‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 9 sur 143 · DU DUEL 3CII · texte numérisé non relu

DU DUEL 3CII

contre le duel. Du moment quils ne poursuivent plus que ses irrégularités, c'est qu'ils l'approuvent ou du moins le tolèrent régulier, A Vheure oit j'écris, on vient même de voir un prési' dent sur son siège rendre publiquement hommage à la belle attitude d*un duelliste sur le terrain. C'est aller un peu loin. Mais le zèle sévit encore plus dangereusement que Vépée et le pistolet. Il fait des victimes partout.

Lisez ou relisezy dans la belle édition en tête de laquelle ces lignes se trouvent appelées à l'honneur de figurer, les proues-^ ses célébrées par un spectateur des anciens combats; comparez les récits que nous fait Brantôme, avec tant de verve et si peu de sens moral, aux notables duels modernes dont le baron de Vaux, pour ne citer que lui des nouveaux docteurs en la matière, nous a récemment offert le tableau chaudement coloré, et vous jugerez avec nous que, l'épée ou le pistolet au poing, nous valons mieux que nos aïeux, non pas certes par la bra' voure, qui était en eux insurpassable, et qui, chez nous, se double de prudence et se complique de procédure, mais par un idéal plus délicat, en matière de loyauté et de chevalerie. Nous' autres, bourgeois du XIX^ siècle, nous sommes plus gentilshommes dans nos différends particuliers que les seigneurs empanachés qui revivent dans les comédies trop souvent tragiques devant lesquelles Brantôme allume la rampe au feu de son esprit. Après avoir bien attentivement compulsé les anec^ dotes qui se succèdent sous sa plume intarissable, il me semble n'en avoir rencontré qu'une où la générosité d'une âme délicate se donne véritablement carrière, et, pour la rareté du fait, je veux détacher ici cette fleur unique, qui m*a fait songer à celle que vit éclore entre les pavés de sa prison un captif d'Etat dont Saintine a fait son héros dans le roman si célèbre, il y a cinquante ans, de Picciola.

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