CXXXIV DISCOURS
une époque déterminée par le hasard, en sorte que l’on ne pourroit plus rien conclure de leur signification (r). En voilà sans doute autant qu'il en faut pour dégoûter un esprit bien fait de chercher dans l'astronomie des preuves de l'antiquité des peuples; mais quand ces prétendues preuves seroient aussi. certaines qu'elles sont vagues et dénuées de résultat, qu’en pourroit-on conclure contre la grande catastrophe dont il nous reste des docu- . mens bien autrement démonstratifs ; il faudroit seulement admettre, avec quelques modernes , que lastronomie étoit au nombre des connoissances conservées par les hommes que cette catastrophe épargna.
L'on a aussi beaucoup exagéré l'antiquité de certains travaux de
Fausses conclusions relatives à mines. Un auteur tout récent a prétendu que les mines de l’île d’'Elbe,
be on àen juger par leurs déblais, ont dû être exploitées depuis plus de 40,000 De fans; mais un autre auteur qui a aussi examiné ces déblais avec soin, réduit cet intervalle à un peu plus de 5000 (2), et encore en supposant que les anciens n’exploitoient chaque année que le quart de ce que l’on exploite maintenant ; mais quel motif a-t-on de croire que les Romains, par exemple, tirassent si peu de parti de ces mines, eux qui consommoient tant de fer dans leurs armées ? De plus, si ces mines avoient été en exploitation il y a seulement 4000 ans, comment le fer auroit-il été si peu connu dans la haute anti-
quité ?
corse Je pensedonc, avec MM. Deluc et Dolomieu , que, s’il ya quelque nérale relative à chose de constaté en géologie, c'est que la surface de notre DEL globe a été victime d’une grande et subite révolution, dont la
derniere révoludate ne peut remonter beaucoup au-delà de 5 ou 6000 ans:
tion.
que cette révolution a enfoncé et fait disparoitre les pays qu'ha-
(n) Voyez le Mém. de M. de Guignes, sur les zodiaques des Orientaux (Acad. des Belles- Lettres ,t. XLVII).
(2) Voyez M. de Fortia d'Urban , Histoire de la Chine avant le déluge d'Ogygès, p.33.
PRÉLIMINAIRE. CXXxV
bitoient auparavant les hommes et les espèces des animaux aujourd’hui les plus connus ; qu'elle a, au contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en a formé les pays aujourd’hui habités ; que c’est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus"èt propagés sur les terrains nouvellement mis à sec, et par conséquent que c’est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont repris une marche progressive, qu’elles ont formé des établissemens, élevé des monumens, recueilli des faits naturels, et combiné des systèmes scientifiques.
Mais ces pays aujourd'hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec, avoient déjà été habités auparavant, sinon par des hommes, du moins par des animaux terrestres ; par conséquent une révolution précédente, au moins, les avoit mis sous les eaux ; et, si l’on peut en juger par les différens ordres d'animaux dont on y trouve les dépouilles, ils avoient peut-être subi jusqu’à deux ou trois irruptions de la mer.
Ce sont ces alternatives qui me paroissent maintenant le problème géologique le plus important à résoudre, ou plutôt à bien définir, à bien circonscrire ; car, pour le résoudre en entier, il faudroit découvrir la cause de ces événemens, entreprise d’une toute autre difficulté.
Je le répète, nous voyons assez clairement ce qui se passe à la surface des continens dans leur état actuel ; nous avons assez bien saisi la marche uniforme et la succession régulière des terrains primitifs, mais l'étude des terrains secondaires est à peine ébauchée ; cette série merveilleuse de zoophytes et de mollusques marins inconnus, suivis de reptiles et de poissons d’eau douce également inconnus, remplacés à leur tour par d’autres zoophytes et mollusques plus voisins de ceux d'aujourd'hui ; ces animaux terrestres, et ces mollusques , et autres animaux d’eau douce toujours inconnus qui
viennent ensuite occuper les lieux, pour en être encore chassés,
Idées des recherches à faire ultérieurement en géologie.