BETTER TERMS
Le trésorier a terminé son exposé financier en disant qu’il fallait augmenter les revenus de la province et que dans ce but le gouvernement allait demander à cecte Chambre d’adopter une humble adresse à Son Excellence le gouverneus-général,le priant de soumettre au Conseil Privé une demande d'augmentation de subsides; et de nous donner 80 cts par tête suivant la population de chaque décade, en commençant par celle de 1881, au lieu de la baser sur celle de 1861, comme le veut l'acte fédéral.
Cette demande, si elle était agréée, aurait pour offet de nous donner $200,000 de plus par année.
Cette déclaration m'a bien surpris et elle surprendra le pays. Il y a peine trois semaines, que sur la discussion de l'adresse, je suggérais quelque chose dans ce sens-là ; et J'ai été alors ridiculisé par l’honorable premier ministre qui déclarait cette politique dangereuse et prématurée.
Le gouvernement a changé d’opinion bien vite et cette volte-face subite prouve jusqu’à quel point nos minis tres sont indécis et impuissants.
C’est d’ailleurs la continuation du système inauguré depuis le commence ment de la session: système de reculades maladroites, faites sans dignité, sans réflexion et sans profit.
J'ai demandé au Trésorier sil y avait que‘que correspondance à ce sujet ave les autorités fédérales,et il a répondu que non. De sorte que cette idée est jetée en l'air, avec une légère.
té incroyable et avec une imprudence coupable. I1 est difiicile de compromettre une grande idée et demettre en danger tout un système avec plus de maladresse.
Il est évident d’a bord que ce n’est pas $200,000 qu'on devait demander au gouvernement,mais bien $500,000.
Il fallait adopter le système de $1.00 par tête,suivien fait dans presque toutes les petites provinces et non maintenir celui de 80cts qui a été abandonné gra.
duellement. Nous avons une population de 1,359,027 et nous recevons $889,252, tandis qu'avec la subvention d’une piastre nous aurions eu $1,359.000 ou un demi-miilion de plus, en chiffres ronds. Ce qui nous aurait mis à l'abri de tout'accident dans l'avenir et aurait fait disparaître pour toujours le règne ruineux des déficits ; ce que le Trésorier ne peut espérer obtenir avec ses $200,000. Les comptes des subventions provinciales auraient dû pourtant mettre le gouvernement sur ses gardes. En les consultant il au rait pu voir les chiffres suivants :
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| Pop. Subvention.
Prince-Edouard ...$108 891 4$154.34!
Nouvelle Ecosse... 440,572 378,630 N.-Brunswick...…. 821,283 425.009 Colombie ..…. voor. 49,459 208,086 Manitoba... ...... 65,954 215,000
Total... 8986,109 $1,381,066
C’est $8400,000 de plus qu'une piastre par tête pour toutes ces provinces réunies ; et c’estune subvention d’audelà dela piastre pour chaque pro vince prise séparément, moins la Nou velle Ecosse, pour qui l'allocation est portée à 90 cents environ.
Mais il serait inutile de plaindre les braves gens de la Nouvell: Ecosse, car ils ont eu plus qu’il ne faut pour compenser cette légère différence. D’a bord cette province n'était entrée dans l'Union qu'avec une dette de 8 millions et fut chargée de l'intérêt à 5 oo sur la différence, savoir $1,186,756, ce qui lui faisait $59,337.80 à déduire de sa subvention originaire. Les énergiques protestations de M. Howe qui faillit faire une révolution, comme on!le sait, forcèrent le gouvernemeut fédéral à passer l'acte 32-33 Vict. ch. 2, par lequel la Nouvelle-Ecosse était libérée de cet intérêt et son subside était augmenté de $82,000 pour dix ans à partir du 1er juillet 1867.
Quant à Manitoba, je donne le chiffre de la subvention fixée par l’acte 45 Vict., ch. 5, statut de 1882, qui la porte à $215,000 au lieu de $105,653 qu’elle était auparavant.
Notre grande sœur-Province, Ontario, n’a pas été maltraitée non plus, carelle a obtenu bien des faveurs depuis la confédération : 10 $250,000 données par ch. 8 du 34 Vict. pour payer les réclamations contre la Banque Haut-Canada ; 20 don au chemin de fer du Nord du Canada de près de deux millions de piastres, par 37 Vict.
ch. 28; 80 Subsides de $12,000 par mille au Canada Central par 38 Vict., ch. 14, ce qui vaut pratiquement
l'intérêt payé pendant 20 ans par la Puissance sur £500.000 sterling.
Et si vous ajoutez à tous ces avantages incontestables La spoliation dont nous avons été l’objet par la sentence arbitrale de 1870, confirmée par le conseil privé en Angleterre,et ies sommes énormes dépensées dans Ontario pour la construction du Pacifique, vous arrivez à la conclusion qu'Ontario n'aurait pas raison de se plaindre si une subvention additionnelle de $500,000 nous était accordée. La construction de ce chemin de fer a triplé la valeur de ses terres publiques, tandis que le prix des nôtres est resté à peu près le même.
De fait ça été une injustice réelle de nous placer, lors de la confédération, sur le même pied que les autres provinces, car nous n’étions pas dans les mêmes conditions.
D'abord, on nous a donné un système administratif très compliqué et dont les rouages nous coûtent très cher; ensuite l’obligation de publier tous nos documents officiels dans les deux langues; d’avoir toujours deux tableaux de jurés,anglais et français ;de maintenir nos tribunaux de manière à ce que la minorité puisse demander et recevoir la justice dans sa langue, tout cela nous entraine inévitablement, on le comprend, à des dépenses considérables et additionnelles que l'acte d'Union exempte aux autres provinces, excepté Manitoba, malgré qu’il y ait, dans chacune d'elles, à part la Culombie, des groupes français importants.
Je ne fais ces remarques que pour faire comprendre exactement la position difficile dans laquelle nous avons été placés, et nullement pour récriminer. Nous avons accepté la solidarité d’une vie en commun, avec une population qui n’a ni notre langue, ni notre religion ; et nous ne le regrettons pas.
Au contraire, nous en sommes heureux.
Nous supportons gaiement les char
ges de cette vie commune et nous ne cherchons pas à les faire ‘disparaître.
Nous regardons tous les habitants de la Proviuce comme des frères, ayant les mêmes droits, la même patrie et appelés aux mêmes destinées natiopales.
Mais il s’agit des conditions de notre entrée dans la confération et nous disons qu'elles auraient dû être meilleures, et qu’on aurait dû prendre en ligne de compte les circonstances particulières dans lesquelles nous nous trouvions placés; et nous donner, pour soutenir les charges de cette vie commune, une somme additionnelle dont les autres provinces n'avaient pas besoin, puisque la minorité n’y obtenait pas les mêmes droits qu'ici.
Dans ces circoustances, je ne puis que blâmer ls maladresse du gouvernement d’avoir limité sa demande à 80 cts et si peu étudié le projet avant de le lancer officellemen..
Ma conviction sincère est qu'il a tué le projet pour toujours et qu’il nous a mis dans l'impossibilité de conclure, avec le gouvernement fédéral, aucun arrangement pratiquement avantageux.
Nous avions des droits et les ministres les ant compromis, sinon détruits.
Toutefois s’il est ‘encore possible de réparer cette maladresse, je suis prêt à les aider, car avant de vouloir embarrasser le gouvernement, je veux sau— ver la Province de Québec.