‹ Discours sur le libéralisme politique [microforme]Chapitre 3 sur 6 · HN 7 VAR · texte numérisé non relu

HN 7 VAR

dont le regard, s’il esb moins pénétrant, aperçoit plus netté-

ment dans la sphère où il peut s'étendre Cette distipetion

primordiale explique de suite jusqu’à un certain point l'idée

libérale et l’idée conservatrice. Par cette seule raison, le

même objet ne sera pas vu sous le même aspect par des yeux

différents ; par cette seule raison, les uns prendront une ronte

que les autres éviteront, quand ‘cependant les uns et les autiés

se proposeront d'arriver au même but. Mais il y à une raison

concluante qui explique clairement la nature, la raison d'être

etle pourquoi des deux différentes idées. Macaulay dans

son histoire d’Angleterre, en donne la raison d’une manière

admirable de clarté. Pariant de la réunion des chambres

pour la seconde session du Long Parlement, sous Charles Ier,

le grand historien s’exprine ainsi : |

“De ce jour date l'existence organique des deux grands

partis qui, depuis, ont toujours alternativement gouverné le

pays. À la vérité, la distinetion qui alors devint évidente, à

toujours existé. ‘Cur cette distinction a son origine dans la

diversité de tempé raments, d'intelligences, d'intérêts, qu’on

retrouve dans toutes les sociétés, ét qu'on y retrouvera aussi

longtemps que l’ésprit humaïn sera attiré dans des directions

opposées, par: le charme de l’habitude ou par le charme de la

nouveauté, Cette distinction se retrouve, non pas seulement

en politique, mais dans la littérature, dans Jes arts, dans les "3

sciences, dans la chirurgie, dans la mécanique, dans l’ agricul-

ture, jusque dans les mathématiques. Partout il existe une

classe d'hommes qui s’attachent avec amour à tout ce qui est

ancien, et qui, même. lorsqu ïls sont convaincus par des

arguments péremptoires qu'un changement serait avantageux,

n'y consentent cependané qu'avec regret et répugnance.. Il se

trouve aussi partout une autre classe d'hommes exubérants

d'espérance, hardis dans leufs idées, allant toujours de l'avant,

prompts à discerner les imperfections de tbut'ce qui existe,

estimant peu les risques et les inconvénients qui accom-

pagnent toujours lés améliorations, et disposés : si sens rs

changement comme une amélioration, ::, K. Les premiers sont les conservateurs ; les os sont ds à «libéraux: Voilà le) sens réel, l'explication ‘véritable et du ; prineipe libéraliet du principe. cops-rvateur.. Co sont deux

AEE © À

aitributs de notre: mature. Com 1e le dit admirablement Macaulay, on les retrouve partout: dans les arts, dans les sciences, dans toutes les branches ouvertes à la spéculation humaine ; mais c'est en politique qu’ilssont le plus apparents.

Ainsi ceux qui condamment le libéralisme comme une idée nouvelle, n'ont pas réfléchi à ce qui se passe chaque jour sous leurs yeux: Ceux qui condamnent le libéralisme comme une emeur, n'ont pas réfléchi qu’ils s’'éxposaient, en le faisant, à condamner un attribut de la nature humaine,

Maintenant, il ne faut pas oublier que la forme de notre gouvernement est celle de la monarchie représentative. C’est là l'instrument qui met en relief et'en: action les deux principes libéral et conservateur. On. nous accuse souvent, nous libéraux, d’être des républicains. Je ne signaïe pas ce reproche, pour le relever: le reproche ne vaut pas. d’être relevé, Je dis simplement que la forme importepeu ; qu'elle soit «monarchique, qu’elle soit républicaine, du moment qu'un peuple.a le droit de vote, du moment qu'il a un gouvernement responsable, il a la pleine mesure de la Hberté, Cependant, la liberté ne serait bientôt. qu'un vain mot, si elle laissait sans contrôle ceux qui ont la direction du pouvoir. Un homme, dont la sagacité. étonnante a formulé les axiômes de la science gouvernementale avec une justesse : qui v' a jamais erré, J unius, a dit : ‘“ Eternal vigilance is the guricé, g liberty. ” Une vigilance éternelle est le paix de la liberté; Oui, si un ne:1ple veut rester libre, il lui faut comme Argus aYoircent yeux, et toujours être en éveil. S'il s’endort, s il. faiblit, chaque moment d’indolence lui coûtera uue parcelle de ses droits, Une vigilance éternelle, de tous les instants, c’est à le prix dont il doit payer ce bienfait inappréciable de la libeité. Or, la forme de la monarchie représertative se prête merveilleusement, — plus peut-être que la forme Later — à l'exercice de cette vigilance nécessaire. D'un côté, vous avez ceux qui gouvernent, et de l'autre, ceux qui surveillent. D'un côté,-vous avez ceux qui sont au pouvoir et qui ont intérêt à y rester, de l’autre,

HMS | NO

sous avez ceux qui ont intérêt à y arriver eux-mêmes, Quel sera le lien de cohésion qui réunira chacun de ces différents groupes? Quel sera le principe, le ‘sentiment qui xamgora les divers éléments de la population, soit parmi ceux qui gouvernent, soit parmi ceux qui surveillent ? Ce sera ou le principe libéral, ou le principe conservateur. Vous verrez ensemble ceux qu'attire le charme de la nouveauté, et vous verrez ensemble ceux qu’attire le charme de l'habitude. Vous verrez ensemble ceux qui s’attachent à tout ce qui est ancien, æt vous verrez ensemble ceux qui sont toujours disposés à. réformer.

Maintenant, je le demande ; entre ces déux idées qui constituont la base des partis, pent-il y avoir une différence morale ? L'une est-elle radicalement bonne et l'autre radiaalement mauvaise? N’est-il pas manifeste que toutes deux sont ce qu'on appelle en morale indifférentes, c'est-à-dire | que toutes deux sont susceptibles d'appréciation, de pon- ? dération et de choix? Ne serait-il pas aussi injuste qu'absarde de ceadamner ou d'approuver, soit l’une soit l’autre, eomme absolument mauvaise ou boane ?

L'ane et l’autre sont susceptibles de beaucoup de bien comme de beaucoup de mal. Le conservateur qui défend les wieïlles in ltutions de son pays, peut faire beaucoup de bien, de mme qu’il peut frire beaucoup de mal, s’il s’obstine À vouloir raintenir des abus devenus intolérables. Le libéral qui combi ces abus, et après de longs efforts parvient à les extirper, peut tre un bienfaiteur public, de même que le libéral qui porterait une main légère sur des institutions sacrées, pourrait être un fléau uon seulement pour son pays, maïs pour l’humanité tout entière.

Certes, je suis loin de faire un reproche à nos adversaires ‘ de leurs convictions, mais pour moi, je l'ai déjà dit, je suis un libéral. Je suis un de ceux qui pensent que partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de aouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer.

Page 1