I. A Texpédition de Tercère
i66 DISCOURS
laine y a-t-il qu'un gentilhomme de marque se feroit tort de le combattre, encor qu'il alleguast qu'il y a tant de temps qu'il porte les armes. Mais comment les portent-ils? En les traisnant et en tenant les champs, cherchant les paroisses, en vivant et rançonnant le bon homme, et se trouvant peu aux belles factions. Quand ce vient à une bonne affaire, ils ont autant de cœur que putains. Je parle d'aucuns, mais non de tous.
Comme nous disons du capitaine, de mesmes en faut dire du soldat, lequel se vantera avoir porté les armes tant de temps. Mais quoy 1 C'est en faisant la vie de ripaille, comme j'ay dict du capitaine. Et qu'il faille recepvoir telles gens en combats, ce sont abus ! ouy bien les braves capitaines et bons soldats signalés, desquels la vaillance est tres-esprouvée, dont nous en avons encor force parmy nos bandes : car je serois bien marry de parler de tous en gênerai, ainsy que je les loue en mon livre des Couronnels,
Voilà ce que j'en ay ouy discourir à de braves capitaines en ceste dispute que je viens de dire. Et, entre autres beaux exemples, alléguèrent M. de Maison-Fleur, gentil et brave capitaine de son temps, lequel, estant à la guerre de Flandres, pour contenter un soldat qui se doulloit' de luy, s'offrit de le combattre. Le soldat le prit au mot; et se battirent si bien qu'ils se tuèrent. Brave et vaillant acte, certes ! Aucuns louèrent la vaillance et la générosité dudict Maison-Fleur; autres le blasmerent d'avoir desrogé à l'authorité de capitaine, et l'avoir trop abbaissée, et