L'HON. M. MERCIER
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homme. Il s’est plaint que je m'étais moqué de lui, que je ne l'avais pas trouvé élégant ; il a même été jusqu’à dire que j'avais parlé de ses défauts physiques. Je ne me rappelle | pas d’avoir commis un tel crime, et je serais bien chagrin, M. l’Orateur, si, dans ma carrière publique, occupant une position aussi importante, et m'efforçant d’être un homme poli, j'avais parlé des défauts physiques d’un. autre, chez qui ces défauts n’existent réellement pas. Je dirai à mon ami que je n'ai jamais vu un homme mieux bâti que lui, plus en état de parler longtemps, de faire des discours à n’en plus finir, de manier les chiffres avec une facilité plus qu’extraordinaire, d’embrouiller les questions les plus claires et de réussir à faire du budget le plus honnête, le budget le plus malhonnête, Et certainement mon ami me rendra le témoignage que je l'ai toujours traité de la manière la plus courtoise possible. D'ailleurs, s’il a voulu m’attendrir par ses compliments, il a manqué son effet ; s’il a voulu m'arrêter dans la réponse que je me propose de faire à sa critique du discours du budget, il s’est étrangément trompé.
Il s’est attaqué à l'exposé financier de mon ami le Trésorier, je vais lui répondre, Il a voulu laisser planer des doutes sur l'honnêteté de cet homme distingué que tout le monde respecte, même ses adversaires. C’est mon devoir de venger mon collègue, et je vais essayer de le venger comme un honnête homme doit venger un honnête homme,
L’honorable député de Montmorency a prétendu que pour diminuer le prestige qu'il peut avoir auprès de ses amis dans cette Chambre comme financier, je me suis moqué de lui en prétendant que pour parler de finances il fallait être marchand, banquier ou industriel. Je l’ai interrompu — j'ai eu cette audace, — je me suis levé pour lui demander { de vouloir bien dire que je n’avais pas commis telle hérésie, et le financier honnête qui était . | à critiquer le budget de mon honorable ami le Trésorier de la province, au lieu d'admettre franchement qu’il m'avait mal compris, qu’il avait employé une expression inexacte, m'a répondu avec une audace que je n’ai pas admirée, — qui ne lui a certainement pas gagné h l'estime de la Chambre, s’il ne l’avait pas, et qui la lui aurait enlevée, s’il l'avait eue ;—il L a dit que si ce n’était pas ce que j'avais dit, c'était en substance ce que je voulais dire, Or, M. l’Orateur, je n’ai jamais prétendu que pour être Trésorier il fallait être marchand ou négociant, qu’il fallait avoir été derrière un comptoir ou dans une banque ; mais j'ai prétendu et je prétends encore qu’il faut être un homme d’affaires, et qu’il ne suffit pas, pour parler de finances, d’avoir du verbiage et de l’effronterie, mais qu’une connaissance, au moins élémentaire des affaires, est essentielle. Ë
On peut parler dix heurés, comme l'honorable député de Montmorency a déjà fait, et ne rien dire du tout de sensé sur les finances comme il a fait cette après-midi et ce soir. Il ne suffit pas de parler longtemps pour dire quelque chose, mais il faut, au moins, dire quelque Chose pour se faire pardonnet de parler longtemps. Or, qu’a dit mon ami durant tout.ce
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temps? Il a entassé chiffres sur chiffres, je ne dirai pas d’une manière inintelligente, car je ne veux pas le blesser, mais de la manière la moins méthodique possible, confondant le capital avec le revenu, confondant les recettes ordinaires avec les recettes extraordinaires, les constructions avec les dépenses de chaque ïour, les aumôênes avec les dépenses nécessaires. Il a tout confondu et il a cherché pendant une heure et quelques minutes à mettre mon ami le Trésorier en contradiction avec son passé et avec ses déclarations devant cette Chambre. Et lui, le député de Montmorency, qui n’a jamais pu prédire un déficit, quand il y avait un déficit, un surplus, quand il yen avait un, s’est amusé à contredire les chiffres de l'honorable Trésorier et à chercher à prouver qu’il ne comprenait rien dans la finance.
M. l'Orateur, je l’ai dit, il n’est pas nécessaire d’être marchand, d’être banquier, de vendre des épiceries ou de l’indienne pour être trésorier d’une province, mais je dis qu'il faut comprendre les affaires, et je répéterai ce que j'ai dit l’autre jour, non pas pour blesser le député de Montmorency que je respecte personnellement—j'admire son amour pour le travail, j'admire les études inutiles et ingrates qu’il fait :—mais franchement, le pays peut-il comparer les connaissances du député de Montmorency, en matières de finances, avec celles du Trésorier actuel? J'irai plus loin et j'oserai demander comment l’on peut comparer l’honorable député de Montmorency aux anciens trésoriers qui se sont distingués dans cette Chambre, soit d’un côté, soit de l’autre ?
