VII DISCOURS
lorsque la mer a quitté nos continens pour la dernière fois, ses habitans ne différoient pas beaucoup de ceux qu’elle alimente encore aujourd’hui.
Enfin, si l’on examine avec encore plus de soin ces débris des êtres organiques, on parvient à découvrir au milieu des couches marines, même les plus anciennes, des couches remplies de productions animales ou végétales de la terre et de l’eau douce; et, parmiles couches les plus récentes, c’est-à-dire, les plus superficielles, il en est où des animaux terrestres sont ensevelis sous des amas de productions de la mer. Ainsi les diverses catastrophes de notre planète n’ont pas seulement fait sortir par degrés du sein de l’onde les diverses parties de nos continens, mais il est arrivé aussi plusieurs fois que des terrains mis à sec ont été recouverts par les eaux, soit qu'ils aient été abîmés, ou que les eaux aient été seulement portées au-dessus d’eux ; et le sol particulier que la mer a laissé libre dans sa dernière retraite, avoit déjà été desséché une fois, et avoit nourri alors des quadrupèdes, des oiseaux, des plantes, et des productions terrestres de tous les genres ; il avoit donc été envahi par cette mer, qui l’a quitté depuis.
Les changemens arrivés dans les productions des couches coquillières n’ont donc pas seulement dépendu d’une retraite graduelle et générale des eaux, mais de diverses irruptions et retraites successives, dont le résultat définitif a été cependant une diminution universelle de niveau.
Preuves que Ft ces irruptions, ces retraites répétées, n’ont point été lentes,
voluti pe , 1 FF, melsetsont point faites par degrés ; la plupart des catastrophes qui les
ont été subites.
ont amenées ont été subites ; et cela est surtout facile à prouver pour la dernière de toutes, celle dont les traces sont le plus à découvert. Elle a laissé encore, dans les pays du Nord, des cadavres de grands quadrupèdes que la glace a saisis, et qui se sont conservés jusqu'à nos
jours avec leur peau, leur poil, et leur chair. S'ils n'eussent été gelés
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aussitôt que tués, la putréfaction les auroit décomposés. Or cette gelée éternelle n’a pu s’emparer des lieux où ces animaux vivoient que par la même cause qui les a détruits : cette cause a donc été subite comme son effet. Les déchiremens, les bouleversemens de couches arrivés dans les catastrophes antérieures, montrent assez qu'elles étoient subites et violentes comme la dernière ; et des amas de débris et de cailloux roulés, placés en plusieurs endroits entre les couches solides, attestent la force des mouvemens que ces bouleversemens excitoient dans la masse des eaux. La vie a donc souvent été troublée sur cette terre par des événemens terribles ; calamités qui, dans les commencemens, ont peut-être remué dans une grande épaisseur l'enveloppe entière de la planète, mais qui depuis sont toujours devenues moïns profondes et moins générales. Des êtres vivans sans nombre ont été les victimes de ces catastrophes ; les uns ont été détruits par des déluges, les autres ont été mis à sec avec le fond des mers subitement relevé; leurs races même ont fini pour jamais, et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnoissables pour le naturaliste.
Telles sont les conséquences où conduisent nécessairement les objets que nous rencontrons à chaque pas, que nous pouvons vérifier à chaque instant dans presque tous les pays. Ces grands et terribles événemens sont clairement empreints partout pour l’œil qui sait en lire l’histoire dans leurs monumens.
Mais ce qui étonne davantage encore, et ce qui n’est pas moins certain , c’est que la vie n’a pas toujours existé sur le globe, et qu'il est facile à l'observateur de reconnoitre le point où elle a commencé à déposer ses produits.
Élevons-nous encore; avançons vers les grandes crêtes, vers les
Preuves qu'il
sommets élevés des grandes chaines : bientôt ces débris d’animaux y a eu des révo-
marins, ces innombrables coquilles, deviendront plus rares, et dis-
futions antérieures à l’existence
A A e e A paroïtront tout-à-fait ; nous arriverons à des couches d’une autre na- des êtres vivans.
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; DISCOURS ture, qui ne contiendront point de vestiges d’êtres vivans. Cependant elles montreront par leur cristallisation, et par leur stratification mème, qu'elles ont aussi été formées dans un liquide ; par leur situation oblique, par leurs escarpemens, qu’elles ont aussi été bouleversées; par la manière dont elles s’enfoncent obliquement sous les couches coquillières, qu’elles ont été formées avant elles; enfin, par la hauteur dont leurs pics hérissés et nus s'élèvent au-dessus de toutes les couches coquillières, que leurs sommets n’ont pas été recouverts par la mer depuis que leur redressement les en a fait sortir.
Telles sont ces fameuses montagnes primitives ou primordiales qui traversent nos continens en différentes directions, s'élèvent au-dessus des nuages, séparent les bassins des fleuves, tiennent dans leurs neiges perpétuelles Îles réservoirs qui en alimentent les sources, et forment en quelque sorte le squelette, et comme la grosse charpente de la terre,
D'une grande distance l’œil aperçoit dans les dentelures dont leur crête est déchirée , dans les pics aigus qui la hérissent, des signes de la manière violente dont elles ont été élevées: bien différentes de ces montagnes arrondies, de ces collines à longues surfaces plates, dont la masse récente est toujours demeurée dans la situation où elle avoit été tranquillement déposée par les dernières mers.
Ces signes deviennent plus manifestes à mesure que l’on approche.
Les vallées n’ont plus ces flancs en pente douce, ces angles saillans, et rentrant vis-à-vis l’un de l’autre, qui semblent indiquer les lits de quelques anciens courans : elles s’élargissent et se rétrécissent sans aucune règle ; leurs eaux tantôt s'étendent en lacs, tantôt se précipitent en torrens; quelquefois leurs rochers, se rapprochant subitement, forment des diguestransversales, d’où ces mêmes eaux tombent en cataractes. Les couches déchirées, et montrant d’un côté leur tranchant à pic, présentent de l’autre obliquement de grandes por-
tions de leur surface : elles ne correspondent point pour leur hauteur: