‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 19 sur 86 · XXXII DISCOURS · texte numérisé non relu

XXXII DISCOURS

soit par le commerce et la tradition des peuplades supérieures, de toutes les espèces remarquables qui vivent jusque vers les sources.

Il n’a donc fallu à aucune époque un temps bien long pour que les nations civilisées qui ont fréquenté les côtes d’un grand pays en connussent assez bien les animaux considérables, ou frappans par leur configuration.

Les faits connus répondent à ce raisonnement. Quoique les anciens n'aient point passé l’Imaüs et le Gange, en Asie, et qu'ils n’aient pas été fort loin en Afrique, au midi de l’Atlas, ils ont réellement connu tous les grands animaux de ces deux parties du monde; et, s'ils n’en ont pas distingué toutes les espèces, ce n’est point parce qu'ils navoient pu les voir, ou en entendre parler , mais parce que la ressemblance de ces espèces n’avoit pas permis d'en reconnoître les caractères. La seule grande exception que l’on puisse m’opposer est le tapir asiatique , récemment envoyé des Indes par deux jeunes natu- | ralistes de mes élèves, MM. Duvaucel et Diard, et qui forme en effet l’une des plus belles découvertes dont l’histoire naturelle se soit enrichie dans ces derniers temps.

Les anciens connoissoient très-bien l’éléphant , et l’histoire de ce quadrupède est plus exacte dans Aristote que dans Buffon.

Ils n’ignoroient même pas une partie des différences qui distinguent les éléphans d'Afrique de ceux d'Asie (r).

Ils connoissoient les rhinocéros à deux cornes que l’Europe moderne n’a point vus vivans. Domitien en montra à Rome, et en fit graver sur ses médailles. Pausanias les décrit fort bien.

Le rhinocéros unicorne, tout éloignée qu'est sa patrie, leur étoit également connu. Pompée en fit voir un à Rome. Strabon en décrivit exactement un autre à Alexandrie (2).

{) Voyez mon Chapitre des Éléphans.

{2) Voyez mon Chapitre des Rhinocéros.

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