Quand l'honorable député était sur les banquettes ministérielles, il poussait l'amour de la critique jusqu’à condamner les exposés budgétaires même des trésoriers de son parti. Combien de fois ne l’ai-je pas entendu, et dans combien de pages ne trouverais-je pas dans ce gros livre-ci, (les Débats), la condamnation la plus audacieuse et peut-être la plus méritée de l'exactitude et de l'honnêteté de l'exposé budgétaire de ceux qu’il appuyait. J'ai ici, devant moi, ses déclarations contre l'honorable député de Sherbrooke. Il disait : ‘ Le député de Sherbrooke prétend que nous allons avoir durant l’année actuelle un déficit entre les recettes ordinaires et les dépenses ordinaires, mais c’est une erreur. Nous allons avoir un surplus de tant de milliers de dollars ” ; et le trésorier, qui possédait tous les secrets de la situation financière, avait beau affirmer que l’année allait se solder par un déficit, mon ami le député de Montmorency ne voulait pas en croire un traître mot ; il cherchait à prouver par A plus B que le trésorier se trompait, et qu’au lieu d’un déficit il allait y avoir un surplus. Quand je me levais pour répéter la déclaration du trésorier, qui était vraie, demander un vote de non-confiance, parce que au lieu d’un surplus on allait avoir un déficit, mon aini le député de Montmorency votait contre ma proposition. Il voulait bien critiquer les assertions du trésorier pour montrer qu’il était, au point de vue de la finance, plus fort que son chef, mais il ne pouvait pas admettre que les assertions du chef de l’Op-
position fussent exactes. C'était plus fort que lui. Il fallait qu'il contredit d’abord son trésorier, et ensuite qu’il contredit le chef de l’'Opposition ; et la conséquence était qu'après avoir contredit les deux, il entrait dans la voie la plus large possible de la contradiction personnelle, V
Ce soir, M. l’Orateur, il nous a encore donné l'exemple de cette contradiction. Je ne le suivrai pas dans tous les détails. Je n’infligerai pas à la Chambre un discours de plusieurs heures. J'espère que je vais être assez court pour que l’on finisse le débat ce soir et pas trop tard, car, comme il y a une motion de non-confiance, je devrai exiger que la motion de non-confiance soit décidée ce soir. Je ne voudrais pas laisser croire au Lieutenant-Gouverneur que d’ici à lundi nous pourrions être renversés. Je veux dès demain matin pouvoir assurer le Lieutenant-Gouverneur que nous possèdons encore la confiance des députés de cette Chambre. (Applaudissements.)
Mais je ne veux pas suivre mon ami dans tous ses errements sur les finances, dans Î toutes les spéculations plus ou moins audacieuses dont il nous a gratifiés. Je ne com-
mencerai pas surtout à compter les déficits qui ont effrayé la province et établi les tristes conséquences de l’adininistration de mes prédécesseurs. Non, je me permettrai seulement d'attirer votre attention sur quelques points que je vais rendre aussi précis et aussi
clairs que possible,
D'abord, permettez-moi de vous faire observer que le temps est bien mal choisi pour lhonorable député de Montmorency de chercher à effrayer le pays sur les dangers de notre administration.
