A LA REPRISE DE LA SÉANCE
L’hon. M. ROSE continue en ces termes :—Ce n’est pas sans beaucoup d'hésitation que je sollicite encore l’indulgence de la Chambre, après avoir occupé une aussi longue partic de la séance de cette après-midi, et je suis sûr que M. l’Orateur et la Chambre seront heureux d’apprendre que je compte donner à mes observations toute ia briéveté possible, (Continuez !) Je sens, toutefois, que ma tâche ne serait qu’à demi remplie si je ne disais quelques mots de l’avenir. Dans mes observations précédentes, je me suis d’abord efforcé de faire connaître l’état des affaires de l’année courante ; ensuite, les relations financières des différentes provinces avec la Puissance, et quelle était la perspective à l'égard des dépenses et du revenu pour 1868-69 ; or, ce qui me reste à vous dire a trait aux nouveaux engagements que, d’accord avec la politique avouée du gouvernement, nous sommes sur le point de prendre ; à la question de savoir comment le pays pourra y faire face dans l’avenir et jusqu’à quel point nos ressources seront proportionnées à ces obligations sans imposer d’injustes charges au public. Je suis entièrement d’avis qu’au début de notre carrière nous devions y regarder à deux fois avant de nous lancer dans des entreprises qui ne promettent pas d’être profitables ; mais la construction du chemin de fer intercolonial, qui pourrait être de ce nombre, est reconnue par tous comme nécessaire. Sans elle l'Union aurait été impossible ; et toute observation à l’effet de justifier la dépense qu’elle va nécessiter serait par conséquent inutile.
Quant à nos relations avec la mère-patrie et tout ce qu’elle a fait pour nous, je ne crois pas, M. l’Orateur, qu’il y ait beaucoup à dire pour convaincre que nous devons contribuer, dans une juste proportion, aux frais de défense de la Puissance, en un mot que nous devons faire tout ce qui empêchera de devenir inutiles nos dépenses pour la milice.
Si nous voulons pourvoir à la défense efficace d'u pays, il est indubitable qu'il faut ériger des fortifications pour compenser notre supériorité numérique sur le champ de bataille.
Je me bornerai donc à énoncer les frais annuels, dans leur limite extrême, que coûtera la construction du chemin de fer intercolonial et des fortifications.
La Chambre connaît déjà le chiffre estimatif de ces entreprises, et je vais simplement faire l’exposé des déboursés annuels qu’elles occasionneront pendant les cinq années prochaines. Le chiffre estimatif des déboursés à faire pour le chemin de fer intercolonial, le fonds d’amortissement et les fortifications se décompose comme suit :—
Pour la:lre Année. sin aciseersaiss ..(*)... $309,033 MO PU Sont does sésbee rss (Je. $618,066 DIH6. 6, lonsioss eee détenues As $8927,100 me À ss sossoossosecsen ss eocsooessse (Ses 81,286,1358 Gin 6 os ses sorresseessegpeseee (||)... $1,289,666
* £63,500 stg. + £127,000 stg, À £190,500 stg. 2 £254,000 stg. {| £265,000 stg.
La dernière année comporte le maximum des frais annuels pour l’intérêt et le fonds d'amortissement des emprunts garantis.
Au taux que je viens de mentionner, la dette durera vingt-huit ou trente-deux ans, selon que le fonds d’amortissement sera placé à 6 ou 5 par cent. Après ce temps, le débonrsé annuel diminuera pendant cinq années dans l’ordre inverse de son augmentation, jusqu’à complète extinction de la dette, c’est-à-dire au bout de 88 ou 42 ans.
En examinant de quelle manière l’on s’acquittera de cctte somme sans obérer les ressources du pays, il ne serait pas inopportun de jeter un coup-d’œil sur nos progrès passés, car je crois qu’en les prenant pour donnée, ces dépenses additionnelles ne nous paraîtront pas augmenter sensiblement nos charges, pourvu que nous ménagions nos fonds et que la Chambre se fasse un devoir d’exiger l’économie dans l’adminisiration des affaires publiques.
Par l’augmentativn de la population, de la richesse ct du commerce de la nouvelle Puissance, dans les cinq années prochaines, notre revenu sera grossi d'autant, et il sera fait face aux dépenses additionnelles que je viens de mentionner sans qu’il soit à peine besoin d’augmenter les charges du peuple.
Pour prouver cette dernière assertion, je n’ai quo faire de lasser la patience de la Chambre par des statistiques : il me suffira de rappeler une ou deux phases de nos progrès passés pour indiquer ce que nous pouvons faire dans l'avenir.
