PRÉLIMINAIRE. CXXIX
le même sujet (1), mais il nous semble que nous en avons déjà suflisamment pour notre but, qui est de prouver qu'il s’en faut de beaucoup que l'énorme antiquité de ces monumens soit hors de contestation, et qu’on puisse en tirer quelque conelusion solide sur l'antiquité des peuples qui les ont élevés.
Mais il y a des écrivains qui ont prétendu que le zodiaque luimême porte sa date, par la raison que les noms et les figures donnés à ses constellations sont un indice de la position des colures quand on l’inventa, et cette date, selon plusieurs, est tellement évidente et tellement reculée, qu'il est assez indifférent que les représentations que l’on possède de ce cercle soient plus ou moins anciennes.
Ils ne font pas attention que ce genre d’argumens se complique de trois suppositions également incertaines: le pays où l’on admet que le zodiaque a été inventé; le sens que l’on croit avoir été donné aux constellations qui l’occupent; et la position dans laquelle étoient les colures par rapport à chaque constellation, quand ce sens lui a été attribué. Selon qu'on a imaginé d’autres allégories, ou que l’on admet que ces allégories se rapportoient à la constellation dont le soleil occupoit les premiers degrés, ou à celle dont il occupoit le milieu, ou à celle où il commencçoit d'entrer, c’est-à-dire, dont il
occupoit les derniers degrés, ou bien enfin à celle qui lui étoit op-
(1) Par exemple, M. Rhode en propose deux: le premier faisoit remonter le zodiaque de Dendéra à 59t ans avant J.-C., sous le règne d’Amasis, qui, selon Hérodote, étoit possédé de la passion de l'architecture et avoit fait élever dans tous les temples des ouvrages magnifiques. D’apres le second , il s’éleveroit à 1290 avant J.-C. , sous le règne de Protéus ou de son successeur Rhampsinite qui, au rapport d'Hérodote, avoit aussi placé devant le temple de Vulcain à Memphis deux statues, dont l’une représentoit l’été et l’autre l’hiver. Voyez Rhode, Essai sur l’âge du zodiaque et l’origine des constellations, en allemand, Breslau 1809 , in-4°., p.78. M. Latreille, mon savant confrère à l’Académie des Sciences , vient tout nouvellement de publier un Mémoire sur ce sujet (Recherches sur les zodiaques égyptiens) , où il fixe l’époque du zodiaque du grand temple d’'Esné à 2550 ans avant J.-C. ; celle du petit à 1760; celle du portique de Dendéra à 670, et celle du planisphère circulaire à 550.
Le zodiaque est loin de porter en lui-même une date certaine et excessivement reculée.
OXXX DISCOURS
posée, et qui se levoit le soir; ou selon que l’on place l’invenuon de ces allégories dans un autre climat, il faut aussi changer la date du zodiaque. Les variations possibles à cet égard peuvent embrasser jusqu’à la moitié de la révolution des fixes, c’est-à-dire, 13,000 ans et même davantage.
Ainsi Pluche généralisant quelques indications des anciens a pensé que le bélier annonce le soleil commençant à monter, et l’équinoxe du printemps ; que le cancer annonce sa rétrogradation au solstice d'été; que la balance, signe d'égalité, marque l’équinoxe d’automne (1), et que le capricorne, animal grimpeur, indique le solstice d'hiver après lequel le soleil nous revient. De cette manière, en plaçant les inventeurs du zodiaque dans un climat tempéré, on auroit des pluies sous le verseau , des naissances d’agneaux et de chevreaux sous les gémeaux, des chaleurs violentes sous le lion, les récoltes sous la vierge, la chasse sous le sagittaire, etc., et les emblèmes seroïent assez convenables. En plaçant alors les colures au commencement des constellations ou du moins l’équinoxe aux premières étoiles du bélier, on ne remonteroit qu’à 389 ans avant J. C., époque évidemment trop moderne, et qui obligeroit de remonter d'une période équinoxiale toute entière ou de 26,000 ans. Mais si l’on suppose que l’équinoxe passoit par le milieu de la constellation, on arrivera à 1000 Où 1200 ans plus haut à peu près, à 16 ou 1700 ans avant J.-C.; et c'est là l’époque que plusieurs hommes célèbres ont cru véritablement celle de l'invention du zodiaque, dont, sur d’autres motifs assez légers, ils ont fait honneur à Chiron.
Mais Dupuis, qui avoit besoin, pour ses systèmes bizarres sur
l’origine des cultes, que les figures eussent été données aux cons-
(1) Farro, de Ling. lat., lib. VI, Signa, quod aliquid significent, ut hibra æquinoctium ; Macrob., Sat., lib. 1, cap. XXI, Capricornus ab infernis partibus ad superas solem redu-
cens capræ naturam videtur imitari.