‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 112 sur 143 · Attiffaict, coiffure de veuve · texte numérisé non relu

Attiffaict, coiffure de veuve

l88 DISCOURS

Il arriva de mesmes à M. de Sainct-Luc , brave et vail> lant seigneur certes. Ayant esté desfié et appelle par M* de Gouville, dont j'ay parlé cy-devant, estans tous deux à Anvers au service de Monsieur, ainsy qu'il alloit résolu au combat, et qu'il vouloit sortir hors la ville, fut arresté par La Vergne , capitaine de la garde françoise de Monsieur. Quand ces nouvelles en vinrent à la cour, je vis aucuns discourir qu'en cest appel l'on y debvoit avoir eu quelque esgard et considération , d'autant que M. de Sainct-Luc estoit qualifié , avoit esté maistre de camp des bandes de Piedmont , des affaires et cabinet du roy, capitaine de gens-d'armes, chevallier de l'Ordre, lieutenant de roy en Brouage et isles de Xainctonge et autres charges. Autres disoient que M. de Gouville estoit gentilhomme , et fort noble par les belles armes qu'il avoit en main, mieux que gentilhomme de France , et que ce fust esté une belle gloire à M. de Sainct-Luc de se battre contre luy, comme il monstra bien qu'il n'en fit point de refus, et encor plus belle s'il en fust reschappé , ainsy que son brave et généreux courage l'y poussoit.

J'alleguerois icy voluntiers un exemple sur un différend qui arriva un de ces ans entre M. de Sainct-Gouard, tournant nouvellement ambassadeur d'Espaigne, et un gentilhomme de Xainctonge duquel j'ay oublié le nom. Je n'en sçay pas bien le conte au vray, car pour lors je n'estois pas en France , et aussy que les uns me l'ont dict d'une façon , et les autres de l'autre; voylàpourquoy jem'en tays. Tant y a qu'après quelques petites gallanteries et bravades passées entre l'un et l'autre, le roy fut informé du tout, et trouva fort mauvais les formes de procéder du gentilhomme à i'endroict

de M. de Sainct-Gouard^ d'autant qu^il estoit gentilhomme fort qualiffîé, chevallier de son Ordre, et son ambassadeur d'Espaigne; et pour ce le roy luy envoyé un de ses hérauts d'armes, pour luy remonstrer sa faute et luy signifier qu'il ayt à comparoistre devant Sa Majesté et officiers de sa couronne, et de ne passer plus outre. Le gentilhomme s'excuse , et dit cognoistre ledict M. de Sainct-Gouard pour estre voysins, et estre gentilhomme comme luy, ne sçavoir qu'il fust chevallier de l'Ordre ; mais qu'ayant premier commancé à offenser, il ne pouvoit moins faire que d'en avoir raison sans aucun respect; et que luy, estant ainsy marqué de telles qualités, debvoit le premier monstrer le chemin de la discrétion. Quant à le recognoistre pour ambassadeur, il ne le cognoissoit nullement, ayant quitté l'Espaigne , et par ce moyen sa charge expirée ; et qu'en Espaigne, tenant lieu et la place de Sa Majesté, il l'eust recognu comme tel, et comme il eust deu, mais non pas en Xainctonge. Force autres choses et raisons allegua-il pourresponse audict héraut, lequel, avecques quelqu^un de ses amys , la fit aussy entendre au roy, sans vouloir aller vers luy, craignant son indignation.

Je ne mettray ici par escrit ce qui fut disputé et arresté là dessus au conseil du roy, car je ne le sçay pas bien, ny ce qui s'y passa despuis, et aussy qu'il y a encor aujourd'huy force gens du conseil et capitaines vivans qui le sçauroient mieux dire que moy. Je diray seulement que sur cela j'ouys dire à un très-grand seigneur que le roy, pensant faire beaucoup pour M. de Sainct-Gouard, et peu pour le gentilhomme à le vouloir ravaller, fit beaucoup pour ledict gentilhomme de luy avoir envoyé un de ses hérauts, comme si ce fust esté à un prince estranger son pareil, ou

autre grand seigneur de son royaume, au lieu de luy envoyer ou quelque trompeue, ou un archer de ses gardes, ou un huissier de son conseil ou de la cour, voire un simple sergent de masse, en quoy le roy Thonnora de beaucoup. Je m'en rapporte à la vérité du tout, et au dire des grands capitaines là-dessus.

Nous avons veu ces jours passés une grande querelle entre monsieur le mareschal d'Ornano et M. de Montespan, tous deux braves seigneurs, mais differens de qualités et de charges : Tun mareschal de France, et l'autre lieutenant de roy en Guyenne. Ils furent presls à venir aux mains, sans beaucoup d'obstacles, et mesmes les deffenses du roy. On en parle fort diversement; mais |c*est un grand cas de se battre contre son lieutenant gênerai : en quoy on doit bien admirer nos roys et autres grands princes souverains qui ont empesché cest abus, dont il en arrivoit beaucoup de maux.

Or, sur ces comparaisons de noblesses, de grades, de qualités, d'honneurs, de valeurs et autres subjects semblables, j'ai veu sourdre parmy seigneurs, gentilshommes, capitaines et autres, force querelles et grandes disputes, dont j'en alleguerois plusieurs exemples si je voulois ; mais, pour fuyr une prolixité possible trop fascheuse, je me contenteray d'alléguer cestuy-cy seulement.

Lorsque Tentreveue de la reyne d'Espaigne se fit à Bayonne, nostre roy et la reyne sa mère s'adviserent, pour plus honnorer la feste, d'envoyer Monsieur, frère du roy (despuis nostre roy), jusques en Biscaye, au devant de la-

dicte reyne, avecques cent ou six vingts chevaux de poste, Taccompaignans plusieurs princes, seigneurs, chevalliers de l'Ordre, capitaines de gens-d'armes, gentilshommes de la chambre, tant du roy que de Monsieur, et gentilshommes servans, vestus de leurs habillemens de poste, fort riches et pompeux, qui estoient de velours cramoisy ou incarnadin d'Espaigne, avecques force passemens d'argent ; mais les uns estoient plus couverts et enrichis que les autres, c'est à sçavoir : ceux des princes, ducs, marquis, comtes, chevalliers de l'Ordre et capitaines de gens-d'armes, estoient ainsy quasy tous pareils ; ceux des gentilshommes de la chambre du roy et de Monsieur estoient moindres ; et ceux des gentilshommes servans encor moindres. Il y eut, parmy ceste belle trouppe, le seigneur de Lignerolles, l'un des gallans de la cour, et fort accomply, tant pour les armes que pour la parolle : car il estoit tout plein de sçavoir, et qui avoit le cœur grand et glorieux; il n'estoit encor que gentilhomme de la chambre du roy et de Monsieur (qui n'estoit pas petit honneur et titre de ce temps là), et qui ne se sentoit moindre qu'aucuns chevalliers de l'Ordi'e et capitaines de gens-d'armes, comme vous entendrez. Quand ce vint au despartement desdicts habillemens, et que l'on ne luy en donna que de ceux des gentilshommes de la chambre, il le refusa tout à plat^, et le renvoya bien loing, sans en vouloir nullement prendre, disant qu'il en meritoit aussy bien un des beaux et riches qu'aucuns qui en avoient eu. Entre autres nomma le seigneur de Montsalés et d'Autefort, lesquels estoient de ladicte compaignie des qualifiés et habillés de la grande

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