Je ne hasarde rien en assurant qu’il n’y a pas de pays nouveau, ct dont les ressources sont comparativement peu développées, qui ait un avenir de prospérité plus certain que le nôtre.
Nos ressources sont immenses variées, et bien que notre développement n’ait pas été aussi rapide que dans d’autres colonies ou dans quelques Etats de ’Union voisine que notre climat hyperboréen nous expose à de grandes difficultés, et que notre sol embrasse une très longue et peu large étendue, dont quelques parties semblent n’offrir aucune ressource, ces désavantages ne laissent nas que d’avoir leur compensation. (Ecoutez ! Ecoutez !)
Malgré ces désavantges, M. l’Orateur, nos progrès des quinze ou vingt dernières années ont été satisfaisants au point de nous permettre d’espérer un résultat au moins semblable pour l’avenir.
Dans les neuf dernières années, les importations du Canada ont augmeuté de plus de 81 p. cent, tandis que ses exportations —et c’est là un bien meilleur indice de sa richesse—ont augmenté de 94 p. cent.
Rermarquez que je ne parle ici que de l’ancien Canada.
Quant à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, bien que leur commerce n’ait pas augmenté dans une proportion tout aussi grande, ils ne laissent pas, néanmoins, que de satisfaire sous ce rapport.
Pendant la même période, les importations de la Nouvelle-Ecosse ont augmenté de 72 p. cent, et ses exportations de 20 p. cent; les importations du Nouveau-Brunswick de 38, et ses exportations de 25 p. cent.
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Comme les nouvelles dépenses vont embrasser une période de cinq ans, je vais donner un aperçu de l’augmentation générale et quinquennale du revenu du Canada.
Pendant la rfriodeexpirée en 1862, les importations de l’ancien Canada atteignèrent le chiffre moyen de $835,551,000. Duran’ les cinq années expirées en 1867, la moyenne de leur augmentation s’éleva à $47,510,00.
Or, en évaluant que les importations de la Puissance augmenteront au taux de $1,500,000 à $2,000,000 par année, on ne saurait trouver que cette estimation est surfaite.
Pendant la même période, nos exportations ont augmenté dans une proportion encore plus grande.
En 1867, leur chiffre moyen a été de... .. 826,812,000 1862, 6 “ sessssssssossse 80,510,000 1867, “ RS SES soso 40,545,000
Cela dit, que l’on me permette une observation sur un sujet qui a beaucoup de discussion, —je veux parler des dettes contractées pour venir en aide à la construction de voies ferrées. Si vous prenez la période pendant laquelle notre système de chemins de fer a été complété, c’est-àdire vers l’année 1860, vous reconnaîtrez immédiatement combien ce système a facilité le commerce. Vers cette époque, la valeur des produits exportés augmenta de $823,000,000 à 836,000,000. Cette augmentation, je le pense, était due en grande partie aux nouvelles facilités ainsi donné au transport de nos produits sur tous les marchés du monde. (Très-bien !)
Permettez-moi de vous donner maintenant quelques détails sur la nature de nos exportations, afin qu’il soit possible d'établir une juste estimation de la richesse et des ressources croissantes du pays. Commençons par nos productions agricoles, dont les exportations de 1850 s’élevèrent à... RS tire lies eos $ 4,237,000 et celles de 1866-67 à ..............,...........,....... ss 816,765,000
L’hon. M. CARTIER.—-C'est-gdire les exportations du Canada seul.
L’hon. M. ROSE.—Oui; j'ai dit que dans ces chiffres ne se trouvaient nas comprises les exportations des provinces maritimes. Lorsque j'abordai ce sujet en décembre dernier, je déclarai que j’eusse donné volontiers des renseignements statistiques sur le commerce de ces provinces si j'avais pu me les procurer. Croyez bien, Monsieur l’Orateur, que si je m’abstiens maintenant de parler des productions agricoles ou autres de ces provinces, ce n’est pas dans le dessein de les passer sous silence et encore moins de les déprécier. (Très-bien!) Nous venons de voir dans quelles propc:tions nos exportations agricoles ont augmenté, voyons maintenant celles des animaux et de leurs produits.
En 1850, elle s’élevèrent à ..................... 8630,000 En 1865-66, à sessssssese 12,682,000
J’admets que l’année 1865-66 doit compter comme exceptionnelle, en conséquence de l’abrogation du traité de réciprocité, et de la grande rareté de ces produits amenée aux Etats-Unis par leur guerre; mais en 1867, la demande de ces produits fut beaucoup moins grande, et leur exportation s’éleva, cependant, à $6,100,000, ce qui indique pour chaque année une forte et constante augmentation. (Bien ! bien!)
