‹ Discours sur le budget [microforme]Chapitre 9 sur 13 · PRONONCÉ À LA · texte numérisé non relu

PRONONCÉ À LA

Chambre des Communes, le 14 juin 1904

Le très honorable sir WILFRID LAURIER (premier ministre) : Je suis certain, M. l’Orateur, que mon honorable ami (M. L. R. Borden, le c'-f de l'opposition) sera le premier à euettre que le discours qu’il vient de Prononcer ne nous a rien appris de nouveau. Toutes ces choses-là nous ont déjà 6té dites plus d’une fois, entre autres cette année même, par l’honorable député de Pictou (M. Bell). Je ne veux pas dire que nous en sommes rassasiés. Bien au contraire, si l: politique de ces messieurs de la gauche doit tenir dans les quatre coins du discours que nous venons d’entendre, c’est bien la preuve que nous n’av s Pas grand’chose à nous reprocher

Légitime augmentuiiun des dépenses.

Mon honorable ami nous a cité force chiffres, et il nous a reproché de nouveau d’avoir augmenté les dépenses, Je ne vois pas que nous ayons à offrir aucune justification. Dans tous les cas ce serait fort facile à faire, car les dépenses que nous avons contractées ont été amplement justifiées, non seulement par la droite de cette Chambre, mais aussi par ces nessieurs de la gauche.

On ne pourrait pas nous signaler une seule dépense à laquelle nos adversaires se soient opposés, depuis que nous sommes au pouvoir. Bien plus, à les en croire, nous n’aurions pas même poussé l’extravagance assez loin, car Dieu sait combien de dépenses.on nous a proposées, et auxquelles nous n’avons jamais voulu consentir. Le temps me manque pour entrer dans tous les détails, mais il me serait facile de citer plusieurs cas où ces messieurs de la gauche nous ont demandé de grossir les crédits que nous soumettions à la Chambre, Toutes les critiques de l’opposition ont été, en somme, dirigées contre nos excédents. Mon honorable ami est un émule de son ancien chef, sir Charles Tupper—bien qu’il lui reste cependant secondaire—en matière de ‘“‘ecrap-book.”’ Il a cité des extraits de discours de sir Richard Cartwright, où celui-ci disait qu’un mir'-tre des Finances devait pouvoir se ‘er de surplus. Mais je n’ai pas besoin de dire que cela ne prouve rien, et que le ministre du Commerce, s’il était présent

en ce moment, serait le dernier homme à rétracter aucune de ses déclarations précédentes.

©” Dans un Pays neuf comme le nôtre, il faut dépenser beaucoup d'argent. Il DOUs faut construire des chemins de fer, outiller nOS canaux et nos ports,

et cela demande beaucoup d'argent.

Depuis que nous sommes au pouvoir

rer nos canaux, et Personne ne peut mettre en doute que toutes ces dépenses ont été pour le Plus grand bien du Pays. Non seulement le pays s’en trouve plus riche, mais j'irai même jusqu’à dire que nous aurions dû dépenser un peu plus. Nous avohs consacré à ces diverses améliorations 856,000, - 000, qui représentent une plus-value de la richesse publique, et cela a pu être fait sans Bugmenter d’un seul sou la

C’est en cela que ‘aiste notre justification, et je viens demander à mon honorable ami ce qu'il peut bien nous rester à faire. Nous avons réalisé tout cela avec nos excédents. Si nous avons PU ainsi contribuer à augmenter la richesse du Pays, sans ajouter un seul sou à la dette publique, c'est bien parce que le ministre des Finances a pu d'année en année constituer des excédents. Si nous a ons suivi les conseils de ces honorables messieurs de la gauche, bien loin d’avoir des excédents, nous aurions bouleversé le tarif et nous aurions ensuite été obligés d’em- Prunter de largent sur le marché fi.

nanCier pour faire marcher péniblement nos affaires, Est-ce bien 1à la politique que veut nous faire suivre mon honorable ami ? Si les arguments qu’il invoque veulent dire quelque chose, il faut en conclure qu’il s'oppose au pro- &ramme que nous avons tenté de réaliser. Au lieu de faire face à toutes ces dépenses dont je viens ‘de parler, en Puisant dans le Trésor, il aurait donc faïlu, à en croire mon honorable ami, emprunter de l'argent à droite et à gauche, Il s’ensuivrait donc qu’au lieu d’avoir exécuté ces travaux publiss

non seulement à cette Chambre, mais au pays tout entier, Mon honorable ami nous a laissé entendre, il y a un instant, que :les rôles seraient ch avant longtemps ; c’est-à-dire qu'aux générales . nous Passerions à l’opposition Alors que ces messieurs de la gauche viendraient ici nous remplacer.

Une VOIX : C'est bien ce qui va arriver.

Sir WILFRID LAURIER : J'ai déjà entendu cet air-là. On nous en a déjà rebattu les oreilles en 1900 et chacun sait ce qui est arrivé. Je ne veux pas

Pays que les grands travaux d'utilité publique doivent être payés avec de l’argent que nous aurions emprunté, au lieu de Je Prélever sur nos excédents. Voilà en Quoi consiste la différence entre nos deux Programmes, et je suis prêt, je le répète, à soumettre la chose à l'appréciation du pays.

La fin des ventes au rabais.

Mon honorable ami a parlé au long de ce que nous avions décidé de faire Pour mettre fin au système des ventes à vil prix. Je n'ai pas pu comprendre si mon honorable ami était ou non favorable aux nouvelles dispositions que nous avons Proposées. Je crois savoir que mon honorable ami s'était montré, il y a deux ans, favorable à cette clause, c’est-à-dire dans le temps même où mon très honorable ami le Ministre du Commerce s'était élevé jusqu’à un certain point contre de semblables dispositions. Mais, depuis, mon honorable ami à changé d'avis, et jl 28 veut plus de cette disposition rela-

dt MR. : à. |

tive aux ventes à vil prix, ou du moins il en parle. sans enthousiasme.

I m’a aussi c.dressé le même reproche, et il a rappelé ce que j'ai dit déjà au sujet d’un service de paquebots transatlantiques. Je me souviens qu’en une certaine occasion je reçus à Toronto un télégramme venant d'Angleterre.

J'ai cru alors que ce service rapide était chose’ décidée, et je me hâtai d’en informer les citoyens de Toronto, maïs je sais maintenant que souvent les renseignements les plus sûrs peuvent nous exposer à des mécomptes.

Nous avons, cependant, raison d’espérer que ces nouvelles dispositions auront l’effet que nous sommes en droit d’en attendre. Mon hu.-rable ami n’a pas voulu les attaquer, et il s’est contenté de dire qu’elles seraient inefficaces, parce qu’on pourrait les éluder facilement. Je voudrais bien qu’on pt me citer une seule disposition du tarif qui ne pourrait pas être éludée.

fly aura toujours, soit au Canada, ou dans le pays voisin, des gens qui chercheront à éluder la loi, et je n’ai pas le moindre doute qu'avant qu’il se soit écoulé six mois, ou peut-être moins, mon honorable ami le ministre des Douanes aura maille à partir avec des délinquants auxquels s’appliqueront ces nouvelles dispositions. On cherchera certainement, quand même, à faire de la contrebande, mais cela ne veut rien dire contre ces nouvelles dispositions, ou bien alors autant vaudrait s'attaquer à tout le tarif. Mon honorable ami ne pourrait me citer une seule loi, surtout une loi apportant des restrictions à la libre importation de marchandises ou à tout acte public quelconque, qui ne demande pas d’être étudiée, à plus forte raison quand il s’agit d’une loi comme celle qui est en ce moment en discussion et qui a pour objet de tenter de mettre fin à un trafic illégitime qui dure depuis des années: Je n’ai aucun doute que plusieurs de ces honorables messieurs de la gauche seraient assez disposés à voir d’un bon œil cette nouvelle loi, si ce n’était qu’elle leur est

présentée par la droite de cette Chambre. Eh bien, nous allons voir comment cette loi va fonctionner. Tous les hommes d’affaires du pays sont ici avec nous. Ils approuvent cette mesure, et ils sont d'avis que nous venons de prendre là une attitude à la fois franche et hardie qui ne peut qu’avoir d’heureux résultats pour le commerce du pays.

Abaissement des droits sur le pétrole.

Mon honorable ami a aussi déclaré qu’il n’approuvait pas tout à fait— je ne sais si je l’ai bien compris — la proposition que nous avons faite de nommer une commission qui serait chargée d’étudier la revision du tarif.

Mon honorable ami ne condamne ni ne recommande cette idée d’une commission, Il ne dit ni oui ni non. Mais, ajoute-t-il, puisque l’on doit instituer cette commission, pourquoi alors reviser les droits sur le pétrole ? Cependant, il ne nous a pas attaqués à ce sujet. Nous n’avons pas eu de difficulté à décider ce qu’il y avait à faire au sujet du pétrole, et il suifira de quelques mots pour justifier ce que nous avons fait. Les droits sur le pétrole étaient de 6 cents par gallon quand nous sommes arrivés au pouvoir. Nous les avons d’abord réduits de 1 cent par gallon, puis cette année nous avons scindé les droits en deux, c’est-à-dire en les abaissant à 21-2 cents par gallon. Nous avons enlevé entièrement les droits sur le pétrole brut, ét nous avons accordé aux producteurs de pétrole brut une prime de 11-2 cent par gallon. Pourquoi avons-nous agi ainsi ? La raison en est évidente, et je suis sûr que mes honorables amis de la gauche m’approuveront ici absolument. Les producteurs de pétrole canadiens ne peuvent pas suffire aux besoins de notre marché. Ils ne peuvent guère fournir plus d’un tiers de la consommation totale, et il nous faut importer les deuxtiers du pétrole que nous consumons.

Chacun sait fort bien que si nous

ducteurs, tous les puits à Pétrole de la province d'Ontario auraient été obli-

mes milliers, et Peut-être même des mil.

lions de dollars de notre argent ont été placés dans cette industrie, Nous 2e pouvons pas espérer lutter à conditions égales avec le pétrole des Etats-

accordant cette

Population, Pour nous aider jcei à maintenir à flot cette Importar te industrie du pétrole. Voici

trompés, nous honorables Messieurs de Ja Sauche à formuler leurs objections.

M. CLANCY : Pourquoi ne pas aÿpliquer Ja même règle à toutes les autres industries,

Sir WILFRID LAURIER : C’est bien ce que l’on fait.

M. CLANCY: Non pas.

Sir WILFRID LAURYER . ’est ce

de l'opposition ne marche pas avec nous savons ‘du moins qu'il

nous approuve pleinement Pour ce

Quelques VOIX Ecoutez! écoutez!

Sir WILFRID LAURIER : nou 8 approuvés,et J'ai cru ausei compren dre qu'il n'était pas sûr que les nou vell i i

il me semble, la que je puisse donner Pour justifier notre action.

M. ARMSTRONG: Combien de temps Va-t-on continuer à accorder la pri-

me ?

Sir WILFRID LAURIER : Aucune li.

mite n'est spécifiée dans les résolu-

tions. C’est cependant notre intention temps que ce sera nécessaire,

Excellence du Tarif Fielding

L’honorable leader de l’opposition nous a présenté, M. yorateur, un amendement auquel s’est . sans doute rallié tout son Parti, et qui invite Je peuple du Canada à abandonner Ja litique qui a fait ce pays riche et

tenant sept ans Que le ministre des i présenté Je tarif, connu depuis sous le nom de tarif Fielding, et dont les Prochaines 8viérations re- Connaïssantes $ge souviendront doute encore longtemps. Quand Je ministre des Finances PrononÇça son Premier discours du budget c'était l'opinion générale,

de cette Chambre, qu’il venait d’ouvrir une ère nouvelle dans notre politique fiscale, que dis-je? dans notre histoire même. Nous en attendions de grandes choses, mais la réalité a encore dépassé notre attente, Sous le tarif Fieldimg, je Canada s’est dévelop-

pé de fagon absolument merveilleuse.

Nos industries languissantes sont revenues à la vie, de nouvelles ont été créées ; le commerce a plus que doublé ; les recettes bnt grossi de plus en plus ; la confiance et la fierté sont entrées en nous-mêmes, cette fois pour ne plus nous quitter. Le nom du Canada, jusqu'ici presque ignoré en dehors de nos frontières, est devenu partout synonyme de progrès. Il est vrai que, pendant ces sept années, ce tarif a été en butte à toutes les attaques et à toutes les critiques de l'epposition,de cette opposition qui s'intitule la loyale opposition de Sa Majesté, et qui ne perd pourtant, aucune occasion de soulever les passions et les préjugés. Il est vrai, aussi, M. l’Orateur, que cette opposition a dû souvent changer de ton. A peine le ministre des Finances avait-il, en 1897, terminé son discours, que le leader de l'opposition se levait pour déclarer, les larmes aux yeux, qu’on venait là de sonner le glas funéraire de nos industries. Dans la suite, il eût été absurde de s’en tenir aux mêmes arguments, et au fur at à mesure que s’accentuait. le merveilleux développement du Canada, l’opposition dut changer ses batteries. Elle passa, sans transition, d’un extrême à l’autre; de l’extrême des exécrations à l'extrême des glorifications, car elle préterdit que le nuuveau tarif n’était pas autre chose que son propre tarif d’antan, baptisé d’un autre nom.

Quand l’absurdité de ces prétentions eut été démontrée, l'opposition entonna une autre antienne. À l’en croire, nous n’étions redevables en rien, à notre tarif, pour la prospérité dont nous jouissions; c'était la Providence seule qui avait tout fait. Eh bien, M. l’Orateur, il n’est personne de la droite de cette Chambre qui veuille mettre en doute l’ tion de la Providence, qui nous a donné des récoltes abondan-tes, en même temps qu’elle rerdait

notre peuple prospère et heureux, et Pour toutes ces faveurs nous l'en remercions tous les jours. J’inviterais

volontiers ces honorables messieurs de la gauche à joindre leurs remerciements aux nôtres, si je ne les soupçonnais pas de manquer de sincérité.

Nous savons tous qu’en ce monde la Providence distribue ses biunfaits par l'entremise des faibles humains, et nous sommes portés à croire que ces messieurs de l'opposition ne pour raient guère pardonner à la Providence d’avoir choisi, pour être les dispensateurs de ses bienfaits, ces horribles libéraux qui ont poussé l'effronterie jusqu’à rendre ce pays plus riche que jamais.

Au I6ème siècle, vivait en France, un célèbre chirurgien, du nom d’Ambroise Paré, qui était aussi modeste qu’il était éminent. Un jour, on l’appela au chevet d’un illustre malade, et il eut le honheur de pouvoir le ramener à la santé. Comme on lui demandait comment il s’y était pris, il répondit tout simplement “Je l’ai soigné, Dieu a fait le reste”. Mon honorable ami le ministre des Finances, qui ajoute la modestie à toutes ses excellentes qualités, fut appelé en 1897 au chevet d’un malade doué d’une forte constitution, mais dont la santé avait été quelque peu ébranlée par un traitement empirique. Mon honorable ami aurait pu fort bien alors répéter ce qu'avait dit autrefois Ambroise Paré : “Je l'ai soigné, et Dieu a fait le reste’”’.

M. l'Orateur, ces messieurs de la gauche ne cessent de nous dire que si le pays est prospère, nous le devons à la Providence, Et cependant, ils ne veulent pas laisser la Providence faire son œuvre, et ils ont la prétention de pouvoir faire beaucoup mieux qu’elle. C’est là l’objet qu'ils se proposent, dans l’amendement qui vient de nor: être soumis, et ils s’imaginent que notre bon peuple va se détacher de la Providence pour aller mettru sa destinée entre leurs mains. Eh bien, je ne crois pas que le peuple canadien va nous être hostile, tout simplement parce que la Providence est avec nous; et pourtant,c’est pour ce-

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