C'est au moment, M. l’Orateur, où nous avons réglé la question des biens des Jésuites ; au moment où nous avons fait cesser le règne des déficits ; au moment où nous avors augmenté nos revenus d’au-delà de $6v0,000 ; au moment où nous sommes entrés dans l'ère des réformes les plus intelligentes et les plus patriotiques ; au moment où nous avons inauguré cette politique de ponts en fer qui est un bienfait général pour toute la province ; au moment où nous avons ouvert ces chemins de colonisation qui ne sont plus des spéculations d'hommes malhonnêtes, mais qui sont de nature à favoriser le colon en lui permettant de transporter ses produits aux plus grands centres ; c’est au moment où nous bâtissons ces collèges commerciaux que tout le monde demande et qui ñ
‘ vont profiter à tout le pays ; c’est au moment où nous ouvrons les écoles du soir dans lesquelles les ouvriers vont puiser une instruction pratique et intelligente, afin de devenir des citoyens utiles à leur patrie, c’est à ce moment que ces accusations sont portées. Au \
© moment où nous cherchons à faire sortir la province de Québec de la stagnation dans
” laquelle elle végétait depuis plusieurs années ;au moment où nous nous efforçons; comme
== ) ——- ee ne son | des hommes pratiques, sérieux, de rétablir la confiance publique, de rassurer les honnêtes 1 tait gens, de faire disparaître les luttes de partis qui nous ont fait tant de mal dans le passé ; 3) e la \ | au moment où nous allons ramener la paix religieuse et mettre fin aux luttes que ces Y messieurs avaient soulevées, et qu'ils avaient réussi à créer dans le pays, c'est à ce momentlà alors qu’on veut arrêter nos efforts, enrayer le progrès pour nous empêcher de terminer ; 4 cette grande œuvre qui nous a été inspirée par notre cœur et notre patriotisme ! s de ht ce On nous menace de l'électorat, on nous dit qu'aux prochaines élections nous serons xiger balayés. Oui, nous serons balayés comme nous l'avons été dans Joliette, Laprairie, isser Ottawa, Rimouski, Québec-Ouest, Trois-Rivières, Maskinongé, Mégantic, Chicoutimi et veux Saguenay, dans tous les comtés où nous avons fait la lutte, (Applaudissements.) Nous À bre la serons balayés par qui? Par ceux qui ont créé la situation actuelle, par ceux qui ont fait naître les embarras du jour, par ceux qui ont contracté la dette qui nous écrase, par ceux 14 qui ont réûssi à soulever cette guerre de race et de religion qui disparaît aujourd'hui, : ds l grâce à notre politique conciliatrice. Ë com- ’ } ristes Nous allons être balayés! Par ceux dont un des chefs a voulu abolir la langue fran- | seule- | çaise non seulement au Nord-Ouest, mais, comme conséquence nécessaire, dans toutes aussi | les provinces, dans tous les endroits où la langue française a droit de cité (Applaudisse- ‘à | ments). Nous allons être écrasés par ces hommes qui, dans la Chambre des Communes, ; ‘, | . 4 proclament que nous, les Français de l'Amérique, nous n’avons pas le droit de parler RARE cette belle langue que nos pères parlaient, et comme conséquence, qui voudraient refuser se aux catholiques les écoles séparées dans toutes les parties du Dominion. Nous allons être balayés par ces hommes, quand deux de nos chefs dans le Dominion, deux des hommes 1s des les plus distingués du pays: l'honorable Edward Blake (Appl.) et l'honorable Wilfrid nous Laurier (Appl.) ont prononcé de ces discours qui restent gravés en caractères d’or dans entrés les pages de l’histoire d’un pays (Appl.), discours dans lesquels nous trouvons l'expression 1 nous | des sentiments les plus généreux et les plus nobles. Tous ceux qui connaissent Wilfrid % ute la À Laurier savent que c’est un grand cœur, un grand patri” : jui aime sa raçe et sa religion, > sont $ qui mourrait sur la brèche plutôt que de consentir à rec la langue de ses pères ; mais iser le peut-être que ceux qui ne connaissent pas comme nous l'honorable Edward Blake vont est au être surpris du discours qu’il a prononcé l’autre jour, quand il a déclaré qu'il ne fallait et qui ü pas faire aux Français ce que les Anglais ne voudraient pas qu’il leur fût fait à eux- À - dans vf se mêmes, quand il a dit que les Canadiens-français étaient des hommes industrieux, sobres levenir ‘à ét honnêtes, et que ce n'était que par un miracle de dévouement et de patriotisme qu’ils 5. Au \ à s’étaient maintenus et avaient conservé leur langue à travers toutes les difficultés qu’ils x n'daus Fa + | avaient traversées sur ce continent d'Amérique. Mais nous qui le connaissons nous n’en 0mME { L Sommes pas surpris ! Il devait parler ainsi. Quand ces deux hommes ont prononcé des *
paroles comme celles-là, que faisait le chef de nos adversaires ? C’est à peine s’il osait balbutier quelques mots, placé comme il était entre deux sentiments : son amour pour les orangistes et sa haine contre les Canadiens-français. (C'est à ce moment-là qu’on vient nous dire que nous allons être balayés dans la province ! Si ces messieurs sont sincères, qu'ils demandent la dissolution immédiate des Chambres et ils l’auro: suite. Nous irons devant le peuple, armés de ces sentiments généreux, après avoir fu 1e plus de bien que nous avons pu et après avoir détruit tout le mal possible ; et que de mal avait été produit par nos adversaires! Nous irons devant le peuple, M. l’Orateur, avec confiance, sûrs que le peuple nous donnera son appui et nous soutiendra par une majorité double de celle que nous avons aujourd’hui. (Appl.)
