XVI DISCOURS
Telle est l’action des eaux sur la terre ferme; et l'on voit qu’elle ne consiste presque qu'en nivellemens, et en nivellemens qui ne sont pas indéfinis. Les débris des grandes crêtes charriés dans les vallons; leurs particules, celles des collines et des plaines, portées jusqu’à la mer ; des alluvions étendant les côtes aux dépens des hauteurs, sont des effets bornés, auxquels la végétation met en général un terme, qui supposent d’ailleurs la préexistence des montagnes, celle des vallées, celle des plaines, en un mot, toutes les inégalités du globe, et qui ne peuvent, par conséquent, avoir donné naissance à ces inégalités. Les dunes sont un phénomène plus limité encore, et pour la hauteur, et pour l'étendue horizontale; elles n’ont point de rapport avec ces énormes masses dont la géologie cherche l’origine.
Quant à l’action que les eaux exercent dans leur propre sein, quoiqu’on ne puisse la connoître aussi bien, il est possible cependant d’en déterminer jusqu’à un certain point les limites.
Les lacs, les étangs, les marais, les ports de mer où il tombe des ruisseaux, surtout quand ceux-ci descendent de coteaux voisins et escarpés, déposent sur leur fond des amas de limon qui finiroient par les combler, si l’on ne prenoit le soin de les nettoyer. La mer jette également dans les ports, dansles anses, dans tous les lieux où ses eaux sont plus tranquilles, des vases et des sédimens. Les courans amassent entre eux, ou jettent sur leurs côtés le sable qu’ils arrachent au fond de la mer, et en composent des bancs et des bas-fonds.
Certaines eaux, après avoir dissous des substances calcaires au moyen de l'acide carbonique surabondant dont elles sont imprégnées, les laissent cristalliser quand cet acide peut s’évaporer, et en forment desstalactites et d’autresconcrétions. Il existe des couches cristallisées confusément dans l’eau douce, assez étendues pour être comparables à quelques unes de celles qu’a laissées l’ancienne mer.
Dans la zône torride, où les litophytes sont nombreux en espèces, et se propagent avec une grande force, leurs troncs pierreux s’en-