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Du reste, le libéralisme me paraît de tous points supérieur à l’autre principe. Le principe du libéralisme réside dans l'essence même de notre nature, danscette soif de bonheur que nous apportons avec nous dans la vie, qui nous suit partout, pour n'être cependant jamais complètement assouvie ds ce côté-ci de la tombe. Notre âme est immortelle, mais n°93 moyens sont bornés. Nous gravitons sans cesse vers un idéal que nous n'atteignons jamais. Nous rèvons le bien, nous n'atteignons. jamais que le mieux. A peine sommes-nous arrivés au terme que nous nous étions assignés, que nou" y d'“ouvrons des aorizons que nous n'avions pas même soupçouués. Nous nous y précipitons, et.ces horizons, explorés à leu».tour, nous en découvrent d’autres qui nous entrainent encore et toujours plus loin.
Ainsi en sera-t-il tant que l’homme sera ce qu'il est ;. tant que l'âme immortelle habitera le corps. mortel ;, ses désirs seront toujours plus vastes que ses moyens, ses actions n'arriveront jamais à la hauteur de ses conceptions. IL est le véritable Sysiphe de la fable ; son œuvre toujours finie est . toujours à recommencer.
Cette condition de notre nature est précisément ce qui fait la grandeur de. l'homme ; ca elle le condamne fatalement au mouvement, au progrès ; nos moyens sont bornés, mais notre. nature est perfectible, et nous avons l'infini pour champ de course. Ainsi il y a toujours place pour l'amélioration de notre condition, pour le perfectionnement de noire nature, et pour l'accession d’un plus grand nombre
à une vie plus facile. Voilà encore ce qui, à mes yeux,. cohatithe la supériorité du libéralisme.
En outre, l'expérience constate qu 'insensiblement, imperceptiblement, il se glissera dans le corps social des abus qui finiront par entraver sérieusement son ascension pProgressive, peut-être par mettre son existence en danger.
L'expérience constate encore que des institutions qui, au début, auront été utiles, parce qu’elles étaient appropriées à l'état de société où elles avaient été introduites, finiront par
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devenir, par le fait seul que tout changera autour d'elles,
d'intolérables abus. Telle a été parmi nous la tenure sei-'
gneuriale. Il est incontestable qu'aux débuts de la colonie, ce système avait singulièrement facilité l'établissement du sol. Mais en 1850, tout avait tellement changé parmi nous
que ce système aurait fini par pro-duireé des complications
déplorables, si notre assemblée, sur l'initiative des libéraux, n'avait eu la sagesse de l’abolir.
Comme PAT TT AE de cette loi que j'ai indiquée comme la cause déterminante des idées libérale et conservatrice, il se trouvera toujours des” hommes qui s’attacheront avec amour à tes abus, qui les défendront à outrance et qui verront avec terreur toute tentative d'y porter la, main. Malheur à ces hommes, s'ils s2 trouvent avoir le pouvoir, et s'ils ne savent pas faire le sacrifice de leurs préférences! Maïheur à ces hommes, s'ils ne savent pas céder et adopter les réformes
proposées ! Ils attireront sur leur pays des commotions d’au-
tant plus terribles que justice aura été refusée plus longtémps, L'histoire, hélas ! constate surabondamment que bien peu de ceux qui gouvernent ont su comprenüre ces aspirations de l'humanité et y faire droit. Il y a eu plus de révolutions causées par l’obstination des conservateurs que par les exayérations des libéraux. *
L'art suprême de gouverner est de guider ét diriger, en les contrôlant, ces aspirations de l'humanité. Les ‘anglais possedent cet art au suprême degré. Aussi voyez Pœtivre du grand parti libéral anglais. Que de réformes il à opérées, que d'abus il'a fait disparaître, sans secousse, sahs perturbation, säns violence ! Il a compris les aspirations des opprimés, il x compris les besoins nouveaux créés par des situations noûvelles, et, sous l'autorité de la loi, etsans autre instrument que la loi, il a opéré une série de réformes qui ont fait du peuple anglais, le peuple le plus libre, le plus prospère et le plus heureux de l’Europe, ;
Voyez au contraire les gouvernements du contitint. La
plupart n’ont jamais su comprendre les aspirations de leurs
peuples, Quand les malheureux relevaient la tête, pour faire axriver jusqu’à leurs poumons quelques souffles d'air et de liberté, ils ont été brutalement repoussés duns un cercle toujours de plus en plus hermétiquement resserré.
