‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 114 sur 143 · Saint-Jean de Lorges · texte numérisé non relu

Saint-Jean de Lorges

2. Henri III, n*étant encore que duc d* Anjou, avait fait confidence à Lignerolles du dessein qu'avait la cour de se défaire des chefs huguenots par certaine voie qui ne fut pas suivie. Celui-ci ayant fait connaître à Charles IX qu*il savait la chose, ce prince détermina le duc son frère à faire tuer Lignerolles plus tôt que plus tard, de peur que par son babil les huguenots ne fussent avertis de ce qui se tramait contre eux. (Note de Le Duchat.)

un guet-à-pens, est irrémissible, mesmes envers < nos grands, juges et sénateurs de nos cours , comme nous en voyons tous les jours de tres-rigoureuses punitions. Je me suis un peu trop perdu en ceste disgressîon, pour avoir esté un peu longue; mais pourtant n*aura esté mauvaise, et possible aura pieu à aucuns.

Et, pour reprendre nostre chance première du discours sur les combats des grands, je feray ce conte que j'ay leu en partie dans le roman de Bavard, et l'autre dans un livre espaignol : qui est que, le matin du jour de la battaille de Ravenne, ainsy que toute l'armée passoit au-delà du canal, M. de Bayard dit à M. de Nemours son gênerai : « Mon^ sieur, allez-vous un peu esbattre le long de ce canal , qui est beau et plaisant, en attendant que tout ajt passé. » A quoy M. de Nemours s^accorda, et prit en sa compaignie une demi-douzaine de ses grands capitaines qu'il avoit avecques luy, comme MM. de La Palisse, de Bayard, d'Allègre , de Lautreq et autres; et, en se pourmenant, il dit à M. de Bayard : « Monsieur de Bayard, nous sommes icy en belle butte pour les harquebusiers, s'il y en avoit de cachés derrière ces hayes. » Et, sur ces propos, vont adviser une troupe de vingt à trente chevaux qui venoient pour recognoistre l'armée , entre lesquels estoit don Pedro de Pas, capitaine de tous les genetaires. Sy s'advança M. de Bayard de la troupe , de vingt ou trente pas, et, les saluant , leur dit : « Messieurs , vous vous esbattez comme nous, en attendant que le grand jeu commence. Je vous

Page 1