RS rs Nero
Disons maintenant un mot des manufactures, qui, dans ce pays, sont encore dans l’enfance, mais qui pourtant grandissent sans que notre tarif les protége, grâce à l’habileté, à l'énergie et à l’activité de notre population. (Bien ! très-bien !)
Ce n’est que depuis peu que nous avons commencé à exporter autre chose que des produits agricoles ou autres produits analogues ; car, en 1850, nos exportations d'articles fabriqués ne s’élevèrent qu’à 826,- 0C0, tandis qu’en 1867 elles étaient do $989,000. (Très-bien ! trèsbien !
Il est un article dont j'aurais peut-être dû parler avant,--le fromage, —cCar sa production augmente beaucoup, et on l’exporte en grande quanne aux Antilles Anglaises, au Brésil et autres ports de l'Amérique du
ud.
Je ne classe pas le fromage parmi les articles fabriqués, mais avec les animaux et leurs produits. En 1861, au lieu d'exporter nous avons importé 2,250,000 Ibs. de fromage, mais en 1867, cette importation s’est réduite à 2,94,000 Ibs. tandis que nous en avons exporté 1,500,000 Ibs. et si à ce chiffre l’on ajoute 6,000,000 Ibs. qui ont été consommées dans le pays, force sera d'admettre que nous avons là une nouvelle branche importante de commerce.
Ontario compte aujourd’hui 180 fabriques de fromages, et Québec, 17. (Très-bien !)
Si de ces produits, Monsieur l’Orateur, nous passons à ceux de la forêt, nous voyons une augmentation correspondante, car les exportations de 1850 s'élevèrent à $5,442,000, et celles de 1867 à $13,948,000.
Nous pouvons de même voir que le commerce du pays avec l’étranger a augmenté dans la même proportion :
Sortant. Entrant.
En 1844, le tonnage des navires étrangers a été 602,000tons. 641,000tons. En 1900. dnnenasnn een .. 594,000 ‘ 605,000 “ En 1864-65...........,..... A sites . 938,000 953,000 5‘
M. MACKENZIE.—C’est là seulement le tonnage des ports de mer.
L’hon. M. ROSE.—Oui; et le tonnage à l'intérieur a augmenté, presque dans la même proportion.
M: MACKENZIE.—Dans une proportion bien plus grande.
L’hon. M. ROSE.—L’augmentation a été trés considérable ; cependant j'hésite à croire qu’elle ait été dans une plus grande proportion; mais il s’agit ici plus particulièrement du tonnage étranger.
Passons maintenant à un autre progrès du pays, c’est-à-dire à l’augmentation de sa population, dont la moyenne se répartit ainsi :—
ONTANIO sr metres ssssa-eserionnenensiass 4x p. cent. Qué ss raisins ei 0 Nouveau-Brunswick ....... . ....... nest ER RS Nouvelle-Ecosse .................... .,,........... 2 5 soit, une augmentation de 34 p. cent pour toute la population.
La même augmentation se voit à l’égard des contribuables d’Ontario,
dont le nombre était :
DO mure 278,886 D 180 ie aan ae net 291,997 ne SOU nu en ses At 296,995
ce qui porte à 34 pour cent leur augmentation. L'augmentation a été quasi la même à l’égard du nombre de lots cotisés, lequel s’élevait : |
Hu TOO des un 18,144,600 En LEO he eue 18,587,000 AS CT ER RNA eR 19,017,000
Que l’on prenne ensuite le chiffre du capital de banque nécessaire aux affaires iadustrielles et commerciales du pays, et nous y trouverons un des meilleurs indices possibles de nos progrès suivis.
En 1858, l’escompte s’est élevé à... sean 830,364,713
En 1868 oies tiens ses Hegtae 51,175,582 c’est-à-dire une augmentation de 68 pour cent en 10 ans.
On peut encnre trouver une preuve plus frappante de l’acc:oissement des richesses du pays dans le chiffre des dépôts faits aux banques. Durant la même période, de 1858 à 1868, ils se sont élévés de $8,858,437 à 828,721,188,—soit une augmentation de 350 pour cent. (Très-bien !)
Ces faits, Monsieur l’Orateur, sont autant d'indices que la Providence nous réserve un avenir de prospérité certaine. Si nous travaillons de concert à cimenter l’Union et x développer les ressources des différentes provinces, nous avons à notre disposition les éléments qui peuvent former une nation prospère et puissante.