Mais, un jour est venu ch les obstacles ont volé ep éclats, où ces peuples se sont rués hors des machines qui les paralysaient, et, alors, sous le nom sacré de la liberté, on a vu s’ageomplir les plus effroyables crimes, Faut-il s'en étonner?
S'étonne-t-on quand les nuages amoncelés sur notre tête, éclatent en grêle et en foudre ? S'étonne-t-on quand la vapeur fait voler en éelats les parois qui la retenaient captive, parce que le mécanicien n'a pas eu la prudence de lever la soupape qui doit la dégager de l’exubérance de sa propre force ? Non, il y, a là une loi fatale, qui aura toujours le même effet, dans l'ordre moral, comme dans l’ordre physique. Partout où il y a compression, il y aura explosion, violences et ruines. Je ne dis pas cela pour ex-user les révolutions ; je hais les révolutions ; je déteste touxe tentative de vouloir faire triompher ses opinions par la violence. Au surplus, je suis moins disposé à en faire retomber la responsabilité sur ceux qui les font que sur ceux qui les provoquent par leur aveugle obstination, Je dis cela pour expliquer ia supériorité du libéralisme qui, comprenant les aspirations de la nature humaine, au lieu de Jes violenter, tâche de les diriger.
Croyez-vous par exemple que si l'Angleterre avait De isté à refuser aux catholiques leur émancipation ; si elle avait
isté à refuser aux-catholiques, aux juifs, et aux dénominations protestantes qui ne font pas partie de l'église établie, la plénitude des droits civils et politiques ; si elle avait persisté à conserver le suffrage restreint au petit nombre ; si elle avait persisté à refuser le libre commerce des céréales ; si elle avait persisté à refuser le droit de suffrageaux classes ouvrières, pensez vous qu'un jour ne serait pas venu où le peuple se fût levé en armes, pour se faire. à lui-même ceite justice qui lui aurait été obstinément refusée ? Pensez-vous que le lion hideux de l’émeute n'aurait pas grondé sous les fenêtres de
Westminster, et que le sang de la guerre civile n'aurait pas ensanglauté les rues de Londres, comme il a tant de fois ensanglanté les rues de Paris ? La nature humaine est partout la même, et là, comme ailleurs, la compression aurait produit explosion, violences et ruines. Ces calamités terribles ont été évitées, grâce à l'initiative des libéraux qui, comprenant le mal, ont proposé et appliqué lé remède.
Qu'y a-t-il de plus beau que l'histoire du graud parti libéral anglais dans ce siècle? Au début, c'est Fox, le sage, le généreux Fox, défendant la cause des opprimés, partout où il y a des opprimés. Un peu plus tard, c’est O’Connell, le grand O'Connell, revendiquant et obtenant pour ses coreligionnaires les droits et les privilégef de sujets anglais. Il est assisté dans cette œuvre par tous les libéraux des trois royaumes, Grey, Brougham, Russell, Jeffrey et une foule d'autres, Puis viennent successivement l'abolition de l’oligarchie gouvernemenfale, le rappel des lois prohibant le commerce des céréales, l'extension du suffrage aux classes ouvrières, et enfin, pour: covronner le tout, l'abolition de l’église d'Angleterre comme religion d'état en Irlande, Et remarquez-le bien, les libéraux qui opèrent ces réformes successives, ne sont pas recrutés seulement dans les classes moyennes, ‘mais quelques-uns de leurs chefs les plus illustres sont recrutés dans la pairie d'Angleterre. Je ne sache pas de spectaclé qui’ fasse plus d'honneur à l'humanité, que le spectacle dé ces pairs d’Angleterre, de ces nobles, de ces riches, de cs puissants, combattant opiniâtrément pour déraciner une foule d'abus séculaires, sacrifiant leurs priviléges avec un calme enthousiasme pour rendre la vie plus facile et plus heureuse à un plus grand nombre. A ce sujet, laïssez-moi vous citer une lettre de Macaulay à unde ses amis, écrite au lendemain du vote sur le fameux bill de réforme, qui mit fin au système des bourgs-pourris. Cette lettré, suivant moi, fait voir adamirablement ce que c’est qu'un libéral anglais. La voici. Je demande pardon de faire cette citation, parce qu'elle est un peu longue :
