‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 110 sur 143 · Henri III · texte numérisé non relu

Henri III

pette ; mais n^j voulurent entendre. Par quoy les va assiéger avecques un fort beau appareil et attirail d'artillerie, et non point de petit compaignon, mais digne d'un grand seigneur comme luy. Sur ces entrefaictes , ledict Aubeterre envoyé un cartel à M. d'Espernon, pour l'appeller au combat; mais M. d'Espernon en peu de mots luj respond ainsy : < Je m'en vais pour le service du roy où ma charge m'appelle : ayant faict là, je parleray à vous. Cependant je suis fort homme de bien et d'honneur, et quiconque voudra dire du contraire en aura menty. » Et sur ce poinct part avecques ses troupes, et va faire son siège de Villebois, le prend en moins de huict jours, contre toute l'espérance de tout le monde, qui croyoit que d'un mois ne le prendroit, et ce à la barbe dudict sieur d'Aubeterre, qui estoit dans son chasteau d'Aubeterre, retiré avecques ses gens, sans donner une seule allarme au camp de M. d'Espernon, qui n'estoit pas si grand ni si bien gardé qu'il ne deust estre un peu esveillé et fatigué; et ne secourut nullement son frère, ny ses compaignons, auxquels il avoit donné de belles parolles ; et furent la plupart tous pendus et tués. Après cela, M. d'Espernon part, et s'en va en Perigord luy prendre le chasteau et ville de Nontron, sans qu'il luy en fîst empeschement le moins du monde, encor qu'il eust faict une fort belle assemblée d'honnestes gens que je sçay et cognois, auxquels ne tint nullement qu'ils ne vinssent aux mains, ce disoient-ils.

Là-dessus j'ay veu discourir à beaucoup de bons capitaines : n'eust-il pas mieux valu audict sieur d'Aubeterre de combattre en foule M. d'Espernon, puisqu'il alloit de la cause du gênerai , que de s'aller amuser à composer son cartel et altérer sa plume , duquel cartel seul ne se con-

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tenta, mais en allaencor faire je ne sçay combien d'autres, si grands et si amples et longs que Ton disoit qu'ils sembloient mieux ses leçons qu'il avoit appris à Genève, où il avoit esté né, eslevé et endoctriné, que cartels de cavalliers, qui doibvent estre les plus brefs que l'on peut?

Nonobstant, M. d'Espemon, après avoir mis ordre aux affaires du public , ne laisse à vouloir entrer (ce disoit-on, d'autres disent non) en estaquade, et s'offrir d'aller dans Blaye sur laparolle de M. de Lussan, encor qu'il fust plus amy dudict Aubeterre que de luy; et s'offre encor d*aller dans la basse-cour de monsieur le marquis de Trans; mais il s'y trouva des difficultés. Ceux duparty de M. d'Espernon disent cela, les autres le nyent : c'est le moindre de mes soucys. Cependant M. d'Espernon ne chauma point; et luy fait la guerre à telle outrance qu'il le contraint à quitter le party de la Ligue, et, pour sa seureté et de son chasteau , de prendre celuy du roy, et de l'aller trouver en France, et luy demander pardon. Estant là, il se remet encor sur la plume et ses cartels, et en fait un, non de sa teste, à ce qu'on dit, mais forgé où je dirois bien, et luy faict tenir par un tambour, qui luy présenta à Xainctes, sans en sçavoir rien ; dont pour cela il meritoit d'estre pendu , pour abuser de sa charge à l'endroict de son couronnel; mais M. d'Espernon luy usa de miséricorde (d'autres disent qu'il le fit fouetter à sa cuisine jusqu'à mourir), dont il fut tres-loué ; et luy fit response qu'il n'avoit point respondu aux dementys qu'il luy avoit donnés, et que, lorsqu'il y auroit satisfaict, alors il parleroit à luy, et qu'aprés qu'il auroit faict le service du roy en Guyenne, qu'il yroit en France, où il Tappelloit, et à l'armée du roy pour le combattre. A quoy M. d'Espernon ne faillit : car, ayant

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mis ordre à quelques affaires particulières qu'il avoit en Gascongne, et y avoir amassé quelques forces pour mener au roj, et mis ordre à son gouvernement, il alla trouver le roy en France avecques deux mille hommes de pied et deux cens bons chevaux, qui fut un secours bon et à propos ; dont aucuns disent que ledict sieur d'Aubeterre , le sentant venir (ce que l'on ne présume), partit d^avecques le roy, et s'en vint en sa maison.

J'ay entendu dire que beaucoup de grands capitaines, et entre autres monsieur le mareschal de Biron , qui sçait bien peser les choses, ne trouvèrent jamais bons ces desfis dudict Aubeterre, et qu'il n'estoit raison que luy, simple gentilhomme , seneschal d'une petite province , voire des moindres de la France, qui est Perigord, et qui n'avoit faict de grandes preuves de sa personne encor au prix de l'autre, allast ainsy desfier un duc et pair de France, et couronnel de l'infanterie , et qui avoit gouverné paisiblement son roy, et manié l'espace de dix ans toutes les affaires de l'Estat. Néanmoins , il n'a jamais tenu audict M. d'Espernon (ce disoit-on) qu'il n'ayt combattu; et, s'il eust trouvé ledict Aubeterre au camp, infailliblement se fussent battus, encor qu'il en fust fort dissuadé de plusieurs raisons et de plusieurs amys et serviteurs. Le roy l'en sollicitant d'accord, il dit qu'il ne s'accorderoit que premier il n'en fust esté disputé et dit par les officiers de la couronne, disant que cela leur touchoità tous. Enfin pourtant, un gentilhomme, que l'on cognoit sans le nommer', les accorda sans autre cerimonie, et les fit embrasser au bout d*un an, après s'estre bien envoyé des desmentys, des cartels

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