‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 62 sur 86 · CXIV DISCOURS · texte numérisé non relu

CXIV DISCOURS

La seule observation chinoise plus ancienne, qui ne porte pas en elle-même la preuve de sa fausseté, seroit celle du Gromon, faite par Tcheou-Kong , vers 1100 avant J. C.; encore est-elle au moins assez grossière (1).

Ainsinos lecteurs peuventjuger que les inductions tirées d’une haute perfection de l'astronomie des anciens peuples ne sont pas plus concluantes en faveur de l’excessive antiquité de ces peuples, que les

témoignages qu'ils se sont rendus à eux-mêmes. Mais quand cette astronomie auroit été plus parfaite, que prou-

veroit-elle? A-t-on calculé les progrès que devoit faire une science dans le sein de nations qui n’en avoient en quelque sorte point d’autres; chez qui la sérénité du ciel, les besoins de la vie pastorale ou agricole, et la superstition faisoient des astres l’objet de la contemplation générale ; où des colléges d'hommes les plus respectés étoient chargés de tenir registre des phénomènes intéressans, et d’en transmettre la mémoire; où l’hérédité de la profession faisoit que les enfans étoient dès le berceau nourris dans les connoissances acquises par leurs pères? Que parmi les nombreux individus dont l'astronomie étoit la seule occupation, il se soit trouvé un ou deux esprits géométriques, et tout ce que ces peuples ont su a pu se découvrir en quelques siècles.

Songeons que, depuis les Chaldéens, la véritable astronomie n’a eu que deux âges, celui de l’école d'Alexandrie qui a duré 400 ans, et le nôtre qui n’a pas été aussi long. À peine l’âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose. Les autres siècles ont été nuls pour elle, Il ne s’est pas écoulé 300 ans entre Copernic et l’auteur de la

Mécanique céleste, et l'on veut que les Indiens aient eu besoin

(à) Voyez dans la Connoissance des temps de 1809, p. 382, et dans l’Hist. de l’Astronomie ancienne de M. Delambre , t. 1, p. 391 , l'extrait d’un Mém. du P. Gaubil, sur les observations des Chinois.

PRÉLIMINAIRE. exv de milliers d'années pour arriver à leurs informes théories (1)? On a donc recours à des argumens d’un autre genre. On prétend Les monu-

qu'indépendamment de ce qu'ils ont pu savoir, ces peuples ont 7°" Es er : : ; ques laissés par laissé des monumens qui portent une date certaine par l’état dues anciens ne ciel qu’ils représentent, et une date très-reculée. portent pas Îles O dl ee 1 “E liée d ] dates excessive n à principalement insisté sur des zodiaques sculptés dans quel- nn seculées ques temples de la haute Egypte, qui offrent les mèmes figures des que l'on à cru y constellations zodiacales que nous employons aujourd'hui, mais dis- "°° tribuées d’une façon particulière. On a cherché à deviner ce que signifie cette distribution, et suivant le sens qu’on lui a attribué, on

a prétendu assigner la date de ces édifices (2).

(1) Le traducteur anglois de ce discours cite, à ce sujet, l'exemple du célèbre James Ferguson, qui étoit berger dans son enfance , et qui, en gardant les troupeaux pendant la nuit , eut de lui-même l’idée de se faire une carte céleste, et la dessina peut-être mieux qu'aucun astronome chaldéen. On raconte quelque chose d’assez semblable de Jamerey Duval.

(2) Ainsi à Dendera (l’ancienne Tentyris), ville au-dessous de Thèbes, dans le portique du grand temple dont l'entrée regarde le nord (*, on voit au plafond les signes du zodiaque marchant sur deux ban<es, dont l’une est le long du côté oriental et l’autre du côté oppose : elles sont embrassées chacune par une figure de femme aussi longue qu’elle , dont les pieds sont vers l’entrée , la tête et les bras vers le fond du portique; par conséquent les pieds sont au nord et les têtes au sud.

