‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 118 sur 143 · Bandon, pour ban, proclamation, convocation · texte numérisé non relu

Bandon, pour ban, proclamation, convocation

iio DISCOURS

terre, qu'on nommoit Cœur-de-Ljon, grands ennemis Tun de l'autre, qui traitterent la paix au Guet d'Amours (gentil nom certes), où s'estoient assignés journée et battaille, entre Bourg-de-Dieu ^ et Chasteau-Roux, qui advint fort miraculeusement : car, comme ils estoient prests pour affronter leurs battailles d'une part et d'autre, les deux roys^ par le moyen d'un cardinal, firent faire alte à leurs armées, loing d'un trait d'arc ou plus, par convention faicte ; parlèrent ensemble en cedict Guet, où il y avoit un grand ormeau entre lesdicts roys ; et, comme ils s'entreparloient, sortit dudict ormeau un grand et gros serpent, horrible, et levant la teste, et sifflant contre ces deux rojs ; lesquels pour le tuer tirèrent aussy tost leurs espées, mais il leur esvada, et ne sceurent ce qu'il devint. Aucuns crurent que c'estoit un diable ainsy transformé : c'est un abus. Les deux armées, voyans ces deux roys ainsy tirer leurs espées nues, pensans qu'ils se deussent battre, commencèrent à s'esbran- 1er et marcher l'une contre l'autre ; mais aussy tost allèrent au-devant pour leur commander de ne bouger et reculer : ce qu'elles firent ; et puis eux, s'estans retournés en leur lieu, achevèrent leur parlement, si bien et beau qu'ils arresterent une bonne paix, et s'en retournèrent bons amis audict lieu de Bourg-de-Dieu, rendre grâces à Dieu et à Nostre-Dame en l'abbaye; dudict lieu. Voylà une gentille advanture, et tres-heureusCi rencontre, et bonne issue ! Si nostre roy et l'empereur en eussent pu faire de mesmes, ce fust esté un grand miracle.de Dieu, et qui eust apporté

I. Le Bourg-Diea, autrement dit Déols, à un quart de lieue de Châteauroux.

SUR LES DUELS tu

plus d'heur que s'ils fussent venus aux mains et se fussent entretués.

Nous avons, pour laisser les grands princes et rojs, mais pour venir à de grands capitaines, le desfy que feu M. de Langeaj, lientenant-general du roy en Piedmont, envoya à monsieur le marquis del Gouast, lieutenant aussy gênerai de l'empereur en sa duché de Milan, et ce sur la négative que faisoit ledit marquis de la mort et massacre de César Fregouse et Rincon sur Tesin, dont l'accusoit fort et ferme M. de Langeay ; et lui vouloit prouver par les armes, et vouloit entrer en camp sur ceste querelle. Et d'autant que ledit marquis y faisoit quelque difficulté, ledict M. de Langeay le voulut faire appeller devant la chambre impériale, ainsy qu'ils y envoyèrent leurs manifestes, qui se voyent en aucunes de nos histoires françoises, italiennes et espaignolles, et là demander le combat, ou bien, en cas de refus, demander luy estre faict raison sur un acte si vilain, d'autant quUl touchoit à toute chrestienté, d'avoir ainsy violé le droit des ambassadeurs. Laquelle façon de procéder le grand roy François approuva très-belle, et en fut fort content, ainsy que j'ay ouy dire à feu monsieur le cardinal du Bellay, son frère, qui en parle mieux que les livres. Mais mondict sieur de Langeay mourut sur ceste opinion et entreffaicte, dont n'en fut pas marry le marquis : car il estoit fort coulpable, voire autheur, ainsy que le croyoit tout le monde. J'en parle ailleurs. Ce combat estoit de grand à grand, et de gênerai à gênerai.

Ce brave M. de Montmorency, non encore connestable, mais grand-maistre de France, en fît de mesmes à l'endroit du connestable de Castille, devant Fontarabie, lors de la

délivrance de messieurs les Enfans de France ' ; lequel faî* sant du mussart^, ou plustost voulant se desdire sur ladicte délivrance, et faisant aussy du renard, pour amuser toujours mondict sieur de Montmorency, sans pallier autrement, luy envoya incontinent M. de La Guyche, gentilhomme de la chambre du roy, luy dire qu*il advisast à luy tenir sa parolle sans l'amuser davantage ; autrement, qu'il le desfîoit de sa personne à la sienne, pour luy faire tenir ce qu'il luy avoit promis sur ladicte délivrance, et qu'il l'attendoit avecques une bonne espée. Ledict connestable n*eut pas plustost ouy ces mots, bien qu'il fust brave et vaillant, qu'en un tournemain exécuta aussy tost ce qu'il avoit tant de* layé 3.

Je conterois force autres desfis de grands, et appels, mais je n'aurois jamais faict : comme celuy qui se fit du règne du roy Charles entre monsieur le mareschal d'Amville, aujourd'huy connestable, et M. de Longueville, qui se desfièrent tous deux au Pré aux Clercs à Paris, ayant chascun son second. Monsieur le mareschal avoit le chevallier de Batresse, son lieutenant de gens d'armes, et M. de Longueville, La Gastine, son lieutenant aussi. De dire le subject de leur appel, et à quoy il tint qu'ils ne se battirent, cela seroit trop long.

M. de Montpensier et M. de Nevers, du règne du roy Henry III, se cuiderent aussy battre pour quelques propos

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