrose le piys que l’on découvre, baptisé du nom du plus glorieux martyr de l'Eglise, va redire à perpétuité tout le long de son cours majestueux la foi et la piété de ceux qui les premiers rémon.ëérent ses ondes.

Quels sont les premiers Colons du Canada?

Ce ne sont pas des aventuriers chercheurs d’or et d'argent, dont la cupidité vient lutter de barbarie avec la férocité des peuplades indigènes ; ce ne sont pas des hommes turbulents ou de mauvais sujets dont l'ancien mon-

de est bien aise de sc débarrasser : nos pères ne sont pas sortis de la lie des vieilles populations de l’Europe. Ils ont été des hommes d'élite ; la main de la religion les a choisis ; elle a envoyé en leurs personnes, la foi, la piété, la probité, l’intrépidité, les plus belles qualités morales peupler la terre que nous, leurs descendants. habitons encore.

Nulle nation américaine n’a droit d'être fière de son extraction comme la nôtre; un sang pûr coule dans nos veines. Que de familles canadiennes remontent à un chef dont le nom brille avec gloire dans nos fastes histori. ques ou se trouve avec une note honorable dans quelques documents des vieilles annales de nos institutions ou de ces régistres des ancicnnes paroisses que des mains patriotiques et dévouées ont depuis quelques années coinpilés avec tant d'intérêt pour nous !

Queis héros non seulement par la val ur, mais aussi par la grandeur d'âme et la force du sentiment relizieux que les chefs des premiers temps de la colonie ! Si leur image terrestre nous apparait avec la gloire de la couronne militaire ou civique, nous sommes en même temps portés à les contempler dans un autre séjour avec l’auréole céieste.

Oui, des saints qui dans la mère patiie, éclairés de révélations divines, encouragent les établissements qui se forment dans ie pays nouveau ; des saints ani, dans les communautés des Récollets, des Jésuites, des Sulpiciens,

viennent ici faire admirer le plus sublime dévouement, et s'élever même jusqu’à la gloire du martyre ; des saintes, jose le dire, dignes des honneurs de !a canonisation, fondatrices ou pemiers membres de nos admirables institutions religieuses : n'est-ce pas ce que l’on re. trouve aux origines de la colonie? Pour ne pas mentionner d’autres histoires plus connues parce qu’elles datent déjà de quelques années, quelles scènes de hautes vertus, d’œuvres de sublime charité, et d'interventions souvent merveilleuses de la Providence, déroulent à notre esprit et à notre cœur ravis, dans un récit plein de charmes et souvent ‘une grande beauté de forme, ces annales des Ursulines de Québec dont vient de s'enrichir la littérature de notre pays.

L'action de la Providence, si éclatante dans l'esprit de foi et de vertu catholique dont elle imprègne pour ainsi dire la colonie naissante, ne s’est pas moins manifestée dans sa congervation au milieu des pius redoutables obstacles.

Ja voyez-vous cette population si peu nombreuse disséminée sur un si vaste territoire, lutter avec tant d'énergie et d’intrépiuité contre ces ennemis sauvages dont l'intelligence égalait la cruauté ? Mais, et c’est encore là uu des traits qui font l’honneur de notre race, en soumettant à son empire les indigènes, elle n’a pas cherché à les détruire ; en les initiant à 8a foi, elle lesa appelés autant qu'ils en

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étaient susceptibles aux bienfaits de la civilisation, et elle a fait germer la fleur de la plus haute vertu chrétienne ià où une affreuse superstition consacraitla plus atroce barbarie.

Cette même population ne s’est point découragée sous son ciimat rigoureux. Peu aidée de la mère-patric, elle a continué son développement avec une héroïque patience. Bientôt il lui faut lutter contre une puissance formidable ; elle est dans la détresse, la famine la dévore en même temps que la guerre ; mais sa valeur fait des prodiges, d'immortelles victoires attachent à son nom une gloire que la défaite postérieure n’affaiolira pas.