Ceux qui nous attaquent, qui sont-ils ? Ce sont les hommes qui ont créé la dette qui nous écrase, ce sont les mêmes hommes qui, de 1874 à 1886, n’ont eu que des déficits. Ils invoquent les comptes publics, les comptes publics les condamnent. Ces comptes publics sont là devant nous, Ils ne peuvent pas prétendre qu'ils sont faux, à moins d’accuser les officiers qui les ont signés. Si ces états sont faux, c’est que nos officiers sont des faussaires, Or, ces officiers, ce n’est pas nous qui les avons nommés, ce sont ces messieurs. Est-cer : qu’ils les ont habitués à un système de falsification qu’ils croient que le système se cont Je ne ferai pas l’injure de dire cela à mes adversaires. Ce ne serait pas honnête de ma part, parce que je ne le crois pas. Mais enfin, si ces hommes qu’ils ont nommés sont honnêtes, s’ils ont dit la vérité quand ces messieurs étaient au pouvoir, pourquoi ne la diraient-ils pas aujourd’hui, quand ce sont leurs adversaires qui sont au pouvoir? Pourquoi accepter les chiffres de ces officiers nominés par eux, lorsque ces messieurs étaient là pour les contrôler, et pourquoi les refuser maintenant que nous les contrôlons à notre tour? Ils n’ont pas changé, ils ne sont pas plus nos amis qu’ils ne l’étaient dans ce temps-là, et ils sont autant les amis de ces messieurs qu'ils l’étaient alors.
L’honorable député de Montmorency a cherché à faire un point contre nous de ce que nous avons, dit-il, inventé le système des dépenses spéciales, Vous l’avez bien entendu. Il ne peut pas s'expliquer comment un honnête homme comme le Trésorier actuel, qui a
passé sa vie à gagner tranquillement, mais sûrement, la fortune qu’il possède et la confiance
des honnêtes gens, ait pu inventer un système aussi malhonnête que celui des dépenses nie spéciales. Et il s’écrie avec des accents de conviction apparente : comment voulez-vous f\
que l’on comprenne quelque chose aux comptes publics quand on voit placer dans les a dépenses spéciales des choses dont on n’avait jamais entendu parler comme dépenses spéciales. On a bouleversé les comptes publics et on n’est plus en état de les comprendre, Celui qui dit cela est précisément l’homme qui a insisté, il y a quelques années, pour
+ . maintenir le chapitre des dépenses spéciales. . Et quand son ami le trésorier de l’époque
refusait d’avoir un budget de dépenses spéciales, ce qu'il appelait dépenses extraordinaires, il le critiquait, il lui disait : ‘ mais vous n’entendez rien en fait de finances, vous devriez avoir un budget spécial, un budget extraordinaire, un budget de dépenses spéciales.” On le croirait à peine, mais voici le discours que l'honorable député a prononcé en 1883:
“ En faisant le laborieux relevé de tous ces chiffres que je viens de soumettre à la sérieuse considération de mes honorables collègues, j'ai constaté, non pas pour la première fois, dans les budgets et dans les comptes publics de la province une lacune qu'il serait à propos de combler, Depuis 1874, la province a fait certains travaux qui ont coûté des sommes considérables. Nous avons construit des édifices pour les ministères publics à Québec, et l'école Normale Jacques-Caïtier à Montréal. De toute évidence, les dépenses encourues pour ces édifices ne doivent pas être comptées dans les frais du service ordinaire du gouvernement de la province. Ce sont, pour me servir des termes exacts employés lorsque l’on parle de finances publiques, des dépenses extraordinaires pour des travaux extraordinaires. On sait que les plus grands et les plus riches pays du monde, ceux dont les ressources financières sont les plus vastes, ont tous adopté sous des titres dont les mots peuvent différer, mais dont la pensée est la même, le système de la division du budget annuel des dépenses en budget ordinaire et budget extraordinaires. Et pourquoi ? Dans le but principai d'éviter la confusion et de mettre tant de clarté dans l’exposition de la situation financière ue les contribuables puissent la juger facilement. Aussi chaque fois que j'ai examiné les budgets français et anglais, j'ai été étonné de la perfection avec laquelle ils sont préparés, perfection qui vous permet, en quelques minutes d'étude, d’en avoir une juste idée d'ensemble. Et pourtant, le budget d’Angleterre varie de 425 à £450,000,000, et le budget de France, tant ordinaire qu’extraordinaire, dépasse trois milliards et demi de francs.
