‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 15 sur 143 · C'est par erreur que le texte donne visitées · texte numérisé non relu

C'est par erreur que le texte donne visitées

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petit prestre bretton qui estoit aumosnier de monsieur le cardinal de Lenoncourt, son parent ; et ayant aussj tost porté son homme par terre, et le tenant soubs luy, n'ayant ne l'un ne l'autre nulles armes offensives, car elles leur estoient desemparées des mains pour mieux se servir de la lutte, se terrasser et porter par terre : par quoy le baron eut recours aux mains et aux poings, dont il en donnoit de très-grands coups à son ennemy, et le plus qu'il pouvoit ; et cependant cela n'estoit rien, et de tant plus s'alloit-il affoiblissant de sa playe et de son sang, qui luy couloit fort tousjours. La fortune voulut que, le combat estant en tels termes de suspension, un eschaffaut qui estoit là tout auprès du camp vinst à se rompre et tumber, où il y avoit force dames et damoiselles, gentilshommes et autres, qui s'y estoient mis pour veoyr ce cruel passe-temps ; de sorte que la confusion s'en ensuivit si grande, tant par la cheute dudict eschaffaut, et par les cris, les plaintes, et le mal que se faisoient et enduroient les damoiselles et gentilshom* mes, si bien qu'on ne sçavoit à quoy s'amuser, ou de veoyr la fin du combat, ou aller secourir ces pauvres créatures se blessans, se pressans et s'estouffans si misérablement les unes les autres. Cependant, sur ce grand esclandre, tintamarre et trouble, y eut quelques-uns des amis et parens du baron des Guerres qui, prenant l'occasion à propos, se mirent à crier : a Jettez-Iuy du sable dans les yeux et la bouche » ; ce qu'ils n'eussent osé faire sur la vie, sans cest escandale de cest eschaffaut rompu; d'autant que par les loix du camp cela est fort deffendu, et par le bandon, qui se fait sur la vie, de ne rien dire, non pas parler, tousser, cracher^ moucher, ny faire aucun signe qui pust porter ou paroistre. Pour fin, le baron, qui n'en pouvoit plus pour

, grands effortt qu'il faisoit i sa plaire et à «d jetter \g, entendit fort bien l'advertissement ; et, amassant du }le, duquel le camp estoit applaay pour favoiiser les deux mbattans s'il fust esté laboleux, ne faillit d'en jeiter dans

yeui et la bouche de son ennemy ; si bien qu'il fut conlinct de se rendre, ce disent les partisans du baron, dont erent : « Il se rend, i Ceux de Faadilles disent que n; et,' parce que le grand bruit et grosse rumeur de st eschaSaut rompu et l'escandale arrivé continuoit usjours, on ne put rien ouyr de ce que dirent les comttans.

M. de Bouillon, comme juge, ordonna qu'ils fussent serés, et soudain le baron se leva et se mit à faire estaner sa playe et se panser, car il n'en pouvoit plus; et, ny qu'il vouloit disposer de son ennemy à sa volonté et I faire pastir la mesme peine que l'autre luy avoit prepa- ; et assignée, il y eut une très-grande altercation entre

parrains, d'autant que monsieur le vidasme, parrain de ndilles, disoit et aflirmoit tousjours qu'il n'avoit jamais y la voix de son filleul, ny la parole qu'il se rendist. Le rrain du baron (il me semble avoir entendu que cestoit . de Pavan, de Lorraine, brave et vaillant gentilhomme) irmoit tousjours le contraire, et vouloit que son filleul jmphast et usast des loix du camp, qu'il avoit acquises itemenl. Mais M. de Bouillon, prenant advis de soy

d'autres grands capitaines, ordonna que les ctioses roient plus advant, et se conlenteroit le baron de la ■on, d'autant qu'il y avoll fort à disputer là-dessus, pour doubte qu'on avoit de la reddition, qu'on n'avoit pu >ir ouy clairement.

Pour fin, les deux combaCtans firent tres-vaillamment, et

le vaincu par emprés <- ne laissa à se trouver en de bons lieux pour le service du roy, et mourut honnorablement à Tassant de Conys^, assiégé par monsieur le maresclial de Brissac, et y fut remarqué pour avoir monté des premiers à la bresche, et tué au plus haut.

J'ay esté possible trop long en ce conte ; mais, parce qu'il est beau, je n'y ay rien voulu oublier, l'ayant ouy conter à feu monsieur le vidasme et à d'autres honnestes gentilshommes partisans tant d'un costé que d'autre. Par ainsy voyons-nous les misérables et ignominieuses peines que les vainqueurs donnoient aux vaincus : car ne faut point doubter que, si la chose ne fust esté un peu doubteuse en ce combat, que ledict baron n'eust fait brusler son homme ainsy qu'il avoit raison, aussy que Dieu possible ne le voulut pas pour l'amour de sa querelle injuste.

Messire Ollivier de La Marche, en son vivant gentil chevallier certes et fort accomply pour les armes et pour la plume, premier maistre d'hostel de l'archiduc Philippes comte de Flandres, raconte en ses Mémoires un combat qui fut fait de son temps à Valanciennes devant le bon duc Philippes, qui est certes plaisant pour la forme des armes par lesquelles il fut mené et pour aucunes cerimonies badines qui y furent observées : car autrement il fut tragicque, car le vaincu fut tué et pendu. Le subject estoit fondé sur un privilège que les empereurs et comtes de Haynaut donnèrent jadis à ladite ville de Valanciennes, que, quand un homme avoit tué un autre de beau faict (il use

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