La voici soumise à une nation enneaie depuis des siècles de sa race, tout récemment encore, adversaire de sa religion jusqu’à la plus fanatique persécution. Il faut donc qu’elle périsse. Non, et je puis bien dire icice qu'il m’a été permis d'exprimer dans une chaire de Paris, il y a plus de vingt ans : la conquête a été pour nous une faveur éciaiante de la Providence ; elle nous a préservés de l’incrédulité ct de l’immoralité française ; elle nous a soustraits aux épouvantables malheurs de cette révolution si empreinte, selon le mot du Comte de Maistre, du caractère satanique, et dont les résultats se font encore si péniblement sentir. La prudence politique qui distingue éminemment le peuple anglais et l’a rendu si habile dans l’art d’administrer des colonies ; la crainte d’une annexion à la république voisi-

ne ; la loyauté et en même temps la fermeté du clergé canadien; la parole éloquente élevée avec persévérance et énergie par des citoyens au patriotisme éclairé pour défendre tous nos droits : voilà les moyens dontla Providence s’est servi pour maintenir et notre nationalité et notre religion.

Aujourd’hui nous sommes un million d’hommes ; vivant à côté d’une autre race entre laquelle et nous il y a union, mais non fusion ; nous avons conservé notre caractère national, notre physionnomie française, notre langue, nos lois, nos institutions et ce qui à si puis samment aidé à conserver tout cela, notre foi de catholiques. Notre culte, nous le professons avec une liberté plus grande que celle dont l'Eglise jouit en aucune autre partie du monde ; la foi a le plus grand empire sur nous; elle force ses ennemis à ne pas l’attaquer directement et à voir leur haine de l’hypocrisie d’un certain respect. ŒElle domine encore jusqu'à un certain point nos mœurs, ct elle assure à noire population un état de tranquillité, de bonheur qui, malgré certaines agitac. veut-être, hélas ! prélades de plus gras encore, nous permet de dire hardiment que notre pays est le plus heureux de la terre.

Evidemment nous avons été une société singulièrement favorisée de la Providence.

Ne sommes-nous pas nous aussi une nation choisie, gens electa ? oui, une nation chaisie,

chère à Dieu, ayant une mission spéciale par l'influence qu’elle duit exercer.

Notre destinée, à nous, c'est de conserver le flambeau de la foi au milieu des ténèbres de l’hérésie, de tenir toujours élevé l’étendard du catholicisme sous lequel seul marche la civilisation, de maintenir par l'adhésion à l’Eglise appuyée sur cette pierre contre laquelle les portes de l'enfer ne doivent point prévaloir, ces principes de vérité, de justice, de cha: rité qu’en toute nation hétérodoxe on verra nécessairement s’affaiblir ; c’est d’être pour le Christ un prasie que, comme Israël, il puisse appeler le sien, parce que lui demeurant fidèle il garde intacte la doctrine sacrée, et entretient l’autel sur lequel s’accomplit le sacrifice qui l’honore. Nous Franco-Canadiens, héritiers de la mission de la fille ainée de l’Eglise, nous avons pour destinée d’être les instruments des desseins de Dieu, par nos victoires sur les ennemis de notre croyance, par le zèle de notre propagande religieuse s’exerçant d’un Océan à l’autre, par nos magnifiques institutions qui font admirer le dévouement et la charité inspirés par notre foi, par ce foyer de la lumière catholique que nous entretenons et dont le rayonnement étend l'empire de la vérité. De nous, à cause de ces œuvres qui glorifient Dieu il doit être dit, comme de nos pères: Gesta Dei per Francos.

Cette mission sera-t-elle accomplie dans toute son étendue ? Elle ne peut l’être que par la conservation de notre nationalité et de notre foi qui se prêtent un mutuel appui, Quand je dis notre nationalité, je n’entends »:2 l’indépendance, la séparation politique pour notre race ; ce serait un rêve. Je ne demande en aucune façon que le lien qui nous unit à la glorieuse nation britannique soit brisé ; qu’il soit tel seulement qu’il ne porte nuile atteinte à notre religion, à notre langue, à nos institutions,aux dispositions principales de notre droit civil, choses diverses qui sont les éléments de ce que j'appelle notre nationalité, et dont le développement doit s'exercer cn toute liberté.

Or, conserverons-nous et notre foi et nos mœurs et notre caractère distinctif de Canadiens-Français? Notre race se perpétuera-t-elle en ce beau pays, accomplissant sa mission providentielle, et devenant digne parlà même d’une destinée plus glorieuse peut-être que nous ne l’attendons ? C’est là la question. Serons-nous, nous Canadiens Français, seronsnous ou ne serons-nous pas ? C’est le mot fameux du grand tragique : £o be or not to be... Cette horreur que nous sentons à l’idée d’un anéantissement personnel ne nous saisit-elle pas à la crainte d’une extinction nationale ?

