LXXVIII DISCOURS
de grands travaux sur les dunes, estimoit leur marche à soixante pieds par an, et dans certains points à soixante-douze. Il ne leur faudroit, selon ses calculs, que deux mille ans pour arriver à Bordeaux ; et, d’après leur étendue actuelle, il doit y en avoir un peu plus de quatre mille qu’elles‘ont commencé à se former (1).
Si l'Egypte voit d’un côté accroître son sol cultivable par les atterrissemens, de l’autre elle le voit aussi envahir par des sables stériles; leur marche est si rapide qu’ils auroient sans doute rempli les parties étroites de la vallée s’il y avoit long-temps qu’ils eusent
‘commencé à y être jetés (2). Ce seroit aussi là un chronomètre
dont il seroit intéressant d’avoir la mesure.
Les tourbières produites si généralement dans le nord de l’'Europe, par l'accumulation des débris de sphagnum et d’autres mousses aquatiques, donnent encore une mesure du temps ; ‘elles s'élèvent dans des proportions déterminées pour chaque lieu ; -elles enveloppent ainsi les petites buttes des terrains sur lesquels .elles se forment; plusieurs de ces buttes ont été enterrées demémoire d'hommes ; en d’autres endroits la tourbière descend le long des vallons : elle avance comme les glaciers; mais les glaciers se fondent par leur bord inférieur, et la tourbière n'est arrêtée par rien; en la sondant jusqu’au terrain solide , on juge de son ancienneté, et l'on trouve, pour les tourbières comme pour les dunes, qu’elles ne peuventremonter àuneépoque indéfiniment reculée.Ïl en est demême pour les éboulemens qui se font avec une rapidité prodigieuse au pied de tous les escarpemens, et quisont encore bien loin.de les avoir couverts; mais, comme l’on n’a pas encore appliqué de mesures précises
à ces deux sortes de causes, nous n’y insisterons pas davantage (3).
(1) Voyez le Mémoire de M. Brerrontier.
(2) Nous pouvons citer ici tous les voyageurs qui ont parcouru la lisière occidentale de l'Égypte.
{3) Ces phénomenes sont tres-bien exposés dans les Lettres de M. Deluc à la reine d’Angle-