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“ Je ne reverrai jamais, je ne n'’attends pas à jamais revoir une scène semblable à la dérision Ne dé mardi dernier. Si je devais vivre cinquante ans, l'impression m'en resterait aussi fraîche et aussi vive que si elle venait d’avoir lieu. Cela doit être comme d’avoir ‘u César poignardé dans le sénat, ou Cromwell enlevant la nasse (mace) de sur la table du Parlement ; une scène qu’on voit une fois et qu'on n'oublie jamais. La foule débordait de la chambre de toutes parts. Quand les étrangers eurent reçu l’ordre de se retirer et que les portes eurent été fermées, nous étions six censé huit membres présents, cinquante-cinq de plus qu'on n’en uvait jamais vus dans aucune autre division précédente. Les oui et les no» furent comme deux volées de canon, tirées des deux côtés opposés d’un champ de batailie. Lorsque l'opposition se fut retirée dans le corridor (lobby), opération qui dura plus de vingt minutes, nous nous répandîmes sur les banquettes des deux côtés de la chambre ; car il y en avait plusieurs pérmi uous qui n'avaient pas pu trouver de siége pendant la soirée. Quand les portes eurent été fermées, nous commençâmes à faire des calculs sur notre nombre. Tout le monde était découragé, ‘ Nous sommes battus, nous ne sommes au plus que “ deux cent quatre-vingts. Je ne pense pas que nous soyons ‘ même deux cent cinquante. L'échevin Thompson les « “ comptés. 1i dit qu'ils sont deux cent quatre-vingt-dixpeuf.” Voilà ce qui se disait parmi nous. La chambre, lorsque les ministériels seuls s’y trouvaient, était déjà très remplie,
. plus même qu’elle ne l’est généralement dans les débats d’un intérêt considérable, Cependant je n'avais pas d'espérance que nous fussions trois cents. Comme les scrutateurs (ée/ers) passaient le long de la plus basse rangée gauche, l'intensité de notre attention devint intolérable—-deux-cent-quatre-vingt ouze—Jleux cent quatre-vingt douze,;—nous étions tous debout, le cou tendu, comptant avec les scrutateurs. A trois rents, il y eut un léger cri de joie ; à trois-cent-deux, un autre, mais supprimé au même instant, car nous ne connaissions pas encore le nombre des forces ennemies ; mous savions cependant que si nous étions battus, la défaite ne pouvait pas être considérable. Enfin, les portes sont ouvertes, et les voici qui entrent. Chacun d'eux, comme ïl entrait, apportait un compte différent du nombre qu'iis étaient. En effet, pressés comme ils l'étaient dans le corridor, il était impossible de se rendre compte exactement de leur nombre. D'abord on nous dit qu'ils étaient trois-cent-trois, puis ce chiffre s'aécrut jus-
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qu'à trois-cent-dix et. décrut de suite jusqu’à trais-cent-sept. Nous étions tous muets d'anxiété, lorsque Charles Wocd qui se tenait près de la porte, saute sur un banc en criant : ils ne sont que trois-cent-un. Alors nous paussous un cri qui aurait pu être entendu jusqu’à Charing Cross, nous je:ons nos chapeaux en l'air, nous battons des pieds, nous nous frappons Jes mains,
“ Les sercizic:rs peuvent à peine se frayer un passage dans la foule ; la chambre était remplie jusqu’à la table, et une mer de têtes s'y agitait comme dans le parterre d’un théâtre, Mais vous aurics pv entuudre tomber une épingle, lorsque Duncannon lut les chiffres. Alors, de nouvelles acclamations éclatent, et plusieurs d’entre nous versent des larmes, Pour moi, je pouvais à peine retenir les miennes. Et il fallait voix la mâchoire de Peel tomber, et la figure de Twiss qui avait l'air d’un dammé, et Herries qui avait l'air de Judas ôtant sa eravate pour la dernière opération. Nous nous donnons des poignées de maine, nous nous frappons dans le dos, nous sortons riant, plexrant, et poussant des hourras. Et à peine les portés sont-elles ouvertes, que d’autres aeclamations répondent aux nôtres. Tous les passages, tous les escaliers, toutes les antichambres étaient pleins de gens qui étaient restés là jusqu'à quatre hew:-s du matin, pour connaître quel serait le résultat. Nous nous frayons péniblement un passage à travers deux masses compactes de. gens qui crient et agitent leure Chapeaux au-lessus de leurs têtes. Enfin nous voiei en plein air; j'appellé une voiture, et la première chose que le cocher me dit : “ Le bill est-il passé, monsieur ?