Mais une telle appréhension a-t-elle quelque droit à s’emparer de nos cœurs ? Exiate-t-

il des circonstances propres à la fuire naître ? Je ne sais, Messieurs, si vous peasez que ces paroles ont trait à la grande question politique débattue en ce moment dans notre pays. Je ne crois pas,certes,qu’elle soit indifférente à notre sort national; mais il me serait téméraire d'exprimer, même indirectement, dans cette réunion, une opinion qui lui fût favorable ou contraire.

Ilyaun an, ilya deux ans, avant qu'il fut question d’une manière pratique, de tcut projet de confédération, j'aurais parlé comme je fais aujourd’hui. Quelle que soit l’issue du débat qui va s’engager, j'aurais à répéter les mêmes paroles. Sans doute, des mesures politiques peuvent être de nature à augmenter ou à affaiblir les appréhensions que j'ai exprimées ; et c’est un devoir de travailler à faire réussir celle que l’on croit la plus avantageuse, lorsqu'on a considéré la chose du point de vue de la religion et de la patrie et non de celui d’un parti. Mais que de fois les prévisions humaines dans l’ordre social sont trompées ? Que de circonstances diverses viennent faire dévier le cours des choses malgré le lit qu’on leur avait creusé ? Le fait de notre position au milieu d'une race étrangère, sous plusieurs rapports en complète opposition avec nous, race puissante, énergique, croissante en nombre, qu’elle veuille ou ne veuille pas nous anéantir, ce fait seul constitue permanemment pour nous, quelle que mesure politique que

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lon prenne, un danger menaçant pour notre nationalité et notre religion,

M'est-il pas une autre cause à nos craintes ? Je ne veux pas exprimer une terreur qui fasse sourire les braves. Mais enfin, dans un avenir plus ou moins éloigné, une invasion américaine n'est-elle pas possible ? Elle est puissante et habile en la guerre la nation qui nous protège ; elle est pleine de valeur la génération issue de celles de 1812 et de 1775. Toutefois, le nombre des combattants ct lesdésavantages de Ja position d’un pays sous le rapport stratégique comptent pour berucoup dans l’évestualité d’une guerre. Mais une invasion, couronnée de succès, c’est l'absorption, à un terme qui ne demandera pas des siècles, de tout ce qui distingue notre nationalité.

Ilest peut-être, Messieurs, quelque chose de plus à creindre pour nous: je le diraiavec franchise, car je parle à des amis de la patrie qui ne désirent rien tant que d’éioigner tout ce qui pourrait être pour elle un malheur.

Qui est ce qui fait la force en toute chose ? Vous le savez, \essieurs,c’est l’union.Eh ! bien, l’union existe-t-elle ? Oui, dans cette enceinte, entre vous, sous le rapport reïigieux. Mais l’union sous d’autres rapports, et spécialement dans i°s questions politiques, existe-telle chez nous Canädiens-Français ? Hélas ! vous le déplorez avec moi, il y a une division prononcée qui ne permet guère d'entretenir, du moins pour le moment, l’espoir d’une conciliation. … il y a guerre entre nous.

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Eh ! bien, la parole divine a dit: Tout royauy sdiviséne saurait subsister. Et quand je in l'histoire, je vois aux jours antiques la division des Grecs mettre une fin précipitée à leur brillant empire et faire remplacer pour eux la liberté par la servitude. Au Moyen-Age les dissentions sanglantes de l'Irlande, en lui imposant un joug étranger, préparent enelle ce peuple dont on admire sans doute les belles qualités et la foi invincible, mais dont on pleure la longue et cruelle infortune ; à la fin du siècle voisin du nôtre, les animosités intestines de la Pologne ont pour résul at de la jeter en proie àce vautour qui déchire aujourd’hui si cruellement ses entrailiee.

Messieurs, je suis loin d’être pessimiste.

