I. Se doulloit, se plaignait
qu'en tel cas il la falloit maintenir jusques au bout, et ne pas mettre en balance sans l'advis des plus grands capitaines ou ordonnance des généraux ; mais de gayeté de cœur s'aller battre comme il fit, force gens luy donnoient blasme : car enfin il faut honnorer son estât et ne le mettre à si bon marché.
Le capitaine Bourdeille, mon frère, brave et vaillant certes (je ne pense point faillir si je le dis, car il estoit tel estimé de son temps), estant en Piedmont, commandant à des gens de pied, il avoit avec luy un fort brave soldat qu'on nommoit le capitaine Tripaudiere, Gascon, qu'il avoit eslevé, dressé, entretenu avec luy l'espace de six ans, et faict voir son monde aux guerres de Piedmont, d'Hon* grie et de Parme, le menant tousjours quant et lui ', et Taymant fort, et luy ayant appris à tirer bien des armes, car mondict frère les avoit très-belles en la main. Par cas, ce Tripaudiere fut suborné et gaigné par M. de Bonnivet, pour lors couronnel en Piedmont, pour estre avecques luy l'un de ses capitaines entretenus, dont il laissa mondict frère, qui, en estant despit^, le fît appeller sur le pont du Pau, qui ne faillit d'y aller, tant il s'estoit fait presumptueux; mais en y allant il fut rencontré par aucuns capitaines, et retourné en la ville, et mené à M. de Brissac, pour empescher le combat, qui envoya quérir mondict frère pour les accorder. La chose fut fort disputée, et mesmes des vieux capitaines de là, qui dirent n'y avoir