PRÉLIMINAIRE. XI
imais celles qui, d'un côté, forment le sommet de l’escarpement , sont souvent enfoncées de l’autre, de manière à disparoitre.
Cependant, au milieu de tout ce désordre, quelques naturalistes ont cru apercevoir qu'il règne encore un certain ordre, et que ces bancs immenses, tout brisés et renversés qu’ils sont, observent entre eux une succession qui est à peu près la mème dans toutes les chaînes. Le granit, disent-ils, qui dépasse tout, s'enfonce aussi sous tout le reste ; c’est la plus ancienne des pierres qu’il nous ait été donné de voir dans la place que lui assigna la nature. Les crêtes centrales de . la plupart des chaînes en sont composées ; des roches feuilletées s’appuient sur ses flancs, et forment les crêtes latérales ; des schistes, des grès, des roches talqueuses se mêlent à leurs couches; enfin des marbres à grain salin, et autres calcaires sans coquilles, s'appuyant sur les schistes , forment les crêtes extérieures, et sont le dernier ouvrage par lequel cette mer sanshabitans sembloit se préparer à la production de ses couches coquillières (x).
Et toutes les fois que l’on parvient, même dans des cantons éloignés des grandes chaînes, à percer les couches récentes, et à pénétrer un peu profondément dans l'épaisseur de l'enveloppe du globe, on retrouve à peu près lemème ordre de stratification ; les marbressalins ne recouvrent jamais les couches coquillières ; les granits en masse ne reposent jamais sur les marbres salins, si cesn’est en un petit nombre de lieux, où il paroit s'être formé du granit à plusieurs époques : en un mot, tout cet arrangement semble général, et doit tenir par conséquent à des causes générales, qui ont exercé chaque fois leur influence d’une extrémité à l’autre de la terre.
Ainsi, on ne peut le nier : les eaux ont recouvert long-temps les masses qui forment aujourd'hui nos plushautesmontagnes; long-temps ces eaux n'ont point alimenté de corps vivans; ce n’est pas seulement
(1) Pallas, Mémoire sur la formation des montagnes,
xIT DISCOURS après la naissance de la vie qu’il s’y est exercé des changemens de nature et des révolutions nombreuses: les masses formées auparavant ont varié, aussi bien que celles qui se sont formées depuis ; elles ont éprouvé de mème des changemens violens dans leur position, et une partie de ces changemens avoit eu lieu dès le temps où ces masses existoient seules, et n’étoient point recouvertes par les masses coquillières : on en a la preuve dans les renversemens, dans les déchiremens, dans les fissures qui s’observent dans leurs couches, aussi bien que dans celles des terrains postérieurs , qui même y sont en plus grand nombre, et plus marqués. |
Mais ces mêmes masses primitives ont encore éprouvé d’autres révolutions depuis la formation des terrains secondaires, et ont peutêtre occasioné ou du moins partagé quelques unes de celles que ces terrains eux-mêmes ont éprouvées. Il ÿ a en effet des portions considérables de terrains primitifs à nu, quoique dans une situation plus basse que beaucoup de terrains secondaires; comment ceux-ci ne les auroient-ils pas recouvertes, si elles ne se fussent montrées depuis qu’ils se sont formés? On trouve des blocs nombreux et volumineux de substances primitives, répandus en certains pays à la surface de terrains secondaires séparés par des vallées profondes, des pics ou des crêtes, d’où ces blocs peuvent être venus : il faut ou que des éruptions les y aient lancés, ou que les vallées qui eussent arrêté leur cours n’existassent pas à l'époque de leur transport(r). ;
Voilà un ensemble de faits, une suite d’époques antérieures au temps présent , dont la succession peut se vérifier sans incertitude, quoique la durée de leurs intervalles ne puisse se définir avec précision; ce sont autant de points qui serviront de règle et de direction
à cette antique chronologie.
{) Les Voyages de Saussure et de Deluc présentent une foule de ces sortes de faits.