Au contraire.j’ai toujours donné à l'espérance une large place dans mon cœur” ; mais quand, dans le calme d’un âge et d’un état qui amène la réflexirn, on cherche dans l'avenir non des chimères qui favorisent de trop confiantes espérances, mais les réalités plus ou moins probables'dont la vue anticipée puisse éclairer sur la voie qu'il faut suivre, alors on ne peut s'empêcher de voir des éventualités peu rassurantes pour la prolongation indéfinie de notre existence nationale. Disons-le : la nature des choses est contre nous ; et quand,avec un instinct d’espérancé que ncus ne pouvons Surmonter, nous repoussons ces appréhensions sinistres, il nous faut chercher le motif de notre

confiance dans un secours spécial de la Providence se manifestant par des moyensimprévus.

mais dans tous les cas demandant de notr part une coopération où éclatent la sagesse,le dévouemeut et ia force morale.

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Qui ne se sent prêt à faire tous ses efforts fur détourner le malheur qui menace ?

Qui pourrait consentir à voir la terre que nous habitons, ne psrtant pas cette empreinte catholique qui la renä si belle, si heureuse et si admirable dans ses institutions, aux yeux mé. me de ceux qui ne partagent pas nos croyances religieuses ?

Qui pourrait, sans une amère tristesse, voir dans un avenir plus ou moins laintain, la foi aue nous professons, sinon s'éteindre tout-à. fait dans ce pays, du moins ne plus le dominer de son empire ?

Supposez les causes que j'ai signalées, produisant l’effet fatal qui, naturellement, découle d'elles ; notre beau fleuve ne roulerait plus ses ondes au milieu de rives bordées partout de ces gracicuses églises Catholiques, portant dans les airs leurs flèches élancées surmontées de la croix. Ces noms de Szints qui désigrent la plupart de nos paroisses et qui donrent à notre cer trée un caractère religieux si prononcé, ces lus feraient place à des dénominations empruntées à des hommes dont la vie, peut-

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être, contrasterait sous plusieurs rapports avec celle des héros du christianisme protecteurs de nos compagnes. On ne verrait plus se déployer ces processions solennelles, ces démonstrations de la piété catholique qui sont une des grandes juies de notre peuple. On ne célèbrerait plus ces fêtes religieuses, si pleines d’allégresse et d’édification dont nous seuls, catholiques, avons lesecret; nos pieux et charmants cantiques ne feraient plus retentir nos collines ou les rives de nos fleuves de leurs mélodieux accents ; l'hommage à rendre au Dieu incarné et à sa douce Mère seraït peutêtre permis dansle secret du temple, mais toute gloire leur serait interditeau grand air, devant le soleil, en présence de notre majestueuse ou gracieuse nature ; notre atmosphère ne serait plus catholique.

Elles ne seraient plus !l’honneur de notre patrie, ces institutions si florissantes, ces colléges, ces séminaires, ces maisons religieuses, attestant la puissance et le zèle de notre foi. Comme aujourd'hui on demande où étaient les habitations et les sanctuaires des fils de St. François et des anciens :'ères de la Uompagnie de Jésus, plus tard on serait peut-être réduit à chercher les restes de ce Séminaire de St. Sulpice, où pendant plusieurs siècles ces prêtres d'une régularité proverbiale ont mis au service de la colonie qui lui doit tant dès son origine, une libéralité qui se refuse tout pour le donrer aux besoins publics, et un tra-

vail intelligent et dévoué pour la sanciification des âmes. Les fils de St. Ignace, dont les vertus et les succès brillent au Canada, comme dans le monde entier, toujours empressés à éclairer l'esprit dans l'intérêt de la foi, et à ranimer la piété dans le cœur, encore une fois expulsés des édifices, théâtres de leur zèle, ne verraicnt plus s’y presser autour d'eux la jeunesse d'élite de la première ville du pays,

pour y jouir des avantages religieux et litté--

raires offerts par leur intelligente connaissance des besoins de la société ; on ne trouverait peut-être plus auprès de la magnifique église de St. Pierre cette congrégation d’éloquents missionnaires, dont la parole populaire produit par tout le pays tant de fruits de salut.

Sans doute, au milieu d’une population hétérodoxe, le zèle catholique ne ferait pas défaut, il y accomplirait encore des œuvres admirables ; mwais verrait-on briller du même éclat ces établissements fondés par notre foi, dont s’enorgueillit cet.e cité ?

