‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 47 sur 86 · PRÉLIMINAIRE. | LXXXI · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. | LXXXI

lauroit connu, l’onn'yauroittrouvé pour lespremiers temps, comme dans tous les auteurs de cette espèce, qu’une théogonie puérile.

Un seul peuple nous a conservé des annales écrites en prose avant l’époque de Cyrus, c'est le peuple juif.

La partie de l’ancien testament que l’on nomme Ze Pentateuque, existe sous sa forme actuelle au moins depuis le schisme de Jéroboam, puisque les Samaritains la reçoivent comme les Juifs, c’est-àdire, qu’elle a maintenant, à coup sûr, plus de 2,800 ans.

Il n’y a nulle raison pour ne pas attribuer la rédaction de la Genèse à Moïse lui-même, ce qui la feroit remonter à 500 ans plus haut, à 33 siècles; et il suffit de la lire pour s’apercevoir qu’elle a été composée en partie avec des morceaux d'ouvrages antérieurs; on ne peut done aucunement douter que ce ne soit l'écrit le plus ancien dont notre occident soit en possession.

Or cet ouvrage, et tous ceux quiont été faits depuis, quelque étrangers que leurs añteurs fussent et à Moïse et à son peuple, nous présentent les nations des bords de la Méditerranée comme nouvelles; ils nous les montrent encore demi-sauvages quelques siècles auparavant ; bien plus, ils nous parlent tous d’une catastrophe générale, d’une irruption des eaux, qui occasionna une régénération presque totale du genre humain, et ils n’en font pas remonter l’époque à un intervalle bien éloigné.

Les textes du Pentateuque qui allongent le plus cet intervalle ne le placent pas à plus de 20 siècles avant Moise, ni par conséquent à plus de 5,400 ans avant nous (1).

Les traditions poétiques des Grecs, sources de toute notre hisioire profane pour ces époques reculées, n’ont rien qui contredise les annales des Juifs. Au contraire, elles s'accordent admirablement

avec elles, par l’époque qu’elles assignent aux colons égyptiens et

(1) Les Septante, à 5340 ; le texte samaritain, à 4864 ; le texte hébreu , à 4168.

EXXXII DISCOURS

phéniciens, qui apportèrent en Grèce les premiers germes de civilisation; on y voit que vers le mème siècle où la peuplade israélite sortit d'Égypte, pour porter en Palestine le dogme sublime de l'unité de Dieu, d’autres colons sortirent du même pays pour porter en Grèce une religion plus grossière, au moins à l'extérieur, quelles que fussent d’ailleurs les doctrines secrètes qu’elle réservoit à ses initiés; tandis que d'autres encore venoient de Phénicie et donnoïient aux Grecs lart d'écrire, et tout ce qui a rapport à la navigation et au commerce (1).

Il s’en faut sans doute de beaucoup que l’on ait eu depuis lors une histoire suivie, puisque l’on place encore long-temps après ces fondateurs de colonies,une foule d’événemens mythologiques et d'aventures où des dieux et des héros interviennent , et qu’on ne lie ces chefs à l’histoire véritable que par des généalogies évidemment factices (2) ; mais ce qui est bien plus certain encore, c’est que tout ce qui avoit précédé leur arrivée, ne pouvoit s'être conservé que dans des souvenirs très-confus, et n’auroit pu être suppléé que par de pures

(1) On sait que lés chronologistes varient de plusieurs années sur chacun de ces événemens; mais ces migrations n’en forment pas moins toutes ensemble le caractère spécial et bien remarquable du XV*. et du XVI°. siecle avant J.-C.

Ainsi, en suivant seulement les calculs d’Usserius , Cecrops seroit venu d'Égypte à Athènes vers 1556 avant J.-C.; Deucalion se seroit établi sur le Parnasse vers 1548; Cadmus seroit arrivé de Phénicie à Thebes vers 1493; Danaüs seroit venu à Argos vers 1485; Dardanus se seroit établi sur l’'Hellespont vers 1449. N

Tous ces chefs de nations auroient été à peu près contemporains de Moïse, dont l’émigration est de 1491. Voyez d’ailleurs sur le synchronisme de Moïse, de Danaüs et de Cadmus, Diodore, lb. XI; dans Photius, pag. 1152.

(2) Tout le monde connoît les généalogies d’Apollodore , et le parti que feu Clavier a cherché à en tirer pour rétablir une sorte d’histoire primitive de la Grèce ; mais lorsqu'on connoît les généalogies des Arabes, celles des Tatares, et toutes celles que nos vieux moines chroniqueurs avoient imaginées pour les différens souverains de l'Europe et même pour des particuliers, on comprend très-bien que des écrivains grecs ont dû faire pour les premiers temps de leur nation, ce qu’on a fait pour toutes les autres à des époques où la critique

n’éclairoit pas l’histoire.

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