XIV LES METAMORPHOSES
Voici V histoire, que j* abrège : Deux capitaines piémon^ tais qui avaient été fort amis, s*étant pris de querelle, se battirent de telle sorte que l'un blessa Vautre à mort^ sans être atteint lui-même. Le vainqueur dit à Vautre : « Nous fûmes trop amis pour que je vous achève ; ça, relevez-^vous et allez vous faire panser,
— Je le veux bien, dit le blessé en remerciant son adver» saire; mais ne vous en tenez pas là, et faites plus corn-plètement les choses. Simulez, je vous prie, une blessure et portez quelque temps votre bras en écharpe afin de m* éviter la honte détre aux yeux de la galerie capot comme je le suis, et pour que, désormais, nous puissions redevenir amis comme nous Vêtions avant notre querelle.
— Vraiment, dit Vautre, je le veux; « et, se souillant un peu le bras du sang de Vautre, il fît la mine et, le dit, qu'il ûvoit esté blessé, mais que ce n*estoit rien et qu'il voudroit avoir donné beaucoup et que Vautre ne le fust pas plus; lequel pourtant se guérit avec grand*peine et furent, après, faicts bons amis comme devant, sans peu de difficulté, à cause de cette légère blessure prétendue, et aussi que Vautre voulut en cela recognoistre Vobligation qu*il lui avoit de la vie. Cette cour» toisie est belle, et sur laquelle il y a beaucoup à gloser et à discourir, »
Oui certes, elle est belle, cette courtoisie romanesque, belle autant que rare parmi tant de capitaines et de capitans dont le sang rougit le sol de la vieille France, en guerre contre elle-même quand elle ne Vêtait pas avec ses voisins. Nous avons imaginé, nous autres, un compromis singulier entre le respect que nous prétendons professer pour la vie de nos semblables et les sacrifices humains qui nous semblent exigés par le culte de Vhonneur, La logique s'accommode comme elle peut