Verrait on de toutes parts, ces communautés de religieuses enscignantes, chargées, à peu près, exclusivement de l’éducation des jeunes personnes, les formant à cette piété, à cette délicatesse, à ce dévouement, à cette réserve qui, entre autres qualités, font de la femme canadienne un si aimable type de vertu? Et les pauvres, les infirmes, les misérables de toute sorte de l’ordre moral ou corporel, trouveraientils cette admirable charité qui vient à leur se-

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cours dans ces hospices de tout genre, où s’exerce jour et nuit un inépuisable dévouement ? Hélas ! les Servantes de Dieu en Canada, objet d'une sihaute admiration, d’une si respectueuse estime, ne seraient plus en aussi grand nombre, etn’agiraient pas dans une si large sphère pour être l'honneur de notre foi et de notre charité.

Dans la triste hypothèse que j’expose, le catholicisme ne dominant plus la société, nos neveux ne trouveraient plus ce bonheur que nous sentons tous dans ces rapports si intimes que notre religion met sans cesse entre Dieuet nous; le sacnifice eucharistique n’attirerait plus dans de vastes et magnifiques églises, la foule des fidéles ; mais là où le sang de la victime sacrée rest plus offert, la grâce s’arrête, et les crimes se multiplient ; on ne verrait plus au banquet sacré une société tou‘e entière, & ncurrissant de l'aliment divin qui seul peut produire la vertu. telle que l'Evangile l'exige des hommes. La Mère de Dieu que nous sommes si heureux d'appeler netre Mère, ne serait plus la reine de cette contrée, recevant d'elle ces nombreux hommages que la foi canadienne lui offre avec tant d’amouret répandantsur elleen retour des faveurs si abondantes,

Si le catholicisme perd son empire en ce pays, alors, pour une très grande partie de la société, comme dans la contrée qui nous avoisine, plus de baptême qui donne les âmes à Dieu <tles

enlève à la puissance infernale; plus de pre-

mière communion avec ses joies enivrantes et son influence si salutaire sur le jeune âge; plus de viatique, d’onction sainte apportés aux meurants, ettout ce qu’offrent de si édifiant, de si sublime, les derniers moments d’un catholique, expirant plein de consolation et d'espérance, parce qu’il quitte la terre pourle ciel ; et quand s’accomplira l'acte sur lequel doit repos2r la constituticen sacrée de la famille, alors ce ne sera plus avecun sentiment d'autant plus vifet plus enivrant qu'il est plus pur et plus religieux, ce ne sera plus l’amour venant avec une sainte exaltation prononcer le seul mot qu’il sache dire: Toujours ; oui, les liens que nous formous dureront toute notre vie,nous le jurons devant l’autel du Dieu qui dans son amour pour l'Eglise nous donne le modèle de ce que doit êtie le nôtre ; non, ce sera, loin de tout symbole sacré, de toute bénédiction religieuse, detoute garantie de bonheur donné parle ciel, cesera, avec je ne sais quel sentiment dont on ne saurait, ce semble, trouver la place au cœur,que le jeune homme 4: à à celle dont il prend la main : Sache:le, je puis soupçonner ta fidélité, comme tu peux te défier de la mienne; eh ! bien, ce contrat que nous formons peut être briséettes yeux pourront un jour voir une autre femme portant Île titre de mon épouse.

Serait-ce là l'avenir qui nous est réservé ?

Oui, si rien ne s'oppose à l’action des causes destructives de notre nationalité et de notre re-

ligion que j'ai exposées. Laissez sans résistance un esprit hostile à la foi de nos pères, se répandre de plus en pias dans notre socié*é ; que celle ci continue à se livrer à des dissentions qui, en empêchant l’union, nous ôtent la force ; que lon se détache des institutions qui ont contribué si paissamment à la conservation de notre existence nationale ; qu’adoptant les mœurs étrangères,on offre à notre destruction sociale le moyen le plus facile et ie plus prompt de s’opérer ; qu'il en soit ainsi, puis laissez s’écouler un siècle ; et les enfants de vos enfants auront perdu le sens catholique ; foulant aux pieds vos tombes, ils déploreront la superstition de leurs pères, et ceux qui, dans un nombre comparativement restreint, demeureront fidèles à la religion primitive du pays, auront le sort des Irlandais, dont la souffrance est 81 ravrante, des catholiques des Etats-Unis, naguères encore dénués de tout et souvent exposés à l'insulte et à la violence, ou de ceux du Haut-Canada, menacés dans leur liberté par un fanatisme qui n'aurait plus de frein, s’il pouvait également se faire sentir dans toute l'étendue du pays.

Mais non, non, ce malheur n’atteindra pas notre belle patrie ; la foi catholique dominera toujours sur les bords du St. Laurent, et avec elle, notre langue, notre nationalité se imaintiendra.

