‹ Discours sur la question Riel, prononcé le 17 mars 1886, à la Chambre des communes [microforme]Chapitre 3 sur 9 · AMABLE JOBIN · texte numérisé non relu

AMABLE JOBIN

Px. GARNOT, secrétaire.

M. l'Orateur, voilà un. homme qui est tenupour un héros, -écrivant «cette lettre où il déclare que son but est d’avoir une guerre d’extermina- ‘tion. Peut-on se méprendre sur la signification de cette lettre ? Peut-on ærétendre qne cet homme entraîné par son devouement à son peuple désirait simplement une agitation dans le but d'obtenir la justice qu’il æéclamait depuis longtemps pour les métis, lorsque nous voyons parmi les papiers produits, formant partie de la preuve prise lors du procès,

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que son but était de soulever une guerre d’extermination ? c'était son ut d’avoir une guerre, la plus terrible de toutes les guerres, une guerre indien” ; et cela tout spécialement parmi une population comme celle du Nord-Ouest, qui est tellement dispersée dans ce pays, ne vivant pas ensemble comme les populations des villes des vieilles provinces du Canada, mais où les colons sont séparés par des distances considérables, et où il leur est presque impossible de se porter secours. C'est dans de telles circonstances, comme il le dit dans sa lettre, qui est une preuve indéniable qu’il voulait soulever une guerre d’extermination. Il employa tous les moyens à sa disposition pour soulever cette guerre ; il fit tout en son pouvoir pour réussir dans son néfaste projet ; il fit tout ce qu’il put pour soulever une guerre qui a eu Les plus mauvais résultats pour le Canada, et qui, s’il y eut eu des complications par lesoulèvement des sauvages, aurait été encore plus désastreuse.

J’ai exprimé l'espoir qu’il ne se trouverait personne dans l'enceinte de cette Chambre, pour déclarer sous sa propre responsabilité que Riel était un héros—comme je l'ai lu dans certains journaux—et que le gouvernement l'avait sacrifié et en avait fait un martyr. J'ai lu une lettre écrite par Riel au Major Crozier, pour faire voir quelle espèce de héros il était,—une lettre dans laquelle il affirme sa determination. Aujourd'hui je vais compléter les renseignements que contient cette lettre en en citant une autre que Riel adressait à Faiseur d’Etangs, et dans laquelle il dit :

Depuis que nous avons écrit, il s'est passé des choses importantes. La police est venue nous altaquer, Nous l'avons rencontré et Dieu nous a donné victoire. Trente métis et Cinq sauvages ont soutenu le combat contre 120 hommes, et après 35 ou 40 minutes ils ont pris la fuite. Bénissez Dieu avec nous du succès qu’il a eu la charité de nous accorder. Soulevez-vous, faites face à l'ennemi, et, si vous le pouvez prenez le fort à la Bataille, détruisez le, sau vez toutes les marchandises et les provisions et venez nous trouver. Le nombre que vous êtes peut vos permettre de nous envoyer un détachement de quarante & cinquante hommes Tout ce que vous ferez faites-le pour l'amour du bon Dieu, sous la protéction de Jésus-Christ, de la Suinte-Vierge, de Saint-Joseph et de Saint Jean-Baptiste, et soyez certain que la f0i fait des prodiges.’’

Cette lettre fait voir quelle sorte de héros c'était que Louis Riel. Avec votre permission, M. l'Orateur, je lirai une lettre que m'adressait, il y a quelque temps Sa Grâce l'archevêque Grandin. Cette lettre est datée du 16 juillet 1385. Pour éviter la peine de lire l'original et de la traduire devant la Chambre, je l'ai traduite d'avance et c’est cette traduction que je vais lire. Je possède l'original et je peux le donner aux Débats ; mais pour épargner à la Chambre l'ennui d'entendre la lett'e en français et en anglais, j'ai cru préférable de n'en donner que la traduction :

Honorable et Cher monsteur— Aséurément les troubles da Nord-Ouest n’ont pas manqué de vous préoccuper beaucoup etil mosemble que Votre Honneur doit respirer plus à l'aise, mainténant qu’ils sont sés. Je partage pleinement votre satisfaction, cependant je dois ajouter que chez moi ëesb loin d’être complète. La révolte m'a tout particulièrement b'essé au cœur ; j'ai rt dé voir os 8i bons métis trompés par un misérable mañiaque, mépbriser nos avis, se défier de notre dévouement, se déclarer contre le gouvernement, contre l'église et contre Dieu. J’ai ‘16 surtour bien péniblement affecté de volr, à la voix de cette espèce de possédé, les sauvages se soulever et aller jusqu’à massacrer des personnes qui ne leur Ÿ fait aucun mal, qui ne leur avaient fait que du bien, des p.rsonnes qui, comme nos chers missionaires Fafard et Marchand, leur avaient tout satrifñ6, leur existence même, massacres, la destruction presque entière de plusieurs de nos établissement ; absolument complète de plusieurs autres, la pauvreté, le malaise, l'inquiétude, In 'Grainte, le ‘d‘couragement chez tés vaincus, la haine et le désespoir chez

beBucoup, voila sufttout ce qui m'effräyé et me fait presqué Oublier mes malheurs p«rsonnels, Chacun assurénent souffre plus ou moins de ces malaises et dé ces funestes Drévisions ; et 11 me semble que j'en souffre plus qu'aucun autre,