—Oui, par une voix.—Que le ciel en soit béni!” Ei Macaulay finit par une phrase qui indigne bien le libéral : ‘ Ainsi, continue-t-il, finit une scène qui n'aura probablement pas d’égale, jusqu’à ce que le parlement réformé aït lui-même besoin d’être réformé, ”
Celui qui écrivait ainsi, dans ces termes exhilarants, venait de voter l'abolition du système en vertu duquel il tenait son mañdat. Macaulay tenait son mandat de la générosité d’un pair d’Angieterre, Lord Lansdowne, qui, l'avait fait élire par le bourg pourri de Calne. Je connais peu de pages qui fassent: plus d'honneur à l'humanité que cette simple lettre, qui nous montre ces natures anglaises, calmes et opiniâtres dans la lutte, qui s'émotionnent enfin, pleurant et riant à ’. fois,
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parce qu'un acte de justice vient d’être accompli, parce qu'un abus vient d'être déraciné du soi de la vieille Anglaterre,
Membres du Club Canadien, libéraux de la province de Québec, voilà quels sont nos modèles ! voilà quels sont nos principes ! voilà quel est notre parti !
Il est vrai qu’il existe er Europe, en France, en Italie et en Allemagne, une classe d'hommes qui se donnent le titre de libéraux, mais qui n’om£ de libéral gs le nom, et qui sont les plus dangereux des homtnes, Ce ne sont pas des libéraux, ce sont des révolutionnaires ; dans leurs principes ils sont
tellement exaltés qu’ils w’aspirent à rien moins qu'à la de:
struction de la société moderne. Avec ces hommes, nous n’avons rien de commun ; mais c’est la tactique de nos adversaires de toujours nous assimiler à vx Ces, aceusations sont audessous de nous, et la seule réponse que nous puissions faire dignement, c’est d'affirmer nos véritables principes, et de faire de telle sorte que nos actes soient toujours conformes à cs principes.
Maintenant, arrivé à.ce point de mon exposé, je passerai en revue l’histoire du parti libéral de notre pays. Je suis de ceux qui ne craignent pas de scruter l’histoire de mon parti. Je suis de ceux qui pensent qu’il y a plus à gagner à dire franchement Ja vérité, qu’à essayer de se faire illusion à soimênie et aux autres. Ayons le courage de dire la vérité ! Si notre parti a fait des fautes, nos dénégstions n’empècheront pas les choses d’avoir été ce qu’elles ont été. Du reste, si notre parti à commis des fautes, nous trouverons toujours dans l’autre parti assez de fautes pour compenser les nôtres, et au surplus, l’autre parti, ‘t-il immaculé, nos principes n’en seraient, pour cela, ni meilleurs ni pires. Ayous le courage de dire la vérité, et que la vérité dite sur nos fautes passées nous empêche d'y retomber à l'avenir.
Jusqu'à 1848, tous les Canadiens Français n'avaient formé qu'un seul parti, le parti libéral. Le parti conservateur, ou plutôt le parti fory, comme on l’appelait, n’était qu’une faible minorité, C’est de 1848 que datent les premières traces des
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deux partis qui, depuis, se sont disputé le pouvoir: M. Lafontaine avait accepté le régime établi en 1841. Lorsque M. Papineau fut revenu de l'exil, il attaqua le nouvel ordre de choses avec sa grande éloquence et de toute la hauteur de ses idées. Je n’entrepre”.drai pas ici de faire la critique de la politique respectivs de ces eux grands hommes. Tous deux aimèrent leur pays, ardemment, passionnément, tous deux lui dévouérent leur vie ; tous deux, par des voies différentes, n’eurent d'autre but que de le servir ; tous deux furent probes et désintéressés. Restons sur ces souvenirs, sans chercher qui des deux eut tort et qui eut raison.
