I. Maîgnant, maniant
que, si un gentilhomme avoit entrepris de me tuer, et qu'il eust cognu la force de mon bras, la bonté de mon cœur, accompaigné de ceste espée, il penseroit deux fois de m'assaillir. Toutesfois, je le tiendrois pour fort poltron, si nous estions seuls sans tesmoings, s'il n'osoit exécuter ce qu'il auroit délibéré de faire. » Le comte luy respondit avecques un visage fort estonné : a Sire, la meschanceté de l'entreprise seroit bien grande; mais la folie de la vouloir exécuter ne seroit pas moindre. » Il faut bien peser ceste response, qui est belle. Le roy, se prenant à rire, remet l'espée au fourreau, et, escoutant la chasse, qui estoit prés de luy, la suivit. Le lendemain, le comte, voyant qu'il estoit descouvert et impossible d'attaquer un si brave roy, prend congé du roy sur quelque subject, et s'en retourne en son pays. Je dirois voluntiers sur ces deux contes avec l'Arioste :
O graa bontà di principi nostri !
S'aller perdre dans les bois et forests, et là, sans tesmoings, se vouloir battre, laissans leurs grandeurs aux orées ' 1
Le roy Henry III, estant encore jeune, toutesfois desjà fort renommé de ses victoires des batailles de Jarnac et Montcontour*, estant à Bloys lors de Taccord du maryage de madame sa sœur et du roy de Navarre, il fut supplié par le jeune Nansay, dit Besigny, de luy faire accorder quelque don au roy et au conseil, qu'il luy demandoit; ce