Le lion est en tête de la bande qui est à l'occident ; il se dirige vers le nord ou vers les pieds de la figure de femme, et il a lui-même les pieds vers le mur oriental. La vierge, la balance, le scorpion , le sagittaire et le capricorne, le suivent, marchant sur une même ligne. Ce dernier se trouve ainsi vers le fond du portique et près des mains et de la tête de la grande figure de femme. Les signes de la bande orientale commencent à l'extrémité où ceux de l’autre bande finissent, et se dirigent par conséquent vers le fond du portique ou vers les bras de la grande figure. Ils ont les pieds vers le mur latéral de leur côté, et les têtes en sens contraires de celles de la bande opposée. Le verseau marche le premier suivi des poissons , du bélier , du taureau, des gémeaux. Le dernier de la série , qui est le cancer ou plutôt le scarabé, car c’est par cet insecte que le cancer des Grecs est remplacé dans les zodiaques d'Egypte, est jeté de côté sur les jambes de la grande figure. A la place qu’il auroit dû occuper est un globe posé sur le sommet d’une pyramide composée de petits triangles qui représentent des espèces de rayons, et devant la base de laquelle est une grande tête de femme avec deux petites cornes. Un second scarabé estplacé de cétéeten travers sur la premiere bande, dans l'angle que les pieds de la grande figure forment avec le corps et en avant de l’espace

(*) Voyez le Grand ouvrage sur l'Egypte, Antiquités, vol. IV, pl. XX. *

ExvI DISCOURS Mais pour en venir là, il a fallu supposer premièrement que leur division avoit un rapport déterminé avec un certain état du ciel,

dépendant de la précession des équinoxes, qui fait faire aux colures

où marche le lion, lequel est un peu en arriere. A l’autre bout de cettemême bande le capricorne est tres-pres du fond ou des bras de la grande figure, et sur la bande à gauche le verseau en est assez éloigné ; cependant le capricorne n’est pas répété comme le cancer. La division de ce zodiaque dès l’entrée, se fait donc entre le lion et le cancer ; ou si l’on pense que la répétition du scarabé marque une division du signe, elle a lieu dans le cancer lui-même ; mais celle du fond se fait entre le capricorne et le verseau.

Dans une des salles intérieures du même temple, est un phanisphere circulaire inscrit dans. un carré, et où se remarquent aussi les signes du zodiaque parmi beaucoup d’autres figures qui paroissent représenter des constellations (*).

Le lion y répond à l’une des diagonales du carré ; la vierge qui le suit répond à une ligne perpendiculaire qui est dirigée vers l’orient ; les autres signes marchent dans l’ordre connu jusqu’au cancer qui, au lieu de compléter la chaîne en répondant au niveau du lion, est placé au-dessus de lui plus près du centre du cercle, en sorte que les signes sont sur une ligne un peu spirale.

Ce cancer ou plutôt ce scarabé marche en sens contraire des autres signes. Les gémeaux répondent au nord, le sagittaire au midi et les poissons à l’orient, mais pas tres-exactement. Au côté oriental de ce phanisphère est une grande figure de femme , la tête dirigée vers le midi et les pieds vers le nord , comme celle du portique.

On pourroit donc aussi élever quelque doute sur le point de ce second zodiaque , où il faudroit commencer la série des signes. Suivant que l’on prendra une des perpendiculaires ou une des diagonales, ou l’endroit où une partie de la série passe sur l’autre partie , on le jugera divisé au lion , ou bien entre le lion et le cancer , ou bien enfin aux gémeaux.

À Esné (l'ancienne Latopolis), ville placée au-dessus de Thebes, il y a des zodiaques aux plafonds de deux temples différens.

Celui du grand temple, dont l’entrée regarde le levant , est sur deux bandes contigués et parallèles l’une à l’autre , le long du côté sud du plafond (*).

Les figures de femmes qui les embrassent ne sont pas sur leur Jongueur mais sur leur largeur , en sorte que l’une est en travers pres de l’entrée ou à l’orient, la tête et les bras vers le nord , et les pieds vers le mur latéral ou vers le sud , et que l’autre est dans le fond du portique , également en travers et regardant la premiere.

