Les Progrès de !a Colonisation
Examinons maintenant Jés trois points de repère dont j'ai parlé. CommenÇoss par la colonisation. C’est un des rares points sur lesquels je ne suis pas d’accord avec l’honcrable ministre des Finances, mais je n'accepte pas du tout les calculs qu’il a donnés à la Chambre, sur cette question de la population. Il est vrai qu’il se trompe du bon côté et que dans sa position, il vaut mieux errer en moins qu’en plus; mais je considère qu'il est loin, bien
loin d'estimer à sa valeur l’accroissement de la population du Canada depuis 1896.
J’ai ici un document intéressant et assez curieux qu’on trouvera à la page 450 du ler volume du recensement * du Canada, de 1901. Ce document donne en détail, non seulement le nombre des immigrants. mais aussi la date ce leur arrivée et de leur établissement au Canada. Un fait bien significatif, c'est que le nombre de ces immigrants qui se sont établis au Canada et qui y sont restés pendant la dernière moitié de la période décennale couverte par le récensement, c’est-à-dire de 1896 à 1901,est de plus de 100,000 plus considérable que le nombre des immigrants qui sont venus et qui sont demeurés au Canada, pendant la première moitié de la période, c’est-à-dire de 1891 à 1896.
Voilà, M. l’Orateur, un fait important et bien significatif. Il prouve d’abord une chose sur laquelle j'ai plus d’une fois appelé l’attention de la Chambre et c’est que depuis l’avènement du gouvernement actuel, la population a augmenté beaucoup plus rapidement que pendant les cinq, je dirai même les quinze ann‘es précédentes, Cela prouve encore que le rapport de l’honorable ministre de l'Intérieur (M. Sifton) concernant le nombre des immigrants qui se sont établis au Canada pendant cette période est absolument exact, Cela prouve encore--par induction— que si pendant la dernière moitié de la période décennale, nous avons pu attirer et garder dans le pays, 100,000 immigrants de plus que pendant la première moitié de cette période, il y a une forte présomption que nous avons pu, également, garder dans le pays nos propres nationaux qui, autrefois, émigraient en si grand nombre.
Les mêmes causes qui nous ont permis de garder ici 100,000 immigrants de plus, ont dû contribuer plus püissamment encore à enrayer l’émigration des Canadiens pendant ces cinq années.
Cette même question me suggère d’autres commentaires encore que j'aurai probabiement Jj'occasion de faire uhe autre fois. Pour le moment, je conti-
nue l’analyse des faits principaux que j'ai indiqués et j'arrive à l'énorme étendus de nouveaux territoires livrés à l'habitation où à la culture, Mais avant cela, permettez-moi de faire observer que dans les trois dernières années écoulées, nous avons attiré au Canada et, selon toutes les apparences, réussi à garder parmi nous, 244,892 immigrants. Je n’ignore pas que tout n’est pas dans la quantité. Je suis heureux de pouvoir dire-—t’est encore un point que j'aurai l’occasion de traiter plus au long une autre fois que la qualité de ces immigrants vaut au moins leur quantité et que le Canada peut être fier d’avoir atteint non seulement sa plus forte immigration, mais d’avoir aussi obtenu la classe d’immigrants la plus enviable qu’il soit possible d’avoir, la plus instruite et la plus à l’aise qui soit jamais venue ici.
Quant aux nouveaux terrains occupés et qui seront probablement mis en culture, dans les trois années, 1901, 1902 et 1903, on a enregistré 64,000 homesteads d’une superficie égale à 10,240,- 000 acres.
Durant ces trois années, 7,05i,833 acres ont été vendus, sans compter quantité de ventes par des particuliers.
Cela veut dire que plus de 17,250,000 d’acres de terrains vierges ont passé des mains de Ja Couronne ou des compagnies en celles des colons. Je demande à la Chambre de réfléchir à l’importance de ces chiffres et de dire si les amis du gouvernement ont raison de s’exprimer comme ils le font en parlant de l’avenir du Canada.
D’apres le dernier recensement, la superficie totale des terres occupées dans la grande province d’Ontario dépassait à peine 21,000,000 d’acres, et des travaux n'avaient été faits que sur 14.- 000,000 d’acres à peine. Ainsi, au point de vue pratique, nous avons depuis trois ans ajouté à notre territoire une superficie au moins égale à toutes les terres cultivées de la province d’Ontario. Ce sont là, M. l’Orateur, des faits palpables.
Si on compare le nombre des immigrants qui nous sont venus et la quan-
* tité de terrains qui ont été vendus de-
puis 1896 jusqu’aujourd’hui, avec le nombre des homesteads enregistrés de
1885 à 1895, tous ceux qui étudient
l’histoire de ce pays avec la moindre parcelle d’impartialité, comprendront pourquoi le parti libéral, quand il était dans l'opposition, trouvait si peu à admirer chez ses adversaires et avait si peu d'occasion de parler de la prospérité du pays,
Je répète que ce sont là des faits évidents et bien que je me propos de revenir dans une autre occasion plus au long sur cette partie de la politique du gouvernement, on me permettra de dire que le fait seul d’avoir réussi à garder parmi nous tous les immigrants arrivés durant la - rnière moitié de cette période décennale, est une preuve irréfutable de la sagesse de notre politique et des heureux résultats que nous en pouvons attendre.
J'ai passablement étudié cette question et je crois que si l’émigration n’a pas complètement cessé, elle est du moins compensée par le nombre des Canadiens rapatriés tous les ans. Grâce à la cessation de l’émigration et au progrès de l’immiyration, je ne crains pas de le dire la moyenne de l’augmentation de notre population depuis sept ou huit ans est d’au moins 150,000 par année, Certaines années ont pu dépasser ce chiffre, dans certaines autres, il n’a peut-être pas été atteint, mais je suis intimement convaincu que notre population actuelle est d’au moins 6,000,000, ou qu'elle le sera avant la fin de l’année courante.
Ajoutons à cela que nous avons fait disparaître ce fléau de l’émigration qui nous enlevait le meilleur de notre population.