Qui done met en mon cœur cet espoir, après les sinistres appréhensions que j'ai exprimées?

Qu'on ne s'étonne pas de me lentendre énoncer, lorsqu'on m'a vu montrant une mission religieuse toute spéciale assignée à notre pays par la Providence. Le ciel accomplira l’œuvre qu'il a commencée, et il y sera engagé ver ce qui amène nécessairement son concours. Vers Jui s'élèvera la voix de la prière et du dévouement ; voix des pontifes qui joignent la sainteté à la dignité, voix d’un clergé qui sait remplir tous ses devoirs, voix de fidèles qu’en si grand nomure distinguent la vivacité de la foi et Pardeur de la piété, voix de tant de communautés religieuses, qui se fait entendre et par la prière proprement dite, et par les œuvres du zèle, et par les prodiges de la charité. et par les sacrifices de tout genre, et par | s mérites d’une contemplation qui ne tient ses regards fixés sur Dieu que pour le porter à jeter favorablement les yeux sur les hoinmes.

Toutefois, Messieurs, notre salut national ne pourra s’opérer sans notre action; le ciel nous aidera, mais il faut que nous nous aïdions nous-mêmes ; il nous faut concourir par nos efforts aux desscius de la Providence. Il est un axiôme célè‘ re de la vie spirituelle, qui s'applique à l’ordre social : Dieu ne nous sauvera pas sans nous. Îl à laissé, dit le texte sacré, il a laissé l'homme dans la main de son conseil, il met devant lu* la vie et la mort ; ce qu'il aura voulu lui sera donné. (Eccl. XV.)

Nous avous la liberté de prendre ou non les moyens qui assurent notre salut de peuple,

afin que le mérite et la gloire en rejaillissent sur nous J] nous faut pour cela une généreuse disposition à des efforts puissants, un courage qui résiste à toutes les diffisultés. De même qu’elle est nécessaire pour conquérir le royaume du ciel, la force seule nous assurera la conservation de tout ce qui constitue notre vie de peuple sur la terre. Soyons done des athlètes pleins d'énergie et de courage, le secours du ciel sera l'huile qui préparera nos mewbres pour la luite.

La terre sente de la patrie nous appelle aux armes, il ne s’agit pas de la délivrer de !2 persécution et de l'oppression, mais de l'en préserver. La croix doit y garder son empire. Dieu qui a tout fais pour étaulir et conserver la foi dans cette contrée, désire que ceux qui la professent travaiilent à l'y maintenir. Entendez le cri de la Croisade: Dieu le veut, Dieu le veut. Enrulez-vous sous sa bannière sacrée. Comme les chevaliers s’armant pour conquérir Solyme, montrez la force du cœur en attendant celle du bras__..Mais je n’ai pas besoin d’insister : cetto orce, elle est ic, elle ect en vous. Seribo vobis, juvenes, quix fortes estis.

Cette force, comment doit-elle se prr re ?

en quoi doit-elle se manifester ? D'abord, il faut qu’elle se trouve dans la volonté bien ar-

rêtée de travailler à la grande cause dor.: jai exposé l'importance et les périls; il faut se convaincre par une sérieuse application de l'esprit du besoin qu’a notre société d'hommes actifs et généreux pour la défense de ses intérêts les plus sacrés. Quand il s'agit de parvenir à la connaissance d’une vérité qui impose un devoir, il faut de la force pour tenir à l’écart certaines répugnances qui élèvent des difficultés ; le cœur doit se maintenir intact de tout mauvais vouloir, afin que l'intelligence ait le champ libre, et puisse s'élever à la pleine et parfaite conviction du vrai. vers lequel elle aspire.