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Voici un autre extrait de cette lettre que je voudrais aussi citer ;

J'adresse à l'honorable ministre de la justice une pétition en faveur des métis compromis dans cette regrettable révolte, non que je l’aprouve, blen loin de là, mais je sats positivement que ces pauvres révoltés ont été odieusement trompé, on a abusé de leur simpliité et cn leur a fait prendre les armes, saus presque qu’ils s'en doutassent. Un misérable avait capté 1 ur confiance, en se donnant comme un homme divin ; ils étaient convaincus qu’il avait une puissance presque divine ; 118 redoutaient ses co'ères ét ses menaces, il aurait eu la foudre en main qu’il ne se serait pas fait redouter davantage. Il n’en est pas venu là tout d’un coup. Il a profité de tout, de sa popularité d’autrefois, de sa réputatiovu, de la confiance et de l'affection que ses compatriotes lui portaient, de leur esprit vraiment religieux et parfois superstitieux ; et surtout de leurs griefs contre le gouvernement, comprenant pourtant que pour en dsavenir absolument maitre, il avait besoin de la religion, il a commencé nar faire des efforts pour 8e gagner l’appui du clergé, tout en travaillant à aigrir les métis contre le gouvernement, Illui àa été trop facile de réussir sur ce point, mais il n’a pu venir à bout des prêtres. Pour obvier à cet échec, il a travaillé longtemps, pour faire croire à ses compatriotes qu’il était un grand saint, 11 passait les jours et les nuits en prières, il jsûnait souvent, et disait à tous qu’il avait une mission vraiment divine, Il a fini par se donner comme l’homme de Lieu, et dès lors rien ne le gônait plus. Jouissant d'une autorité divine, il était supérieur au clergé et à toute religion. Il n’avait à la bouche que ces mots : ‘Il faut que la vo onté de Dieu s’accomplissse.”’ Plusieurs de ses comp’triotes ont été ef'rayés de ses excès ; comme les prêtres ils ont voulu lui résister ; dans les disputes il les battait par ses Injures, ses mensonges et ses mennces ; 11 les faisait emprisonner, il les condamnait à mort même, Comprenant qu'il était impossible de lui résister, beaucoup se réfugièrent soit à Prince Albert, soit dans le bo!s. A leur retour ils se sont trouvés 1uinés comme les autres,

Ainsi honorable et cher monsieur, la plupart des prisonniers de Régina sont victimes du terrorisme surtout, ils sont plus bêtes que coupables, et pour cette raison je demande qu'on soit indulgents pour eux. En demandant cette faveur au gouvernement je pnis dire que je serais appuyé per toutes les personnes respectables du pays, de toutes nationalités et de toute dénominatinn religieuse.

Ensuite l’évêque parle des conseillers qui ont aussi été emprisonnés à Régina :

Pour ce qui est des conseillers de ca nouveau Madhi, comment les justifier ? Hélas, cher monsieur, ces pauvres gens ont été chnisis positivement à cau-e de leur ignorarce et de leur timidité. Dans les assemblées, ils n’osaient pas ouvrir la bouche: on prenait les résolutions à leur nez et ils ne savaient pas même ce dont il s'agissait. Avjourd’hui, l’épouvante est chez tous les métis du district, je dirai même dans toute la nation, bien que

se louant de la noble conduite du général Middleton qui, me disaient de pauvres mères et des missionnaires, agissait plus en père qu’en vainqueur,

Toutes ces lettres nous donnent la preuve de ce qu'était Riel Plus on étudie l’histoire de ce soulèvement, plus on examine les documents qui s’y rattachent, plus il est diffivile de comprendre comment on a pu même essayer de faire un héros de Riel. Je ne possède pas que ces lettres que je viens de Lire, nous en avons aussi d’autres que je ne lirai pas car elles ont déjà été soumises à la Chambre ; nous avons celles des pères André, Moulin, Bouginville, Lecocq, et du frère Piquet qni disent positivement que la révolte a été l'œuvre de Louis Riel et qu'il était parfaitement sain d’esprit.

Si c'était nécessaire pour compléter les témoignages, nous pourrions aussi donner la preuve des projets désastreux que Riel avait formés, et faire voir qu'il était dans une situation d'esprit qui lui permettait d'exécuter ses funestes desseins. Les écrits qu’il a publiés, son testament, ses lettres d'adieu, son abjuration de ses erreurs religieuses, tout cela Sémontre qu’il était sain d’esprit et parfaitement responsable des actes dont il a été trouvé coupable.

Nous avons aussi la preuve de ses intentions, car il a essayé d'entrainer les sauvages dans le soulèvement ; il a eu avec Pied-de-Corbeau, um chef des sauvages, une entrevue qui a été publiée dans les journaux, et qui prouve au delà de tout doute qu’il a voulu faire prendre les armes aux sauvages. Nous avons aussi la preuve irréfutable qu'il a tenté de soulever les sauvages en 1879-80 ; nous avons le témoignage du Père

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