I. En
tent, je vous asseure que je vous suis amy autant que jamais. » A quoy M. de Bussy, qui n'avoit point faute jamais de responses, et surtout en ces choses de combats, luy respondit : a Monsieur, je suis fort ayse que vous soyez content de moy, vous priant de croire que ce que j'en ay dict n'a esté nullement par crainte, car Bussy n'en eut jamais, et aussy que, vous tenant si magnanime et généreux comme je fais, je n'avois nulle peur de supercherie de vous, et que vous ne m'avez pas mené icy pour m'en faire et me couper la gorge en brigand, mais pour me faire l'honneur de me recepvoir et battre contre vous, ainsy que j'esperois de vostre vaillant et noble cœur, et comme le venez dire; mais, quand nous fussions venus là, advant qu'aller à vous je me fusse jette en terre en signe d'humilité que je vous dois; et le bras nud, et la teste nue, je fusse allé à vous pour m'essayer à vous faire courir aussy grande fortune comme vous me l'eussiez fait courir; et, si j'en eusse eschappé, je m'en fusse allé jactant et vantant par tout le monde de m'estre battu contre le plus brave et vaillant prince de la chrestienté, et avoir eschappé de ses armes. » M. de Guyse luy respondit : a Monsieur de Bussy, je croy ce que vous dites, et n'en fais nul doubte, pour la grande asseurance que j'ay et cognoissance de vostre valeur et courage. N'en parlons plus. Je suis vostre amy. Suivons la chasse. » M. de Bussy luy dit : a Je suis vostre humble serviteur. » L'un et l'autre m'en firent le conte par les chemins, car l'un estoit de mes meilleurs seigneurs et amis, et l'autre estoit mon parent, amy intime.
Monsieur son père, feu M. de Guyse le grand, en fît un quasy pareil à l'endroit d'un certain capitaine de par le
sao DISCOURS
monde, qui avoit entrepris de le tuer, et s'en vantoit par tout : j'en fais le conte en sa vie.
Le roy de Navarre dernier, Anthoine, ainsy que nous allions au siège de Bourges, aux premières guerres, et que le roy, la reyne, leur cour et leur armée marchoient, ayant veu feu M. de Bellegarde parmy leur trouppe marchant, et ayant à luy demander quelque parolle, le tira à part et la luy demanda en gallant homme, sans s'ayder de sa grandeur ny majesté, dont il demeura de luy satisfaict. Ledict Bellegarde le dit après à feu Castelpers et à moy.
Nous avons quasy une pareille histoire de ce grand roy François I, lequel, ayant eu plusieurs advîs quHl se donnast garde du comte Guillaume de Saxe, qui estoit en sa cour et son pensionnaire, et avoit délibéré de le tuer, ne s'esmeut autrement; mais un jour, allant à la chasse, prit la meilleure espée qui fust en sa garde-robbe, et mena avecques luy ledict comte; et, luy ayant commandé de le suivre et de prés, et après avoir couru le cerf quelque temps, voyant le roy que ses gens estoient loing de luy, fors le comte, se destourna de son chemin; et, quand il se vid avecques le comte au plus profond de la forest, seul, en tirant son espée luy dit : « Vous semb!e-t-il que ceste espée soit belle et bonne? » Le comte, la maignant' par la pointe et le bout, dit qu'il n'en avoit veu jamais une meilleure ny plus tranchante. « Vous avez raison, dit le roy; et me semble