PRÉLIMINAIRE. XXV
perpositions de leurs couches , ni les rapports de ces couches avec les espèces d'animaux et de plantes dont elles renferment les restes.
Y a-t-il des animaux, des plantes propres à certaines couches, et qui ne se trouvent pas dans les autres ? Quelles sont les espèces qui paroissent les premières, ou celles qui viennent après ? Ces deux sortes d'espèces s’accompagnent-elles quelquefois ? Y a-t-il des alternatives dans leur retour; ou, en d’autres termes, les premières reviennent-elles une seconde fois, et alors les secondes disparoissentelles ? Ces animaux , ces plantes, ont-ils vécu dans les lieux où l’on trouve leurs dépouilles, ou bien y ont-ils été transportés d’ailleurs ? Vivent-ils encore tous aujourd’hui quelque part, ou bien ont-ils été détruits en tout ou en partie? Y a-t-il un rapport constant entre l’ancienneté des couches et la ressemblance ou la non ressemblance des fossiles avec les êtres vivans? Y en a-t-il un de climat entre les fossiles et ceux des êtres vivans qui leur ressemblent le plus? Peuton en conclure que les transports de ces êtres, s’il y en a eu, se soient faits du nord au sud, ou de l’est à l’ouest, ou par irradiation et mélange, et peut-on distinguer les époques de ces transports par les couches qui en portent les empreintes ?
Que dire sur les causes de l’état actuel du globe, si l’on ne peut , répondre à ces questions, si l’on n'a pas encore de motifs suflisans pour choisir entre l’aflirmative ou la négative ? Or il n’est que trop vrai qu'aucun de ces points n’est encore absolument hors de doute, qu'à peine même semble-t-on avoir songé qu'il seroit bon de les éclaireir avant de faire un système.
On trouvera la raison de cette singularité , si l’on réfléchit que les
géologistes ont tous été, ou des naturalistes de cabinet, qui avoient
Raison
peu examiné par eux-mêmes la structure des montagnes; ou des miné- négligées.
ralogistes quin’avoient pas étudié avec assez de détail les innombrables variétés des animaux, et la complication infinie de leurs diverses
parties. Les premiers n’ont fait que des systèmes ; les derniers ont
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laquelle les conditions ont éte
XXVI DISCOURS s
donné d'excellentes observations; ils ont véritablement posé les bases de la science : mais ils n’ont pu en achever l'édifice. Progrès de la En effet, la partie purement minérale du grand problème de la rs miné— #héorie de la terre a été étudiée avec un soin admirable par de Sausà sure, et portée depuis à un développement étonnant par Werner, et par les nombreux et savans élèves qu'il a formés.
Le premier de ces hommes célèbres, parcourant péniblement pendant vingt années les cantons les plus inaccessibles, attaquant en quelque sorte les Alpes par toutes leurs faces, par tous leurs défilés, nous a dévoilé tout le désordre des terrains primitifs, et a tracé plus nettement la limite qui les distingue des terrains secondaires. Le second, profitant des nombreuses excavations faites dans le pays du monde où sont les plus anciennes mines, a fixé les lois de succession des couches; il a montré leur ancienneté respective et poursuivi chacune d'elles dans toutes ses métamorphoses. C’est de lui, et de lui seulement, que datera la géologie positive, en ce qui concerne la nature minérale des couches; mais ni l’un ni l’autre n’a donné à la détermination des espèces organisées fossiles, dans chaque genre de couche, larigueur devenue nécessaire, depuis que lesanimaux connus s'élèvent à un nombre si prodigieux.
D’autres savans étudioient, à la vérité, les débris fossiles des Corps organisés ; ils en recueilloient et en faisoient représenter par milliers; leurs ouvrages seront des collections précieuses de matériaux : mais, plus occupés des animaux ou des plantes, considérés comme tels, que de la théorie de la terre, ou regardant ces pétrifications ou ces fossiles comme des curiosités, plutôt que comme des documens historiques, ou bien enfin, se contentant d'explications partielles sur le gisement de chaque morceau, ils ont presque toujours négligé de rechercher les lois générales de position ouderapport des fossiles aveclescouches.
haportance des Cependant l’idée de cette recherche étoit bien naturelle. Comment
fossiles en géo-
ne voyoit-on pas que c’est aux fossiles seuls qu’est due la naissance de
logie.
PRÉLIMINAIRE. XXWIT la théorie de la terre; que, sans eux, l’on n’auroit peut-être jamais songé qu'il y ait eu dans la formation du globe des époques successives, et une série d'opérations différentes ? Eux seuls, en effet, donnent la certitude que le globe n’a pas toujours eu la même enveloppe, par la certitude où l’on est qu'ils ont dû vivre à la surface avant d’être ainsi ensevelis dans la profondeur. Ce n’est que par analogie que l’on a étendu aux terrains primitifs la conclusion que les fossiles fournissent directement pour les terrains secondaires ; et, s’il n’y avoit que des terrains sans fossiles, personne ne pourroit soutenir que ces terrains n’ont pas été formés tous ensemble.
C'est encore par les fossiles, toute légère qu'est restée leur connoissance, que nous avons reconnu le peu que nous savons sur la nature des révolutions du globe. Ils nous ont appris que les couches, au moins celles qui les recèlent, ont été déposées paisiblement dans un liquide; que leurs variations ont correspondu à celles du liquide; que leur mise à nu a été occasionnée par le transport de ce liquide ; que cette mise à nu a eu lieu plus d’une fois : rien de tout cela ne seroit certain sans les fossiles.
L'étude de la partie minérale de la géologie, qui n’est pas moins nécessaire, qui même est pour les arts pratiques d’une utilité beaucoup plus grande, est cependant beaucoup moins instructive par rapport à l’objet dont il s’agit.
Nous sommes dans l'ignorance la plus absolue sur les causes qui ont pu faire varier les substances dont les couches se composent ; nous ne connoissons pas même les agens qui ont pu tenir certaines d’entre elles en dissolution; et l'on dispute encore sur plusieurs, si elles doivent leur origine à l’eau ou au feu. Au fond l'on à pu voir ci-devant que l’on n’est d'accord que sur un seul point; savoir , que lamer a changé de place. Et comment le sait-on, si ce n’est par les fossiles ?
Les fossiles, qui ont donné naissance à la théorie de la terre, lui 7 A
Trportance spéciale des os fossiles de quadru-
pèdes.