PRÉLIMINAIRE. LXXIX
Toujoursvoyons-nous que partout la nature noustient le même langage : partout elle nous dit que l’ordre actuel des choses ne remonte pas très-haut ; et, ce qui est bien remarquable, partout l'homme nous parle comme la nature, soit que nous consultions les vraies traditions des peuples, soit que nous examinions leur état moral et politique, et le développement intellectuel qu'ils avoient atteint au moment où commencent leurs monumens authentiques.
En effet, bien qu’au premier coup d'œil, les traditions de quelques anciens peuples, qui reculoient leur origine de tant de milliers de siècles, semblent contredire fortement cette nouveauté du monde actuel , lorsqu'on examine de plus près ces traditions, on n'est pas long-temps à s’apercevoir qu'elles n'ont rien d'historique ; on est bientôt convaincu au contraire que la véritable histoire, et tout ce qu’elle nous a conservé de documens positifs sur les premiers établissemens des nations, confirme ce que les monumens naturels avoient annoncé.
La chronologie d'aucun de nos peuples d'Occident, ne remonte, par un fil contmu, à plus de 3,000 ans. Aucun d'eux ne peut nous offrir avant cette époque, ni même deux ou trois siècles depuis, une suite de faits liés ensemble avec quelque vraisemblance. Le nord de l’Europe n'a d'histoire que depuis sa conversion au christianisme ; Fhistoire de l'Espagne, de la Gaule, de l'Angleterre, ne date que des conquêtes des Romains ; celle de l'Italie septentrionale avant la fondation de Rome, est aujourd’hui à peu près inconnue. Les Grecs avouent ne posséder l'art d'écrire que depuis que les Phéniciens le leur ont enseigné , il y a 33 ou 34 siècles ; long-temps encore depuis, leur histoire est pleine de fables, et ils ne font pas remonter à 300 ans plus haut les premiers vestiges de
terre, aux endroits où il décrit les tourbieres de la Westphalie ; et dans ses Lettres à Lametherie, insérées dans le Journal de Physique de 1791, etc.; ainsi que dans celles qu’il a adressées à M. Blumenbach , et que l’on a imprimées en françois en un volume, Paris 1798.
L'histoire des peuples confirme la nouveauté des
continens.