‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 116 sur 143 · I. Brescia · texte numérisé non relu

I. Brescia

montoit à vingt-cinq ans. M. de Bayard luy respondit alors : « C'est M. de Nemours, nostre gênerai, nepveu à nostre roy, et frère à vostre reyoe. » Il n'eut pas plustost achevé le mot que, soudain mettant tous pied k terre, don Pedro s'adressant, la teste nue, à M. de Nemours, luy dit: Monsmor, salva la honra de Espana y de nuestro rey, todos cuantos que aqui estamos, somosservidores criadosde Vuestra AUeza; c'est-à-dire : « Monseigneur, sauf l'honneur d'Espaigne et de nostre roy, tous tant que nous sommes icy, nous sommes serviteurs de Vostre Altesse. » M. de Nemours, qui estoît la mesme courtoisie, les remercia avecques toutes les honnestetés du monde, et puis leur dit : a Messieurs, je vois bien que dans aujourd'huy nous sçaurons à qui demeurera le champ, à vous ou à nous ; mais à grand peine se desmeslera ceste affaire sans grande effusion de sang; et, pour éviter cela, si vostre vice-roy vouloit vuyder ce différend de sa personne à la mienne, je ferois bien que tous mes compaignons et amys qui sont icy avecques moy y consentiront; et, si je suis vaincu, s'en retourneront en la duché dç Milan, vous laissant paisibles de deçà ; aussy, s'il est vaincu, vous en retournerez tous vous autres vers Naples. » Quand il eut achevé son dire, luy fut incontinent respondu par le marquis de La Padulle, grand seigneur napolitain : a Monsieur, je croy fermement que vostre généreux cœur vous feroit voluntiers entreprendre ce que vous proposez, et possible en viendriez à bout; mais, selon mon opinion, je croy que nostre vice-roy ne se fie point tant en sa personne qu'il y condescende, pour beaucoup de raisons, et aussy que les principaux de son armée l'engarderont. — Adieu doncques. Messieurs, dit M. de Nemours; je m'en vays passer

Teau, et promets de ne la repasser de ma vie que le champ ne soit vostre ou nostre. » Ainsy se despartirent.

Or, sur cette proposition que faisoit M. de Nemours pour se battre contre le vice-roy, il se dit qu'entre ses grands capitaines que j'ay nommés, [ceux] qui estoient pris de sa personne luy dirent : a Monsieur, vous avez proposé une chose qu'encor que vous soyez nostre gênerai, auquel nous debvons obeyr comme à nostre roy, puisque vous le représentez, et nous estes donné de luy pour tel, nous n'oserions ny ne sçaurions vous permettre ce que vous avez offert, si vous estes pris au mot; et en serions repris grandement et menacés du roy, pour vouloir hasarder ainsy en un coup son Estât de Milan,[comme qui le joueroit aux dés sur une seule teste, encor que nous vous tenons si courageux, vaillant et adroit, que ce seroit bientost faict du vice-roy. Mais aussy, songez quelle honte ce vous seroit, à vous qui estes si grand prince et d'une si grande et illustre race yssu, que vous estes nepveu du plus grand roy du monde, d'aller combattre un inférieur à vous, encor qu'il tienne le lieu qu'il tient, et soit gênerai de son party comme vous estes du vostre ; mais pourtant il y a bien de la différence de vous à luy : qui pis est, il est vassal de la reyne d'Espaigne, vostre sœur, la plus glorieuse et hautaine femme du monde, laquelle, pour ce seul trait, vous desavoueroit pour frère, et le roy vous en voudroit mal à jamais. » Là-dessus on doit considérer les difficultés qui se font en telles choses et combats, auxquels on requiert l'égalité des personnes, comme du bien grand à grand cela est juste et faisable.

SUR LES DUELS lot

Nous lisons que, du règne de Philippes-le-Bel, sortirent de grandes querelles entre le comte de Foix et le comte d'Armaignac, tous deux beaux-freres, de sorte qu'ils se desfièrent au combat, et en prirent jour de duel ; et fut assigné le lieu d*iceluy à Gisors, par la permission dudict roj Philippes -le-Bel.

Il se lit qu'après la bataille d'Agyncourt, le roj Charles VI envoya offrir l'espée et Testât de connestable au comte d'Armaignac (lequel s'estoit retiré en son pays et maison), comme le méritant par sa grande valeur, lequel accepta la charge, plus pour obeyr au roy que pour envie et ambition; mais avant partir, ayant grosse querelle avec le comte de Foix, et ne voulant laisser son pays en proye à son ennemy, il tascha d'en voir la fin par une guerre ; mais ledict comte de Foix, ne voulant l'effusion du sang de leurs subjects, s'advisa l'envoyer desfier de sa personne à la sienne, corps à corps, ou accompaigné de dix gentilshommes, ou moins ou en plus grand nombre. Le connestable accepta aussy tost le combat ; et se trouvèrent tous deux au jour et au lieu assigné. Mais les comtes de Commenges et d'Estrac < , les vicomtes de Narbonne et de Carmain, avec les capitaines Barbasan et Sainte-Trailles^, s'y trouvèrent ; et, comme bons moyenneurs de paix, les engarderent de se battre, et les rendirent bons amys, et les firent accoller de bon cœur, bien qu'ils avoient esté ennemys mortels. Le comte de Foix se retira à Pau, et de là à Sainct-Jacques 3 , où il avoit vœu; et le comte

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