‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 101 sur 143 · Despit, dépité · texte numérisé non relu

Despit, dépité

i68 DISCOURS

aucune raison qu'un petit capitaineau entretenu depuis trois jours se battist contre le capitaine Bourdeille (qui ne vouloit que se battre, et point s'accorder), ayant commandé il y avoit long-temps; de plus, qu'il estoit gentAhomme de fort bonne part et bon lieu, appartenant à des plus grands de la France. Force capitaines remonstrerent au capitaine Bourdeille, veu ses qualités, qu'il se faisoit grand tort, et à tous eux, de s'abbaisser par trop que de vouloir se battre contre un qui n'avoit pas trois jours qu'il n'estoit que son simple soldat, sa créature, et faict capitaine nouveau, encor de gayeté de cœur et sans subject. A quoy ne vouloit entendre le capitaine Bourdeille : car il estoit un jeune homme escalabreux ', vieux capitaine pourtant. Mais enfin il fut tant persuadé des grands et vieux capitaines de par delà et de ses compaignons de se contenter que ledit capitaine Tripaudiere luy fist une fort grande soubmission, en luy requérant fort ses bonnes grâces et amytié, à quoy il s'accorda; mais jamais il ne l'ayma plus; et en fît peu de compte, car il estoit ennemy d'un ingrat.

Un peu advant ce différend il en estoit arrivé un entre le capitaine La Chasse, Provençal, vieux capitaine et gentilhomme de bonne part, et le capitaine Riolas, vieux capitaine aussy, que j'ay veu suivre feu M. de Guyse le grand, et mourut à l'assaut du siège de Royan prés de luy. Quand ce fut pour les accorder, il y eut grande dispute, bien qu'ils fussent tous deux esgaux capitaines en valeur et honneur et expérience ; mais le capitaine La Chasse se disoit gentilhomme, et avoir ce poinct par-dessus Riolas ;

I . Escalabreux, rude, intraitable. (V. plus haut la note, p. i 2 3 et i 58.)

à quoy monsieur le mareschal et autres grands capitaines eurent de Tesgard.

J'espère en mon second livre ' parler de plusieurs accords de querelles que j'ay veu faire et ouy dire, ensemble des parolles et satisfactions qui s'y sont dictes et practiquées : en quoy du tout je m'en rapporteray aux grands capitaines, et mesmes sur le subject si les gentilshommes bien qualifiés et capitaines encore bien signalés n'ont pas quelque poinct sur les autres du commun, puisque deux vertus sont plus puissantes qu'une. En voicy un autre conte, et puis plus, mais bien divers aux deux precedens.

Un soldat de la couronnelle^ de M. de Bonnivet, en Piedmont, vint à offenser un tambour du capitaine Sainct- André. Le tambour, qui estoit brave et courageux (comme j'en ay veu aucuns parmy nos bandes qui sçavoient faire autre chose que toucher la caisse], demande à se battre contre le soldat, et le fait appeller. Le soldat le refuse tout plats, disant que ce seroit un grand reproche à luy, vieux et signallé qu'il estoit, de se battre contre un tambour ; et plusieurs capitaines tenoient ceste opinion pour luy. Par quoy, Sainct-Ândré, que j'ay veu tres-brave capitaine et gouverneur d'Âigues-Mortes despuis, se radvise d'oster la

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