Il se trouvait, à ceite époque, une génération de jeunes gens d’un graz à talent et d’une impétuosité de caractère plus grande encore. Désespérés d’être venus trop tard pour jour leur tête dans les événements de 37, ik se précipitèrent, avec une alacrité aveugle, dans ls mouvement politique de l’époque. Ils se trouvèrent au premier rang des partisans de M. Lafontaine, dans sa glorieuse lutte contre Lord Metcalfe. Ils l’abandonnèrent ensuite pour la politique plus avancée de M. Papineau, et, tout en se rangeant à sa suite, comme il était naturel, ils l'eurent bientôt devaacé.
Enhardis por leur propre succès, entraînés par leur propre enthousiasme, ils fondèrent un journal L’Avenir, dans lequel >’s se posèrent en réformateurs et eu régénérateurs de leur vays. Non contents de s'attaquer à la sitaation politique, ils s’attaquèrent audacieuser-ent à la situation sociale. Iis lancèrent un programme contenant pas moins de vingt-et-un articles, qui commençait par l'élection des juges de paix et finissait par l'annexion aux Etats-Unis, et qui n'était en somme rien autre chose qu’une révolution complète de la province. S'il eût été possible que, par un coup de baguette magique, les vinst-et-un articles de ce programme fûssent réalisés dans le cours d’une nuit, le pays au matin n'eut plus été reconnaissable. Celui qui l'aurait quitté la veille et y serait revenu le lendemain, n'aurait pu s’y retrouver.
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La seule excuse de ces libéraux, c'était leur jeunesse ; le plus âgé d'entr'eux n'avait pas vingt-deux ans.
Messieurs, je constate des faits, je n’entends pas faire de reproche à qui que ce soit. Le talent et les convictions sincères ont toujours droit à notre respect, Quel est celui d’entre nous, du reste, qui, s’il eût vécu à cette époque, peut se flatter qu’il aurait été plus sage, et qu'il ne serait pas tombé dans les mêmes écarts ? Tout prôtait alors à ces exagérations : la situation de notre pays, la situation en Europe.
Le pays n'était pas encore guéri des blessures de l’insurrection ; on nous avait octroyé une constitution libre, il est vrai, mais la nouvelle constitution n’était pas appliquée de bonne foi par le bureau colonial. IL y avait, au fond de chaque âme, des grondements que comprimait seul le souvenir de la vengeance tirée de l'insurrection. De tous les côtés, du reste, arrivaient jusqu'ici des eftluves de démocratie et de révolte. La société frémissait déjà aux premiers souffles de
cette grande tempête qui devait éclater quelques années plus
tard, presque par tout le monde civilisé, et qui fit un moment
“chanceler ia société sur elle-même. Les années qui précèdent
1848 sont effrayantes à contempler. On éprouve de l’horreur à constater ce travail sinistre qui- se faisait partout et qui jeta dans la révolte, à un moment donné, plus de quatrevingts millions d'hommes.
Cet état de choses devait puissamment agir sur des imaginétions jeunes, ardentes et inexpérimentées. Aussi, nos jeunes réformateurs, non contents de vouloir révolutionner leur pays, saluaient avec transport chaque révolution nouvelle en. Europe.
Cependant, à peine avaient-ils fait deux pas dans la vie «wils s'apercevaient de leur immense erreur. Dès 1852, ils publiaient un nouveau journal. Ils abandonnaiïent L'Avenir aux énergumènes et cherchaient dans le nouveau journal Le Pays, sans toujours la trouver, il est vrai, la voie ncuvelle que devaient suivre les amis de la liberté sous la nouvelle <onstitatton.
