V. Froissart, année i
SUR LES DUELS il
si secourables que le sieur de Carrouges vainquit son ennemy et luy fit le tout confesser; et aussy tost le fit pendre à une potence qui estoit là dressée, et la dame absoute et fort glorifiée. J'ay veu ce combat représenté dans une vieille tapisserie tendue dans la chambre du roy à Bloys, des vieux meubles de leans; et, la première fois que je l'y vis, le roy Charles IX, qui estoit fort curieux de toutes choses, la contemploit et se faisoit expliquer Thistoire. Leurs armes estoient : qu'ils estoient couverts tout le corps, et, pour les offensives, avoient des masses^ ny plus ny moins que celles que portent les cent gentilshommes, qu'on nomme becs de corbin ', et une forte courte espée en façon de grand dague, qui couloit le long de la cuisse.
Nous lisons dans les Histoires tragiques de Banduel^ que le seigneur de Mandozze, ayant combattu vaillamment pour l'honneur de la belle duchesse de Savoye, en fit de mesmes au comte de Pancallier, qui l'avoit accusée malheureusement, et luy fit pastir la peine qu'il avoit préparée à la pauvre duchesse avant qu'entrer dans le camp : car la potence et le feu y estoient dressés pour l'y mettre, sans sa juste cause, et la bonne espée dudit Mandozze ; lequel, ayant fait confesser à son ennemy sa meschanceté, le fit mourir comme il avoit mérité. L'histoire en est très-belle, et peu y en a-t-il semblables à elle.
1 . On appelait ainsi ces gentilshommes à cause d'une hache qu'ils portaient, et dont le fer avait la forme d*un bec de corbin ou faucon,