“Le budget fédéral du Canada est aussi divisé en budget ordinaire et budget extraordinaire. On distingue le budget extraordinaire sous le titre de : “ travaux applicables au capital.” (Hansard 83, p. 520.)
“ J'insiste sur l'importance et même la nécessité de cette division, parce que mes ‘“ honorables collègues ont dû constater, comme je lai fait moi-même plu ieurs fois, ‘ qu'avec le système qui a été suivi, bien des personnes, dans les discussions publiques, “ font, sciemment ou involontairement, une exposition tout à fait inexacte, tout à fait “ fausse de la situation financière de la province. Aussi dans les calculs que je vais sou- “ mettre à cette Chambre, j'ai constamment fait cette division des dépens-s provinciales ‘“ en dépenses ordinaires et extraordinaires. C’est un principe vrai de finances, accepté “ partout ailleurs, et que nous devons rigoureusement introduire dans notre comptabilité “ provinciale.” (Hansard pp. 529-530.)
Voyons maintenant l'application qu'il fait de ses principes.
Vous avez entendu l'honorable député tout à l’heure nous dire que certains items n'étaient pas des dépenses spéciales. Il a critiqué fortement le Trésorier, parce qu'il avait entré, comme dépenses spéciales, le prêt fait à l'asile des aliénés protestants de Montréal. Ecoutons:le bien :
“ Le huitième budget, celui de 1874,-75, accuse un déficit de $67,909.27. Mais il faut tenir compte que pendant cette année la province a prêté $50,000 aux propriétaires
de l'asile de Beauport, somme qui est entrée dans le montant des dépenses. Un placement n’est certainement pas une dépense.” (Hansard p. 530.)
+ Il faut mettre cela dans les dépenses spéciales. Et quand l’honorable Trésorier de fa province met $15,000 prêtées à l'asile protestant de Montréal, il commet une hérésie d’après le grand financier de Montmoïency.
Plus loin, il ajoute : “ Pour avoir un état tout à fait exact des opérations de cette année, il faut déduire des dépenses ordinaires du service provincial les $16,000 pour les , bureaux publics à Montréal. ”
Mais l'honorable député va pousser sa prétention beaucoup plus loin, Vous voudrez bien remarquer, M. l'Orateur, que dans les comptes publics qui sont mis devant vous pour l’année 1889, le fonds d'amortissement est mis comme dépense ordinaire. C’est un montant de près de $59,000, et le Trésorier a cru que c'était une dépense ordinaire. Il a mis cela parmi les dépenses ordinaires, les dépenses du paiement de la dette.
Ecoutez bien l'application des principes de l'honorable député de Montmorency :
“ Pendant ce même exercice financier nous avons payé la somme de $39,138.88 ‘ pour l'amortissement de la dette provinciale que l’on commençait à créer pour les # grands travaux d'utilité publique. Cette somme est, avec raison, portée au compte des “ dépenses ordinaires, parce que les versements à la caisse d'amortissement sont une ‘“ obligation annuelle et régulière du trésor provincial. Mais bien que ces paiements ‘# soient une dépense ordinaire de la province, jusqu’à ce que l'amortissement des “ emprunts auxquels ils sont appliqués soient terminés, il n’en est pas moins vrai qu'ils “ constituent pour$autant le remboursement de la dette publique, qu’ils diminuent en pro- # portion. ” (do p. 531.) ;
Plus loin : (do p. 531.)
“ £cole normale Jacques-Cartier, Montréal, $43,521.90.”
Ce ne sont pas des dépenses ordinaires. L'année suivante :
“ Ecole normale Jacques-Cartier, Montréal.... $6,605.79.” (do p. 533.) Ce ne sont pas des dépenses ordinaires. Ce sont toutes des dépenses extraordinaires.
