‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 71 sur 86 · PRÉLIMINAIRE. CXXXI · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. CXXXI

tellations beaucoup plus anciennement, x cherché un autre climat, pour trouver d’autres explications des emblèmes, et en déduire une autre époque. Si, prenant toujours la balance pour un signe équinoxial, mais la supposant à l’équinoxe du printemps, on veut que le zodiaque ait été inventé en Égypte, on trouvera en effet encore des explications assez plausibles pour le climat de ce pays (1). Lie capricorne, animal à queue de poisson, marquera le commencement de l'élévation du Nil au solstice d'été; le verseau et les poissons, les progrès et la diminution de l’inondation ; le taureau, le labourage; la vierge , la récolte; et ils les marqueront aux époques où en effet ces opérations ont lieu. Dans cette hypothèse le zodiaque aura 15,000 ans (2) pour un soleil supposé au premier degré de chaque signe, plus de 16,000 pour le milieu, et 4o0o seulement, en supposant que l'emblème a été donné au signe à l’opposite duquel étoit le soleil (3). C’est à 15,000 ans que s’est attaché Dupuis, et c’est sur cette date quil a fondé tout le système de son fameux ouvrage.

Il ne manque cependant pas de gens qui, tout en admettant que le zodiaque a été inventé en Egypte, ont imaginé des allégories applicables à des temps postérieurs. Ainsi, selon M. Hamilton, la vierge représenteroit la terre d'Égypte lorsqu'elle n’est pas encore fécondée par l’inondation; le lion, la saison où cette terre est le plus livrée aux bêtes féroces, etc. (4).

Cette haute antiquité de 15,000 ans entraineroit d’ailleurs cette conséquence absurde que les Égyptiens, ces hommes qui représentoient tout par des emblèmes, et qui devoient attacher un grand

(1) Voyez le Mémoire sur l’origine des constellations dans l’origine des cultes de Dupuis, t. III, p. 324 et suiv.

(2) Idem, Ibid. , p. 267.

(3) Dupuis suggère lui-même cette seconde hypothèse, 1b., p. 340.

4) ÆEgyptiaca, p. 215.

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prix à ce que ces emblèmes fussent conformes aux idées qu'ils devoient peindre, auroient conservé les signes du zodiaque, des milliers d'années après qu’ils ne répondoient plus en aucune manière à leur sens primitif.

Feu Remi Raige chercha à soutenir l'opinion de Dupuis par un argument tout nouveau (r). Ayant remarqué que l’on peut trouver aux noms égyptiens des mois, en les expliquant par les langues orientales, des sens plus ou moins analogues aux figures des signes du zodiaque , trouvant dans Ptolomée qu’epyfi qui signifie capricorne commence au 20 de juin, et vient par conséquent immédiatement après lesolstice d'été, il en conclut qu’à l’origine, le capricorne luimême étoit au solstice d’été, et ainsi des autres signes, comme l’avoit prétendu Dupuis.

Mais indépendamment de tout ce qu'il y a de hasardé dans ces étymologies, Raige ne s’aperçut point que c’est par un pur hasard que cinq ans après la bataille d’Acüum, en l’année 25 avant J.-C., à l'établissement de l’année fixe d'Alexandrie, le premier jour de thoth se trouva correspondre au 29 d'août Julien, et y correspondit depuis lors. C’est seulement de cette époque que les mois égyptiens commencèrent à des jours fixes de l’année julienne , mais à Alexandrie seulement, et même Ptolomée n’en continua pas moins d'employer dans son almageste l’ancienne année égyptienne avec ses mois vagues (2).

Pourquoi n’auroit-on pas à une époque quelconque donné aux

(1) Voyez, dans le grand ouvrage sur l'Égypte , Antiquités, Mémoires, t. I«r., le Mémoire de M. Remi Raïge, sur le zodiaque nominal et primitif des anciens Égyptiens. Voyez aussi la table des mois grecs, romains et alexandrins, dans le Ptolomée de M. Halma, tome III.

(2) Voyez les Recherches historiques sur les Observations astronomiques des anciens, par M. Ideler, dont M. Halma a inséré la traduction dans le III°. tome de son Ptolomée; et surtout le Mémoire de Fréret sur l’opinion de La Nauze , relative à l’établissement de l’année d'Alexandrie, dans les Mémoires de l’Académie des Belles-Lettres, t. XVI, p. 308.

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mois les noms des signes ou aux signes les noms des mois, tout aussi

arbitrairement que les Indiens ont donné à leurs mois douze noms choisis parmi ceux de leurs 27 maisons lunaires , d’après des motifs qu'il est impossible de deviner aujourd’hui (r).

L’absurdité qu'il y auroïit eu à conserver pendant 15,000 ans aux constellations des figures et des noms symboliques qui n’auroient plus offert'aucun rapport avec leur position, auroit été bien plus sensible si elle füt allée jusqu’à conserver aux mois ces mêmes noms qui étoient sans cesse dans la bouche du peuple, et dont l’inconvenance se seroit fait apercevoir à chaque instant.

Et que deviendroïent en outre tous ces systèmes si les figures et les noms des constellations zodiacales leur avoient été donnés sans aucun rapport avec la course du soleil, comme leur inégalité, l’extension de plusieurs d’entre elles en dehors du zodiaque , leurs connexions manifestes avec les constellations voisines semblent le‘ démontrer (2).

Qu’arriveroit-il encore si,comme le dit expressément Macrobe (3), chaque signe avoit dû être un emblème du soleil, considéré dans quelqu'un de ses effets ou de ses phénomènes généraux , et sans égard aux mois, où il passe, soit dans le signe, soit à son opposite.

Enfin que seroit-ce si les noms avoient été donnés d’une manière abstraite aux divisions de l’espace ou du temps, comme les astronomes les donnent maintenant à ce qu'ils appellent les signes, et

n’avoient été appliqués aux constellations ou groupes d'étoiles qu’à

(1) Voyez le Mémoire de Sir 7Väll. Jones ,\ sur l'antiquité du zodiaque Indien; Mém. de Calcutta, t. II. ‘

(2) Voyez le Zodiaque expliqué, ou Recherches sur l'origine et la signification des constellations de la sphère grecque, trad. du Suédois de M. Siwartz, Paris 1809.

(3) Saturnal., lib. I, cap. XXI, sub fin. Nec solus leo, sed signa quoque universa zodiaci ad naturam solis jure referuntur , etc. Ce n’est que dans l’explication du lion et du capricorne qu’il a recours à quelque phénomène relatif aux saisons; le cancer même est expliqué sous un point de vue général, et relatif à l’obliquité de la marche du soleil,

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