On ne peut aujourd’hui, en rekisant le programme de L'Avenir, s'empêcher de sourire ; om ne peut s'empêcher de sourire, en retrouvant avec un si grand bon sens quelquefois, tant de propositions absurdes ou impossibles. Il serait oiseux de repasser, une à une, toutes les propositions incongrues que contenait le: programme de L'Avenir. J'en prendra ne au hasard : les parlements annuels. Je suis certain qué chacun des jeunes réformateurs d'alors, qui est arrivé aujourd’hui à la députation; est fermement d'opinion qu'une élection tous les ein ans est tout-à-fait suffisante. Et d'ailleurs, n'est-il pas manifesteique les parlements annuels seraient une entrave constante à toute législation sérieuse, ét une source d’agitation en permanence ?
Cependant, le mal était fait. Le clergé, alarmé de ces allures qui ne rappelaient que trop les révolutionnaires d'Europe, déclara de suite une guerre impitoyable au nouveau parti. La population anglaise, amie de la liberté, mais amie de l'ordre, se déclara également contre le nouveau parti, et pendant vingt-cinq ans, ce parti est resté dans l’opposition, bien que l'honneur lui revienne d’avoir pris l'initiative de toutes les réformes accomplies depuis cette époque. C’est vainement qu’il demanda et obtint l’abolition de la tenure seigneuriale ; c’est vainement qu'il demanda et obtint Ia décentralisation judiciaire ; c’est vainement que le premier il donna l'élan à l'œuvre de la colonisation, ces sages réformes ne lui furent pas comptées ; c’est vainement que ces énfants, devenus hommes, désavouèrent les entrainements de leur jeunesse; c’est vainement enfin que le parti conservateur commit fautes sur fautes, la génération des libéraux , de 1848 était presqu'entièrement disparue de l’arèné politique, lorsque commença à poindre l'aurore d’un jour nouveau pour le parti libéral. Depuis ce temps, de nouvelles accessions ont été faites au parti ; des idées plus réfléchies, plus calmes, y ont prédominé ; quant à l’ancien programme, de toute la partie sociale, il ne reste plus rien du tout, et, de la partié
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Ilures lrope, parti.
ie de ti, et ition, re de C’est enure nt la emier brmes fants, leur ateur lorspour sions Îmes, te la bartié
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politique, il ne reste que les principes du parti libéral d'Angleterre.
Perdant ce temps, que faisait l’autre parti ? Lorsque la scission entre M. Papineau et M. Lafontaine fut devenue complète, la fraction du parti libéral qui suivit M. Lafontaine, finit, après quelques tâtonnements, par s'allier aux tories du Haut-Canada ; alors, au titre de libéral qu'elle ne pouvait ou n'osait pas encore avouer, elle ajouta celui de conservateur, Le nouveau parti se donna le nom de libéral-conservateur. Quelques années s’écoulèrent, et de nouvelles modifications survinrent ; le nouveau parti abandonna entièrement le titre de libéral, et ne s’appela plns que le parti conservateur. Quelques années s’écoulèrent encore, de nouvelles modifications survinrent ; je ne saisplus de quel nom nous appelons ce parti. Ceux qui aujourd’hui semblent y tenir le hayt du pavé, s’appellercnt eux-mêmes : le parti ultramontain, le parti catholique. Ses principes se sont imodifiés comme son nom. Si M. Cartier revenait aujourd’hui sur Ja terre, il ne reconnaîtrait plus son parti. M. Cartier était dévoué aux principes de la constitution anglaise. Ceux qui aujourd’hui, parmi ses anciens partisans, tiennnent le haut du pavé, repoussent ouvertement les principes de la constitution anglaise, comme vne concession à ce qu’ils 1ppellent l'esprit du mal. Tls ne comprennent ni leur p.ys, ni leur époque. Toutes leurs idées sont calquées sur celles des réactidnnaites de ‘France, comme les idées des libéraux de 1848 étaent calquées sur celles des révolutionnaires de France. Ils se passionnent pour Don Carlos et ie comte de Chambord, comme les libéraux se passionnaient pour Louis Blanc et Ledru-Rollin. Ïls crient: vive le roi! comme les libéraux
riaient : vive la république | ! En parlant de DonCarlos et du comte de C hambord, ils affecteut de ne jamais dire que Sa Majesté 1.07 Charles VIT, Sa Majesté le roy Henri V, tout comme les libéraux, en parlant de Napoléon IT, me disaient jamais que M. Louis Bonaparte,