‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 2 sur 86 · II DISCOURS · texte numérisé non relu

II DISCOURS

se trouvoit en quelque sorte soumis à des lois nouvelles, à l’occasion de cet essai sur une petite partie de la théorie de la terre ()°”

L'importance de ces vérités qui se développoient à mesure que j'avancois dans mon travail, n’a pas moins contribué à soutenir mes efforts que la nouveauté de mes résultats principaux : puisse-t-elle avoir un effet semblable sur la constance du lecteur, et l’engager à me suivre, sans trop d’ennui, dans les sentiers pénibles où je suis contraint de l’engager!

Je l’espère d'autant plus, que l’histoire ancienne du globe, terme définitif vers lequel tendent toutes ces recherches, est par elle-même l’un des objets les plus curieux qui puissent fixer l’attention des hommes éclairés. S'ils mettent de l'intérêt à suivre dans l'enfance de notre espèce les traces presque effacées de tant de nations éteintes ; ils en trouveront sans doute aussi à recueillir dans les ténèbres de l'enfance de :la terre les traces de révolutions antérieures à l'existence de toutes les nations. Nous admirons la force par laquelle l'esprit humain a mesuré les mouvemens de globes que la nature sembloit avoir soustraits pour jamais à notre vue; le génie et la science ont franchi les limites de l’espace ; quelques observations développées par le raisonnement ont dévoilé le mécanisme du monde; n’y auroit-il pas aussi quelque gloire pour homme à savoir franchir les limites du temps, et à retrouver au moyen de quelques observations l'histoire de ce monde, et une succession d’événemens qui ont précédé la naissance du genre humain? Sans doute les astronomes ont marché plus vite que les naturalistes, et l’époque où se trouve aujourd'hui la théorie de la terre, ressemble un peu à celle où quelques philosophes croyoient le ciel de pierres de taille, et la lune grande comme le Péloponèse ; mais, après les Anaxagoras, il

(x) C’est ce que l’on verra dans ma grande Anatomie comparée, à laquelle je travaille depuis plus de vingt-cinq ans, et dont je me propose de commencer incessamment la publi-

cation. HS!

PRÉLIMINAIRE. Ti

est venu des Copernic et des Kepler, qui ont frayé la route à Newton ; et pourquoi l'histoire naturelle n’auroit-elle pas aussi un jour son Newton?

Les faits que je fais connoitre aujourd'hui ne forment qu’une bien petite partie de ceux dont cette antique histoire devra se composer ; mais ces faits sont importans : plusieurs d’entre eux sont décisifs, et j'espère que la manière rigoureuse dont j'ai procédé à leur détermination permettra de les regarder comme des points définitivement fixés, dont il ne sera plus permis de s'écarter. Quand cet espoir ne se justifieroit que par rapport à quelquesuns, je me croirois assez récompensé de mes peines.

Je présenterai dans ce Discours préliminaire l’ensemble des résultats auxquels ilme paroit quela théorie de la terre est arrivée jusqu’à présent. Je montrerai quels rapports lient à ces résultats l’histoire des os fossiles d'animaux terrestres, et quels motifs donnent à cette histoire une importance particulière. Je développerai les principes sur lesquels repose l’art de déterminer ces os, ou, en d’autres termes, de reconnoitre un genre, et de distinguer une espèce par un seul fragment d'os, art de la certitude duquel dépend celle de tout l’ouvrage. J’exposerai d’une manière rapide le produit des recherches qui composent l'ouvrage, lesespèces nouvelles, les genres auparavant inconnus que ces recherches m'ont fait découvrir, les diverses sortes de terrains qui les recèlent ; et, comme la différence entre ces espèces et celles d'aujourd'hui ne va pas au-delà de certaines limites, je montrerai que ces limites dépassent de beaucoup celles qui distinguent aujourd'hui les variétés d’une même espèce : je ferai donc connoitre jusqu'où ces variétés peuvent aller, soit par l'influence du temps, soit par celle du climat, soitenfin par celle de la domesticité.

Je me mettrai par là en état de conclure et d'engager mes lecteurs à conclure avec moi qu'il a fallu Ge grands événemens pour amener ces différences majeures que j'ai reconnues ; je développerai donc

Exposition.

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