# Rachat de la dette.... $4r,203.34.” (do p. 533.) j
La même application que pour l’item précédent. ‘Plus loin encore : (do p. 534.) |
# La province a payé en 1881-1882, pour les édifices permanents de l'exposition à : ‘ Montréal, la somme de $10,000. (Certes, ce n’est pas là une dépense annuelle. Nous # n’aurons pas à payer $10,000 tous les ans pour ces édifices. Nous avons donné cette “ somme pour la construction d'édifices ouverts aux grands con:ours provinciaux de
pis “ l’agriculture et de l’industrie, C’est une généreuse contribution en faveur de ces deux “ sources fécondes de la richesse nationale. 1l ne s’en suit pas que la province’ soit dans 4 “ l'obligation de payer annuellement le même montant pour la même fin. (do p. 534.) ésie 7 ‘ Dans la nuit du 8 au 9 juin 1881, notre bonne cité de Québec était frappée d’un “ grand malheur. Un terrible incend'e détruisait en quelques heures un des plus beaux “ quartiers de la ville, et laissait sans abri des milliers de personnes. . .. Le gouvernement “ voulut, au nom de la province, donner l’exemple, TI contribua la somme de $10,000 ette ‘“ en faveur des incendiés de Québec. C'était un grand acte de charité : ce n’est pas une les * 1 “ dépense annuelle du service public. ”” (do p. 534.) { Vous avez entendu le même homme tout à l’heure nous dire que nous ne devions drez pas compter comme dépenses spéciales les $10,000 que nous avons données aux incenous diés de Saint-Sauveur, les $5,000 aux incendiés de Hull et les $50,000 pour l'achat des tun grains de semence. Et c’est le même financier qui vient critiquer l’exposé de mon ami le Ph À Trésorier, qui vient le contredire, qui vient déclarer qu’il est évident que ce système de dépenses spéciales a pour but de tromper le public, qu’il viole toutes les règles de la comptabilité en mettant ces items comme dépenses extraordinaires. C'est le même financier; dé dis-je, qui déclarait en mil huit cent quatre-vingt-trois que les dix mulle piastres aux 8.88 Fi ‘ incendiés de Québec et les autres dépenses que je viens de mentionner devraient être les comptées parmi les dépenses spéciales et ne devraient pas entrer dans les dépenses ordiae naires. Et le même financier, tout à l'heure, est venu prétendre que mon ami le , isorier nents se contredisait, qu'il manquait à la réputation qu’il avait acquise dans cette province, ni 18 dans cette Chambre et dans cette ville ; c’est lui qui osait l’accuser de contradiction en | pro- affirmant de la manière la plus solennelle possible, que vous deviez, M. l'Orateur, et les membres de cette Chambre, retirer toute confiance en cet homme, parce qu'il avait fait un exposé fallacieux, qu'il avait fait des assertions erronées, et qu’il avait renié les prin- | cipes qu'il soutenait autrefois dans l’'Opposition. "Il vous a dit que les $50,oc0 pour l'achat des grains de semences ne devait pas être mis dans les dépenses spéciales.
C'est pourtant le même homme qui approuvait la politique des trésoriers conservadie teurs quand ils mettaient dans les dépenses spéciales ce que je vais vous lire : : ‘“ Remboursement à la Banque de Montréal, pour avances pour grains de semences : # » M nan er dede te CNE t dns 0 000 ri é 188 LB id oo ot soon es teness ses ie 75700 ion à 1883-84. 000000000000 p000 soc 5,616 Nous
1884-85 soso eñsesss cosmos ssssssse 20,030
Ainsi le Trésorier actuel commet une contradiction, une hérésie financière en mettant
* comme dépenses spéciales les $50,000 avancées l'année dernière pour achat de grains de semence, et cela a toujours été fait avant nous !
Vous l'avez entendu, et cependant cet homme a approuvé les comptes publics de ses amis qui ont mis parmi les dépenses spéciales les items que je viens de mentionner comme avances pour grains de semence; et cependant cet homme vous a dit que c'était le Trésorier actuel qui avait inventé les dépenses spéciales, que c'était le Trésorier actuel qui, pour la première fois, entrait parmi les dépenses spéciales les avances . grains de semence. Il vous a dit que le Trésorier actuel avait inventé ce nom-là, lorsque ces mêmes avances sont entrées par le Trésorier précédent comme dépenses spéciales et que les comptes publics qu’il avait en mains disaient tout le contraire.
L’honorable député a cherché à faire un autre point contre le gouvernement actuel. Il l’a fait presqu’avec des larmes dans la voix, —si j'avais été près de lui, j'aurais peut-être trouvé des larmes dans ses yeux, —pour essayer de démontrer que l’aygmentation des dépenses nous conduisait à la ruine, que nous avions augmenté les dépenses 4 de sept cent et quelques mille piastres, refusant de prendre en considération et de 5 déduire l’item des dépenses spéciales expliqué par le Trésorier actuel, lequel lui disait : l'augmentation des dépenses est de deux cent et quelques imille piastres. Il n’a
pas voulu tenir compte de cela, mais il s’est alar né, il a cherché à alarmer cette Chimbre
et le pays, en prétendant que cette augmentation nous menait à la rain:, n’était pas justi-
fiable, et qu’il fallait faire appel à notre patriotisme, à notre intelligenc: pour enrayer ca
mouvement désastreux de l’augmentation des dépenses.