Si, par ce moyen, vous narvenez à la persuasion de la mission religieuse de notre p&trie, et à celle de votre vocation à être les apôtres de cette mission, fonction dévolue aux membres intelligents et éclairés de la société, alors la force pour chacun de vous sera de répouâre au cri : * Leu le veut, ” par cet autre cri, échappé uu plus profond du cœur : Je le veux, je le veux. ”

Vouloir d’une manière générale accomplir un devoir, est une grande force morale ; mais cette qualité n'apparait réellement dans tout son éclat et son mérite que lorsqu'on en vient à l’action, qui réalise la volonté que la voix du devoir a fait naître en la conscience. Eh ! bien, pour vous, Messieurs, le moyen le plus efficace de vous préparer à l’accomplissement de votre mission, c’est une étude profonde de

la religion en elle-même et dans ses rapports avec les diverses sciences et les besoins de la société. La foi est nécessairement mêlée à tou: ies les questions de l’ordre intellectuel et social. Elle ne doit pointêtre considérée comme un ordre de choses à part, réglant Îles affaires purement spirituelles, exprimant les rapports immédiats et directs de l’homme avec Dieu, et sans liaison avec les théories diverses de la science, sans influence sur la société temporelle. L'unité, c’est le caractère essentiel des œuvres de Dieu, parce que l'unité est Dieu même. Principe de tout ce qui existe, il en doit être nussi la fin ; tout descend de lui, tout doit remonter vers lui !- ne peut donc supposer un crdre de conne.4sanc: ; où un ensemble de rapports de l'homme avec les êtres créés, qui, à son dernier terme, aboutirait à une auire fin que Dieu. Il suit de jà, que la religion doit présider à tout. Toute gcience, toute doctrine à besoin d’être dirigée par les enseignements religieux, afin d'être maintenue dans le cours qu’elle doit suivre, pour arriver à Dieu, terme vers lequel elle doit nécessairement tendre.

Les questions fondamentales de la philosophie ont leur solution dans les dogmes religieux ; la littérature trouve dans les enseignements du christianisme le principe du beau, la règle la plus sûre du goût et la source de ses plus sublimes aspirations. Toute théorie sociale a besoin des lumières de la foi, afin de n'être pas exposée, en blessant quelques-unes de 8es

doctrines, à conduire l’homme vers un but op. posé à celui que le Créateur lui a assigné.

Le développement de la thèse que je viens d'établir serait la matière d’une des plus beiles études à laquelle puisse s'appliquer lintelligence ; je ne saurais vous eu occuper davantage en cette occasion.

Au reste, ne voyez-vous pas même dans les études spéciales qui vous occupent, que vous relevez à chaque pas de la religion. Sans elle vous ne pouvez trouver les lois fondamentales du droit et de la justice ; le plus souvent, la jurisprudence n’est qu’une apphcation pratique de la morale. Mais qu'est-ce que la morale,sans la religiot 1? Vous, Messieurs, dont je n’abaisserai pas la dignité, en vous donnant la dénomination payenue de fils d’Esculape, mais quo je regarde avec honneur, comme une création spéciale du Tiès-Haut : Ho nor a medicun #, Clenim illuim creavil Altissimus, Les vous jetez vos regards dans les profondeurs les plus intimes de votre science, vous n'êtes pas sans y avoir vu des mystères sur lesque sa foi geule jette des lurmières ; et d'ailleurs, Re Ja pratique de votre art, vous le trouverez en contact fréquent avec les cipes de la théo-

rint

] logie ou avec les iufluences de la thérapeutique spirituelle.

Mais un acte tout récent, qui doit faire époque dans les annales de ;'Eglise, mieux comprendre que toute autre l'importance des études religieuses pour l’homme desti-

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né, par son éducation,à une certaine influence sociale.

Le monde vient d'entendre une parole qui met en émoi toutes les iatelligences. Que de discussions, dans notre siècle,sur tes questions les plus vitales pour l’homme et la société ? Les principes les plus contradictoires ont été goutenus avec une latte acharnée sur les points fondamentaux de l'ordre religieux, philosophique et politique. Eh ! bien, voici que du haut dan siége qu’on croyait n'être qu'un reste chancelant de débris, un septuagéuaire, accablé d’injures et de menaces, élève sa voix avec la force d’un accent qui la fait retentir dans le monde entier; et avec une netteté d’affirmation, qu’on sent venir d'une autorité divine, il décide toutes les questions si violemment agitées. Il dit anathème à une fouie d’assertions émises eur Dieu, l'Eglise, le pouvoir temporel du Pape, les droits de la raison, les principes de la morale, les lois constitutives du mariage, les rappor's de la religion avec l'éducation, la société politique et la liberté ; sa main imprime un stismate indélebile à toutes les propoitions qu'il condamne. Il ne respecte aucune autorité ésnrée, quelque puissante, quelque menaçante pour lui qu’elle soit. Au pouvoir,à la merci duquel ilse trouve en ce moment, 1l n'hésite pas à dire : je condamne, au nom du ciel, tels et tels principes qui déterminent vos actes. L'erreur anathématisée rugit ; elle se déchaine en invectives et en projets violents ;

