‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 17 sur 143 · I. Chaires, chaises · texte numérisé non relu

I. Chaires, chaises

se faisoit à cause des prises. Et m'estonne qu'il ne parle de la barbe, car la prise y est très-bonne quand elle est fort longue et de grande estoffe, comme de ce temps-là elle se portoit, et aujourd'hui en accommence-t-on à reprendre la coustume. Pour armes deffensives ils avoient un escu, la pointe dessus et en haut, d'hantant qu'en bas n'appartenoit qu'aux nobles à Vy porter; ce qui est à noter. Pour offensives, ils avoient un gros baston de meslier ' d'une mesme mesure. Ce bois est fort dur : aussj les bonnes boulles de palle-mailles ^ se font à Naples de ce bois. Le baston de la croix du frère Jehan des Entommeures, dans Rabelais, dont il se servoit si bien, estoit de cormier, qui est un bois aussj bien fort et dur. Ad vaut qu'ils s'allassent affronter, ils demandèrent trois choses : sucre, cendres et oincture. Aussy tost leur furent apportés deux bassins pleins de graisse. (Quelle cerimonie !) Les luicteurs de Turquie oignent ainsj le corps de graisse ou d'huile pour faire mieux glisser les prises. Après, leur furent apportés deux bassins de cendres pour oster la graisse de leurs mains, et qu'ils pussent mieux tenir leurs escus et leurs bastons. Voylà pour la seconde cerimonie ; et, pour la troisiesme, fut mise en la bouche d'un chascun d'eux une portion de sucre, autant à l'un comme à l'autre (pensez encor qu'elle fut pesée), pour recouvrer et entretenir leur haleine et la salive. Vojlà un plaisant mystère ! En Turquie, les messagers et laquais usent de ces sucres ainsy en leurs bouches, quand ils vont par pays à faire grande diligence, pour pareille raison. Notez aussy que de chascun trois mets en fut

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