Au moment où il est allé devant le peuple, en 1886, voici le langage qu'il tenait :
“ Refuser de sortir des limites restreintes du budget provincial, quant aux dépenses telles que tracées au début par les auteurs de la Confédération, sous le futil prétexte d’une économie mal entendue, ç’eut été manquer à un devoir sacré. Le parti conservateur chargé de nos destinées, a compris son devoir. Il a adopté la politique des chemins de fer—c’est pourquoi nous avons une dette provinciale.
‘ C’aurait été un crime de rester inactif, par crainte des responsabilités, lorsque partout autour de nous le travail et le capital se donnaient la main pour développer les . ressources de leur province. (C’aurait été un crime de ne rien vouloir faire pour le déve lppement du pays dans lequel nous jouissons des plus belles et des plus grandes libertés.”
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Ainsi, M. l'Orateur, en 1886, au moment où la dette était d’au delà de $20,000,000 —dette créée par ces messieurs —au moment où nous avions des déficits constants,
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permanents, qui étaient comme une tache dans notre budget ; au moment où l’on
suppliait nos adversaires Ge mettre fin à ces déficits, non pas d'arrêter les dépenses
indispensables, non pas d'arrêter le progrès intelligent et nécessaire, mais d’arrêter les gaspillages qui se faisaient, on proclamait bien haut : on ne peut pas arrêter et enrayer le progrès, il faut marchér à la suite des autres provinces, il ne faut pas craindre de prendre la responsabilité de l'augmentation des dépenses qui sont nécessaires, mais que nous prétendions, nous, n'être pas nécessaires. Et aujourd’hui, au moment où tout le monde nous demande les réformes que nous faisons, au moment où nous faisons trois fois plus de travail qu’il ne s’en faisait dans ce temps-là, que nous travaillons à décider rapidement et économiquement toutes les questions ; au moment où nous réglons tout ce qui peut être réglé, que nous donnons des $50,000 pour acheter des grains de semences, afin d’empêcher la population de périr par la famine ou de prendre le chemin de l'exil, que nous bâtissons des chemins de fer avec une rapidité extraordinaire ; que nous payons cent et quelques mille piastres de plus d’intérêt sur la dette contractée par nos adversaires à que nous ouvrons les écoles du soir où nous distribuons le pain de l'intelligence à toutes les classes ouvrières, que nous dépensons $463,000 pour régler une des difficultés les plus graves et les plus dangereuses, dans ce moment-là on veut nous arrêter, on veut nous critiquer, nous condamner et nous refuser d'appliquer les principes posés par nos adver-
saires en 1886. Ces principes pourtant ne sont pas oubliés, ils ne peuvent être oubliés. L3
Mais, si c'était au nom d’un seul individu que ces contradictions se commettaient, si c'était par un seul homme, en son nom personnel, nous pourrions passer outre et mépriser ces insanités. Mais c’est au nom de tout un grand parti que ces contradictions sont commises, c’est aux applaudissements de ces messieurs de l’autre côté ; et vous avez vu mon ami le chef de l’opposition applaudir avec enthousiasme aux déclarations et aux attaques du député de Montmorency ; vous avez vu tous ses amis se rendre responsables et solidaires de ses contradictions, contradictions qui prouvent une chose : que ces messieurs, quand ils étaient au pouvoir, se croyaient le droit de faire n'importe quelle dépense sous le prétexte de progrès ; de faire n'importe quels gaspillages afin d'enrichir quelques favoris, quelques contracteurs qui souscrivaient dans les élections. Et quand nous, auiourd’hui, qui voulons marcher rapidement dans la voie du progrès, quand nous ne nous occupons pas de la critique injuste qui pourrait être faite,çquand nous acceptons la responsabilité de nos actes, et voulons régler comme des hommes d'honneur et des hommes intelligents les grands problèmes qui s'imposent, nous sommes attaqués par ces messieurs,
On a été plus loin. L’honorable député vous a dit : — Vous l'avez entendu.—Comment ! vous vous vantez d’avoir des recettes extraordinaires, d’avoir des $700,000 de recettes de plus, mais est-ce que vous ne savez pas que vous entamez votre capital ; que
le montant de ces recettes provient du produit de la vente des limites à bois ; que vous n'avez pas ce droit.là ! Et pourtant, M. l'Orateur, en parcourant tous les comptes publics
depuis la Confédération, je trouve que, chaque fois que ces messieurs ont fait une vente de
limites à bois, ils ont entré le produit dans les recettes ordinaires : et plus que cela. On qi dirait que l'honorable député s’est chargé d’avance de se répondre, car, en 1883 il disait : pi ch “ Les prétentions de M. Wood, le trésorier de la province d'Ontario, sont inattaquables.”’ a]
Ille cite ici dans son discours.