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mais le vicaire 4a Christ, toujours serein, parce qu'il attend le secours, non de la terre,mais du ciel, dit avec l'autorité de Celui qu’il représente : Quelque bouleversement qu'il arrrive, le moindre point de la doctrine que j'ai définie ne sera jamais retracté ; il sera la règle permanente des intelligences, dans cette société perpétuelle et universelle dont Pierre est Île chef : Jota unum aut unus apex non prælerebit donec omnia fiant. Au reste, ii vient d’ajouter avec un accent prophétique qui doit remplir nos cœurs de joie : J'espère voir de mes yeux le triomphe éclatant de l'Eglise, après lequel je n'aurai plus qu’à dire: Munc dimiltis servum luum in pace--.

Notre csprit w’a qu’à s’incliner devant cette déclaration solennelle de la vérité qui se présente à nous, avec une autorité divine. Toutefois, ce serait un des plus nobles exercices de l'intelligence, que de chercher la raison de ces divers points de la doctrine pontificale ; une étude approfondie et respectueuse permettrait de la trouver ; nul enseignement catholique n’a à redouter lee investigations d’un esprit droit. La vérité est quelques fois placée à des profondeurs où elle sem! le obscure à l’intelligence; mais jamais elle ne présente de défectuosités aux regards scrutateurs d’un œil perçant et gain, C’est une indicible satisfaction pour l'intelligence de contempler sur tous les } ints l'accord de la foi et de la raison ; mais elle ne peut être que le résultat d’une étude sérieuse

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Il faut, d’ailleurs, tirer les conséquences des principes émis dans l’en: eignement catholique et en faire l'application aux nombreuses questions qui s’agitent dans le monde, Or, tout cela demande un travail, une application soutenue, afin que dans les divers actes de sa vie intellectuelle ou sociale, on ne blesse aucun principe orthodoxe ; car toute erreur amène nécessairement une déviation, un égarement, et devieut par conséquent la cause d'un malheur ; en tout ordre de chose, hors de la vérité, il n’y à point de salut.

Eh ! bien, pour se livrer à cette étude si nécessaire, et à plusiurs autres quai sont indispensables à l’homme public, il faut de la force. Tout travail est une contrainte, une violence qu’on s'impose ; On à besoin de courage pour s’y livrer. Il y à à vaincre l'indolence neturelle, le goût des amusements et des plaisirs, l'attrait pour les études frivoles qui délectent l'esprit sans le fatiguer. Sans doute le délassement est souvent une nécessité ; la société impose des devoirs auxquels il serait injuste de se soustraire; l’exercice de ses fonctions profegsionnelles, le soin à donner aux moyens de s'assurer une honorable existence, et de pourvoir à l'avenir d’une famille ; tout cela demande du temps, et ne permet pas toujours de longues études en dehors de celles qui peuvent intéresser spécialement l’état qu'on a embrassé. Mais le zèle pour les intérêts de la reli-

gion et de la patrie doit faire consacrer à l’ac-

quisition des connaissanc’s qui mettent en état de les servir, tant d'heures, livrées trop souvent à un loisir funeste. Vaincre le penchant à ne rien faire est un triomphe qu'il n’est pas donné à tous de remporter ; il n’y a que les âmes fortes qui en ont la gloire et en recueillent les fruits. Ce goût des études sérieuses qui vous distingue, Messieurs, et dont vous cherchez la satisfaction dans cette association même, ce goût vous honore et fait saluer d'avance en vous ces hommes d’une haute et saine instruction qui font la tête du corps social.

Savoir, c’est un bien grand mérite, mais agir, mettre à profitea science pour l'utilité publique, c’e.t là l'essentiel. Or, c’est surtout ce qui demande de la force, parce que c'est un travail de chaque jour contre lequel s'élèvent les difficultés ies plus propres à produire le découragement.

Il le faut pourtant, à vous sur qui reposent en si grande partie les destinées de la patrie. À mesure que vos études müriront votre intelligence et que vous acquerrez l’expérience des hommes et des choses, mettez-vous à l'œuvre ; agissez partout.

Àgissez dans les salons ; c'est là que souvent, sous l'influence d’une parole entraînante, se forment les opinions; exprimez-y hardi-

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