XL VI
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risel de Marseille qui avait habité longtemps Odessa, qui s’y était marié et qui avait souvent parcouru l’Ukraine, la Volhynie, la Podolie et toute la Russie méridionale.
Voici ce que j’ai appris de lui.
Tout le monde connaît les conditions dans lesquelles se trouvent placés les propriétaires russes. Les serfs leur doivent le travail de quatre jours de la semaine et reçoivent en échange une nourriture bien inférieure à celle qui est donnée aux noirs de nos colonies.
Les terrains non cultivés sont tellement étendus dans ces provinces, et les bras y sont si rares, qu’on ne sème guère à la même place que tous les quinze ou vingt ans. On n’v pratique jamais qu’un seul labour très-superficiel. C’est celui qui précède l’ensemencement. On n’y emploie aucun engrais.
Ces circonstances, dont plusieurs m’étaient déjà connues, expliquent bien la différence de situation des propriétaires russes et des cultivateurs français. Mais restait la question des transports. Parmi les blés qu’on embarque à Odessa, il en est qui viennent de points éloignés de deux cents lieues. J’ai appris que ce transport ne coûtait presque rien aux propriétaires russes.
Leurs serfs ou mougics l’effectuent. Ils chargent les blés sur de petites charrettes, attelées de deux bœufs, dont les essieux sont en bois et les roues pleines,
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toutes pareilles par leur construction à celles des chariots que quelques-uns d’entre vous, messieurs, ont vus dans le pays basque. On leur remet une provision 5e farine dans un petit sac. Ils partent. Le voyage dure quelquefois plus d’un mois. Le soir, quand le mougic arrive au bord d’un ruisseau, il dételle ses bœufs, les laisse paître dans les steppes, prépare un peu de bouillie avec la farine qu’il a apportée, la fait cuire avec quelques herbes desséchées et se couche sur la terre. Le lendemain matin, il renouvelle ce frugal repas et se remet en marche. Arrivé à Odessa, il décharge sa charrette, vend ses bœufs pour la boucherie, sa charrette comme bois à brûler, et' revient à pied dans son pays. Il ne met quelquefois que huit jours pour parcourir la distance qui lui a demandé un mois quand il conduisait son attelage.
Nous recevons par la mer Noire des blés tendres et des blés durs. Le blé dur, triticum durum de Desfontaine, a le grain très-petit, l’apparence cornée, ne contient point de son , mais une énorme quantité de gluten. On ne le recueille pas dans toutes les parties de la Russie méridionale, mais seulement sur les bords de la mer d’Azof, où sa culture remonte à la plus haute antiquité. C’est la nature du sol qui explique ce fait. Le terrain y est extrêmement riche en engrais provenant de la décomposition de substances animales. La partie de la mer d’Azof qui longe la
NOTE
Crimée a reçu le nom de mer Putride. Placé dans d’autres conditions, le trilicum durum perd de sa qualité. On le cultive sur certains points du Languedoc et de la Provence, mais il n’y offre pas, à beaucoup près, les mêmes proportions de matière azotée.