Dans le Bas-Canada, nous avons un peuple aux habitudes frugales, industrieux et attaché au sol. Il est aussi stable et très propre à l’industrie manufacturière ; à l'Ouest, nous avons d’immenses ressources agricoles et à l'Est des ressources maritimes d’une égale importance.
Je ne suis pas un enthousiaste, mais je dis que maigré notre climat rigoureux et les nombreuses difficultés contre lesquolles il nous faut lutter, nous avons une vopulation laborieuse et énergique faite pour combattre ces obstacles, et dans l’étendue et la variété de nos ressources une perspective de prospérité aussi belle qu’il ait été donné à aucun autre pays d’entrevoir. (Bien! très-bien !)
Tout en attirant l’attention sur ces indices de la prospérité future du
pays, je désire, Monsieur l’Orateur, que l’on ne me prête pas l'intention .
de lancer le pays dans des dépenses inconsidérées ; je veux, au contraire, que nous apportious l’économie la plus soigneusc à cet égard. (Applaudissements.) Quels que soient les hommes qui monteront au pouvoir, j'ai l'espérance que le peuple saura exiger d’eux une stricte économie dans l’administration des affaires publiques. Je prétends que les membres du cabinet actuel ont montré le désir de suivre cette ligne de conduite, (Très-bien ! très-bien !)
Je n’ignore pas cependant la nécessité qu’il y a de développer la richesse du pays. Si nous avons des ressources, nous devons prendre des mesures qui puisent en assurer le développement raisonnable et progressif. Nous ne devons pas nous croiser les bras avec indifférence et
permettre aux trésors de rester ensevelis dans les entrailles de la terre. Si nous avons des ressources agricoles et minérales, nous devons en stimuler le développement, et nous ne devons pas négliger les moyens nécessaires pour envoyer sur un marché avantageux nos produits de toutes sortes. Ce dont le pays a besoin, c’est la prudence et le jugement dans le déve. loppement de ses ressources.
T'out en ne négligeant pas ces moyens qui peuvent assurer le développement de nos ressources, nous devons aussi nous arrêter et faire tous nos calculs avec prudence, évitant avec soin de surcharger le revenu pour des objets qui ne doivent probablement pas rapporter dans une proportion équivalente. (Très-bien.)
Maintenant, Monsieur l’Orateur, je suis persuadé que la Chambre sera bien heureuse d'apprendre que j'arrive à la fin de mes observations; mais avant de terminer, il est encore un sujet que je veux signaler à son attention.
J'ai souvent entendu dire que ce pays gémit sous le lourd fardeau de dettes et de taxes ; qu’il n’offre pas une perspective bien riante à l’homme pauvre qui veut s’y établir; que notre condition, comparée à celle d’autres pays qui nous entourrent, est celle d’avoir à porter des charges sans revenus correspondants.
Eb bien! comparons notre condition, non pas avec celle de quelques pays de l'Ancien Monde, mais avec celles de colonies D oivelles qui n’ont encore que quelques années d'existence, et voyons quel est le montant de dettes que ces colonies ont à rapporter par tête de la population, aussi bien que d'impôts annuels. Prenons par exemple les colonies Australiennes et voyons quelle est leur condition comparée à la nôtre :
Par tête.
Dans la Nouvelle-Zélande l'intérêt de la dette publique S'élèle À 'eRVINON sas ccsdarece restes $6 02 Dans Queensland elle est de.......... nés ioa rie 4 97 Dans la Nouvelle Galles du Sud............ EE 3 21 À Viclo NA criant PR “idiote 2 88 Dans l’Australie du Sud... MS dns indie sas 2 16 En Tasmanie ...................... Re sesisse. L'O1 Tandis qu’en Canada elle n’est que de................... 1 124
pour cent. (Très-bien ! très-bien !)
Il faut se rappeler aussi qu’en regard de la dette que nous avons encourue, nous pouvons offrir de très-bons résultats. Nous possédons peut-être Ve meilleur système de canaux qui soit au monde; nous avons nos chemins de fer et d'importants travaux publics pour chaque dollar de la dette que nous avons encourue. Peut-être quelques-uns de ces travaux ne nous rapportent pas directement un équivalent de la dépense, mais ils sont des avantages indirects, et le peuple reçoit des avantages collatéraux en échange de la dette qu’il a contractée.
J’ai souvent entendu faire la co"nparaison, dans la presse et ailleurs, entre notre condition et celle de l'Etat de New-York, entre nos progrès