La bande la plus voisine de l’axe du portique ou du nord présente d’abord, du côté de l'entrée ou de lorient et vers la tête de la figure de femme, le lion , placé un peu en arrière et marchant vers le fond, les pieds du côté du mur latéral ; derriere le lion, à l’origine de la bande, sont deux lions plus petits; au devant de lui est le scarabé , et ensuite les gémeaux marchant dans le même sens ; puis le taureau et le bélier , et les poissons , rapprochés les uns des autres , placés en travers sur le milieu de la bande ; le taureau la tête vers le mur latéral,

(*) Grand ouvrage sur l'Egypte, Antiquités, vol. IV, pl. XXI, (#) Ibid., vol. 1, pl. LXXIX.

PRÉLIMINAIRE. a

le tour du zodiaque en 26,000 ans; qu’elle indiquoit, par exemple, la position du point solstitial ; et secondement que l’état du ciel. représenté étoit précisément celui qui avoit lieu à l’époque où le monument a été construit; deux suppositions qui en supposent elles-

è 1 bre d'au mêmes, comme on voit, un grand nombre d’autres.

le bélier vers l’axe. Le verseau est plus loin, et reprend la même direction vers le fond que les trois premiers signes.

Sur la bande la plus voisine du mur latéral et du nord l’on voit d’abord , mais assez loin du mur du fond ou de l'occident, le capricorne qui marche en sens contraire du verseau, et se dirige vers lorient ou l’entrée du portique , les pieds tournés vers le mur latéral. Tout près de lui est le sagittaire , qui répond ainsi aux poissons et au bélier. Il marche aussi vers l'entrée, mais ses pieds sont tournés vers l’axe et en sens contraire de ceux du capricorne.

A une certaine distance en avant, et pres l’un de l’autre , sont le scorpion et une femme tenant la balance ; enfin un peu plus en avant, mais encore assez loin de l'extrémité antérieure ou orientale , est la vierge, qui est précédée d’un sphinx. La vierge et la femme qui tient la balance ont aussi les pieds vers le mur , en sorte que le sagittaire est le seul qui soit placé la tête à l'envers des autres signes.

Au nord d’Esné est un petit temple isolé, également dirige vers lorient et dont le portique a encore un zodiaque (*); il est sur deux bandes latérales et écartées ; celle qui est le long du côté sud commence par le lion, qui marche vers le fond ou vers l'occident, les pieds tournés vers le mur ou le sud ; il est précédé du scarabé , et celui-ci des gémeaux marchant dans le même sens. Le taureau au contraire vient à leur rencontre , se dirigeant à l’orient ; mais le bélier et les poissons reprennent la direction vers le fond ou vers l’occident.

A la bande, du côté du nord, le verseau est pres du fond ou de l’occident, marchant vers l'entrée ou l’orient , les pieds tournés vers le mur, précédé du capricorne et du sagittaire qui marchent dans le même sens. Les autres signes sont perdus , mais il est clair que la vierge devoit marcher en tête de cette bande du côté de l'entrée.

Parmi les figures accessoires de ce petit zodiaque, on doit remarquer deux béliers ailés, placés en travers ; l’un entre le taureau et les gémeaux , l’autre entre le scorpion et le sagittaire, et chacun presque au milieu de sa bande, le second cependant un peu plus avancé vers l’entrée.

On avoit pensé d’abord que dans le grand zodiaque d’Esne, la division de l’entrée se fait entre la vierge et le lion, et celle du fond entre les poissons et le verseau : mais M. Hamilton, MM. de Jollois et Villiers ont cru voir dans le sphynx qui précède la vierge , une répétition du lion, analogue à celle du cancer dans le grand zodiaque de Dendera ; en sorte que, selon eux, la division auroit lieu dans le lion. En effet, sans cette explication il n’y auroit que cinq signes d’un côté et sept de l’autre.

Quant au petit zodiaque du nord. d’Esné, on ne sait si quelque emblème analogue à ce sphynx s’y trouvoit, parce que cette partie est détruite (**).

(*) Grand ouvrage sur l'Egypte, Antiquités, vol. I, pl. LXXXVIT.

(+) British Review, février 1817, p. 136; et à la suite de la Lettre critique sur la Zodiacomanie, p. 32.

Page 1