Quelles sont ces prétentions ? dé
# Nous sommes obligés de temps à autre d'offrir en vente certaines parties de nos
Ft | || “ cantons forestiers ou pour parler plus correctement, d'offrir en vente le droit de couper || 2P “ sur paiement d’une rente foncière et de droits, le bois sur certaines parties de nos À | et “ terres de la Couronne. Le résultat est que, depuis quelques années, les recettes du À # département des terres de la Couronne ont été très considérables. On a dit que sans | “le département des terres de la Couronne, sans les recette: de ce département, on ne “ pourrait pas continuer à administrer les affaires ordinaires de la province d'Ontario. On “ a dit que nous vivions à même le capital de la province et que nous l’épuisions.. . .” } à | e f Mon ami, le député de Montmorency, ajoute : | ou ë Û pre | ad} “ Cette partie de l'argumentation de l'honorable M. Wood me paraît évidente.” à (Æunsard 83, pp. 579-580.) | es En 1883, il approuvait la politique de charger comme recette ordinaire le produit de
la vente des limites à bois. Et aujourd’hui, sept ans après, il vient accuser le Trésorier
actuel de faire la même chose ; lui qui a sapporté tous les gouvernements conservateurs
qui se sont succédés, qui faisaient exactement la même entrée que l’on fait!
Eh bien, M. l’Orateur, je n’ai pas besoin, je crois, d’insister davantage sur ces con- ? ] F ]
tradictions ; je n’ai pas besoin d'entrer dans plus de détails. Tous les produits des ventes {|
des limites à bois faites depuis la Confédération sont chargées dans les recettes ordinaires.
Je défie la contradiction là-dessus. Plus que cela : la politique énoncée par M. Wood,
le trésorier d'Ontario, basée sur le même système, est approuvée par l'honorable député
en 1883.
L’honorable député a été plus loin encore, et je finis le chapitre de ses contradictions par cette citation, ila été jusqu’à nous dire que tout ce qui était dépense plus ou moins permanente devait être chargé aux dépenses ordinaires et non aux dépenses
spéciales,
Et pourtant, le député qui disait cela était en Chambre en 1886. Je viens de vous lire une partie de son discours de 1886, approuvant l'exposé budgétaire de l’honorable député de Sherbrooke, qui était alors Trésorier de la province,
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Parmi les déclarations du Trésorier de cette époque, il y avait ceci : “ On remarquera que des octrois, à la dernière session, au montant de $r00,000 furent votés pour des
chemins de colonisation, qui ne devaient pas être pris sur le revenu ordinaire, mais être applicables au capital.”
Ainsi, voilà un monsieur qui reproche au Trésorier actuel de charger dans l’item des dépenses spéciales, des dépenses qui ne se renouvelleront pas, comme les $50,000 pour l'achat des grains de semence et les autres dépenses que j'ai mentionnées, lorsqu'il a approuvé le Trésorier de 1886 de charger l’item des chemins de colonisation au capital et refusé de l’entrer aux dépenses ordinaires.
Puis-je faire une démonstration plus forte? Non. Et j'aime mieux m'arrêter là.
J'ai prouvé, je crois, que l’honorable député changeait de politique sur les questions de finance comme bon lui semblait, et surtout suivant qu’il était d’un côté de la Chambre ou de l’autre. Mais quels que soient ses changements sur la question des finances, son adhésion au parti reste toujours la même. Il condamne aujourd’hui ce qu’il a approuvé en 1886 et durant les années précédentes, mais il ne changera pas de parti. Il trouve que ce qui se fait aujourd’hui est mal, quand cela se fait plus correctement qu’en 1886 ; et il est prêt à condamner ce qu’il a approuvé; mais, par exemple, il ne condamnera pas plus son parti aujourd’hui qu’il ne l’a condamné dans ce temps-là. Lui qui trouvait qu’il y avait toujours des surplus quand ses amis étaient au pouvoir, il trouve qu’il n’y a que des déficits maintenant qu’ils sont dans l’opposition ; et cependant, comme je l’ai dit, les comptes publics font voir que de 1874 à 1886 il n’y a eu que des déficits.
Voici une lettre qu’on me communique à l'instant, Cette lettre est du 25 janvier 1890, Elle est de l’honorable M. Ross, trésorier de la province d’Ontario. La voici :